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Notre Songe 11 à 15

Par | 2018-05-25T09:14:52+00:00 13 mai 2016|Catégories : Chroniques|

 

notre Songe

11

 

 

veoir choses
tant mer­veilleuses

et disoie
en moy mesme

les frag­mens
de la saincte anti­qui­té

les ruines
et bri­sures

(dire
écrire)

je sen­ty à tra­vers ces ruines
comme un remuer d’oiseaux

*

 

(un frag­ment)

adonc
per­dy coeur

je me four­ray
à l’adventure

dedans ces ténèbres
exquises

tenant ma vie
comme pour per­due

°°°

 

12

 

 

et fuyant par voies obliques
où je per­dy entiè­re­ment la clair­té

de sorte
que je ne savoie juger

si j’estoie dedans le laby­rinthe
de Dedalus l’ingénieux

tant y avoit de che­mins tor­tuz
sen­tiers

ruelles
portes

et tra­verses
pour faillir

*

et oublyer
l’yssue

°°°

 

13

 

j’appercey
de loing

une
petite lumière

j’y cou­ru
à grande joye

quand je fu arri­vé
près

je vey
que c’estoit une lampe

tous­jours ardante

je renon­çay
à tous les dési­rs de mou­rir

aus­quelz m’estoie
peu aupa­ra­vant
accor­dé

et recom­men­çay
mes pen­sées amou­reuses

*

Toi

une œuvre
mira­cu­leuse

à sça­voir
une fon­taine sans fin

roses
myrte

suzeau
menthe

fleurs
d’orenges

°°°

 

14

 

 

Amour fait sou­dain voyle
esten­dant ses aelles dorées
embel­lies de toutes cou­leurs

*

nous ne pou­vons plus
nous offrir
ces plai­sirs de l’attente 

un grand che­val
un Éléphant de mer­veilleuse gran­deur
et une porte magni­fique

°°°

 

15

 

 

la mer
sous la mer

la diver­si­té des pierres pré­cieuses
avec leurs ver­tuz natu­relles

le pas­se­temps
d’une danse

*

 

une mélo­die délec­table
enten­due

 

 

°°°°°
°°°

En hom­mage au deve­nir, parce que pas­sé et pré­sent de la langue sont là en chaque ici et main­te­nant et demain, ces poèmes sont faits – prin­ci­pa­le­ment – de mots ayant trou­vé – beau – domi­cile dans l’ouvrage sui­vant :

Francesco Colonna, Le Songe de Poliphile [tra­duc­tion de Hypnerotomachia Poliphili], pré­sen­té par Albert-Marie Schmidt, Paris, Club des libraires de France, Les libraires asso­ciés, 1963 (repro­duc­tion en fac-simi­lé de l'édition de Paris, J. Kerver, 1546, parue sous le titre Hypnerotomachie ou Discours du songe de Poliphile).

 

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