> Le poème pour dire les poètes contemporains (5) : Henry Deluy

Le poème pour dire les poètes contemporains (5) : Henry Deluy

Par | 2018-02-22T04:18:03+00:00 12 décembre 2013|Catégories : Blog|

Note : Le prin­cipe de cette chro­nique est le sui­vant : Matthieu Gosztola écrit à chaque fois un poème « sur » l’œuvre d’un poète contem­po­rain. Ce poème a pour fonc­tion, de par et le sens qu’il véhi­cule et le recours à la forme qui le consti­tue en tant que poème, de dire quelque chose de cette œuvre et de son mou­ve­ment.

 

À la suite de son propre poème, Matthieu Gosztola pro­pose plu­sieurs poèmes du poète en ques­tion.

 

 

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Le détail
& la cita­tion
& l’histoire

La grande                                   (H)
& la petite                                               (h)

Sans oublier
Oui, n’oublions pas
Les recettes                                           (pois­son, viande, peu de des­serts, il est vrai)

Le poème se doit
De tout racon­ter

Pour Henri Deluy

La vie per­son­nelle
& celle imper­son­nelle

Qui croise
Tout ou par­tie de la vie

Personnelle

Ou ne croise rien                                Précisément

Mais doit être
Dite
Malgré tout

Car c’est là

Les poèmes
Très simples

Sont là                                               (C’est aus­si là)

Pour énu­mé­rer
Ce qui du monde

Peut être énu­mé­ré

À savoir
Les visages
Du réel

Pas tous
– Le plus pos­sible

Les visages

Dans leurs dé
chi­rures – yeux, sou­rires dans la bouche ou seule
ment cri – Dans leurs rides
dans leurs expres­sions

dans
leur pré­sence
d’âme

y com­pris
quand l’âme
se pense se fait
seule
dans le som­meil

Le mys­tère
Qui naît de la sim­pli­ci­té
Énumérative
De la poé­sie d’Henri Deluy
Tient au trouble
Dans lequel nous plonge                                            (Plongeur, es-tu prêt ?)
1 seul vrai détail

Quand ce détail
Devient ce qui est
Avec insis­tance

Regardé
Soupesé
Abordé
Envisagé

Imaginé

              Conçu

 

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Sélection de poèmes d’Henri Deluy par Matthieu Gosztola

 

Il est encore trop tôt. Il n’y a per­sonne
À cette heure de la mati­née, dans les rues
Avoisinantes.

Un lam­beau de papier, avec une adresse.

14 rue du Mont qui Tourne,
2e étage, porte de droite.

*

JUILLET, FIN DE SOIRÉE

La Paz. Sur un mur, bien visible,
Dans un quar­tier appa­rem­ment
Cossu (mais nous ver­rons la
Même ins­crip­tion ailleurs) :
« Muerte a Regis Debrai »

Le Che a été assas­si­né en 1967.

*

DÉBUT AOÛT

Rio de Janeiro, sur la plage, après la pho­to,
Une sorte d’orage, grouillant de cou­leurs noires
Et épi­cées, tour­nait au-des­sus de nos têtes.
La lumière sombre rem­pla­çait la mer.

Je cher­chais une liste d’oiseaux,
Dans un petit livre jaune, la majo­ri­té
Étaient des rapaces.

L’amour s’ajoutait à la détresse
De l’amour.

*

Il était né en 1113, en 1113 encore
Il était entré à Cîteaux. En 1859
Il avait diri­gé la grève des maçons,
À Londres. De 1100 à 1150, il avait mis
En valeur la musique poly­pho­nique,
Avec l’école Saint-Martial de Limoges.

En 1067, il s’occupait de tapis­se­rie,
À Bayeux.

En 1968, il avait visi­té Prague.

Certains jours, la terre vieillis­sait avec lui.

*

DÉCEMBRE

Apparition des pre­miers camions-piz­zas.

