Tout sur la traduction !

Com­ment la tra­duc­tion a‑t-elle évolué à tra­vers les siè­cles ? Quels sont les impacts de l’IA sur la tra­duc­tion ? Com­ment devient-on tra­duc­teur ? Que penser de la retra­duc­tion de grands auteurs ? Que dis­ent les tra­duc­teurs de leur métier ?…

Philippe Bar­rot, édi­teur sous le sim­ple acronyme PhB, pub­lie le tren­tième numéro de ses Chroniques du çà et là. Il définit ain­si sa revue : « une forme de textes hybrides pris entre le lit­téraire et le jour­nal­is­tique, des textes courts, exp­ri­mant un moment d’écriture (frag­ment de jour­nal, remar­que, prose poé­tique) ne trou­vant leur place qu’à tra­vers l’espace men­tal « revue ». Pour lui, une revue est « une chose ani­mée de ten­sions diver­gentes », d’où son nom. 

Chaque numéro rassem­ble des textes et images autour de thé­ma­tiques var­iées, telles que Le mythe de Franken­stein, Poèmes au féminin, Le long du Mékong, Mémoires d’objets, Ver­tiges…  Le dernier numéro est titré Tra­duc­tion, Trans­parences, reflets. Il a été pré­paré par une équipe de tra­duc­teurs qui a été amenée, suite à des con­flits internes, à quit­ter l’ATLF (asso­ci­a­tion des tra­duc­teurs lit­téraires de France).

La revue s’ouvre sur un pre­mier arti­cle titré « Le plus vieux méti­er du monde ». Est-ce parce que la pro­fes­sion est surtout fémi­nine ? Sur les douze prési­dents qu’a con­nu l’ATLF, on ne dénom­bre que trois hommes. Nicole Thiers retrace à grands traits l’histoire de la tra­duc­tion depuis l’antiquité : qu’aurait été la civil­i­sa­tion romaine sans la tra­duc­tion des textes grecs ? De même, les tra­duc­teurs de la Mai­son de la Sagesse de Bag­dad sauvèrent les philosophes grecs et romains de l’oubli en les traduisant en arabe : sans eux, notre Renais­sance aurait-elle existé ? On com­prend com­ment, en per­me­t­tant le dia­logue entre les cul­tures, la tra­duc­tion a con­tribué à façon­ner notre monde. 

Chroniques du çà et là, n°30, automne 2026, 14 €.

Bien sûr, il est ques­tion de traduire sans algo­rithme. Trop sou­vent, le tra­duc­teur fait main­tenant de la « post-édi­tion » : il tra­vaille à par­tir de deux sources : une pre­mière tra­duc­tion arti­fi­cielle réal­isée par l’IA et le texte orig­inel. L’éditeur béné­fi­cie ain­si d’un gain de temps, ce qui lui per­met de dimin­uer la rémunéra­tion du tra­duc­teur, alors que celui-ci est astreint à une dou­ble tâche. 

C’est que la tra­duc­tion lit­téraire reste un arti­sanat du sen­si­ble. Pour Michel Volkovitch, traduire de la prose ou de la poésie, ou encore du théâtre, relève de la même dis­ci­pline. Une fois que l’on a com­pris le sens, dit-il, c’est alors que le tra­vail com­mence : « traduire, c’est avant tout de la musique. On fait danser les mots » Il s’agit donc de « ren­dre » un style autant qu’une signification…

Quelques arti­cles trait­ent de la lit­téra­ture jeunesse, dont un bel exem­ple de mul­ti­ples tra­duc­tions d’un pas­sage d’Alice au pays des mer­veilles : Le sexe de la che­nille. C’est que traduire con­siste sou­vent à retraduire, par exem­ple dans le cas des Frères Kara­ma­zov. L’évolution des sen­si­bil­ités néces­site sou­vent de telles repris­es des grandes œuvres. On peut ajouter que de toutes façons, c’est le lecteur qui fait le livre, le tra­duc­teur aus­si. Cha­cun d’eux fait ressor­tir des facettes dont l’auteur lui-même n’était peut-être pas con­scient. Puisque la lec­ture dans grand texte est infinie : à chaque relec­ture on décou­vre autre chose…

On trou­vera égale­ment une ques­tion qui sem­ble obséder les tra­duc­teurs : com­ment traduire le nom des per­son­nages. Et aus­si quelques pré­cieux témoignages : pour Dominique Nedel­lec, « le tra­duc­teur est une grenouille comme les autres » : il est amphi­bie par néces­sité. Olivi­er Le Lay témoigne d’une pra­tique sin­gulière : il apprend par cœur les trois pages qu’il va traduire, puis il marche en les répé­tant afin de s’imprégner de leur musique, de leur rythme. De retour chez lui, il traduit… Nico­las Richard a la chance de ne traduire que des romans qui l’enthousiasment, il est heureux de pass­er une année entière avec un seul livre, dans une manière de dia­logue avec son auteur.

La revue est illus­trée par des pho­togra­phies de Nicole Thiers.

mm

Mathias Lair

Math­ias Lair Liaudet est écrivain, philosophe et psy­ch­an­a­lyste. Il a pub­lié une trentaine de poèmes, romans et nou­velles, d’essais chez une trentaine d’éditeurs qu’on dit « autres ». On trou­ve ses chroniques dans les revue Décharge et Rumeurs ; égale­ment des notes de lec­ture et cri­tiques dans divers­es revues et divers sites. Sous le nom de Jean-Claude Liaudet, il a pub­lié des ouvrages de psy­ch­analyse, et par­fois de poli­tique, chez L’Archipel, Fayard, Flam­mar­i­on, Albin Michel, Odile Jacob. Depuis qu’il a créé, dans les années 80, le CALCRE (Comité des Auteurs en Lutte Con­tre le Rack­et de Édi­tion) il défend le droit des auteurs. Il est actuelle­ment élu au comité de la SGDL (Société des Gens De Lettres).
[print-me]