Gérard Bocholier, Semences de l’aube

Par |2026-03-06T08:51:52+01:00 6 mars 2026|Catégories : Critiques, Gérard Bocholier|

Une émo­tion par­ti­c­ulière émane du dernier recueil de Gérard Bocholi­er. Un écho en tout cas, qui résonne dans l’âme du lecteur, longtemps après qu’il ait refer­mé le livre. Certes, les com­men­saux de la poésie de cet auteur, dont je suis, sont famil­iarisés de longue date avec la pro­fondeur et la sen­si­bil­ité dis­crète qui car­ac­térisent son œuvre. Nous sommes néan­moins ici aux pris­es avec autre chose, qui nous emmène non plus loin mais au plus près de la réal­ité de la vie, et en par­ti­c­uli­er de son achève­ment. Au fil des pages, le poète regarde défil­er sa pro­pre exis­tence, qu’il con­fronte à la marche du temps et à l’ordre des choses, dans une sorte d’effacement con­scient de lui-même. Jamais peut-être, chez Gérard Bocholi­er, l’acceptation de la fini­tude humaine n’a été à la fois aus­si prég­nante et apaisée. À tra­vers ces Lita­nies de silence et Ces bon­heurs restés en enfance, une con­fi­ance sou­veraine se fait jour. Une con­fi­ance dans une présence qui est là, à nos côtés depuis tou­jours, et dont les turpi­tudes du quo­ti­di­en nous éloignent. Rien à voir, on l’aura com­pris, avec un quel­conque prosé­lytisme con­fes­sion­nel. Gérard Bocholi­er assume libre­ment une foi ouverte qui accueille tout du monde pour nous aider à pren­dre place dans le mys­tère de la vie et de la mort. Mais, pour autant, notre des­tinée se résume à Ser­rer sous ses paupières / L’inaccessible. L’heure de la mois­son annonce déjà les prochaines semailles. Au cœur de la nuit qui vient s’enracine l’aube du jour suiv­ant. Pen­dant ce temps, la poésie chante en silence la vérité élé­men­taire de la vie. Chaque poème con­tient son lot de sub­til­ités expres­sives et une finesse de ton jamais en défaut. Gérard Bocholi­er est ici à n’en pas douter au som­met de son art, en servi­teur fidèle et éclairé de La Voix unique / qui enchante.

 

Gérard Bocholi­er, Semences de l’aube, pré­face de Jean-Pierre Lemaire, édi­tions Illador, 2025, 74 p, 16€.

Présentation de l’auteur

Gérard Bocholier

Gérard Bocholi­er est né en 1947 à Cler­­mont-Fer­­rand, il a fait ses études dans cette ville où il a ensuite enseigné la lit­téra­ture française en classe de let­tres supérieures. Orig­i­naire d’une famille de vignerons de la Limagne et franc-com­­tois par sa mère, il a passé son enfance et sa jeunesse dans le vil­lage de Mon­ton, au sud de Cler­­mont-Fer­­rand, qu’il évoque dans son livre Le Vil­lage emporté, paru en 2013 aux édi­tions L’Arrière-Pays.

En 1971, il a reçu des mains de Mar­cel Arland, directeur de la NRF, le prix Paul Valéry réservé à un étu­di­ant. La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il con­sacre un essai en 1984, Pierre Reverdy le phare obscur (Champ Val­lon) déter­mine défini­tive­ment sa voca­tion de poète. Il com­mence à pub­li­er des vol­umes de vers aux édi­tions Rougerie, le pre­mier : Le Vent et l’homme en 1976. Cette même année, il par­ticipe à la fon­da­tion de la revue de poésie ARPA, avec d’autres poètes d’Auvergne et du Bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis.

Gérard Bocholier

D’autres ren­con­tres vien­nent éclair­er sa route : celle de Jean Gros­jean, puis de Jacques Réda, qui l’accueillent dans la NRF, où il pub­lie des poèmes et où il devient chroniqueur réguli­er de poésie à par­tir des années 90. Il ren­con­tre aus­si Anne Per­ri­er, grand poète de Suisse romande, avec qui il noue une ami­tié affectueuse et dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996 aux édi­tions de l’Escampette.

Il rem­porte le prix Voron­ca en 1979, pour Chemin de guet, puis le prix du poème en prose Louis Guil­laume en 1987 pour Pous­sière ardente (Rougerie). En 1991, le Grand Prix de poésie pour la jeunesse du Min­istère de la jeunesse et des sports lui est décerné pour un man­u­scrit de poèmes pour enfants qui sera pub­lié en 1992 dans la col­lec­tion du Livre de poche chez Hachette, sous le titre : Poèmes du petit bonheur.

