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Politique du poème

Par |2018-01-26T13:35:44+00:00 29 décembre 2015|Catégories : Essais|

 

         Le poème est un souffle de lan­gage, une parole franche où s'édifie la rela­tion du monde et de l'humain.
         Le poète n'est ni un expert de la langue ni un maître de la culture. Ce n'est qu'un chas­seur de papillons au filet troué, et encore. C'est juste une résis­tance offerte au mael­ström du lan­gage. C'est tout.
         Celui qui se pos­sède ne pos­sède rien.

 

        Cette absence d'empire est la condi­tion de toute réforme pro­fonde de l'être.
        Elle est incom­pa­tible avec les orga­ni­sa­tions poli­tiques et éco­no­miques fac­tuelles. Elle crée, au sein des sys­tèmes maté­riels et idéo­lo­giques col­lec­tifs, les fer­ments de toute trans­for­ma­tion, donc de la pour­suite de l'histoire.
        Les poèmes ne pro­posent aucune orien­ta­tion à ces mou­ve­ments : ils n'expriment que l'accueil de l'inconnu, de l'autre.
        Ils se dis­tinguent à cet égard radi­ca­le­ment des dis­cours pro­phé­tiques ou futu­ro­lo­giques.
        Le poème en est la néga­tion par sa seule pré­sence. Il ne mani­feste rien : son exis­tence est cau­sa sui.
        Le poème est une enti­té spi­ri­tuelle où l'humain ne se quitte pas : dans un poème l'humain se conso­lide et s'affirme comme infi­ni­té de liens avec l'Autre.
        Les mys­tiques ont tou­jours dit : l'univers à l'intérieur de soi.

 

         Le poème est écrit avec des mots de tout le monde pour tout le monde. Si son expé­rience ne se com­mu­nique pas à autrui, il s'est cou­pé du monde.
        En se cou­pant du monde, il n'y a que la vani­té du moi.
        Le poème n'implique ni le juge­ment ni la cri­tique : seule­ment la révo­lu­tion.
        Le poème n'implique ni la lit­té­ra­ture ni le dépar­te­ment des Lettres. Il implique seule­ment de chan­ger ses actes.
        Le poème est dépos­sé­dé du pou­voir mais pas d'efficacité.

 

         La dis­tance entre le poème et l'individu : le pou­voir éri­gé sur l'inconsistance et l'isolement de l'individu, évi­de­ment de l'humain. Rapprochement du poème et de l'individu : reprise en mains de soi par soi, édi­fi­ca­tion d'une majo­ri­té lumi­neuse, fra­ter­ni­té réelle avec autrui, l'humain culti­vé.
        Où le poème est accueilli : sur la porte d'un cor­don­nier, dans une chambre d'hôpital, dans l'oreille d'un enfant, dans la bouche d'un amou­reux, dans une cui­sine… n'importe où, par qui­conque, jamais là où il est asser­vi à une force.
        Où, avec les actes, il est la seule parole.

 

         Il dit que l'humanité brûle, se révulse, convulse et se sou­lève. Comme l'ouvrier du temps jadis, il dit aus­si : "À bien­tôt j'espère". 

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Thomas Demoulin

Thomas Demoulin, né en 1980 près de Paris, vit et tra­vaille à Lille depuis 2007. L’écriture de poèmes est insé­pa­rable d’amitiés pas­sion­nées et d’échanges avec des per­son­na­li­tés intel­lec­tuelles et artis­tiques aux tra­jec­toires diverses. L’autre : l’écriture n’en serait que la per­pé­tua­tion…

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