Michel Bourçon, où seul chasse le vent

Par |2026-11-06T10:48:54+01:00 6 novembre 2026|Catégories : Critiques, Michel Bourçon|

au sol­stice d’hiv­er de l’être

Ce vers extrait d’un vers du dernier opus de Michel Bourçon, où seul chas­se le vent, aurait pu en con­stituer le titre. L’au­teur se situe, comme sou­vent, dans cette péri­ode où la durée du jour est la plus courte, enten­dons par là à la fois l’âge (le vieil­lisse­ment et le nom­bre d’an­nées moin­dre qu’il reste à franchir) et l’humeur qu’une lumière rare et plutôt pâle tente d’é­clair­er dans une ambiance plutôt brumeuse, spleené­tique : Michel aurait pu faire sien le poème de Baude­laire : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un cou­ver­cle / Sur l’esprit gémis­sant en proie aux longs ennuis …

On a, sans con­teste, une con­ti­nu­ité dans l’oeu­vre de ce poète pro­lixe qui écrivait dans Corps hab­it­able (Sinope édi­tions) : finale­ment vivre / n’est peut-être que cela / être là posé comme une chose / par­mi les autres / avec tout ce que l’on porte / et dont il ne restera rien / avec le petit feu de toutes les paroles / dans le temps / que malmène le vent qu’il for­mulera ain­si dans son récent livre : on ne vit que peu / dans l’in­stant / fra­cassé par le monde

 En effet, chez Michel Bourçon, le plus sou­vent, le passé s’of­fre ébou­rif­fé / sans se résoudre à mourir

deux bras deux mains posés à plat
et un tronc que sur­monte
une tête fatiguée de tout
émer­gent d’une table
en ce début d’après-midi de novem­bre
déjà tout con­tre la nuit
tout con­tre rien
alors que dans le crâne
tour­bil­lon­nent des morts
simul­tané­ment les yeux s’ou­vrent
sur le dehors et le dedans
empi­lent les corps à la va-vite
puis les recou­vrent d’om­bres erra­tiques
dans l’ou­bli de soi

Michel Bourçon, où seul chas­se le vent, édi­tions Al Man­ar, 2025, 86 pages, 20 €

 

L’ou­bli de soi, ou des retrou­vailles plus apisées, Michel Bourçon les trou­ve par­fois dans une sorte d’a­ban­don contemplatif :

c’est un matin calme
où s’ac­crois­sent les lueurs
où l’on s’éveille
comme pour aller
au-devant de soi

voir s’é­pan­dre la bon­té
dans ce jour ajouté au jour

fer­mer les yeux
sur cette belle sai­son en tête
pour écouter en nous
cette pluie sereine.

Ou dans ces instants de prom­e­nade : on ramasse une plume / et c’est le mys­tère de l’oiseau dis­paru / que l’on recueille en main / dans ce seul geste ce petit mou­ve­ment / on s’est oublié Et encore : on ne dira jamais / assez la beauté / d’une vache / broutant pais­i­ble­ment / le monde entier

Le ciel est très présent :

sou­vent le ciel
qui laisse traîn­er
ses nuages partout
recou­vre d’om­bre le paysage
comme on ramène au lit
une cou­ver­ture sur soi

Un ciel, syn­onyme de tran­quil­lité, mais qui fait aus­si défaut :

il manque du ciel
ici où la mémoire
occupe toute la pièce
nous com­prime
comme on tasse
de la terre dans un pot

Au sol­stice de sa vie, Michel Bourçon com­pose une pein­ture de ses états d’âme, dans un camaïeu de gris certes, mais avec un désir de quié­tude au bout du chemin :

on attend le soir
un oiseau
comme si tout deve­nait plus simple

 

Présentation de l’auteur

Michel Bourçon

Né en 1963, il vit et tra­vaille à Nev­ers. Il a pub­lié de nom­breux recueils de poésie chez dif­férents éditeurs.

© Crédits pho­tos Michel Durigneux.

Bibliographie 

Tout con­tre rien.

