Encore un livre des éditions Tarmac que l’on manipule avec plaisir… je commence ainsi, puisque la première approche du lecteur est celle de l’objet, ici en format à l’italienne, aux pages finement vergées, avec d’entrée, en couverture, une peinture de Jacques Cauda qui sonne comme une annonce du poème… on en trouvera d’autres au fil de la lecture.
Joakim doit son patronyme, Afoutni, à son père maghrébin. Né en France, il lui doit peut-être aussi son goût pour l’Afrique qu’il a commencé à sillonner dès sa dix-neuvième année : l’Éthiopie pour commencer, puis bien sûr le Maghreb, et le Sahel, la Côte d’Ivoire… Nous sommes tous mus par le fantasme des origines, nous aimerions les retrouver, mais c’est un sacré boulot. Imaginez : à raison de deux parents, qui viennent de quatre aïeux, lesquels viennent de huit aïeux, lesquels de seize, et ainsi de suite… au bout de quatre générations nous voilà déjà dotés de seize ancêtres… et ce n’est qu’un début ! Alors, de qui descend-on, au juste ? De combien d’étranges étrangers ?
Il semblerait que pour Joakim Afoutni, l’Afrique fut d’abord une libération :
sur moi
sans horizon cette Afrique bouge
et d’elle j’échappe à l’ancien monde
et l’explosion d’une colère
le ciel n’a pas de pitié
je ne vivrai que de rage
citadin de passage
voyageur d’amertumes
mais aussi une fuite
j’échappais à la réalité par tous les moyens
sachant où aller pour fréquenter du néant
j’écourtais ostensiblement les amitiés de passage
Finalement Joakim Afoutni semble en avoir fait le tour, il comprend que le voyage c’est toujours, aussi, en dedans
pourquoi s’en aller pourquoi voir ailleurs
Le vide nous pousse à l’intérieur

Joakim Afoutni, Crises ivoiriennes, Tarmac, 2026, 74 pages, 15 €.
On le voit, l’écriture est franche et directe, les phrases posées en éclats sur la page, sans ces fioritures censées indiquer qu’on se trouve en poésie, sa poésie est mieux que ça. L’ensemble, dont le début d’écriture remonte à une dizaine d’années, en côte d’Ivoire, ressemble à un journal de bord, – voire le journal d’une initiation à la vie adulte ? Et à l’amour ?
Dans certaines pages on imagine on ne sait quelle femme africaine :
englués pour de bon dans des draps mouillés
nous avons donc échappé à la réalité
de nos funestes gloires il ne reste rien que des braises avortées
Il y aurait été question de sauvagerie, d’odeur de vanille, de folie flamboyante, et de drogues… moralité :
tu m’as dépecé pour te nourrir d’un peu de lumière
ange au cul d’opale
diable sexy prêt à te donner
Il est donc question de trahison : les lumières d’Afrique sont devenues mes linceuls, dit-il… on peut penser qu’il les aimera toujours. N’est-il pas producteur chez AFRIPROD, une société audiovisuelle ?
Tel est le témoignage de cet horrible voyageur. Son périple a pris fin. Aujourd’hui il y a Noé, sept ans, il y a Léa : on se cherchait dans les 4 coins du monde, dit-il. Et il ajoute qu’une étoile les aimantait l’un vers l’autre. Le ciel est enfin reconstitué.
On attend la suite !
Présentation de l’auteur
- Les crises ivoiriennes de Joakim Afoutni - 21 juin 2026
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- Gérard Leyzieux, Je(u) d’avatars - 21 octobre 2025
- Gérard Leyzieux, Tout en tremble - 24 mai 2025
- La revue Triages, cuvée 36 - 5 février 2025
- Danielle Terrien, L’âge du regard, dessin de Marie Alloy - 6 septembre 2024
- Chantal Dupuy-Dunier, Parenthèses - 6 mars 2024
- Luce Guilbaud, La perte que j’habite - 6 février 2024
- spasp, Aphrodite Lamaï et Verkoff l’enjôleur - 6 décembre 2023
- Fulvio Caccia, Ti voglio bene - 21 novembre 2023
- Annie Dana, Le deuil du chagrin - 6 octobre 2023
- Germain Roesz, La collerette était rouge - 22 septembre 2023
- Denis Guillec, Au royaume de ON - 24 janvier 2023
- Pierre d’attente (élément d’un discord) - 29 décembre 2022
- Jean-Christophe Ribeyre, La Relève - 21 septembre 2022
- Didier Jourdren, Le chemin dans l’herbe - 19 juin 2022
- Cécile Guivarch, Cent ans au printemps - 5 juin 2022
- Brigitte Gyr, Partition tombée en poussière - 20 mai 2022
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- Anne Malaprade, Parole, personne - 21 novembre 2021
- Denis Langlois, Le voyage de Nerval - 6 novembre 2021
- BERNARD DEMANDRE, revue DIERESE n°80 - 19 octobre 2021
- Adeline Baldacchino, Notre insatiable désir de magie - 21 septembre 2021
- Valéry Molet, Aucune ancre au fond de l’abîme - 1 septembre 2019















