> Le poème pour dire les poètes contemporains : Bernard Chambaz

Le poème pour dire les poètes contemporains : Bernard Chambaz

Par | 2018-02-25T04:48:44+00:00 25 octobre 2013|Catégories : Blog|

Note : Le prin­cipe de cette chro­nique est le sui­vant : Matthieu Gosztola écrit à chaque fois un poème « sur » l’œuvre d’un poète contem­po­rain. Ce poème a pour fonc­tion, de par et le sens qu’il véhi­cule et le recours à la forme qui le consti­tue en tant que poème, de dire quelque chose de cette œuvre et de son mou­ve­ment.

A la suite de son propre poème, Matthieu Gosztola pro­pose plu­sieurs poèmes du poète en ques­tion.

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le
fra­cas

d’un monde
qui se ferme

le
monde

notre
monde

le fra­cas
inté­rieur

d’un monde
qui se

et qui
nous

 

*

 

le
fra­cas

entraîne
en son

fond
ce qui

en nous
est vivant

c’est

 

*

 

l’
impos­sible

à pen­ser
cet impen­sable

qui englobe
tout

et qui
nous fait perdre

le sens
perdre

jusqu’à
la signi­fi­ca­tion

des
phrases

c’
est

 

*

 

c’est la
mort

d’un enfant
son

enfant
mort

que dit
le poème

par séquences
par chants

 

*

 

l’impossible
à dire

se
retrouve

jusque
dans le

pré­nom
mar­tin

deve­nu
petit m-pêcheur

 

*

 

qui
s’envole

tou­jours
au-des­sus de

quel
pay­sage

et
revient

 

*

 

mais
ber­nard cham­baz

fait sur
tout

avan­cer
la vie

par
le poème

 

*

 

avec
lui

 

*

 

faire avan­cer
la vie

avec le poème
qui vient

dire les
voyages

: l’embrasement
doux

du
corps avec

le feu
de

l’
espace

douce
ment vécu

 

*

 

cham­baz
porte

l’amour
dans

le
poème son

amour
pour

une
femme

 

*

 

atta­che­ment
qu’on ne peut

pas
alté­rer

vécu
dans la can­deur

d’un renou­veau
per­pé­tuel

comme
si tous les jours

étaient le pre­mier
jour

 

*

 

l’amour
d’une

vie qui
fait

que la vie
va avec la vie

sans
un  heurt

qui soit
la fin

 

*

 

celle
de

la
beau­té

 

*

 

repre­nons
résu­mons

été de
cham­baz :

la mort
une mort

la mort
est

un texte
ouvert

qui contient
un vide


mesu­ré

que le
poème

fait
chan­ter

par
séquences

mais
la vie

module
notre chant

de
vie

en
nous

notre
chant

de
vie

la vie
le poème

 

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Sélection de poèmes de Bernard Chambaz par Matthieu Gosztola

Hier l'Ascension
Un bon jour pour mon­ter
Là-haut
Voir ce que sont deve­nues nos fleurs
A cause du soleil qui ne démord pas
Même la nuit
Il fait chaud
Pour tout le monde les fleurs le Fils mort sur son petit
Nuage peint au jaune d'œuf à même le mur d'église
L'amande la man­do­line
Murmure je t'abandonne mon­mous­seau
Mon petit m-pêcheur
Comment faites-vous cher Nanni Moretti pour arbo­rer
un sou­rire pareil et lever les bras en signe de triomphe
Oui com­ment
et nous deux à Monmousseau
age­nouillés au-des­sus
du vide
occu­pés à
net­toyer effeuiller redis­po­ser arro­ser essuyer
ne pas pen­ser
le moins pos­sible et par­ler un peu
les fois où ça ne va pas trop mal
ver­ser
les seaux d'eau
pas loin du soir
parce qu'il fait beau et chaud depuis une semaine sans
désem­pa­rer
comme tant
d'étés où nous avons tous les cinq gran­di

 

« Séquence 153 », Eté

 

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Petit cumu­lus éva­po­ré dans cette fin d'après-midi
D'une fin d'été
Le même début
Juin quand tu joues (à être) immor­telle
Un ciel nu la lin­ge­rie deve­nue inutile
La lune qui vole­rait
Vers
Ton petit coli­bri émou­vant
Mon cœur prêt à sor­tir de sa cage
Grain de beau­té grain de la peau encore
Impensablement douce sous ma paume
Les mots situés
Dans le vers comme
Une vibra­tion obs­ti­née un ensemble d'accords
Qui res­semble à ce que nous sommes. A ce que
Nous serons tant que nous serons
En vie
Et le blanc dis­sé­mi­né en chaque poème
Suggère qu'on s'aime comme on s'aime
Avec pas trop de calme
Et que la terre entière
Va à l'aventure
Une pluie rose
Ton petit coli­bri déci­dé­ment sen­sa­tion­nel

« Séquence 156 », Eté

 

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à par­tir de rien
(était le titre)
et rien c'était même pas la nuit
même pas l'été
et pas un nuage (dans le ciel à perte d'horizon)
pas même une chose
on aurait pu ima­gi­ner un fruit une assiette
le cou­rant d'air dans les rideaux
qui s'envolent qui découvrent une chambre
où les amants
ne font rien
d'autre qu'aimer
sans fin tant qu'un soup­çon de violent rou­cou­lis
nous main­tien­dra en vie

« Séquence 298 », Eté

 

