Pour titre, deux mots qui semblent opposés et que pourtant la vie réunit. La vie avec ses deux faces d’ombre et de lumière, d’obscur et de grâce inséparables. Ils expriment à eux seuls tant de vies et particulièrement celle de Etty Hillesum si importante aux yeux de Jean Lavoué et qu’il cite en ouverture de son ouvrage.
Dans la préface, Gilles Baudry parle « d’ultime don » et de poèmes qui sont « confidences bouleversantes ». Un don de poèmes que Jean Lavoué a rassemblés avant sa dernière hospitalisation, avant le grand silence du passage, Jean a su célébrer le silence pour qu’advienne le poème et que puisse « s’ouvrir dans l’âme la clairière ». Des poèmes qui font écho aux mots de Etty Hillesum : « Je voudrais n’écrire que des mots insérés dans un grand silence ».
Jean a su en son écriture faire vœu de pauvreté, l’hiver la saison du dépouillement devient pour lui source de « pauvreté consentie » comme en témoigne le long poème augural.
Jean a aussi su aller à la rencontre de la joie, de sa joie qui irradie son écriture :
Le poème a trompé ta pauvre vigilance
Il t’a conduit sans faute
Au règne de la joie

Jean Lavoué, L’obscur et la grâce, préface Gilles Baudry — Cyanotypes et peintures d’Ellem, éditions L’Enfance des Arbres, 2025, 180 pages, 17 €.
La joie comme la lumière ne peut être atteinte sans avoir traversé les ombres ? Tout advient au terme de la nuit. Au cœur de la blessure, de la maladie Jean a trouvé l’humilité, la tendresse, la patience ; au cœur du malheur la joie, au cœur de la nuit la lumière du poème.
Dans la première strophe du poème qu’il dédicace à François Cheng, il sait dire que : « la mort rayonne comme le soleil ». La maladie et de nombreux séjours à l’hôpital l’ont dit-il rendu frère des poètes Joe Bousquet, Christiane Singer, Etty Hillesum, Georges Perros, René Guy Cadou, ou Simone Weil, autant de vies allégées, selon la belle expression du poète, « du poids de l’inutile ».
Des vies qui ont su s’accorder « au présent qui se donne », à la vie toujours possible, toujours « souveraine compagne de nos manques et de nos peurs. »
Dans sa vulnérabilité, dans sa fragilité, Jean a pu se dépouiller, se désencombrer et découvrir alors que la grâce est donnée.
Cette grâce est donnée
A tout humain fragile
Qui se tient sans attente
A la lisière de soi
Le monde passe en lui
Comme battements d’ailes
Il n’a pour tout bagage
Qu’un grand vide à donner
Le poète se sait de passage, mais il est là pour ouvrir des voies lumineuses, pour indiquer des chemins. Il est l’héritier de vies qui l’ont précédé et à son tour, il sème.
Ce recueil est testamentaire, il témoigne d’une vie spirituelle intense. Chaque expérience, chaque épreuve, chaque instant est vécu à la lumière d’une Présence qui accompagne le poète, celle de celui qui « au désert a appris à marcher », la poésie comme un acte de foi, les poèmes des graines semées pour ouvrir le chemin, pour ouvrir à ce que Charles Péguy appelait : « Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout ».
La foi et les poèmes pour témoigner de cette grâce qui habite toutes choses ici et maintenant. Jean le savait et le dit, il faut offrir telle la figure christique sa faiblesse et sa pauvreté pour récolter « des miettes de soleil » et être nimbé de « Cette buée d’amour qui porte dans sa fragilité
le signe de la victoire
et de vie généreuse.
quand la fragilité est consentie alors :
le souffle seul ponctue
la grâce des heures redonnées.
Pour clore le recueil, ces vers écrits en septembre 2018 sont hymne à la vie.
Il nous faut le courage
De ne plus rien chercher
Sinon d’être vivants
A l’orée de l’instant,
De savoir être là
Sous le ciel d’aujourd’hui :
Y regagner la source
Et s’y sentir aimés.
Des vers en écho à ceux du poète mystique Jean-Joseph Surin1 :
Ce n’est tout un
que je vive ou je meure
Il me suffit que l’amour me demeure.
Jean Lavoué a choisi pour accompagner ses poèmes les bleus des Cyanotypes et peintures d’Ellem ; comme le ciel et l’océan, ils apportent l’apaisement et la sérénité, nous font entrer dans le domaine du sacré, de l’esprit et nous emportent vers l’infini.
- extrait du Cantique spirituel attribué au pète Jean-Joseph Surin (1600–1665) figure de la mystique française.
Note
Extrait du Cantique spirituel attribué au pète Jean-Joseph Surin (1600–1665) figure de la mystique française.
Présentation de l’auteur
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