Apparition des pre­miers élé­ments
Biographiques et des mots :
« Objets manu­fac­tu­rés »

Apparition d’un autre corps.

Apparition du sucre blanc
(Qui bleuit très vite).

L’ignorance se dégage des quelques
Phrases connues.

Julia porte sur sa robe, à l’endroit
Du cœur, un cœur des­si­né à l’encre de Chine.

Je cherche la Chine sur une carte.

Sa robe n’a pas de côté gauche.

La fenêtre de la voi­sine, en face de ma chambre,
Est tou­jours ouverte.

L’humidité de l’air touche à la cha­leur
Et la trans­forme.

Apparition de la for­mule :
« Crime orga­ni­sé »

À 17 h, il fait nuit.

*

Un métier
Un bout d’ombre pois­son grillé
Au char­bon de bois

Les vieux bus la fine pous­sière
Tout ce qui tra­verse le siècle

*

Géraniums écar­lates
Marguerites d’automne ou bleu azur
Doigts des pigeons sur l’heure
Dix huit heures trente

Et bou­din noir

*

Des tour­ne­sols jaunes
Dans une lucarne basse

Des pélar­go­niums rouges
Et des traî­nées de grappes

Juteuses dans un bocal à
Confiture des fonds de verre

Et d’autres objets qui vont
Pourrir avec cet effet

L’authenticité proche
De l’effet du poème

*

Tu aimais la fugue et le requiem
La can­tate et le glo­ria tu aimais

Le confi­teor la fan­fare et la nou­ba
Et les rosiers grim­pants dont les

Branches se cassent et c’est ain­si
Que tu ren­trais dans la mort

 

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Henri Deluy est né Marseille le 25 avril 1931. Poète, il est aus­si un inlas­sable pas­seur de poé­sie. Il anime la revue Action Poétique depuis 1955 et dirige depuis 1990 La Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne (mais vient de céder la main à Jean-Pierre Balpe). 
Son acti­vi­té édi­to­riale est tel­le­ment intense qu’il est dif­fi­cile de don­ner une biblio­gra­phie, d’autant que la plu­part de celles aux­quelles on peut se réfé­rer, mêlent inti­me­ment les recueils per­son­nels d’Henri Deluy et ses pré­faces, pré­sen­ta­tions, tra­duc­tions et antho­lo­gies. 
Henri Deluy a en effet construit de nom­breuses antho­lo­gies (poètes néer­lan­dais, trou­ba­dours galé­go-por­tu­gais, poé­sie fran­çaise contem­po­raine) et a tra­duit, seul ou en col­la­bo­ra­tion, des poètes alle­mands, slo­vaque (Leco Novomesky), tchèque (Jaroslav Seifert), por­tu­gais (Pessoa, Adilia Lopes), russe (Alexandre Tvardosky, Marina Tsvétaïeva, Anna Akhmatova, Maïakovski), grec (Constantin Cavafy), espa­gnol (Saül Yurkievich, Reina Maria Rodriguez), fla­mand (Paul van Ostraijen). 
 
