Une revue bre­tonne ouverte sur le monde. Elle s’appelle Spered Gouez (L’esprit sauvage) dont le thème du 32e numéro était « Un est mul­ti­ple ». Près de 30 auteurs et autri­ces y ont apporté leur grain de sel, aux côtés des nom­breuses autres rubriques de la revue.

Spered Gouez paraît une fois par an. La revue, fondée par la poète Marie-Josée Christien, est réal­isée et éditée par le Cen­tre cul­turel Egin dans le cadre du Fes­ti­val du livre en Bre­tagne de Carhaix. Si les racines de cette revue sont fon­da­men­tale­ment bre­tonnes, son esprit d’ouverture la con­duit sur les chemins de la poésie-monde. Dans chaque numéro il est rap­pelé en ouver­ture ces mots du poète Armand Robin : « La Bre­tagne, c’est un univers ou si on veut c’est une patrie mon­di­ale… Cette Bre­tagne uni­verselle, cette Bre­tagne qui n’est pas local­is­able, c’est pour nous le point de vue de l’âme, ce qui est encore plus haut que le point de vue de l’esprit. Il se trou­ve que ce lieu par­fait de l’âme se trou­ve aus­si par nature le lieu par­fait du génie poétique ».

Cette « pro­fes­sion de foi » trou­ve ain­si un écho, dans le numéro 32 de la revue, lors de la ren­con­tre avec Lean­dro Calle, poète et tra­duc­teur argentin, « Poète-monde » dans le sens noble du terme et inter­rogé ici par Louis Bertholom. Lean­dro Calle y avoue (con­cer­nant la France) sa préférence pour Baude­laire et aus­si l’intérêt qu’il apporte à l’œuvre de Jac­cot­tet. Il a livré à la revue deux poèmes dont celui-ci : « Par l’eau ou le feu/Et même le silence/J’ai décidé/De célébr­er mon baptême/Avec la semence de Dieu/C’est-à-dire/ Sa parole chaude/Comme la langue/Fraîchement coupée/D’un esclave ».

Spered Gouez N°32, Egin, 141 pages, 16 Euros.

Des col­lab­o­ra­teurs réguliers de la revue pro­posent dans ce numéro leur regard sur l’œuvre de quelques grands auteurs. Guy Allix nous par­le de Jean Fol­lain (« c’est une œuvre sans fard, elle ne s’impose pas, elle s’immisce en nous, mys­térieuse­ment »), Yan­nick Pel­leti­er nous par­le de l’écrivain et eth­no­logue Ana­tole Le Braz, Marc Gontard de Georges Per­ros (ce « con­tre­bandi­er de la lit­téra­ture » comme il s’appelait lui-même).

Au cœur de la revue, on retrou­ve invari­able­ment la rubrique « Tamm Kreiz » (par référence à la séquence cen­trale d’un air de danse en Bre­tagne). Pour ce numéro c’est l’écrivaine nan­taise Marie-Hélène Prouteau, orig­i­naire de Brest, qui est inter­rogée. « Je suis à présent moins sen­si­ble au fait de racon­ter une fic­tion, con­fie-t-elle à Marie-Josée Christien, qu’au fait de saisir des frag­ments de vie. Cette écri­t­ure frag­men­taire me paraît en phase avec l’état du monde. Je me fais « chif­fon­nière du passé », retenant des objets dépareil­lés, per­dus… ». Marie-Hélène Prouteau vient de pub­li­er Ces mains pour l’inquiétude (éd. Al Manar)

Et pour ce qui est du thème « Un est mul­ti­ple », la dif­férence d’approches des auteurs qui s’expriment sur le sujet mérite vrai­ment le détour. « Oui/nous piéti­nons nos ombres portées/jusqu’à ce jour où l’une d’elles/recouvre nos masques », écrit pour sa part le poète Lau­rent Noël.

Pour com­man­der  la revue. Con­tact : spered.gouez@orange.fr

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017). Ter­res natales (La Part Com­mune, 2022) Voir la fiche d’auteur
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