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Pensées (After Yves Klein)

Par | 2018-02-24T14:54:48+00:00 26 août 2014|Catégories : Blog|

 

tr. Nathanaël

 

La pièce vide
s’est rem­plie
de né-
ant

*

Corps pin­ceaux,
absence pein­ture,
le vrai médium
du désir.

*

Saut dans
le vide :
trans­cend-
ance.

*

Plus que le disque chro­ma-
tique de la nature, ou
de l’imagination ou
de l’âme : bleu Klein
inter­na­tio­nal

*

Les bleus
de la toile
sont le mes­sage.

*

Le feu grille l’écran
de lin. La chair
répond par son
image réma­nente.

*

Dans ce champ ultra-
marine même l’espace
néga­tif luit.

*

Un envol
au-delà de la paroi
nulle part.

*

Monochrome :
une cou­leur,
infi­ni­té.

*

Monotone :
un accord, puis silence :
une sym­pho­nie.

*

Je signe le ciel
J’assigne au ciel
un sens nou­veau.

*

Lapis-lazu­li dans la résine
Rhodopas : le pig­ment scé­lé contient
l’authenticité pure de l’idée

*

1001 bal­lons bleu
l’air pari­sien
au-des­sus du Clert

*

Tous les murs, plan­chers,
pla­fond blanc ;
le pla­card blanc aus­si,
vide comme Le Néant

*

Sur le toit
la toile enre­gistre
la poé­sie du jour

*

Ces jeunes brosses
vivantes, jeunes, femelles,
traî­nées et rou­lées, que
dis­si­mulent, révèlent-elles ?

*

À l’or
Un vide attend.
Une pièce, une idée, du temps.

*

Anthropométrie :
dans la vio­lence
de l’acte le fait
de la pein­ture.

*

À la Seine, brûle
le cer­ti­fi­cat, jette
la moi­tié de l’or : l’ordre,
natu­rel, ou pas
res­tau­ré.

Pensées (After Yves Klein)

Par | 2018-02-24T14:54:49+00:00 26 août 2014|Catégories : Essais|

ARRAISONNER LE VIDE

 

D’après le jour­nal d’Yves Klein, le Saut dans le vide aurait (aus­si) eu comme titre : “Un homme dans l’espace ! Le peintre de l’espace se jette dans le vide!” (1960). Il aurait fal­lu s’attarder davan­tage sur le dédou­ble­ment de l’espace, mais aus­si et sur­tout sur l’écart entre le vide fran­çais et le void anglais ; ce que l’un ou l’autre mot sont inca­pables de tenir, de rete­nir, ou d’évacuer. Car ce qui est pro­po­sé, ici, par John Keene, dans ces pen­sées concises, risque de s’écrouler au moment d’être redi­ri­gé sur le fran­çais (un fran­çais dont elles sont, à contre­points, issues…). Les poèmes sont pla­cés d’emblée sous le signe intrai­table de la tra­duc­tion ; une façon de leur contes­ter une ori­gine, mais aus­si de les pro­non­cer : intra­dui­sibles. Intraduisibles, les glis­se­ments, par exemple, entre le blanc (white) et le blanc (blank), ou entre le vide (emp­ti­ness) et le vide (void), mal­gré les accords for­tuits révé­lés par les rap­ports toit-toile ou or-ordre dans leur nou­vel agen­ce­ment. Alors l’oreille (l’œil aus­si) est som­mée de se prê­ter autre­ment à une lec­ture inso­lite où il s’agit de dis­cer­ner l’écho du vide qu’il se recon­naît, c’est-à-dire de recon­naître en lui le tra­vail de dou­blage qui est à l’instar de sa dérive. Le jet du corps, son aban­don à la gra­vi­té du poème, appelle de suc­ces­sives éva­cua­tions. Le ciel ici assi­gné fait réson­ner el sal­to de Pizarnik et l’ascol­to d’Ungaretti, deux poètes de l’espace contraint au sol, et dont le mou­ve­ment agen­cé arrive avec dif­fi­cul­té, que ce soit en anglais ou en fran­çais, pré­ci­sé­ment à cause des dif­fi­cul­tés dues à l’espace occu­pé par le poème. Nous sommes face à une épreuve : l’épreuve du bleu (de l’hématome) dont l’art est fait, est l’artefact, livide. 

Nathanaël