Bibliographie :
Images, Éditions de La Revue Moderne, 1948
Adrian Roland-Holst, Par-delà les che­mins (tra­duit du néer­lan­dais par Ans et Henri Deluy, Dolf Verspoor), Seghers, 1954.
Nécessité ver­tu, 1957.
For inté­rieur, in Action poé­tique, 1962.
L'amour pri­vé, in Action poé­tique, 1963.
La Courbe Protestataire, sup­plé­ment de Action poé­tique, 1963.
Dix-sept poètes de la RDA (tra­duit de l'allemand avec Paul Wiens, Andrée Barret, Jean-Paul Barbe, Alain Lance, Lionel Richard), Pierre-Jean Oswald, 1967.
Laco Novomesky, Villa Tereza et autres poèmes (tra­duit du slo­vaque avec François Kerel, pré­sen­ta­tion), Pierre-Jean Oswald, 1969.
Prague poé­sie Front gaucheChange n° 10 (tra­duit du tchèque et du slo­vaque, en col­la­bo­ra­tion), Seghers-Laffont, 1972.
L'Infraction, Seghers, 1974.
Marseille, capi­tale Ivry, L'Humanité, 1977.
Serge Trétiakov, Dans le front gauche de l'Art (pré­sen­ta­tion), Maspero, 1977.
A. Bogdanov, La science, l'art et la classe ouvrière (avec Dominique Lecourt et Blanche Grinbaum, pré­sen­ta­tion), Maspero, 1977.
Youri Tynianov, Le Vers lui-même (avec Léon Robel et Yvan Mignot, pré­sen­ta­tion), 10/​18, 1977.
Jaroslav Seifert, Sonnets de Prague (tra­duit du tchèque), in Action poétique/​Change, 1979, réédi­tion aug­men­tée, Seghers, 1985.
La psy­cha­na­lyse mère et chienne (avec Élisabeth Roudinesco), 10/​18, 1979.
L ou T'aimer, Orange Export Ltd, 1980.
Les Mille, Seghers, 1980.
Peinture pour Raquel, Orange Export Ltd, 1983.
La sub­sti­tu­tion, La Répétition, 1983.
Poètes néer­lan­dais des années cin­quante, in Action poé­tique n°91, 1983.
L'anthologie arbi­traire d'une nou­velle poé­sie, 1960-1982, Flammarion, 1983.
Première ver­sion la bouche (gra­vures sur bois et eau-forte de Frédéric Deluy), ENSAD, 1984.
Raymond Jean, Jean Tortel, sui­vi d'un entre­tien de J. T. avec Henri Deluy, Seghers, 1984.
Fernando Pessoa, 154 qua­trains (tra­duit du por­tu­gais), Unes, 1986.
Martim Codax, Les sept chants d'ami (tra­duit du galé­go-por­tu­gais, gra­vures de Marc Charpin), Avec/​Royaumont, 1987.
Vingt-quatre heures d'amour en juillet, puis en août, Ipomée, 1987.
Troubadours galé­go-por­tu­gais, une antho­lo­gie, POL, 1987.
Fernando Pessoa, Quatrains com­plets (tra­duits du por­tu­gais, pré­sen­ta­tion), Unes, 1988.
Tango, une antho­lo­gie (tra­duit de l'espagnol avec Saül Yurkievich, pré­sen­ta­tion finale), POL, 1988.
Le Temps long­temps (gra­vures de Frédéric Deluy), ENSAD, 1988.
Quatre poètes sovié­tiques (tra­duit du russe avec Charles Dobzynski, Hélène Henry, Léon Robel, pré­sen­ta­tion), Éditions Royaumont, 1989.
Alexandre Tvardovsky, De par les droits de la mémoire (texte fran­çais, pré­sen­ta­tion), Messidor, 1989.
Poésie en France, 1983-1988, une antho­lo­gie cri­tique, Flammarion, 1989.
Bert Schierbeek, Formentera (tra­duit du néer­lan­dais), Cahiers de Royaumont, 1990.
Le Temps long­temps, Messidor (Petite Sirène), 1990.
Premières suites, Flammarion, 1991.
Bert Schierbeek, La Porte (tra­duit du néer­lan­dais, pré­sen­ta­tion), Fourbis, 1991.
La répé­ti­tion, autre­ment la dif­fé­rence, Fourbis, 1992.
