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Notre songe : 21 à 25

Par | 2018-05-25T07:33:58+00:00 17 juin 2016|Catégories : Chroniques|

 

notre Songe

21

 

elle
la mer

: ce bon sou­pir
la feit tant belle

*

 

(un frag­ment)

nostre
nuit

avoit
les lèvres entr’ouvertes

comme si elle eust vou­lu
reprendre son haleine

 

— —  —  —  —  — –

 

22

 

nostre nuit

der­rière sour­doit
un arbre bien fueillu

abon­dant en fruict
et char­gé d’oyselets

qui sem­bloient chan­ter
et induire les gens

au beau songe

*

le jour

nous pres­soit
d’aller plus avant

et ne savoie où nous emme­ner

 

— —  —  —  —  — –

 

23

 

les dou­leurs
quand elles nous eurent

apper­ceu
s’

arres­terent

et ces­sèrent de chan­ter
se regar­dans sans mot dire

en sorte qu’il sem­bloit
qu’elles feussent esba­hies

de nous veoir
comme si ce leur eust esté

chose estrange et nou­velle
puis se joi­gnans ensemble

furent un petit de temps
se mur­mu­rant à l’oreille

*

les dou­leurs

une
des cinq

la plus har­die
se prit à dire

: Qui es tu ?

— —  —  —  —  —  — –

 

24

 

le songe

: ce
lieu

*

ce lieu est
le manoir

de tout
plai­sir

où tu pour­ras
deve­nir

bien­heu­reux

— —  —  —  —  —  —  — –

 

25

 

le jour
et la nuit

ceste alliance
est com­po­sée

d’une concorde
si per­fecte

qu’entre nous
y a vraie

union
per­pé­tuelle

*

nous regar­dant

nous demou­rons
en cest air

et païs salu­taire
ver­doyant d’herbes

fleurs
sou­ve­rai­ne­ment agréables

à la veue

nous regar­dant
nous demou­rons

en ce païs fer­tile
de tous biens

envi­ron­né de cotaux fruc­tueux
habi­té de bestes débon­naires

rem­ply de toutes volup­tez

 

En hom­mage au deve­nir, parce que pas­sé et pré­sent de la langue sont là en chaque ici et main­te­nant et demain, ces poèmes sont faits – prin­ci­pa­le­ment – de mots ayant trou­vé – beau – domi­cile dans l’ouvrage sui­vant :

Francesco Colonna, Le Songe de Poliphile [tra­duc­tion de Hypnerotomachia Poliphili], pré­sen­té par Albert-Marie Schmidt, Paris, Club des libraires de France, Les libraires asso­ciés, 1963 (repro­duc­tion en fac-simi­lé de l'édition de Paris, J. Kerver, 1546, parue sous le titre Hypnerotomachie ou Discours du songe de Poliphile).

 

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