> Le poème pour dire les poètes contemporains (4) : la poésie de Jean-Paul Michel

Le poème pour dire les poètes contemporains (4) : la poésie de Jean-Paul Michel

Par | 2018-05-28T07:12:24+00:00 30 novembre 2013|Catégories : Blog|

 

Note : Le prin­cipe de cette chro­nique est le sui­vant : Matthieu Gosztola écrit à chaque fois un poème « sur » l’œuvre d’un poète contem­po­rain. Ce poème a pour fonc­tion, de par et le sens qu’il véhi­cule et le recours à la forme qui le consti­tue en tant que poème, de dire quelque chose de cette œuvre et de son mou­ve­ment.

 

À la suite de son propre poème, Matthieu Gosztola pro­pose plu­sieurs poèmes du poète en ques­tion.

………………………………………………………………………..

 

« Le poème
fait
la place

à l’exception
réelle,

contre les géné­ra­li­tés
abs­traites. »

Jean-Paul Michel
a
voué
sa vie
aux signes

car ce sont
les signes
qui lui per­mettent

qui per­mettent

de ra
viver
la brû­lure
d’exister

la brû­lure d’être

pour en faire
le don

1 don

– irrem­pla­çable –

aux
lec­teurs

cette
brû­lure
par quoi

– lorsqu’elle est sen­tie
jusqu’au bout –

on se consume

au centre de chaque ins­tant
& avec chaque ins­tant
& pour chaque ins­tant

par quoi
on se consume
comme
sublime

car la vie
est à chaque seconde
réelle
ment
vécue
ce qui nous fait titu­ber

nous assomme
de beau­té

et nous rend
à la grâce
des anciens

– des grecs –

à la vigueur
du souffle
conti­nué

– les dieux de l’exaltation

renou­ve­lés
sans silence de leurs gestes –

face à cette brû­lure
vécue
il n’est qu’une
pos­si­bi­li­té

remer­cier
très len­te­ment & très sérieu­se­ment

remer­cier presque
à voix basse
pour ne pas rompre
comme pain
le silence

et le poème est
ce par quoi
Jean-Paul Michel
dit
mer­ci

en même temps
que ses vers
nous font per­ce­voir
com­bien chaque aube &
chaque cré­pus­cule
sont le
fait du
mira­cu­leux

(se conce­vant lui-même
comme seule réa­li­té)

& com­bien
il y a une aube & un cré­pus­cule

mêlés bien que dis­joints

dans chaque
par­celle
du temps

après quoi
nous cour­rons
alors qu’il
n’est que
de le
lais­ser venir
comme
vient tout ce qui
vient

………………………………………………………………………..

 

 

Sélection de poèmes de Jean-Paul Michel par Matthieu Gosztola

 

« Surgi poème du fos­sé comme… »
(Bruegelienne)

 

 

Comme les Marmousets de l’Hiver dévalent
les pentes cou­chés sur des luges de rêve leurs joues
sont rouges ils rient la neige
pique leurs che­veux de strass élé­gant ils
jurent
clignent des yeux mordent
au ras des herbes le
gel
Au bas des pentes paraissent sau­vages
jeunes ani­maux nés du froid et brû­lant
de vie inno­cente
Dans leurs yeux l’éclair d’un bon­heur
pur

 

Des brin­dilles les cou­ronnent l’eau
les pare
d’ocellations de guerre leur ver­tu
éclate
cou­rage à la folie de qui
ignore toute crainte et rit
dans la chute

 

Surgi poème du fos­sé comme
d’intacte enfance – les prés en pente à Salignac
– le Bois du Roc – le
Château des Fénelon ! –
Roméro, Jardel, Froidefond – Héros
(lance-pierres blou­sons & luges)
– La Salle d’Armes – Le Chemin de ronde – le Barry ! la
Beauté vivante brû­lant les mains les joues les âmes
Bruegeliens bon­nets de laine je
rêve poème à votre égal vos
cou­leurs de joie sur­prise
les joues comme des pommes
de sang

 

En voi­ture, route de Périgueux.
Neige sur le che­min de l’imprimerie.
20 février 1996.

 

 

 

« Tant brille ce qui est selon mille
Destins »

 

Beautés pré­sentes mal
jouies
de paraître anciennes lors
(Grâces vous soient ren­dues, notre hôte)
qu’un geste les sus­cite cy
vives hautes nettes
non pas méta­pho­riques mais
scan­da­leuses de luxe & de gloires
pré­sentes
pro­fuses chances
don

Sybarites rêvions
vins noirs chasses menthes
Trois cent mille hommes cette ville, dit-on,
– Trois vies trois morts trois ciels, trois
puis­sances per­dues – mais
les tur­pi­tudes du com­merce et des amours
réelles Qui
les pour­rait croire mortes si
sur­gies miracles neuves fraîches
à nou­veau
jouies ?