Marina Tsvétaïeva, L'Offense lyrique (texte fran­çais, pré­sen­ta­tion), Fourbis, 1992.
Une autre antho­lo­gie, Fourbis, 1992.
Yolanda Pantin, Les bas sen­ti­ments (texte fran­çais), Fourbis, 1992.
Marina Tsvétaïeva (avec Liliane Giraudon), La Main Courante, 1992.
Adilia Lopes, Maria Cristina Martins (tra­duit du por­tu­gais, pré­sen­ta­tion), Fourbis, 1993.
Constantin Cavafy, Poèmes (texte fran­çais, pré­sen­ta­tion), Fourbis, 1993.
Jean Tortel, Limites du corps (pré­sen­ta­tion), Gallimard, 1993.
Marina Tsvétaïeva/​Sophia Parnok, Sans lui (texte fran­çais, pré­sen­ta­tion), Fourbis, 1994.
L'Amour char­nel, Flammarion, 1994.
Poésies en France depuis 1960, 29 femmes, une antho­lo­gie (avec Liliane Giraudon), Stock, 1994.
Une antho­lo­gie de cir­cons­tance, Fourbis, 1994. 
Je ne suis pas un autre, In Memoriam Georges Bataille, Fourbis, 1994.
Saül Yurkievich, Embuscade (tra­duit de l'espagnol avec l'auteur), Fourbis, 1996.
Une antho­lo­gie immé­diate, Fourbis, 1996.
Fernando Pessoa, Poèmes (tra­duits du por­tu­gais, notes et pré­sen­ta­tion), Fourbis, 1997.
Reina Maria Rodriguez, Comme un oiseau étrange qui vient du ciel (tra­duit de l'espagnol, Cuba, pré­sen­ta­tion), Fourbis, 1998.
Noir sur blanc, une antho­lo­gie, Fourbis, 1998.
Anna Akhmatova, Autres poèmes (texte fran­çais, pré­sen­ta­tion et notes), Farrago, 1998.
Da Capo, Flammarion, 1998.
Pronom per­son­nel, Phi/​Ecrits des Forges, 1998.
L'Anthologie 2000, Farrago, 2000.
Vladimir Maïakovski, L'Universel repor­tage (texte fran­çais, pré­sen­ta­tion et notes), Farrago, 2001.
Paul van Ostaijen, Nomenklature (tra­duc­tion du fla­mand et pré­sen­ta­tion), Farrago, 2001.
Une antho­lo­gie de ren­contres, Farrago, 2002.
Je ne suis pas une pros­ti­tuée, j'espère le deve­nir, Flammarion, 2002
Traduire en poé­sie, avec Dominique Buisset, Biennale, Farrago/​Léo Scheer, 2002
L'Anthologie 2000 Biennale Internationale des Poètes en Val – de – Marne, Farrago
Autres Territoires, Anthologie, Farrago, 2003
Marina Tsvetaïeva : L’Offense lyrique et autres poèmes (texte fran­çais, pré­sen­ta­tion et notes), Farrago, 2004
Potlatch(es), une antho­lo­gie, Farrago, 2004
Lucebert : Apocryphe (tra­duit du néer­lan­dais avec Kim Andringa, pré­sen­ta­tion), Le Bleu du Ciel, 2005
Poètes du tan­go, édi­tion d’Henri Deluy et Saül Yurkievich, Poésie/​Gallimard, 2006
En tous lieux nulle part ici, une antho­lo­gie, Le Bleu du ciel, 2006
Les arbres noirs, Flammarion, 2006
Au blanc de neige, Éditions Virgile, 2007 
Stripboek, Ink, 2009 
Vladimir Maïakovski, L’Amour, la Poésie, La Révolution, adresses à Vladimir, choix des poèmes, tra­duc­tions, Henri Deluy, Le Temps des Cerises, 2011 
Manger la mer, bouilla­baisses et soupes de la mer autour du monde, Al Dante, 2011 
Poètes néer­lan­dais de la moder­ni­té, en col­la­bo­ra­tion avec Erik Lindner, Anna Maria van Soesbergen, Saskia Deluy, Daniel Cunin, Kiki Coumans, Kim Andringa, Liliane Giraudon, Eric Suchère, Saskia de Jong, Le Temps des cerises, 2011 
L’Heure dite, Flammarion, 2011

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