Ani­mée par une équipe édi­to­ri­ale com­posée de Gilles Fab­re, Danièle Duteil et Jean Antoni­ni – tous trois des références dans le domaine du haïku — la revue L’Estran paraît une fois par an. Le qua­trième numéro de cette revue, proche de l’Association Fran­coph­o­ne de haïku (AFH), vient de paraître.

L’édition 2026 de la revue est par­ti­c­ulière­ment con­sis­tante. Elle alterne, comme à l’accoutumée, des haïkus choi­sis d’auteurs venus de divers hori­zons, des arti­cles de fond sur la pra­tique du haïku (essen­tielle­ment au Japon et dans le monde fran­coph­o­ne), ain­si que des inter­views de per­son­nal­ités ou d’écrivains investis dans ce genre lit­téraire. Dans cette édi­tion 2026, c’est Pas­cale Senk qui est longue­ment inter­rogée (elle vient récem­ment de pub­li­er Ciel changeant en Pock­et). « La nano-poésie n’a pas fini de nous éton­ner », s’exclame-t-elle. Pas­cale Senk voy­age, écrit, ani­me des ate­liers d’écriture sur les haïkus. Elle croit au « lien entre la lit­téra­ture et la résilience ». Elle a aus­si la con­vic­tion d’un « lien entre la pra­tique du haïku et notre vie intérieure ».

Dans la rubrique bien iden­ti­fiée « A la source du haïku », Jérôme Dumont nous fait décou­vrir Nanao Saka­ki (né en 1923), haïjin japon­ais qui ren­con­tr­era, à Kyoto, Gary Sny­der et Allen Gins­berg, fig­ures de la Beat Gen­er­a­tion et férus de haïkus. « Saka­ki est une référence sur le plan de l’écologie », note Jérôme Dumont. « Tombée de la voie lactée/Juste main­tenant, toi,/La pre­mière luci­ole ».  Revenir à la source du haïku, c’est aus­si évo­quer la fig­ure de Yam­a­gushi Seishi (1901–1995), con­sid­éré comme l’un des grands inno­va­teurs du haïku, n’hésitant pas à abor­der des thèmes de la vie mod­erne en mon­trant la com­plex­ité de l’existence. « Je relève/la capuche d’un bébé/tout en haut d’une tour ».

L’Estran 2006, The Fish­ing Cat Press, 130 pages, 15 euros. Con­tact : haikuspirit@haikuspirit.org et Seashoreshaiku@gmail.com

Dans un arti­cle « de fond », Makiko Andro-Ueda, qui dis­pense des cours sur la poésie con­tem­po­raine japon­aise à l’Institut Nationale des Langues et Civil­i­sa­tions Ori­en­tales (INALCO), pro­pose avec la col­lab­o­ra­tion de Françoise Marie Thuil­li­er et Bernard Pikeroen, un tour d’horizon de quelques grands thèmes abor­dés par le haïku. Ain­si sur le thème des « Détails de la vie quo­ti­di­enne », com­ment ne pas être sen­si­ble à ce haïku de Azu­mi Atsushi (1907–1988) : « Pre­mier train de l’année/l’amour de mon enfant  aussi/est à bord.

Le trio édi­to­r­i­al de la revue n’est pas en reste. Gilles Fab­re inven­to­rie dans un arti­cle « L’esprit du haïku et l’esprit du lieu ». Danièle Duteil revient sur une vis­ite dans l’île japon­ais de Sodoshi­ma où le grand Hosaï (1885–1926) ter­mi­na sa vie et écriv­it notam­ment ses « haïkus du bout du monde ». Jean Antoni­ni, lui, nous dit com­ment le haïku est l’art de « se rap­procher de la nature » et surtout l’art d’être atten­tif. Il cite, à titre d’exemple ce haïku de la Française Veronique Dutreix : « L’été n’est plus là/je dis­tingue mieux/le chant du rouge-gorge ». Jean Antoni­ni nous par­le aus­si de l’art « d’entrer en con­tact », « d’être en phase », « de garder mémoire »…

Mais s’il y a bien un sujet de polémique ou de con­tro­ver­s­es sur le haïku, c’est bien celui de la pos­si­bil­ité ou non d’utiliser la métaphore. C’est Bernard Pike­o­ren qui nous éclaire là-dessus, tan­dis que Pierre Gondran (dit Remoux) apporte un éclairage inédit sur le kire­ji japon­ais, autrement dit le mot de coupe ou de césure dans le haïku.

Enfin, on notera cet arti­cle de néo­phyte, signé du poète Bernard Gras­set qui racon­te avoir écrit en 2019 son pre­mier haïku, un genre poé­tique qu’il juge d’abord, et à juste titre, « enrac­iné dans une expéri­ence de vie ».

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017). Ter­res natales (La Part Com­mune, 2022) Voir la fiche d’auteur
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