Cécile A. Holdban, Le rêve de Dostoïevski

Par |2026-11-06T10:48:45+01:00 6 novembre 2026|Catégories : Cécile A. Holdban, Critiques|

De Cécile A. Hod­ban, son édi­teur affirme  qu’elle « pos­sède un paysage imag­i­naire bien per­son­nel » et qu’elle l’exprime à la fois dans la poésie et dans la pein­ture. C’est bien le cas avec Le rêve de Dos­toïevs­ki, livre au titre énig­ma­tique dans lequel l’auteure asso­cie sa démarche poé­tique  à six grandes fig­ures de la lit­téra­ture, tous écrivains en marge.

Mais, d’abord, pourquoi Dos­toïevs­ki ? Parce que « un être qui s’habitue à tout, voilà la meilleure déf­i­ni­tion qu’on puisse don­ner de l’homme », affir­mait le grand auteur russe dans ses Sou­venirs de la mai­son des morts. Cécile A. Hold­ban cite cette phrase pour intro­duire son livre et en don­ner par le fait même, d’emblée, la tonalité.

Pour ce qui est du rêve (attribué à Dos­toïevs­ki dans le titre du livre), il s’agit selon elle de ce « désir insen­sé d’approcher la sin­gu­lar­ité de l’expérience humaine dans un monde dis­lo­qué. De faire alliance avec la vie, envers et con­tre tout ». Elle ajoute : « Le ter­ri­toire du rêve est un entre-deux per­ma­nent, à la fois pro­longe­ment de la réal­ité et témoignage de l’impossible adhé­sion à celle-ci ».

On com­prend donc que Cécile A. Hold­ban ait choisi de s’appuyer sur un « chœur de soli­taires » pour exprimer cet entre-deux. Et pas n’importe lesquels. De ces « soli­taires » célèbres,  elle n’indique pour­tant que le prénom et la pre­mière let­tre du nom, à quoi elle ajoute une date ain­si que le nom d’une ville à laque­lle on les iden­ti­fie volon­tiers. Comme pour entretenir une forme de mys­tère autour de ces écrivains (Robert Walser, Franz Kaf­ka, Mick­haïl Boul­gakov, Fer­nan­do Pes­soa, Samuel Beck­ett, Jorge Luis Borges). Marchant dans leurs pas, elle écrit des poèmes qui par­lent d’eux mais aus­si sûre­ment d’elle dans cet « entre-deux de la vie ». Petits morceaux choisis :

Cécile A. Hold­ban, Le rêve de Dos­toïevs­ki, Arfuyen, 2025, 176 pages, 16 euros.

Robert W., Herisau, 1956 : « Ce matin nous n’étions/que quelques corneilles et moi/à picor­er le bleu du blanc ».
Franz K., Prague, 1921 : « Le soir s’enroule/main de porcelaine/close sur sa rumeur ».
Mick­haïl B., Moscou, 1938 : « Ton angoisse craque/ comme l’assise des vieilles chaises/sur lesquelles trop de temps a pesé ».
Fer­nan­do P., Lis­bonne, 1916 : « Tu n’as plus de dieu/ mais tu crois au chevreuil/à la lueur des matins ».
Samuel B., Paris, 1974 : « Sur la pierre l’eau glissera/polira les galets de mots/bousculera ton inquié­tude ».
Jorge luis B., Buenos Aires, 1946 : « Là/où nous pensions/nous déplacer/d’un lieu à un autre/nous n’avons fait/que tra­vers­er le temps »

                                                                                       …/…

Ces vers extraits des chapitres con­sacrés à ces six écrivains sont ceux d’une poétesse qui entend témoign­er de leur façon d’être au monde (et aus­si de la sienne). « Je noue chaque matin/brin par brin/veine par veine/mon corps au monde », écrit Cécile A. Hold­ban. Pour autant,  pas de désen­chante­ment. « Buvons à la grav­ité du jeu/à la grav­ité de l’instant/à la grav­ité des corps ». Elle dit aus­si faire con­fi­ance à « ce petit or/que cha­cun espère secrète­ment forger/dans la banal­ité du jour ».

En pub­liant un tel livre, Cécile A. Hold­ban réitère en quelque sorte une expéri­ence lit­téraire engagée dans un précé­dent livre, Pre­mières à éclair­er la nuit (Arléa), où elle Fai­sait par­ler quinze femmes poètes du XXe siè­cle dans des let­tres (imag­i­naires) adressées à des êtres chers : un pro­jet orig­i­nal et surtout ambitieux qui nous fai­sait tra­vers­er les plus grands drames du siè­cle passé. Avec Le rêve de Dos­toïves­ki ce sont des drames plus per­son­nels qu’elle nous laisse entrevoir, autour de la dif­fi­culté d’adhérer au monde tel qu’il est.

