On con­naît Horace par son célèbre Carpe diem (Cueille je jour) mais ses leçons de sagesse vont bien au-delà de cette for­mule qui a fait sa notoriété. L’écrivain, poète et édi­teur Gérard Pfis­ter nous le démon­tre bien dans un ouvrage qui rassem­ble pas moins de 232 cita­tions de l’auteur latin.

Décidé­ment, les auteurs de la Rome antique sus­ci­tent aujourd’hui une forme de regain d’intérêt. Est-ce l’époque actuelle, tra­ver­sée de drames de toutes natures, qui incite à y puis­er des médi­ta­tions ou réflex­ions val­ables pour notre temps ?  Sans doute, un peu. On pense aux Bucol­iques de Vir­gile « revis­ités » par Frédéric Boy­er sous le titre  Le souci de la terre  (Gal­li­mard, 2024). Pour Horace, (65–8 av.J.-C.), le pro­pos est sans doute un peu dif­férent même si on retrou­ve les deux poètes en accord sur l’amour de la nature. Et d’ailleurs ils se con­nais­saient bien, vivant sous la pro­tec­tion du bien-nom­mé Mécène (proche de l’empereur Auguste) et qui était aus­si leur ami.

Mal­gré tout, Horace était un homme qui avait su garder sa lib­erté et son indépen­dance, lui qui aimait à rap­pel­er qu’il était le fils d’un esclave affranchi. Niet­zsche et Mon­taigne, nous rap­pelle Gérard Pfis­ter dans sa présen­ta­tion, ont fait par­tie de ces grands auteurs qui ont salué sa grande indépen­dance, sa pro­fonde sagesse et ses tal­ents de poète. « Aucun poète, écrivait Niet­zsche, ne m’a procuré le même ravisse­ment artis­tique que celui que j’ai éprou­vé dès l’abord à la lec­ture d’une Ode d’Horace (…) Tout le reste de la poésie devient, à côté de cela, quelque chose de pop­u­laire – un sim­ple bavardage de sentiments ».

Des extraits des Odes (dont le fameux Carpe diem) il y en a dans ce livre, mais aus­si des extraits des Satires et de divers­es Epîtres. Horace y man­i­feste son esprit d’indépendance. « Je ne qué­mande pas les suf­frages de la foule capricieuse », « Qui donc est libre ? C’est le sage, qui se com­mande à lui-même ». 

Ain­si par­lait Horace, dits et maximes de vie choi­sis et traduits du latin par Gérard Pfis­ter, édi­tion bilingue, Arfuyen, 2026, 187 pages, 14 euros.

Horace aimait la soli­tude dont il savourait les bien­faits dans sa vil­la de Tibur (Tivoli) qui lui avait été offerte par Mécène.  « Les olives me nour­ris­sent, la chicorée et les mauves légères ». L’occasion d’exprimer, comme Vir­gile, l’attention qu’il accor­dait à la nature et son désir de la pro­téger. « Chas­se la nature à coups de fourche, elle revient au galop et brise, vic­to­rieuse, les vaines résis­tances ». De bout en bout ce sont ain­si de lap­idaires leçons de sagesse qui émail­lent ce livre. « Il est heureux de peu, celui qui, sur sa table étroite, voit briller la sal­ière pater­nelle, celui dont le pais­i­ble som­meil n’est trou­blé ni par la crainte ni par une vile ambition ».

Cette forme de sobriété heureuse peut s’accommoder des plaisirs du vin. « Pourquoi ne viens-tu pas boire, non­cha­la­m­ment éten­du comme moi sous un haut pla­tane ou ce pin (…) C’est main­tenant qu’il faut boire, main­tenant qu’il faut frap­per le sol de nos dans­es ». Cet amour pour le vin per­met à Gérard Pfis­ter d’établir un par­al­lèle avec le poète chi­nois Li Po (701–762), notam­ment auteur d’une fameuse suite de poèmes inti­t­ulée « Buvant seul sous le lune ». Les deux poètes, à sept siè­cles de dis­tance l’un de l’autre, étaient « l’un comme l’autre de francs buveurs, con­fon­dant allè­gre­ment le goût de la lib­erté et celui du bon vin ». Ce rap­proche­ment entre Horace et Li Po con­tribue à dépous­siér­er un auteur latin dont les appren­tis latin­istes, col­légiens et lycéens d’autrefois, ne gar­daient sou­vent qu’un vague souvenir.

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017). Ter­res natales (La Part Com­mune, 2022) Voir la fiche d’auteur
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