> Bonnes feuilles offertes par Al Manar

Bonnes feuilles offertes par Al Manar

Par | 2018-02-20T04:59:23+00:00 30 septembre 2014|Catégories : Chroniques|

Jacques Viallebesset, Sous l'étoile de Giono
(extraits)

 

 

Avec toi

Je suis avec toi âme sin­cère et cœur pur
Egaré dans le dédale de ta forêt obs­cure
Cherchant en aveugle la clai­rière de l’être
Je suis le com­pa­gnon qui a tra­vaillé comme toi
A qui tu peux dire tes espoirs et dési­rs secrets
Je t’apporte les forêts les mers les mon­tagnes
Je suis avec toi quelles que soient tes erreurs
Dans tes yeux sont gra­vés tes rêves ta nos­tal­gie
Toute l’innocence per­due depuis l’enfance
Cette absence de pure­té que tu ne vois plus
C’est ain­si que la mort arrive avant l’heure
Je suis ton com­pa­gnon en per­pé­tuelle révolte
Et si la socié­té a tué en toi cette facul­té
Je te dis que les prés fleu­ris t’appartiennent
Je suis avec toi par­tout où tu es esseu­lé
Je t’attends aux estuaires de ta rési­gna­tion
Tu ima­gines les routes du vent les joies du monde
Au nom de l’espoir je t’offre amour et ami­tié
Pour sou­mettre ton désir au rythme du cos­mos
Je suis avec le ber­ger qui t’attend près de ta source .

 

 

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Pour saluer Giono (7)

 

S’il devait venir ce serait une nuit extra­or­di­naire
Les touffes d’étoiles brillaient avec des racines d’or
Quand il me mon­tra du doigt la constel­la­tion d’Orion
Je recon­nus le pro­fes­seur d’espérance que j’attendais

La jeu­nesse c’est la pas­sion de l’inutile nous dit-il
Et il ense­men­ça de per­venche les champs et les cœurs 
Si nous savions vivre conscients nous ne serions malades
De ce trop de sang amer au lieu du sang de miel doux

Il rame­na un cerf qui cou­rait libre par­mi nous
Et des biches aux cils pleu­rant de manque d’amour
Dans la ten­dresse des herbes et l’humus des forêts
Parce qu’il vou­lait que la joie demeure pour tous

Il fit sourdre aux corps des tam­bours de danse
Comme la cadence forte  du sang dans les artères
Et l’on sen­tit la joie aus­si inépui­sable que l’air
Réveillant en nous le trop grand appé­tit de vivre  

Une ber­gère seule savait sans vrai­ment savoir
Elle por­tait en elle la joie des gestes natu­rels
Ne par­lait pas la langue men­teuse des hommes
Mais en ini­tiée celle des agneaux et des oiseaux

Chacun ne peut atteindre que la joie qu’il com­prend
Les pas­sions humaines ont encore les batailles au cœur
Et la vio­lence tou­jours engendre la mort et le mal­heur
Il fau­drait pour­tant  que la joie fût  tran­quille et pai­sible

Alors luci­de­ment déses­pé­ré il avan­ça dans l’orage
La foudre lui plan­ta un arbre d’or dans les épaules
Et il écla­ta dans la nuit comme une étoile per­due
Je l’attendrais pour revivre espé­rant son retour.
 

 

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Dans la marge (7)

 

J’aurais vou­lu être celui-là qui vient
Porteur d’une joie d’être à par­ta­ger
Avec tous les humains qui saignent
De leurs rêves lourds d’espoirs bles­sés
Je porte en moi les sucs de la terre
La danse de flamme du sang au cœur
Ma poi­trine se gonfle du vent des astres
J’halète de la sève de tout ce qui vibre
Frémit pal­pite et vit au rythme des sai­sons

Je vou­drais être celui-là qui vient
Un arc-en-ciel doux dans les tem­pêtes
Un mag­ma de joie monte de mon ventre
Je t’ai retrou­vée et te tresse dans mes bras
Tes yeux font chan­ter toutes les sources
La joie est là bruis­sant dans ton feuillage
Bourgeon tendre gor­gé de résine vivante
Tu es en moi comme le noyau dans son fruit
Ma joie ne demeu­re­ra  que si elle est tienne. 

 

 

« Bonnes feuilles » offertes par Al Manar

Par | 2018-02-20T04:59:23+00:00 23 juin 2014|Catégories : Blog|

Quatrième de cou­ver­ture :

 

A l’étale ne cesse de dire son amour pour « elle ». Par vagues, avec ampleur, selon les modu­la­tions d’une fugue, « elle » se déploie en sa venue, ses appa­ri­tions, ses pay­sages. Métamorphose de la fémi­ni­té en ses pos­sibles, « elle » n’est pas seule­ment « elle », mais, en son intime et secrète pré­sence, un champ de blé, un refrain, la ten­dresse de la lumière à son aurore, la ren­contre, en son invrai­sem­blable jus­tesse, d'une voix, d'un ciel, d'un signe. 

Porté par l’espace de ses silences, la pro­fon­deur de son mou­ve­ment, lame de fond entrai­nant tou­jours au-delà, le poème laisse se déployer les richesses du monde, en leur mys­tère, tou­jours plus sai­sis­sant. A l’étale, en ce sens, est comme par­cou­ru par une intrigue, nous tenant en haleine, au rythme de l’émerveillement. 

Ainsi, le poème se donne à lire comme un roman, un voyage, une expé­rience, immense et sereine, mariée à la vie, à sa concen­tra­tion – jusqu’à en épou­ser la durée, plé­nière : A l’étale est le poème d’une vie, en bien des sens – une vie entière, non sans héroïsme, confiée au poème. Et, à sa manière, une réponse – à notre temps : la parole, en son amour infi­ni – comme res­source essen­tielle, comme joie, comme ave­nir.

 

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