Devenu directeur de la revue ARPA, il col­la­bore égale­ment comme cri­tique de poésie à La Revue de Belles Let­tres de Genève, au Chemin des livres, à Recueil puis au Nou­veau Recueil. Il rassem­ble cer­tains de ses arti­cles dans un essai, Les Ombrages fab­uleux, aux édi­tions de L’Escampette en 2003. Il par­ticipe à plusieurs ouvrages col­lec­tifs, dont les cahiers 10 et 17 au Temps qu’il fait, con­sacrés à Pierre-Albert Jour­dan et à Roger Munier. Deux livres de poèmes pour la jeunesse sont encore pub­liés, aux édi­tions Cheyne, illus­trés par Mar­tine Mellinette : Terre de ciel  et Si petite planète. 

Il entre dans la pres­tigieuse col­lec­tion des édi­tions Arfuyen en 2006 avec La Venue et en 2012 avec Belles saisons obscures.  En 2011, son livre de vers et pros­es, Abîmes cachés (L’Arrière-Pays), est couron­né par le prix Louise Labé. Son engage­ment religieux se fait plus direct , il se con­sacre essen­tielle­ment à l’écriture de psaumes à par­tir de 2009 et pub­lie chez Ad Solem : Psaumes du bel amour (2010), pré­facé par Jean-Pierre Lemaire, et Psaumes de l’espérance (2012), avec un envoi de Philippe Jac­cot­tet, récom­pen­sé par le prix François Cop­pée de l’Académie Française. D’autres livres de psaumes sont prévus chez le même édi­teur. Un essai paraît en 2014 chez Ad Solem : Le poème exer­ci­ce spirituel. 

Il tient une chronique de lec­tures, Chronique du veilleur, depuis 2012, sur le site de Recours au poème.

Autres lec­tures

Les Psaumes de Gérard Bocholier

Dans ce monde gou­verné par le bavardage des nanosec­on­des de la prose général­isée, il est des édi­teurs pour défendre le pro­fond de l’humain, autrement dit la poésie. Et il est des poètes rares. Gérard […]

Le village emporté de Gérard Bocholier

Il a tou­jours été là, au cen­tre du jardin, con­tre la mai­son. Ses plus hautes branch­es dépassent à présent le toit, caressent les tuiles. Mes ini­tiales, jadis creusées dans l’é­corce, se comblent d’an­née en […]

Gérard Bocholier, le Poème spirituel

     Que la poésie ait quelque chose à voir avec le mys­tère, l’invisible, l’ineffable, cela ne fait aucun doute. Le poète Jean-Pierre Lemaire l’a bien exposé dans son livre Marcher dans la neige […]

Gérard Bocholier, Les Étreintes Invisibles

Je lis de loin en loin Gérard Bocholi­er en revues et je crois bien que c’est la pre­mière fois que je le lis dans un recueil, “Les Étreintes invis­i­bles”. Qua­tre ensem­ble de poèmes […]

Gérard Bocholier, Psaumes de la foi vive

Le poème prière L’actualité de Gérard Bocholi­er est impor­tante et porte sur deux livres de poésie pub­liés ce print­emps, dont l’un est pro­duit par l’éditeur Ad Solem, qui est con­nu pour son travail […]

mm

Christophe Mahy

Christophe Mahy est né en 1970 à Charleville-Méz­ières. Il réside actuelle­ment en Touraine, dans le départe­ment du Loir-et-Cher. C’est en 2001 qu’il intè­gre la revue Les Amis de La Grive (lit­téra­ture générale con­tem­po­raine) où il côtoie, entre autres, des auteurs tels que Franz Bartelt, Guy Gof­fette, Alain Bertrand, Alain Dan­tinne, Lam­bert Schlechter, Bertrand Degott et surtout Jean-Claude Pirotte, qui lui fait con­naître l’association des Amis d’André Dhô­tel et la revue La Route incon­nue. Pen­dant plusieurs années, il donne des poèmes, des arti­cles, des chroniques et des notes de lec­ture à ces deux revues puis il col­la­bore à Diérèse (poésie con­tem­po­raine) pour laque­lle il tient le rôle de chroniqueur réguli­er entre 2012 et 2014. Il noue des rela­tions avec plusieurs poètes au sein des édi­tions L’Arbre à Paroles et est invité en 2011 au Fes­ti­val Inter­na­tion­al de Poésie de Namur (Bel­gique). Son tra­vail d’écriture se con­sacre en pri­or­ité à la poésie libre ou en prose, mais aus­si au réc­it, à la chronique, la fic­tion et au spec­ta­cle vivant. Il a pub­lié à ce jour une trentaine d’ouvrages chez divers édi­teurs indépen­dants ou régionaux. Il est égale­ment l’auteur de plusieurs livres d’artistes, en tirages lim­ités ou hors com­merce, de pré­faces et de notices. Il est le lau­réat du prix du poème en prose Louis Guil­laume 2018 pour Paysages du vent, aux édi­tions Noires Terres.
[print-me]

Sommaires

Aller en haut