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Tranchée ouverte

Par | 2018-05-21T05:23:57+00:00 27 août 2014|Catégories : Chroniques|

A Jean Maison, ser­gent au troi­sième régi­ment de Zouaves, tué le vingt-cinq sep­tembre mille neuf cent quinze près de Massiges lors de l’offensive fran­çaise de Champagne.

 

Tranchée ouverte

Par | 2018-05-21T05:23:57+00:00 27 août 2014|Catégories : Blog|
 
Tranchée ouverte a été édi­té par Jean-Michel Ponty  en 1990 et  illus­tré par Ramon. Cet ouvrage saluait  la mémoire de mon grand-oncle Jean Maison, mort  héroï­que­ment  lors de l’offensive de Champagne  du 25 sep­tembre 1915.
Il cher­chait éga­le­ment à saluer sept  jeunes hommes de ma famille tués au com­bat durant la guerre 1914- 1918.
Jean Maison – Août 2014
 
 

 

 

Jean Maison
Lithographies  de Ramon

 

A Jean Maison, ser­gent au troi­sième régi­ment de Zouaves, tué le vingt-cinq sep­tembre mille neuf cent quinze près de Massiges lors de l’offensive fran­çaise de Champagne.

 

 

 

 

 

Profils blancs

 

 

Le maître s’est cou­ché
Livre clos
La souf­france convoite la mémoire
La nuit venue
L’enfant déro­be­ra le pain dans la maie

 

 

 

 

 

 

A l’aube du bois sabot

 

 

Les gra­veurs de tim­bales
nous ont lais­sés en deuil.
Leur souffle rouge
mêlé au sang des por­teurs d’eau
s’est dis­per­sé sur la col­line.
Mains agrip­pées aux entrailles
Pieds arra­chés
Perchés sur les arbres morts.

 

 

 

 

 

 

Garance

 

Le jour s’apprête sur les baraques
La pluie par les boyaux défunts
ruis­selle sur les barbes,
détrempe les capotes de laine rêches,
glace les os ren­dus visibles.

 

 

 

 

 

 

Torse nu

 

Les iris manquent.
Le site anxieux
dépor­té de son logis
erre dans les ombres.

 

Des blocs entiers d’éther
sépa­rés de leurs socles
sont mis à mort
dans le cla­que­ment d’une porte.

 

 

 

 

 

 

Le front

 

 

 

La plaine saigne
de son flanc de craie.

 

Ses che­vaux éven­tré
bornent les alen­tours.

 

La marge silen­cieuse
s’accorde un pont de roseaux pâles.

 

 

 

 

 

 

Le feu

 

A quelle résis­tance fau­dra-t-il nous convaincre
si jamais le soleil venait à dis­pa­raître
qu’au réveil du der­nier
tu viennes à man­quer ?

 

 

 

 

 

 

Transparence

 

Torrent noir
sou­le­vé
empor­té par la braise
sous la brû­lure son­nante des galets.

 

L’un vien­dra
échap­pé du sillage
La friche de son front
cogne­ra à ta porte

 

L’heure nue de sa main
ten­due
en un del­ta fra­gile.

 

 

 

 

 

 

 

L’hôte

 

La révolte livra au sort des pierres à feu
les cœurs char­gés de la joie des acco­lades.

 

Ceux qui n’avaient pas reçu
le choc d’amers nau­frages
déchi­rèrent leurs mains gar­rot­tées
à l’écharde du poteau.

 

Traversés de fers dres­sés
leurs sangs una­nimes
livrés aux ténèbres.

 

 

 

 

 

 

 

L’as-tu vue

 

Il n’y a pas de fleurs
dans l’heure qui vient
mais l’étole san­glante de la faux.

Sur le sol lourd des marnes
des bras­siers sont tom­bés
les mains sur le visage
tâché de sang.

 

 

 

 

 

 

Grives

 

Les champs gla­nés ailleurs se sont cou­verts de brous­sailles
contre­par­tie du jour où le joug fut posé
la houe et le gibier furent liés davan­tage.

 

 

 

 

 

 

La ter­ra nive­ja

 

Tu vivais par­mi les accrocs de lumière
où se jetaient les tor­rents de la mon­tagne.
tous les enfants por­taient aux veines de leurs sabots
l’aile frêle de la gaie­té.

 

Des mai­sons sans fenêtre, aux ver­sants boi­sés des col­lines,
l’écho de ta voix déva­lait les courses de la lande,
sou­le­vait les herbes, les mou­lins, les bories entou­rées de genêts.

 

La terre verse ses blés,
l’eau court par les rigoles tran­chées au pique-pré
dans le cou­dert, l’ébauche d’un copeau
les murets éle­vés et les pas­sages au vent
où secrè­te­ment tu disais des éloges.

 

 

 

 

 

 

Musique

 

Deux gouttes de sang
tom­bées sur l’ongle rose
iden­tiques
por­tées
par le chant mort
sous la gly­cine.

 

 

 

 

Exemple de litho­gra­phie de RAMON repro­duite depuis l'ouvrage

 

 

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