notre Songe

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un grand che­val
(et une porte magni­fique)

les arbres
les sou­pirs de l’air

(ces airs
nous convièrent

d’aller à l’esbat avec eux)

*

une grande porte

nostre songe
qui n’estoit pas
fort roide

mais modé­ré­ment décli­nant
en des­cente

cou­vert de beaux arbres
ver­doyans

comme chesnes
érables

tileulx
fraisnes

et autres sem­blables
mais dif­fé­rents

°°°

 

17

 

nostre songe

la mer
entaillée de mou­lures                                                                                                

tout à l’entour
et au dedans

cer­tains troubles
en belle forme

*

(un frag­ment)

dans le vide
s’estoit

entor­tillé
un daul­phin

j’interpretay le silence
en ceste manière

 

°°°

18

 

nos nuits

leurs rivages
estoient bor­dez

de toutes manières
d’herbettes

qui ayment
le voi­si­nage des eaux

comme sou­chet
nym­phée

adianthe
cym­ba­laire

tri­cho­manes

*

nos pen­sées amou­reuses :

toutes espèces
d’oyseaux de rivière

sça­voir est
hérons

butors
ser­celles

plon­geons
cigognes

cygnes
pou­lies

d’eau
et cor­mo­rans

°°°

 

19

nostre sou­pir
avoit une grande plaine

toute plan­tée
d’arbres fruic­tiers

en forme de ver­ger

*

nos arbres
les escu­reaux

y sau­tel­loient
de branche en branche

et les oysillons
gazouilloient

entre les fueilles
si bien que c’estoit

grande mélo­die

°°°

 

20

 

le par­terre
de nostre-vie-ensemble

estoit semé
de toutes manières

de fleurs
et herbes odo­rantes

enro­sées
de ces petitz ruis­seaux

qui ren­doient
nostre trouble si plai­sant

que je pen­soie lors
estre aux Isles for­tu­nées

*

nostre nuit
(la mer)

entre le jour
et le voile

dedans
le cercle

estoit entaillé
un beau sou­pir dor­mant

esten­du sur un drap

(l’ombre
comme si elle luy eust ser­vy
d’oreiller)

 

 

En hom­mage au deve­nir, parce que pas­sé et pré­sent de la langue sont là en chaque ici et main­te­nant et demain, ces poèmes sont faits – prin­ci­pa­le­ment – de mots ayant trou­vé – beau – domi­cile dans l’ouvrage sui­vant :

Francesco Colonna, Le Songe de Poliphile [tra­duc­tion de Hypnerotomachia Poliphili], pré­sen­té par Albert-Marie Schmidt, Paris, Club des libraires de France, Les libraires asso­ciés, 1963 (repro­duc­tion en fac-simi­lé de l’édition de Paris, J. Kerver, 1546, parue sous le titre Hypnerotomachie ou Discours du songe de Poliphile).

mm

Matthieu Gosztola

Matthieu Gosztola est né le 4 octobre 1981 au Mans. Docteur en lit­té­ra­ture fran­çaise, il enseigne la lit­té­ra­ture au Mans et à Paris. Il a écrit des cri­tiques lit­té­raires dans les revues Acta fabu­la, CCP (Cahier Critique de Poésie), Contre-allées, Europe, Histoires Littéraires, La Cause lit­té­raire, La Main mil­lé­naire, Libr-cri­tique, Plexus-S, Poezibao, Recours au poème, Reflets du temps, Remue, Salon lit­té­raire, Saraswati, Sitaudis, Terre à Ciel, Tutti maga­zine, Zone cri­tique, ain­si que dans les revues de la Comédie-Française, des Presses uni­ver­si­taires de Rennes et des édi­tions Du Lérot. Pianiste et com­po­si­teur de for­ma­tion (sous la direc­tion de Walter Chodack notam­ment), il donne des réci­tals, en tant qu’interprète ou impro­vi­sa­teur, qu’ils soient ou non reliés à la poé­sie comme lors du fes­ti­val inter­na­tio­nal MidiMinuitPoésie. Publications : Sur la musi­ca­li­té du vide, Atelier de l’agneau, 2001. Travelling, Contre-allées, 2001. Les Voitures tra­versent tes yeux, Contre-allées, 2002. Sur la musi­ca­li­té du vide 2, Atelier de l’agneau, 2003 (Prix des Découvreurs 2007). Matière à res­pi­rer, Création et Recherche, 2003. Recueil des caresses échan­gées entre Camille Claudel et Auguste Rodin, Éditions de l’Atlantique, 2008. J’invente un sexe à ton sou­ve­nir, Minuscule, 2009. Une caresse pieds nus, Contre-allées, 2009. Débris de tuer (Rwanda 1994), Atelier de l’agneau, 2010. Un seul coup d’aile dans le bleu, Fugue et varia­tions, Éditions de l’Atlantique, 2010. Ton départ ensemble, La Porte, 2011. Un père (Chant), Encres Vives, 2011. La Face de l’animal, Éditions de l’Atlantique, 2011. Visage vive, Gros Textes, 2011. Contre le nihi­lisme, Éditions de l’Atlantique, 2011. Le géno­cide face à l’image, Éditions L’Harmattan, col­lec­tion Questions contem­po­raines, 2012 (essai de phi­lo­so­phie poli­tique). Traverser le verre, syl­labe après syl­labe, La Porte, 2012. Ariane Dreyfus, Éditions des Vanneaux, 2012. La cri­tique lit­té­raire d’Alfred Jarry à « La Revue blanche », ANRT, 2012. Alfred Jarry à « La Revue blanche », l’intense ori­gi­na­li­té d’une cri­tique lit­té­raire, Éditions L’Harmattan, col­lec­tion Espaces lit­té­raires, 2013. Rencontre avec Balthus, La Porte, 2013. Rencontre avec Lucian Freud, Éditions des Vanneaux, 2013. Alfred Jarry, cri­tique lit­té­raire et sciences à l’aube du XXe siècle, Éditions du Cygne, col­lec­tion Portraits lit­té­raires, 2013. À jamais une ren­contre, Éditions Henry, 2013. Etnachta, Éditions Le Chat qui tousse, 2013. Écrit sur l’eau, prin­temps-été, La Porte, 2014. Écrit sur l’eau, automne, La Porte, 2014. Écrit sur l’eau, hiver, La Porte, 2014. Lettres-poèmes, cor­res­pon­dance avec Gaudí, Éditions Abordo, 2014.