Petits démons, les vers suspendus de l’auteure espagnole Andrea Bernal

Par |2026-11-06T10:48:01+01:00 6 novembre 2026|Catégories : Andrea Bernal, Essais & Chroniques|

Poèmes traduits de l’Es­pag­nol par Poèmes traduits par Miguel Ángel Real

Ces sept pre­miers textes du man­u­scrit inédit Petits démons, traduits de l’es­pag­nol par Miguel Ángel Real, ouvrent les portes d’un univers poé­tique à la fois intime et féroce. À tra­vers des images sai­sis­santes où la nature et le quo­ti­di­en se tein­tent d’une inquié­tante étrangeté, Andrea Bernal explore les thèmes de l’at­tente, de la survie face aux assauts du temps et des fêlures de l’in­téri­or­ité. Entre nos­tal­gie et lucid­ité, chaque poème résonne comme une con­fes­sion brute, révélant une écri­t­ure puis­sante où le lan­gage devient le seul abri pos­si­ble con­tre les démons du monde.

 

 

La poétesse Andrea Bernal le poème inédit Être une femme. El Ter­cer Piso.

Paula Andrea González Bernal (Andrea Bernal), –Madrid, 1985– est pro­fesseure de philoso­phie et poète. Son pre­mier livre, « Los pájaros » (2013), est pub­lié aux édi­tions Eolas et présen­té par les poètes Raquel Lanseros, Julio Lla­mazares et Anto­nio Col­i­nas à Madrid et à Sala­manque. En 2016 paraît « Adiós a la noche » aux édi­tions Isla de Sil­tolá et, en 2019, « Todo lo con­trario a la belleza » chez le même édi­teur. Elle a pub­lié plusieurs poèmes en anglais dans la revue « Ade­laide » de New York et a obtenu un prix de poésie de cette même revue en 2019. Elle a égale­ment par­ticipé à dif­férentes revues de poésie espag­nole telles que « Estación de Poesía », « Nudos », « Zen­da », « Buenos Aires Poet­ry », et a assisté à de nom­breux salons et con­grès, notam­ment au Con­grès de Poésie Ibéro-améri­caine Fray Luis de León en 2016. En 2020 a été pub­lié « Nom­i­nal­is­mos », aux édi­tions Eolas de León. Elle col­la­bore actuelle­ment en écrivant des chroniques pour des jour­naux de Lan­zarote et de La Pal­ma, tout en exerçant son activ­ité d’enseignante. En mai 2024 a été pub­lié « Ond­i­na », aux édi­tions Huer­ga y Fierro.

 

Cro­quis des­tiné à accom­pa­g­n­er les poèmes du recueil.

PETITS DÉMONS

Extraits du man­u­scrit inédit Pequeños demo­ni­os

1. Le crapaud

Le cra­paud avala la fil­lette qui n’a jamais voulu embrass­er le prince.

 

2. Attente

En atten­dant qu’un pois­son quel­conque te ramène,

je vois cent quar­ante chats dévor­er d’autres petits pois­sons près du port.

Je me dis qu’il est presque impos­si­ble que tu survives.

Tu pour­rais devenir une autre petite bête,

mais où lais­serais-tu tes bottes de cuir et ta chemise bleue?

J’ai créé la poésie pour m’abriter.

Essaie de ne pas lui par­ler trop fort la nuit.

Quand tu t’approcheras de la mer du Vermont,

essaie de pronon­cer mon autre nom et demande la permission

pour te jeter à l’eau,

vers ces êtres qui l’embrasent.

Appuie sur l’interrupteur « off » quand le voy­age sera fini.

 

3. Assaut

Bec de l’ai­grette attrape lézard.

Le même lézard fut attrapé par la souris.

C’était une autre côte.

La dis­tance était de plusieurs mil­liers de kilomètres.

En réal­ité, tout se passe en parallèle.

Je sais que ce lézard a rôdé dans New York.

Il y a vingt ans je lui ai don­né un nom.

Il y a un mois, ton plus jeune fils lui en a don­né un autre,

et ta fille a voulu le tuer d’un coup de talon.

Nous avons con­tin­ué à aimer, sans le savoir, le même lézard, mais

Qu’a‑t-il pu arriv­er pour qu’il sur­vive à tant d’assauts et de perversion ?

 

4. Triste pinson

Pourquoi es-tu si triste, mon cher pinson ?

Que cachent les sap­ins dans ton nom ?

Pourquoi préfères-tu l’hiver s’il n’y a pas de soleil?

On dit qu’un cœur pleure.

Je n’y crois pas.

Com­ment peut-il pleur­er en même temps que les cheveux et l’estomac ?

En toi vivent des ser­pents qui deman­dent pardon.

Des femmes incon­nues à l’abri sous un para­pluie commun.

L’agressivité réciproque ne com­prend pas le bais­er de ton plumage.

Et main­tenant,

pourquoi es-tu si triste, mon cher pinson ?

 

5. Gant blanc

Donne-moi un gant blanc,

celui qui déguise

les villes en hiver,

les pleurs en démons,

et embel­lit les robes

des femmes fortes.

Et celui

des man­do­lines,

et des cœurs

que les enfants ouvrent

comme un aliment.

Et le gant de l’obscur,

de l’âme la plus blanche.

Un gant blanc,

avec ses confessions,

dont le doigt décharné

mon­tr­era le chemin

sur toutes nos cartes.

 

6. Trop tôt

J’avais com­mencé à par­ler trop tôt,

à jeter des bar­bi­turiques trop tôt,

à rou­gir trop tôt et à dire oui trop tôt.