Présentation de l’auteur

Cécile A. Holdban

Elle est pein­tre et écrivain, lau­réate du prix Yvan Goll (2017) et du prix Cal­liope du Céna­cle Européen (2017), est égale­ment tra­duc­trice et coéditrice de la Revue Ce qui reste, une revue en ligne de lit­téra­ture et d’art con­tem­po­rains. Elle ani­me une chronique lit­téraire sur Ali­gre FM radio.

Elle pra­tique pein­ture et écri­t­ure en les faisant dia­loguer : les liens et trans­mis­sions entre les dif­férentes formes d’arts sont au cœur de son tra­vail. Son univers de créa­tion se fonde sur ces rap­ports synesthésiques. Il s’enrichit de l’observation et de l’imaginaire de la nature, entre paysage vis­i­ble et invis­i­ble, d’une écoute et d’une atten­tion au vivant, aux con­tes et mythes.

Elle col­la­bore par ses pein­tures,  poèmes, tra­duc­tions et arti­cles à de nom­breuses revues, antholo­gies et ouvrages col­lec­tifs var­iés. Elle aime aus­si s’associer à d’autres créa­teurs ou écrivains dans des pub­li­ca­tions, revues et livres d’artistes. Elle a fait l’objet de deux expo­si­tions per­son­nelles en France et par­ticipe régulière­ment à des expo­si­tions col­lec­tives et des fes­ti­vals, et ani­me régulière­ment des mas­ter­class­es et ate­liers de créa­tion, d’écriture et expres­sion plastique.

Cécile A. Holdban

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Derniers ouvrages publiés 

Pre­mières à éclair­er la nuit, réc­it, Arléa, jan­vi­er 2024

Toutes ces choses qui font cra­quer la nuit, textes et pein­tures, Exopotamie, 2023

Osse­lets, dessins et poèmes, Le Cad­ran Ligné, Saint- Clé­ment, 2023

Kaléi­do­scope, 173 poètes con­tem­po­rains mis en image pen­dant le con­fine­ment, l’Atelier des Noy­ers, Dijon, 2023

Jacques Bibonne, une vie en pein­ture (col­lec­tif, texte de con­tri­bu­tion au cat­a­logue ) édi­tions Le temps qu’il fait, Bor­deaux,  2023

Pier­res et berceaux, dessin et poèmes, Poten­tille, Nev­ers, 2021.

Touch­er terre, Arfuyen, Paris, 2018

Silence, pho­togra­phies d’Anne Lise Broy­er, poème de Cécile A. Hold­ban, Sous les glycines, Paris, 2016.

Poèmes d’après suivi de La route de sel, Arfuyen, Paris, 2016.

Quelques tra­duc­tions :

John Keats, La poésie de la terre ne meurt jamais, édi­tion traduite et annotée par Cécile A. Hold­ban et Thier­ry Gilly­boeuf, Poé­sis, 2021

Howard Mc Cord, Poèmes Chamaniques, édi­tion établie, traduite et annotée par Cécile A. Hold­ban et Thier­ry Gilly­boeuf, La Part Com­mune, 2021

Vir­ginia Woolf, Le Par­adis est une lec­ture con­tin­ue, tra­duc­tion et présen­ta­tion de Cécile A. Hold­ban, La Part Com­mune, Rennes, 2019.

Vir­ginia Woolf, Ain­si par­lait – Thus Spoke, dits et maximes de vie choi­sis, traduits de l’anglais et présen­tés par Cécile A. Hold­ban, édi­tion bilingue, Arfuyen, Paris, 2019.

Sán­dor Weöres, Filles, nuages et papil­lons (Lányok, lep­kék, fel­legek), poèmes choi­sis et traduits du hon­grois par Cécile A. Hold­ban, Érès Po&Psy, Toulouse, 2019.

Dezső Kosz­tolányi, Venise, tra­duc­tion du hon­grois et pré­face de Cécile A. Hold­ban, Cam­bourakis, Paris, 2017.

Atti­la József, Le Men­di­ant de la beauté, Le Temps des Ceris­es, Paris, 2014, poèmes traduits du hon­grois par Fran­cis Combes, Cécile A. Hold­ban et Georges Kassai.

DÉCOUVRIR

Site de la Revue Ce qui reste – Jour­nal quo­ti­di­en de son tra­vail de pein­tre sur Insta­gram

Mail : mcguichard@outlook.com

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017). Ter­res natales (La Part Com­mune, 2022) Voir la fiche d’auteur
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