au solstice d’hiver de l’être
Ce vers extrait d’un vers du dernier opus de Michel Bourçon, où seul chasse le vent, aurait pu en constituer le titre. L’auteur se situe, comme souvent, dans cette période où la durée du jour est la plus courte, entendons par là à la fois l’âge (le vieillissement et le nombre d’années moindre qu’il reste à franchir) et l’humeur qu’une lumière rare et plutôt pâle tente d’éclairer dans une ambiance plutôt brumeuse, spleenétique : Michel aurait pu faire sien le poème de Baudelaire : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle / Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis …
On a, sans conteste, une continuité dans l’oeuvre de ce poète prolixe qui écrivait dans Corps habitable (Sinope éditions) : finalement vivre / n’est peut-être que cela / être là posé comme une chose / parmi les autres / avec tout ce que l’on porte / et dont il ne restera rien / avec le petit feu de toutes les paroles / dans le temps / que malmène le vent qu’il formulera ainsi dans son récent livre : on ne vit que peu / dans l’instant / fracassé par le monde
En effet, chez Michel Bourçon, le plus souvent, le passé s’offre ébouriffé / sans se résoudre à mourir
deux bras deux mains posés à plat
et un tronc que surmonte
une tête fatiguée de tout
émergent d’une table
en ce début d’après-midi de novembre
déjà tout contre la nuit
tout contre rien
alors que dans le crâne
tourbillonnent des morts
simultanément les yeux s’ouvrent
sur le dehors et le dedans
empilent les corps à la va-vite
puis les recouvrent d’ombres erratiques
dans l’oubli de soi

Michel Bourçon, où seul chasse le vent, éditions Al Manar, 2025, 86 pages, 20 €
L’oubli de soi, ou des retrouvailles plus apisées, Michel Bourçon les trouve parfois dans une sorte d’abandon contemplatif :
c’est un matin calme
où s’accroissent les lueurs
où l’on s’éveille
comme pour aller
au-devant de soi
voir s’épandre la bonté
dans ce jour ajouté au jour
fermer les yeux
sur cette belle saison en tête
pour écouter en nous
cette pluie sereine.
Ou dans ces instants de promenade : on ramasse une plume / et c’est le mystère de l’oiseau disparu / que l’on recueille en main / dans ce seul geste ce petit mouvement / on s’est oublié Et encore : on ne dira jamais / assez la beauté / d’une vache / broutant paisiblement / le monde entier
Le ciel est très présent :
souvent le ciel
qui laisse traîner
ses nuages partout
recouvre d’ombre le paysage
comme on ramène au lit
une couverture sur soi
Un ciel, synonyme de tranquillité, mais qui fait aussi défaut :
il manque du ciel
ici où la mémoire
occupe toute la pièce
nous comprime
comme on tasse
de la terre dans un pot
Au solstice de sa vie, Michel Bourçon compose une peinture de ses états d’âme, dans un camaïeu de gris certes, mais avec un désir de quiétude au bout du chemin :
on attend le soir
un oiseau
comme si tout devenait plus simple
Présentation de l’auteur
- Michel Bourçon, où seul chasse le vent - 6 novembre 2026
- Autour des éditons Épousées par l’écorce : Étienne Vaunac, Guillaume Artous-Bouvet - 6 septembre 2026
- Jean-Jacques Marimbert, Carnaval - 6 septembre 2026
- Autour des éditions Épousées par l’écorce : d’Étienne Vaunac, Guillaume Artous-Bouvet - 6 janvier 2026
- Autour des éditions de La Crypte : Sara Balbi Di Bernardo, Emmanuel Merle, Clément Bondu - 6 septembre 2025
- Rémi Letourneur, L’odeur du graillon - 29 juin 2025
- Autour des éditions Alidades : Filippo De Pisis, Mais un peu de ta grâce, José Ángel Leyva, LES TROIS QUARTS / TRES CUARTAS PARTES - 6 mai 2025
- Isabelle Lévesque, Passer outre - 6 mars 2025
- Autour des éditions de La Crypte : Romain Frezzato et Benjamin Porquier - 6 mars 2025
- Autour des éditions Alidades : José Ángel Leyva et Filippo De Pisis - 6 janvier 2025
- Les Carnets du Dessert de Lune : Lune de Poche ! - 6 novembre 2024
- Autour des éditions Aux cailloux des Chemins : Matthieu Lorin, Dominique Boudou et Thierry Roquet. - 6 septembre 2024
- Jean-Louis Rambour aux éditions L’herbe qui tremble - 6 mai 2024
- Béatrice Libert, Comme un livre ouvert à la croisée des doutes - 6 avril 2024
- Claude Favre, Thermos fêlé - 1 mars 2024
- Richard Rognet, Dans un nid de flammes - 6 février 2024
- Autour des éditions L’Herbe qui Tremble : Philippe Mathy, Derrière les maisons, Judith Chavanne, De mémoire et de vent - 6 janvier 2024
- Kaled Ezzedine, Loin - 21 décembre 2023
- Les Cahiers du Loup bleu - 29 octobre 2023
- Philippe Leuckx, Matière des soirs - 20 mai 2023
- Benjamin Torterat, L’Etendue passionnelle - 29 avril 2023
- Loïc Demey, Jour Huitième - 21 avril 2023
- Emmanuel Echivard, Pas de temps - 6 avril 2023
- Gustavo Adolfo Bécquer, Rimes - 20 mars 2023
- Ángelos Sikelianós, Le Visionnaire - 6 mars 2023
- Un Sicilien très français : Andrea Genovese - 21 février 2023
- Jacques Vandenschrick, Tant suivre les fuyards - 24 janvier 2023
- Matthieu Lorin, Souvenirs et grillages suivi de Proses géométriques et Arabesques arithmétiques - 21 décembre 2022
- Marilyne Bertoncini et Florence Daudé, Aub’ombre, Alb’ombra - 4 décembre 2022
- Philippe Lekeuche, L’épreuve - 21 novembre 2022
- Une flânerie à travers la poésie contemporaine mexicaine - 6 juillet 2019
- Eric DUVOISIN, Ordre de marche - 31 mai 2017
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