Les crises ivoiriennes de Joakim Afoutni

Par |2026-06-21T11:34:59+02:00 21 juin 2026|Catégories : Critiques, Joakim Afoutni|

Encore un livre des édi­tions Tar­mac que l’on manip­ule avec plaisir… je com­mence ain­si, puisque la pre­mière approche du lecteur est celle de l’objet, ici en for­mat à l’italienne, aux  pages fine­ment vergées, avec d’entrée, en cou­ver­ture, une pein­ture de Jacques Cau­da qui sonne comme une annonce du poème… on en trou­vera d’autres au fil de la lecture.

Joakim doit son patronyme, Afout­ni, à son père maghrébin. Né en France, il lui doit peut-être aus­si son goût pour l’Afrique qu’il a com­mencé à sil­lon­ner dès sa dix-neu­vième année : l’Éthiopie pour com­mencer, puis bien sûr le Maghreb, et le Sahel, la Côte d’Ivoire… Nous sommes tous mus par le fan­tasme des orig­ines, nous aime­ri­ons les retrou­ver, mais c’est un sacré boulot. Imag­inez : à rai­son de deux par­ents, qui vien­nent de qua­tre aïeux, lesquels vien­nent de huit aïeux, lesquels de seize, et ain­si de suite… au bout de qua­tre généra­tions nous voilà déjà dotés de seize ancêtres… et ce n’est qu’un début ! Alors, de qui descend-on, au juste ? De com­bi­en d’étranges étrangers ?

Il sem­blerait que pour Joakim Afout­ni, l’Afrique fut d’abord une libération :

sur moi
sans hori­zon cette Afrique bouge
et d’elle j’échappe à l’ancien monde

et l’explosion d’une colère

le ciel n’a pas de pitié
je ne vivrai que de rage
citadin de passage
voyageur d’amertumes

mais aus­si une fuite

j’échappais à la réal­ité par tous les moyens
sachant où aller pour fréquenter du néant
j’écourtais osten­si­ble­ment les ami­tiés de passage 

Finale­ment Joakim Afout­ni sem­ble en avoir fait le tour, il com­prend que le voy­age c’est tou­jours, aus­si, en dedans

pourquoi s’en aller                      pourquoi voir ailleurs
Le vide nous pousse à l’intérieur

Joakim Afout­ni, Crises ivoiri­ennes, Tar­mac, 2026, 74 pages, 15 €.

On le voit, l’écriture est franche et directe, les phras­es posées en éclats sur la page, sans ces fior­i­t­ures cen­sées indi­quer qu’on se trou­ve en poésie, sa poésie est mieux que ça. L’ensemble, dont le début d’écriture remonte à une dizaine d’années, en côte d’Ivoire, ressem­ble à un jour­nal de bord, – voire le jour­nal d’une ini­ti­a­tion à la vie adulte ? Et à l’amour ?

Dans cer­taines pages on imag­ine on ne sait quelle femme africaine :

englués pour de bon dans des draps mouillés
nous avons donc échap­pé à la réalité
de nos funestes gloires il ne reste rien que des brais­es avortées

Il y aurait été ques­tion de sauvagerie, d’odeur de vanille, de folie flam­boy­ante, et de drogues… moralité :

tu m’as dépecé pour te nour­rir d’un peu de lumière
ange au cul d’opale
dia­ble sexy prêt à te donner

Il est donc ques­tion de trahi­son : les lumières d’Afrique sont dev­enues mes linceuls, dit-il… on peut penser qu’il les aimera tou­jours. N’est-il pas pro­duc­teur chez AFRIPROD, une société audiovisuelle ?

Tel est le témoignage de cet hor­ri­ble voyageur. Son périple a pris fin. Aujourd’hui il y a Noé, sept ans, il y a Léa : on se cher­chait dans les 4 coins du monde, dit-il. Et il ajoute qu’une étoile les aiman­tait l’un vers l’autre. Le ciel est enfin reconstitué.

On attend la suite !

Présentation de l’auteur

Joakim Afoutni

Né à Nan­cy, Joakim Afout­ni est revenu après vingt ans passés en Afrique comme voyageur et reporter. Il vient de sor­tir un recueil de poésies “Crises ivoiri­ennes”, inspiré par son par­cours entre deux con­ti­nents, son iden­tité d’homme et de métis. Etre poète, pour lui, c’est un beau combat.

Bibliographie

Joakim Afout­ni, Crises ivoiri­ennes, Tar­mac, 2026.

 

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Mathias Lair

Math­ias Lair Liaudet est écrivain, philosophe et psy­ch­an­a­lyste. Il a pub­lié une trentaine de poèmes, romans et nou­velles, d’essais chez une trentaine d’éditeurs qu’on dit « autres ». On trou­ve ses chroniques dans les revue Décharge et Rumeurs ; égale­ment des notes de lec­ture et cri­tiques dans divers­es revues et divers sites. Sous le nom de Jean-Claude Liaudet, il a pub­lié des ouvrages de psy­ch­analyse, et par­fois de poli­tique, chez L’Archipel, Fayard, Flam­mar­i­on, Albin Michel, Odile Jacob. Depuis qu’il a créé, dans les années 80, le CALCRE (Comité des Auteurs en Lutte Con­tre le Rack­et de Édi­tion) il défend le droit des auteurs. Il est actuelle­ment élu au comité de la SGDL (Société des Gens De Lettres).
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