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Notre songe 16 à 20

Par |2018-08-16T08:50:17+00:00 31 mai 2016|Catégories : Chroniques|

 

notre Songe

16

 

un grand che­val
(et une porte magni­fique)

les arbres
les sou­pirs de l’air

(ces airs
nous convièrent

d’aller à l’esbat avec eux)

*

une grande porte

nostre songe
qui n’estoit pas
fort roide

mais modé­ré­ment décli­nant
en des­cente

cou­vert de beaux arbres
ver­doyans

comme chesnes
érables

tileulx
fraisnes

et autres sem­blables
mais dif­fé­rents

°°°

 

17

 

nostre songe

la mer
entaillée de mou­lures                                                                                                

tout à l’entour
et au dedans

cer­tains troubles
en belle forme

*

(un frag­ment)

dans le vide
s’estoit

entor­tillé
un daul­phin

j’interpretay le silence
en ceste manière

 

°°°

18

 

nos nuits

leurs rivages
estoient bor­dez

de toutes manières
d’herbettes

qui ayment
le voi­si­nage des eaux

comme sou­chet
nym­phée

adianthe
cym­ba­laire

tri­cho­manes

*

nos pen­sées amou­reuses :

toutes espèces
d’oyseaux de rivière

sça­voir est
hérons

butors
ser­celles

plon­geons
cigognes

cygnes
pou­lies

d’eau
et cor­mo­rans

°°°

 

19

nostre sou­pir
avoit une grande plaine

toute plan­tée
d'arbres fruic­tiers

en forme de ver­ger

*

nos arbres
les escu­reaux

y sau­tel­loient
de branche en branche

et les oysillons
gazouilloient

entre les fueilles
si bien que c’estoit

grande mélo­die

°°°

 

20

 

le par­terre
de nostre-vie-ensemble

estoit semé
de toutes manières

de fleurs
et herbes odo­rantes

enro­sées
de ces petitz ruis­seaux

qui ren­doient
nostre trouble si plai­sant

que je pen­soie lors
estre aux Isles for­tu­nées

*

nostre nuit
(la mer)

entre le jour
et le voile

dedans
le cercle

estoit entaillé
un beau sou­pir dor­mant

esten­du sur un drap

(l’ombre
comme si elle luy eust ser­vy
d’oreiller)

 

 

En hom­mage au deve­nir, parce que pas­sé et pré­sent de la langue sont là en chaque ici et main­te­nant et demain, ces poèmes sont faits – prin­ci­pa­le­ment – de mots ayant trou­vé – beau – domi­cile dans l’ouvrage sui­vant :

Francesco Colonna, Le Songe de Poliphile [tra­duc­tion de Hypnerotomachia Poliphili], pré­sen­té par Albert-Marie Schmidt, Paris, Club des libraires de France, Les libraires asso­ciés, 1963 (repro­duc­tion en fac-simi­lé de l'édition de Paris, J. Kerver, 1546, parue sous le titre Hypnerotomachie ou Discours du songe de Poliphile).

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