> Jean Maison, “Fragment”

Jean Maison, “Fragment”

Par | 2018-02-24T10:59:42+00:00 11 juillet 2012|Catégories : Critiques|

Il peut paraître étrange qu’un seul poème fasse figure de recueil entier, même si cette sur­prise est tem­pé­rée par la connais­sance que l’on peut avoir du tra­vail édi­to­rial effec­tué par Laurent Albarracin avec Le Cadran ligné, puisque le poète du beau Secret secret paru il y a peu chez Flammarion a comme espoir et désir sans cesse renou­ve­lé de créer une suc­ces­sion de recueils conte­nant un seul poème qui paraî­trait à l’acmé de sa forme, tra­vaillant en pro­fon­deur la notion d’image, et pour­rait être en soi aus­si abou­ti qu’un ensemble de textes, n’appelant pas for­cé­ment d’autres poèmes dans son entour.

Le frag­ment est pen­sé comme essen­tiel dans ce recueil. Autrement dit, le frag­ment est révé­lé comme essen­tiel, au tra­vers de ce recueil, dans la poé­tique de Jean Maison. Il est en effet ce qui per­met au dire d’affleurer, dans sa sin­gu­la­ri­té de Parole d’avant la-parole-du-dis­cours, c’est-à-dire d’avant la parole com­mune.

Il n’est jamais ce qui des­sine les contours d’un manque qui para­doxa­le­ment le consti­tue­rait en propre autant qu’il creu­se­rait sa beau­té, c’est-à-dire d’une ellipse, d’un manque-à-dire par rap­port à un dis­cours qui serait déjà ins­ti­tué, cou­ché sur le papier. Il n’est jamais pen­sé comme approxi­ma­tion d’une forme qui ne serait pas par­ve­nue, faute de temps, faute de contexte, à son plein accom­plis­se­ment. Il est, tout au contraire, ce qui nous dévi­sage à titre de sin­gu­la­ri­té non soluble entiè­re­ment dans les tours et détours que pro­pose le lan­gage pour réson­ner à notre intel­lec­tion autant qu’à notre ima­gi­naire, réson­ner avec force, c’est-à-dire avec véri­té.

Ce qui est (notam­ment) sin­gu­lier chez Jean Maison, c’est à quel point le poème nous happe, nous appelle avec véri­té (jus­te­ment), nous fait bas­cu­ler dans son être de poème, dans sa chair de poème et dans l’ouverture sur le non-dit que l’irruption de la belle étran­ge­té du « à » (je vous laisse vous repor­ter au poème) et la forme du texte ins­taurent.
Cette ouver­ture sur le non-dit est per­mise tout à la fois par la per­fec­tion for­melle du poème et par sa soli­tude qui est une double invi­ta­tion : une invi­ta­tion à ce que notre ima­gi­naire pour­suive la lec­ture jusque dans notre vie la plus quo­ti­dienne et une invi­ta­tion à revoir et revivre toute la poé­sie de Jean Maison telle que l’on peut non l’appréhender, non l’expérimenter mais bien la vivre au quo­ti­dien, avec bon­heur.