Beau se dit en autant de sens qu’Être

« D’éclat en éclat vers nos fins
mor­telles
tant brille ce qui est selon mille
Destins »

Souvenir de Bernard Mertz lisant en grec Homère
– main­te­nant chez les Scythes –

« s’usèrent cy les savoirs des sages
aguer­ries fran­chises ver­tus »

« (…) culti­vèrent la beau­té sur­ent
craindre l’Infini sans
abdi­quer déchoir »

pen­sée que ces pré­sents lui peuvent
être voués lors
que lisant ces lignes d’été tu
tout sou­dain parles
bénis­sant jeu­nesses per­dues

Dans
la stu­peur des beau­tés pré­sentes
t’écoutant ver­tige revois
d’Amendoleto les arbres char­gés
Survient telle jeune Beauté por­tant
la fouace
pain olives pommes d’or
(je la puis nom­mer)
ta voix sur­gie inchan­gée telle
une rumeur qui enjoint
fuir enfant opaque pro­vince pour
un éclat qui ne ment

Tout
l’incroyable d’être dans
ta voix sur­gie
ce jour pre­mier de l’année nou­velle
en mal pro­bable signe d’encre

 

parier

 

sur des beau­tés
pré­sentes

N’est grand jamais qui le croit comme
il le croit
La longue dis­tance seule mesure
Plus d’énoncé ne prise que
chant
Ce jour pre­mier de l’année nou­velle j’entends
rire ta bon­té comme hier
Ne se défont sen­ties beau­tés neuves
jus­te­ment for­mu­lées
Orangers à rompre char­gés
devant quelles
mor­telles chances mers soleils d’hiver dans
la splen­deur
Décembre riche ici crou­lant d’or

 

Sibari, août 1994.
Bordeaux, jan­vier 1995.

 

 

 

 

« Je t’imagine enfant – robe courte – à plis… »

 

Je t’imagine enfant – robe courte – à plis –
en chausses de pou­laine, béret
d’Urbino t’efforçant – Donatello – à
dépas­ser tout sem­blant : façon­ner
sous ses cou­leurs exactes
dans l’argile
ce qui est

 

Le maître par-des­sus ton épaule pose
les yeux. Ses mots portent.
À cette voix, rien en toi ne
se refuse. Tu
l’appelles.
– La cri­tique, de sa bouche, est une
dou­ceur

 

Comment deve­nir à ton égal l’artisan juste de
ce qui est ? Voilà la ques­tion que pose
ton regard, Donatello,
– loin de la foule criarde du
triomphe
des inso­lences
qui plaisent.

 

(à Donatello)
Florence, avril 2000

 

 

 

Poète, essayiste, édi­teur, Jean Paul Michel est né en Corrèze en 1948. Il a d’abord publié sous le nom de Jean-Michel Michelena puis depuis 1992 sous celui de Jean-Paul Michel. Il dirige les édi­tions William Blake & Co qu’il a créées en 1975 à Bordeaux et où il a publié, outre ses propres recueils, de très nom­breux ouvrages de poé­sie, phi­lo­so­phie, esthé­tique, contem­po­rains et clas­siques mêlés. Poète, il est aus­si l’auteur de plu­sieurs essais.

 

Bibliographie
I. Livres publiés sous le nom de Jean-Michel Michelena
C'est une grave erreur que d'avoir des ancêtres for­bans, Architypographies, Bordeaux, 1975.
Épuisé en E.O. Texte repris in Le plus réel est ce hasard, et ce feu.
Du dépe­çage comme l'un des Beaux-Arts, Frontispice de Francis Limérat, William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 1976.Épuisé en E.O. Texte repris in Le plus réel est ce hasard, et ce feu.
La poli­tique mise à nu par ses céli­ba­taires même /​ essai d'anatomie, vite /​ par quelque mau­vaise-tête anti­par­ti, L'Échiquier Marcel Duchamp, Bordeaux, 1977. Épuisé en E.O. Texte fran­çais réim­pri­mé en 1996, édi­tions Ludd, Paris.
René Char (avec Francis Limérat), William Blake & Co. Edit., 1977.
« Le Fils apprête, à la mort, son chant…", Avec un fron­tis­pice d'Alexandre Delay, William Blake and Co. Edit., Bordeaux, 1981.Épuisé en E.O. Texte repris in Le plus réel est ce hasard, et ce feu.
Bernard Faucon, La part du cal­cul dans la grâce, William Blake and Co. Edit. /​ Galerie Images Nouvelles, Bordeaux, 1985. Épuisé. Texte repris in "Autour d'Eux la vie sacrée…"
Beau Front pour une vilaine âme, William Blake and Co. Edit., Bordeaux, 1988.
Cette digni­té bizarre est tout le mal qui veut, tou­jours, trop de vrai" (sur Hölderlin), William Blake and Co. Edit., Bordeaux, 1991. Épuisé en E.O. Texte repris dans "Autour d'Eux la vie sacrée…"
"Dans la gloire d'être, ici, tenu, par le mal, droit…", Calligraphie de Lalou, William Blake and Co. Edit., Bordeaux, 1991. Disponible en E.O. en second papier. Texte repris in Le plus réel est ce hasard, et ce feu
Meditatio Italica, texte fran­çais et tra­duc­tion ita­lienne en regard éta­blie par Annamaria Sanfelice, sui­vi de Villa dei Papiri, 8 pho­to­gra­phies de Florence Béchu, William Blake and Co. Edit., Bordeaux /​ Institut Français de Naples et Liguori Editore, Napoli, 1992. Disponible en E.O. Texte repris in Le plus réel est ce hasard, et ce feu.

