Chronique du veilleur (66) : Casimir Prat

Par |2026-11-06T10:51:50+01:00 6 novembre 2026|Catégories : Casimir Prat, Essais & Chroniques|

Sur le seuil de ce beau petit livre, Casimir Prat nous tend un bou­quet de coqueli­cots, comme un cadeau de bien­v­enue, offert avec toute l’ad­mi­ra­tion qu’il porte à cette fleur rus­tique et sim­ple. Le poète par­le même de pau­vreté à leur sujet, mais cette pau­vreté est touchante de fragilité, de nudité et de silence.

Le poète use d’un lan­gage qu’on pour­rait qual­i­fi­er de même, il fait en nous une ouver­ture à la merveille.

 

Qui n’a jamais croisé
un coqueli­cot-

et sen­ti dans son cœur
s’en­flam­mer une fenêtre ?




Casimir Prat, Vingt-six coqueli­cots et autres choses sim­ples, az’art ate­lier édi­tions, 70 pages, 18 euros.




Face à la mort, ces fleurs « rudi­men­taires » peu­vent se chang­er en « ori­flammes hale­tants ». C’est dire toutes les trans­mu­ta­tions poé­tiques que Casimir Prat met en œuvre dans ces Vingt-six coqueli­cots, avec ten­dresse, dis­cré­tion, délicatesse.

Le livre se pour­suit, le titre en fait foi, par d’autres choses sim­ples. Sur une page, qua­tre ter­cets cer­nent avec une économie remar­quable des réal­ités hum­bles, qu’on pour­rait trou­ver insignifi­antes. Ain­si, sur une vitre,

Au coin de la vit­re, qui essuiera
ces trois gouttes d’eau bleues qui glis­sent
comme trois points de suspension ?

Cepen­dant, le plus sou­vent, le poète se dépeint lui-même dans un lieu et un moment ordi­naires.  Ain­si la nuit, dans un train, ou devant une échelle où se traîne, en vac­il­lant, un escar­got, ou sur un pré, res­pi­rant les odeurs de la terre. La ques­tion qu’il pose est une de celles qu’un poète sen­si­ble ne manque jamais d’af­fron­ter : celle d’une atten­tion au réel qui veut entr­er dans le cœur même de ce réel, comme dans un secret, avant sans doute de chercher les moyens de lan­gage, pour ten­ter de nous en pro­pos­er une tra­duc­tion. Une ter­ri­ble ques­tion de temps, en fait : com­ment saisir ce secret en une frac­tion presque infime de temps, avant de se pencher longtemps ensuite sur un cahi­er d’écritures :

Est-il pos­si­ble d’en­tr­er à l’in­térieur d’un Instant
d’une minute opaque,
retenir dans sa main le cœur, la vie insis­tante
d’une unique et secrète sec­onde -
avant qu’elle ne retourne à jamais dans le fleuve éternel ?

A l’im­age des per­vench­es, « fausse­ment dis­crètes », autre fleur très aimée, Casimir Prat sait alli­er avec un art par­fait la beauté des choses sim­ples et la richesse intérieure d’une âme qui admire, sans plus essay­er, comme il l’avoue, « de com­pren­dre. »  Le dernier poème du livre recueille tout cela, en nous empor­tant vers l’infini : 

Tout est devenu si sim­ple,
Et si étrange, en même temps :

la pluie froide sur tes joues,
le trèfle et ses trois feuilles parfaites.

Le chemin qui cav­ale jusqu’à la Voie lactée.

Présentation de l’auteur

Casimir Prat

Casimir Prat est un poète français qui réside tou­jours à Toulouse. Fils de réfugiés poli­tiques espag­nols, il a gardé cette soif de révolte et de jus­tice qui lui font tant aimer Léo Fer­ré et souf­frir devant l’injustice. Il pub­lie dès sa jeunesse des poèmes en revues et son recueil Her­bier sera primé au con­cours de poésie de la ville de Nice. A 28 ans, il fait la con­nais­sance de Fran­cis Ponge qui pré­fac­era son recueil L’Horreur ou la Mer­veille qui le fait con­naître. Ce recueil est pub­lié en 1983 par la revue Mul­ti­ples que dirige Hen­ri Heur­te­bise. Depuis, son œuvre sera récom­pen­sée à plusieurs repris­es : Prix Artaud en 1989, prix Max-Pol-Fouchet en 1993.
Il par­ticipe à la revue Tex­ture créée par Michel Baglin.  Il a lancé les ren­dez-vous d’Escaladieu, en tant que poète d’Escalasud. Libraire à Toulouse, il ani­me égale­ment des ate­liers d’écriture. Il a coor­don­né Une fer­veur brûlée, antholo­gie de poèmes de Jean Mal­rieu (L’Arrière-Pays,1995).