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hôtel de pas­sage où nous sommes
face au japon
moi à la fenêtre
regar­dant la rue vide côté japon toi
nue sauf les soc­quettes
allon­gée sur le lit
sous un chro­mo fluo­res­cent de chutes d'eau
au beau milieu du jar­din de la lon­gé­vi­té
éplu­chant un pam­ple­mousse
qui sera notre dîner

« Séquence 654 », Eté II

 

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assise sur le bord du lit
de dos
en slip rouge
bor­deaux
face à la biblio­thèque
tu te penches en avant pour peindre
tes ongles
du pied droit
laque inco­lore

« Séquence 709 », Eté II

 

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com­ment j'avais trou­vé
les petits faons.
je ne sais plus. où ?
for­cé­ment dans l'ancien
tes­ta­ment pour je ne sais
pas davan­tage
quelle pein­ture. en tout cas
c'était bien trou­vé.
par nature ils fré­missent.
sous le tis­su
ou sous la main.
depuis les petits faons
ne cessent de me han­ter
en soi
et comme petits faons

« Séquence 739 », Eté II

 

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il n'y a pas de conso­la­tion à attendre
nous sommes incon­so­lables.
point
à la
ligne
(.)
    le cha­grin s'est atté­nué mais il reste vrillé. nous res­tons déso­lés et déses­pé­rés d'être sans aucun espoir de te revoir mais c'est comme ça. pas ques­tion d'en faire notre deuil, de s'y faire, comme si nous devions renon­cer, comme s'il était aber­rant que « nous ne (sachions) renon­cer à rien », comme si notre petit m-pêcheur c'était rien, comme si notre petit m-pêcheur n'était rien, comme s'il y avait un temps pour ça, le deuil, et un temps pour pas­ser à autre chose. j'ai le sen­ti­ment que nous res­tons endeuillés, en deuil, non pas l'apparence, l'habit, le bras­sard de crêpe noir ou demi-noir, ni le visage car l'expérience prouve que la tris­tesse ne se voit pas vrai­ment, non pas l'apparence mais la sub­stance, le dedans endeuillé, navré, même si nous savons faire bonne figure et agréer la gra­ti­tude et la dou­ceur de ce qui fut.

 
« Séquence 807 », Eté II

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savez-vous la nou­velle ?
non. on ne sait jamais la nou­velle.
pour­tant.
gar­cia lor­ca qui va mou­rir est déjà mort.
le choeur des femmes
dit qu'il fera bon tout l'été.
mais qui est ce gar­cia lor­ca ?
des­nos répond
c'est vous-mêmes

« Séquence 839 », Eté II

 

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Bernard Chambaz est né à Boulogne-Billancourt en 1949. Après une agré­ga­tion de lettres modernes et d’histoire, il se tourne vers l’écriture. Et fait paraître une œuvre impor­tante, au sein de laquelle se trouvent les ouvrages sui­vants :

Poésie

•& le plus grand poème par-des­sus bord jeté, Seghers, 1983
•Corpus, Messidor, 1985
•Vers l'infini milieu des années quatre-vingt, Seghers, 1987
•Italiques deux, Seghers, 1992
•Entre-temps, Flammarion, 1997
•Échoir, Flammarion, 1999
•Été, Flammarion, 2005 (prix Guillaume-Apollinaire 2005)
•Été II, Flammarion, 2010

 

Essais

•Le Principe Renaissance, la Sétérée, 1987
•La Dialectique Véronèse, La Sétérée, 1989
•Œil noir (Degas), Flohic, 1999
•Autoportrait sous les arbres, Flohic, 2001
•La Déposition, avec Jean-Pierre Schneider aux édi­tions Le Temps qu’il fait, 2003
•Ecce Homo (Rembrandt), Desclée de Brouwer, 2006
•Petite phi­lo­so­phie du vélo, Milan, 2008
•Plonger, Gallimard, 2011
•Caro caris­si­mo Puccini, Gallimard, 2012

 

Romans

•L'Arbre de vies, F. Bourin-Julliard, 1992 ; Points-Seuil, 1997 (Prix Goncourt du pre­mier roman)
•L’Orgue de Barbarie, édi­tions du Seuil, 1995 ; Points, 1996
•La Tristesse du roi, édi­tions du Seuil, 1997
•Le Pardon aux oiseaux, édi­tions du Seuil, 1998
•Une fin d’après-midi dans les jar­dins du zoo, édi­tions du Seuil, 2000
•Komsomol, édi­tions du Seuil, 2000
•Quelle his­toire !, édi­tions du Seuil, 2001
•Yankee, Panama, 2008

 

Récits de voyage

•Petit voyage d’Alma-Ata à Achkhabad, édi­tions du Seuil, 2003
•À mon tour, édi­tions du Seuil, 2003

 

Récits

•Martin cet été, Julliard, 1994
•Kinopanorama, Panama, 2005
•Evviva l’Italia : bal­lade, Éditions Panama, 2007
•Ghetto, édi­tions du Seuil, 2010

 

Littérature jeu­nesse

•Le Match de foot qui dura tout un été, illus­tra­tions de Zaü, Éditions Rue du monde, 2002
•Le Tour de France sur mon petit vélo jaune, illus­tra­tions de Zaü, Éditions Rue du monde, 2003
•Les J.O., les dieux grecs et moi, illus­tra­tions de Zaü, Éditions Rue du monde, 2004

 

Divers

•L’Humanité (1904-2004), Éditions du Seuil, 2004
•Des nuages, Éditions du Seuil, 2006
•Les Vingt Glorieuses, pho­to­gra­phies de Paul Almasy, Éditions du Seuil, 2007