Trans­parence, Le Jeu des Tombes, 1989

Fleur obscène de la pluie, Pold­er / Décharge, 1990

Un soir, un train, La Bar­tavelle, 1991

Les heures immo­biles, Echo Optique, 1993

Je ne sais pas la pluie, L’Ar­bre à Paroles, 1993

Dernière touche à l’ou­bli, Pold­er / Décharge, 1993

Car­nets de petits riens, Les Car­nets du Dessert de Lune, 1995

Quai des mariniers, L’épi de sei­gle, 1996

Per­ma­nence des chiens, édi­tions JCB, 1997

De nous, Le pré car­ré, 1998

Six études de l’au­tomne, Franche Lip­pée, 1998

Vivre est tout près, Les Car­nets du Dessert de Lune, 1999

Pour si peu, Gros Textes, 1999

Un mas­sacre, Rafael de Sur­tis, 1999

Pour répon­dre au vide, Franche Lip­pée, 2000

De la route, Don­ner à voir, 2000

Poèmes de peu, L’Ar­bre à Paroles, 2002

C’est la mer, Le pré car­ré, 2002

Comme une terre, Gros Textes, 2002

Quelque chose comme la paix, le calme, Les Car­nets du Dessert de Lune, 2002

Les feuilles tombent même au print­emps, Les Arêtes, 2005

Peu dans le bleu, Les Arêtes, 2005

Pra­tique de l’ef­face­ment, Le Dé bleu / L’Idée Bleue, 2007

D’un retour d’é­clair­cie, accom­pa­g­né d’en­cres de Jean-Claude Pirotte, Les Arêtes, 2011

Et ain­si les arbres, édi­tions Poten­tille, 2012

Les rues plu­vieuses n’iront pas au ciel, Les Car­nets du Dessert de Lune, 2014

Jean Rustin, La vie échouée, édi­tions la tête à l’en­vers, 2014

Le moin­dre geste, Le pré car­ré, 2015

Ce peu de soi, édi­tions la tête à l’en­vers, 2016

Demeure de l’ou­bli, PI sage intérieur, 2016 

A soi le loin­tain, Faï fioc, 2017

A l’ar­bre que l’on devient, Le Phare du Cous­seix, 2017

De ce que regarde le moin­dre oiseau, Le Coudri­er, 2018

Là seule, Les Car­nets du Dessert de Lune (col­lec­tion Dessert), 2018

Marges de la lumière suivi de J’ai déjà tant vieil­li depuis que je suis mort, Gros Textes, 2018

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Jean-Christophe Belleveaux

Jean-Christophe Belle­veaux est né en 1958 à Nev­ers. Il a fait des études de Let­tres Mod­ernes et de Langue Thaï. Grand voyageur, il a égale­ment ani­mé la revue de poésie Comme ça et Autrement durant sept années. Il a béné­fi­cié de deux rési­dences d’écri­t­ure (une à Rennes, l’autre à Mar­ve­jols) et a beau­coup pub­lié. Bib­li­ogra­phie : •Com­ment dire ? co-écrit avec Corinne Le Lep­vri­er, Édi­tions La Sirène étoilée, 2018 •Ter­ri­toires approx­i­mat­ifs, Édi­tions Faï fioc, 2018 •Pong, Édi­tions La tête à l’en­vers, 2017 •L’emploi du temps, Édi­tions le phare du cous­seix, 2017 •cadence cassée, Édi­tions Faï Fioc, col­lec­tion “cahiers”, 2016, •Frag­ments mal cadas­trés, Édi­tions Jacques Fla­ment, 2015 •L’in­quié­tude de l’e­sprit ou pourquoi la poésie en temps de crise ? (ouvrage col­lec­tif de réflex­ion de 21 auteurs), Édi­tions Cécile Defaut, 2014 •Bel échec co-écrit avec Édith Azam, Le Dernier Télé­gramme, 2014 •Démo­li­tion, Les Car­nets du dessert de Lune, 2013 •ces angles raturés, ô labyrinthe, Le Frau, 2012 •Épisode pre­mier, Raphaël De Sur­tis, 2011 •CHS, Con­tre Allées, 2010 •Machine Gun, Poten­tille, 2009 •La Fragilité des pivoines, Les Arêtes, 2008 •La quad­ra­ture du cer­cle, Les Car­nets du dessert de Lune, 2006 •soudures, etc., Pold­er / Décharge, 2005 •Cail­lou, Gros Textes, 2003 •Nou­velle approche de la fin, Gros Textes, 2000 •Géométries de l’in­quié­tude (nou­velles), Ed. Rafaël de Sur­tis, 1999 •Dans l’e­space étroit du monde, Wig­wam, 1999 •Pous­sière des lon­gi­tudes, ter­mi­nus, Ed. Rafaël de Sur­tis, 1999 •le com­pas brisé, Pays d’Herbes, 1999 •Car­net des états suc­ces­sifs de l’ur­gence, Les Car­nets du dessert de Lune, 1998 •Le fruit cueil­li, Pré Car­ré, 1998 •Bar des Pla­tanes, L’épi de sei­gle, 1998 •sédi­ments, Pold­er / Décharge, 1997 •L’autre nuit (avec Yves Humann), édi­tions Saint-Ger­main-des Prés, 1983 En antholo­gies : •Nous la mul­ti­tude, antholo­gie réal­isée par Françoise Coul­min aux édi­tions du Temps des ceris­es, 2011 •Dehors, antholo­gie sans abris, édi­tions Janus, 2016 •Plus de cent fron­tières (par­tic­i­pa­tion à l’an­tholo­gie), édi­tions pourquoi
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