Poèmes traduits de l’Espagnol par Poèmes traduits par Miguel Ángel Real
Ces sept premiers textes du manuscrit inédit Petits démons, traduits de l’espagnol par Miguel Ángel Real, ouvrent les portes d’un univers poétique à la fois intime et féroce. À travers des images saisissantes où la nature et le quotidien se teintent d’une inquiétante étrangeté, Andrea Bernal explore les thèmes de l’attente, de la survie face aux assauts du temps et des fêlures de l’intériorité. Entre nostalgie et lucidité, chaque poème résonne comme une confession brute, révélant une écriture puissante où le langage devient le seul abri possible contre les démons du monde.
La poétesse Andrea Bernal le poème inédit Être une femme. El Tercer Piso.
Paula Andrea González Bernal (Andrea Bernal), –Madrid, 1985– est professeure de philosophie et poète. Son premier livre, « Los pájaros » (2013), est publié aux éditions Eolas et présenté par les poètes Raquel Lanseros, Julio Llamazares et Antonio Colinas à Madrid et à Salamanque. En 2016 paraît « Adiós a la noche » aux éditions Isla de Siltolá et, en 2019, « Todo lo contrario a la belleza » chez le même éditeur. Elle a publié plusieurs poèmes en anglais dans la revue « Adelaide » de New York et a obtenu un prix de poésie de cette même revue en 2019. Elle a également participé à différentes revues de poésie espagnole telles que « Estación de Poesía », « Nudos », « Zenda », « Buenos Aires Poetry », et a assisté à de nombreux salons et congrès, notamment au Congrès de Poésie Ibéro-américaine Fray Luis de León en 2016. En 2020 a été publié « Nominalismos », aux éditions Eolas de León. Elle collabore actuellement en écrivant des chroniques pour des journaux de Lanzarote et de La Palma, tout en exerçant son activité d’enseignante. En mai 2024 a été publié « Ondina », aux éditions Huerga y Fierro.

Croquis destiné à accompagner les poèmes du recueil.
PETITS DÉMONS
Extraits du manuscrit inédit Pequeños demonios
1. Le crapaud
Le crapaud avala la fillette qui n’a jamais voulu embrasser le prince.
2. Attente
En attendant qu’un poisson quelconque te ramène,
je vois cent quarante chats dévorer d’autres petits poissons près du port.
Je me dis qu’il est presque impossible que tu survives.
Tu pourrais devenir une autre petite bête,
mais où laisserais-tu tes bottes de cuir et ta chemise bleue?
J’ai créé la poésie pour m’abriter.
Essaie de ne pas lui parler trop fort la nuit.
Quand tu t’approcheras de la mer du Vermont,
essaie de prononcer mon autre nom et demande la permission
pour te jeter à l’eau,
vers ces êtres qui l’embrasent.
Appuie sur l’interrupteur « off » quand le voyage sera fini.
3. Assaut
Bec de l’aigrette attrape lézard.
Le même lézard fut attrapé par la souris.
C’était une autre côte.
La distance était de plusieurs milliers de kilomètres.
En réalité, tout se passe en parallèle.
Je sais que ce lézard a rôdé dans New York.
Il y a vingt ans je lui ai donné un nom.
Il y a un mois, ton plus jeune fils lui en a donné un autre,
et ta fille a voulu le tuer d’un coup de talon.
Nous avons continué à aimer, sans le savoir, le même lézard, mais
Qu’a‑t-il pu arriver pour qu’il survive à tant d’assauts et de perversion ?
4. Triste pinson
Pourquoi es-tu si triste, mon cher pinson ?
Que cachent les sapins dans ton nom ?
Pourquoi préfères-tu l’hiver s’il n’y a pas de soleil?
On dit qu’un cœur pleure.
Je n’y crois pas.
Comment peut-il pleurer en même temps que les cheveux et l’estomac ?
En toi vivent des serpents qui demandent pardon.
Des femmes inconnues à l’abri sous un parapluie commun.
L’agressivité réciproque ne comprend pas le baiser de ton plumage.
Et maintenant,
pourquoi es-tu si triste, mon cher pinson ?
5. Gant blanc
Donne-moi un gant blanc,
celui qui déguise
les villes en hiver,
les pleurs en démons,
et embellit les robes
des femmes fortes.
Et celui
des mandolines,
et des cœurs
que les enfants ouvrent
comme un aliment.
Et le gant de l’obscur,
de l’âme la plus blanche.
Un gant blanc,
avec ses confessions,
dont le doigt décharné
montrera le chemin
sur toutes nos cartes.
6. Trop tôt
J’avais commencé à parler trop tôt,
à jeter des barbituriques trop tôt,
à rougir trop tôt et à dire oui trop tôt.
Le câble rugissait toujours parce qu’il appelait très fort,
et la ligne électrique de tous les villages voisins disjonctait.
Je me souvenais que j’avais tout commencé tôt,
très tôt,
trop tôt.
Le train lançait des mots,
je les ramassais comme je pouvais,
entre les rails,
des débris.
Chaque doigt était un insecte qui se mettait à écrire.
Depuis lors, il n’y a plus
dans ma vie
qu’une maison près de la gare pleine d’arthropodes,
et cinq autres semaines,
d’une vérité indestructible
d’absences.
7.- Nébuleuse 40
Il se passe quelque chose. Tu ne sais pas pourquoi.
Nébuleuse 40.
Le temps comme un poignard.
Pas le temps,
l’utérus.
Bon sang.
Trop d’années accrochées comme des éperons.
Si seulement je pouvais maintenant…
Mais il est trop tard.
Silence.
Elle sait de quoi je parle.
Les berceaux vides,
le printemps sans fleurs,
le tympan fissuré,
le blanc naissant dans les cheveux,
l’utérus à mordre,
le démon en éruption.
Le vilain équilibre
de mon monde
n’est qu’un prétexte.

Croquis destiné à accompagner les poèmes du recueil.
Présentation de l’auteur
- Petits démons, les vers suspendus de l’auteure espagnole Andrea Bernal - 6 novembre 2026
- La revue SALADE - 29 octobre 2023
- ELÍ URBINA MONTENEGRO - 2 mars 2022
- Marina Casado, À travers les prismes - 31 décembre 2021
- Jean Pichet, Le vent reste incompris, Jean-Marie Guinebert, La Vie neuve - 4 décembre 2021
- Joaquín Campos : La vérité ou le risque - 6 septembre 2021
- Dans la collection Encres blanches : Gérard Le Goff, L’élégance de l’oubli, Vincent Puymoyen, Flaques océaniques - 20 mai 2021
- José Antonio Ramos Sucre, La substance du rêve - 6 mai 2021
- La revue Cunni lingus - 20 avril 2021
- Miguel de Cervantes et Tirso de Molina, Maris dupés - 19 mars 2021
- Traversées, numéro 97 - 6 mars 2021
- ESTEBAN MOORE : L’IMPOSSIBLE TEMPS RETROUVÉ - 5 mars 2021
- Julieta Lopérgolo - 5 janvier 2021
- MARIO MARTÍN GIJÓN, Poésie/prisme et passion de traduire suivi de Poèmes de Des en canto, - 6 novembre 2020
- ÁLVARO HERNANDO - 6 mai 2020
- PEDRO CASARIEGO CÓRDOBA (1955–1993) - 6 mars 2020
- Nicolás Corraliza - 5 janvier 2020
- Mario Pérez Antolín, Aphorismes. - 6 novembre 2019