II. A par­tir de ce volume, les livres sont signés Jean-Paul Michel
"Autour d'Eux la vie sacrée, dans sa fraî­cheur émou­vante…" Admirations et cir­cons­tances, William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 1992.
L'Invention du Lecteur, Première année, William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 1995.
1- Tant brille ce qui est selon mille des­tins (Coups de dés).
2- "Non en mythiques Nymphes mais…" (poèmes d'été). 
3- "… Cette folie – seul devoir!" (sauf à la honte).
4- "L'Art n'efface pas la perte. Il lui répond". (Retour de Sélinonte).
5- "Dans l'étroite pha­lange de Ceux qui joutent…" (Au bond la balle). 
6- "Ils ont dan­sé avec ce qui les détruit…" ("Davantage se peut").
7- "Nous reste cela : (Retour de Tübingen)" (1770-1843). 
8- Mohammed Khaïr-Eddine (1941-1995). "Entre l'abîme et moi
c'est un règne, et je suis". 
L'Invention du Lecteur, Deuxième année (Poèmes déli­vrés par abon­ne­ment, emboi­tage 1996). William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 1996.
1- "Azur semé de trèfles d'or à une patte…" (Le visage et le cœur ouverts), 
2- "Dans la nuit des échos…" (Qui dira jamais ce qui sauve un livre?). 
3- "Enviés bon­nets rouges…"
4- Le conflit de la Règle et du chant.
5- La vis sans fin. 
Difficile Conquête du calme sui­vi de Trois lettres sur la Poésie & de Trois poèmes, Joseph K., 1996
"Nous avons voué notre vie à des signes", William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 1976-1996.
Catalogue des vingt ans de William Blake & Co. Edit. Articles de Jean-Paul Michel :
"Une "chasse", un jeu, une fête".
"Aux Chasses, "plus qu'à la prise" ".
" Amoureux du rire, du risque et de la fête…"
(Sur l'illusion contem­po­raine d'une "fin de l'art").
Le plus réel est ce hasard, et ce feu, Cérémonies et Sacrifices, poèmes 1976-1996, Flammarion, Paris,1997.
"La deuxième fois", Pierre Bergounioux, sculp­teur, pho­to­gra­phies de Baptiste Belcour, William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 1997.
Le réel sur­git selon ses qua­li­tés réelles – d'obstacle." Réponse à la ques­tion : "Qui sont nos enne­mis?". Le loup dans la véran­da, 1999.
Ô L'irréalité de cha­cun, dans l'irréalité géné­rale !" Journaux. Le loup dans la véran­da, 1999.
"Pour nous, la Loi" (sur Hölderlin), sui­vi de "Je lis Hölderlin comme on reçoit des coups." Illustré des quatre cahiers de litho­gra­phies de la Titanomachie de Lionel Guibout, L'Invention du Lecteur, Bordeaux, 1999.
Les signes sont l'être de l'être, cal­li­gra­phies de Lalou, William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 2000.
Nos enne­mis des­sinent notre visage, (Aveux & expia­tions), La Pharmacie de Platon, William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 2000.
"Défends-toi, Beauté vio­lente !", Intimations et Expériences, (Le plus réel est ce hasard, et ce feu, II) (1985-2000), Flammarion, Paris, 2001.
"Bonté seconde", Coups de dés, (Cahier diri­gé par Tristan Hordé), Joseph K. édi­teur, Nantes, 2002.
Le plus réel est ce hasard, et ce feu, poèmes 1976-1996, édi­tion nou­velle, revue et cor­ri­gée, Flammarion, Paris, 2006

Le site des édi­tions William Blake & co

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