Bibliographie 

La lampe et le ravin, Le Dé Bleu, 1984
Au-dessus, Le Pré de l’Age, 1987
Elles habitent le soir, L’Ar­bre, 1988 (Prix Antonin-Artaud, 1989)
Aujour­d’hui encore, Rougerie, 1988
Trois scènes, L’Im­pa­tiente, 1989
Au moment de par­tir, L’Ar­bre, 1993
Le figu­ier précédé de L’hori­zon, Rougerie, 1993
S’éloign­er de la flamme, suivi de A la même heure, L’Ar­rière-Pays, 1993
Navires dans la brume, Cla­pas, 1994
Tout est cen­dre, Le Dé Bleu, 1995 (Prix Max-Pol Fouchet 1995)
Vers la nuit, L’Ar­rière-Pays, 1996
De temps en temps, Rougerie, 1998
Sait-on jamais, L’Ar­pen­teur, 2005
Vingt-six coqueli­cots et autres choses sim­ples, Azart ate­lier édi­tions, 2026

 

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Gérard Bocholier

Gérard Bocholi­er est né le 8 sep­tem­bre 1947 à Cler­mont-Fer­rand (France). Il a fait ses études sec­ondaires et supérieures dans cette ville, y a ensuite enseigné la lit­téra­ture française et les let­tres clas­siques en classe de let­tres supérieures. Orig­i­naire d’une famille de vignerons de la plaine de Limagne, il est franc-com­tois par sa famille mater­nelle, à la fron­tière du pays de Vaud en Suisse. Il a passé son enfance et sa jeunesse dans le vil­lage pater­nel de Mon­ton, au sud de Cler­mont-Fer­rand, que les poèmes en prose du Vil­lage et les ombresévo­quent avec ses habi­tants. La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il con­sacre un essai en 1984, Pierre Reverdy lephare obscur,déter­mine en grande par­tie sa voca­tion de poète. En 1971, Mar­cel Arland, directeur de la NRF, lui remet à Paris le prix Paul Valéry, réservé à un jeune poète étu­di­ant.  Son pre­mier grand livre, L’Ordre du silence, est pub­lié en 1975.  En 1976, il par­ticipe à la fon­da­tion de la revue de poésieArpa, avec d’autres poètes auvergnats et bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis. D’autres ren­con­tres éclairent sa route : celle de Jean Gros­jean à la NRF, puis celle de Jacques Réda, qui lui con­fie une chronique régulière de poésie dans les pages de la célèbre revue à par­tir des années 90, mais aus­si l’amitié affectueuse du poète de Suisse romande, Anne Per­ri­er, dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996. Son activ­ité de cri­tique de poésie ne cesse de se dévelop­per au fil des années, il col­la­bore  au fil des années à de nom­breuses revues, notam­ment à la Revue de Belles Let­tresde Genève, au Nou­veau Recueil, et surtout à Arpa,dont il assure la direc­tion dès 1984. Il donne actuelle­ment des poèmes à Thau­ma,Nunc,Le Jour­naldes poètes. Cer­tains de ses arti­cles sont réu­nis dans le vol­ume Les ombrages fab­uleux,en 2003. A par­tir de 2009, un an avant sa retraite, il se con­sacre prin­ci­pale­ment à l’écriture de psaumes, pub­liés par Ad Solem. Le pre­mier vol­ume est pré­facé par Jean-Pierre Lemaire, son ami proche. Le deux­ième s’ouvre sur un envoi de Philippe Jac­cot­tet. Son essai Le poème exer­ci­ce spir­ituelexplique et illus­tre cette démarche. Il prend la respon­s­abil­ité d’une rubrique de poésie dans l’hebdomadaire La Vieet tient une chronique de lec­tures, « Chronique du veilleur »,  à par­tir de 2012 sur le site inter­net :Recours aupoème. De nom­breux prix lui ont été attribués : Voron­ca (1978), Louis Guil­laume (1987), le Grand Prix de poésie pour la jeunesse en 1991, le prix Paul Ver­laine  de la Mai­son de poésie en 1994, le prix Louise Labé en 2011. L’Académie Française lui a décerné le prix François Cop­pée pourPsaumes de l’espérance en 2013. Son jour­nal intime, Les nuages de l’âme, paraît en 2016, regroupant des frag­ments des années 1996 à 2016. Par­mi ses pub­li­ca­tions poé­tiques récentes : Abîmes cachés(2010) ; Psaumes du bel amour(2010) ; Belles saisons obscures(2012) ; Psaumes de l’espérance(2012) ; Le Vil­lageemporté (2013) ; Pas­sant (2014) ; Les Etreintes invis­i­bles (2016) ; Nuits (2016) ; Tisons(2018) ; Un chardon de bleu pur(2018) ; Depuis tou­jours le chant(2019) A paraître : Ain­si par­lait Georges Bernanos(Arfuyen) ; Psaumes de la Foi vive (Ad Solem) ; J’appelle depuis l’enfance (La Coopéra­tive). En 2019 parais­sent Ain­si par­lait G.Bernanos, Psaumes de la foi vive, Depuis tou­jours le chant ; en 2020 J’ap­pelle depuis l’en­fance (La Coopéra­tive) et Une brûlante usure (Le Silence qui roule), Vers le Vis­age (Le Silence qui roule, 2023) et Cette allée qui s’ef­face (Arfuyen, 2024), L’Ac­cueil du jour (Ad Solem, 2025), Semences de l’aube (Illador, 2025), Ciels retrou­vés. Jour­nal de saisons (Le Silence qui roule, 2026).
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