Le câble rugis­sait tou­jours parce qu’il appelait très fort,

et la ligne élec­trique de tous les vil­lages voisins disjonctait.

Je me sou­ve­nais que j’avais tout com­mencé tôt,

très tôt,

trop tôt.

Le train lançait des mots,

je les ramas­sais comme je pouvais,

entre les rails,

des débris.

Chaque doigt était un insecte qui se met­tait à écrire.

Depuis lors, il n’y a plus

dans ma vie

qu’une mai­son près de la gare pleine d’arthropodes,

et cinq autres semaines,

d’une vérité indestructible

d’ab­sences.

 

7.- Nébuleuse 40

Il se passe quelque chose. Tu ne sais pas pourquoi.

Nébuleuse 40.

Le temps comme un poignard.

Pas le temps,

l’utérus.

Bon sang.

Trop d’an­nées accrochées comme des éperons.

Si seule­ment je pou­vais maintenant…

Mais il est trop tard.

Silence.

Elle sait de quoi je parle.

Les berceaux vides,

le print­emps sans fleurs,

le tym­pan fissuré,

le blanc nais­sant dans les cheveux,

l’utérus à mordre,

le démon en éruption.

Le vilain équilibre

de mon monde

n’est qu’un prétexte.

 

Cro­quis des­tiné à accom­pa­g­n­er les poèmes du recueil.

Présentation de l’auteur

Andrea Bernal

Andrea Bernal est une poétesse, pro­fesseure de philoso­phie et chercheuse espag­nole née à Madrid en 1985. Elle réside actuelle­ment sur l’île de Lan­zarote, où elle con­cilie son activ­ité lit­téraire avec l’en­seigne­ment de la philoso­phie dans le sec­ondaire et la rédac­tion de chroniques pour la presse locale.
Elle a obtenu sa licence en philoso­phie à l’U­ni­ver­sité de Sala­manque avant de suiv­re un mas­ter en études avancées en philoso­phie et un mas­ter en for­ma­tion des enseignants à l’UNED. Dans le domaine académique, elle a mené des travaux de recherche doc­tor­ale cen­trés sur l’esthé­tique, analysant le con­cept de créa­tion dans la pen­sée de Friedrich Schiller.

Bibliographie

  • Los pájaros (Eolas Edi­to­r­i­al, 2013)
  • Adiós a la noche (Edi­ciones de la Isla de Sil­tolá, 2016)
  • Todo lo con­trario a la belleza (Edi­ciones de la Isla de Sil­tolá, 2019)
  • Nom­i­nal­is­mos (2022)
  • Ond­i­na (Huer­ga y Fier­ro Edi­tores, 2024)

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Miguel Angel Real

Né en 1965, il pour­suit des études de français à l’Université de Val­ladol­id (Espagne), sa ville natale. Il tra­vaille en 1992 à l’Agence France Presse à Paris. Agrégé d’espagnol, il enseigne au Lycée de Cornouaille à Quim­per. En tant qu’au­teur, ses poèmes ont été pub­liés dans les revues La Gal­la Cien­cia, Fábu­la et Saigón (décem­bre 2018) (Espagne), Letralia (Venezuela), Marabun­ta, El Humo et La Piraña (Mex­ique), ain­si que dans l’an­tholo­gie de poésie brève “Gotas y hac­ha­zos” (Ed. PÁRAMO Espagne, décem­bre 2017). Les revues français­es “Le Cap­i­tal des Mots”, “Fes­ti­val Per­ma­nent des mots” “Lichen”,“La ter­rasse” et “Revue Méninge” ont égale­ment pub­lié cer­tains de ses poèmes en français, orig­in­aux ou traduits de l’es­pag­nol. Il a pub­lié en avril 2019 un recueil per­son­nel, Zoologías, aux édi­tions En Hui­da (Séville). Les édi­tions Sémaphore pub­lieront bien­tôt son recueil bilingue Comme un dé rond. Il fait par­tie du comité de rédac­tion de la revue poé­tique espag­nole Crátera. Il se con­sacre aus­si à la tra­duc­tion de poèmes, seul ou en col­lab­o­ra­tion avec Flo­rence Real ou Marceau Vasseur. Ses tra­duc­tions ont été pub­liées par de nom­breuses revues en France (Pas­sage d’en­cres, Le Cap­i­tal des mots, Mange-Monde), Espagne (La Gal­la Cien­cia, Crátera, El Colo­quio de los Per­rros) et Amérique (Low-Fi Arden­tia, Por­to Rico, La Piraña, Mex­ique). Dans cette dernière pub­li­ca­tion il dirige deux sec­tions de tra­duc­tion nom­mées « Le Piran­ha Transocéanique » (https://piranhamx.club/index.php/le-piranha-transoceanique) et « Ven­tana France­sa » (https://www.piranhamx.club/index.php/quienes-somos‑2/ventana-francesa) Tra­duc­tions pub­liées: — “Fauves” (Edi­to­r­i­al Corps Puce), poèmes de l’au­teur équa­to­rien RAMIRO OVIEDO (Traduit avec Marceau Vasseur, décem­bre 2017) — “Erra­tiques”, poèmes d’ANGÈLE CASANOVA, pho­tos de PHILIPPE MARTIN. Edi­tion bilingue. Édi­tions Pourquoi Viens-Tu Si Tard, octo­bre 2018 — “Les travaux de la nuit”, de PAUL SANDA. Édi­tion bilingue. Ed. Alcy­one, décem­bre 2018.
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