> Roger Gilbert-Lecomte : La Vie l’Amour la Mort le Vide et le Vent et autres textes.

Roger Gilbert-Lecomte : La Vie l’Amour la Mort le Vide et le Vent et autres textes.

Par | 2018-02-28T12:23:06+00:00 10 octobre 2015|Catégories : Critiques|

 

La col­lec­tion « Poésie /​ Gallimard » vient oppor­tu­né­ment de ras­sem­bler les plus impor­tants textes théo­riques et poé­tiques de Roger Gilbert-Lecomte. Le choix en est dû à Zéno Bianu et le texte enthou­siaste d’Antonin Artaud publié dans le n° 255 de la NRF après la paru­tion de La Vie l’Amour la Mort le Vide et le Vent en 1933 sert de pré­face à l’ensemble. Une chro­no­lo­gie et un dos­sier accom­pagnent les textes.

Sous le titre Proses du Grand Jeu, figurent une série de mani­festes : l’avant-propos du pre­mier numé­ro du Grand Jeu, La force des renon­ce­ments, Mise au point ou Casse-dogme, Après Rimbaud la mort des Arts, La Prophétie des Rois-Mages, L’horrible révé­la­tion… la seule, et deux hom­mages au peintre Sima, L’énigme de la face et À toi, Sima. Enfin est repro­duit Monsieur Morphée empoi­son­neur public où Gilbert-Lecomte défend les para­dis (ou les enfers) arti­fi­ciels.

Rappelons les prin­cipes du Grand Jeu, tels qu’il appa­raissent en ita­liques dans l’avant-propos :

 

remettre tout en ques­tion dans tous les ins­tants.
Nous ne vou­lons pas écrire, nous nous lais­sons écrire.
Nous nous don­ne­rons tou­jours de toutes nos forces à toutes les révo­lu­tions nou­velles

 

La « marche de l’esprit vers sa libé­ra­tion », qui sup­pose « toute une hygiène d’extase par­ti­cu­lière » demande à faire le vide pour atteindre « le point immo­bile en son propre inté­rieur vibrant », le point inat­tei­gnable car « tout est tou­jours à recom­men­cer ».

Les maîtres ont nom Rimbaud, pour la révolte et la Voyance, et Nerval, pour le rêve : « Le monde oni­rique est un sys­tème de visions cohé­rentes et uni­ver­sel au même titre que le monde exté­rieur. » Quant à Baudelaire, qui figure en exergue de Monsieur Morphée, son influence n’est pas négli­geable, si l’on en juge par cer­tains poèmes tout emplis d’angoisse. Il faut d’ailleurs sou­li­gner que la révolte ne va pas jusqu’à sup­pri­mer la ver­si­fi­ca­tion tra­di­tion­nelle, conser­vée dans la strophe des poèmes d’avant 1928, et dans le vers, sou­vent employé ensuite :

 

Écartelé vivant déchi­ré de toi-même
Centre en exil de tout
Roisproscrit
Monstre extrême (Le miroir noir)

 

Une oppo­si­tion constante appa­raît entre l’Occident, char­gé de tous les péchés et un Orient fan­tas­mé. Certaines pro­cla­ma­tions prêtent à sou­rire dans leur naï­ve­té, comme La Prophétie des Rois-Mages : « « l’an 2000 écar­quille­ra les yeux en vain et ne décou­vri­ra plus l’Europe sur la croûte du monde. »

De fait, on a sou­vent l’impression d’être devant des posi­tions ado­les­centes. Lecomte le dit d’ailleurs expli­ci­te­ment dans le Casse-dogme à pro­pos des prin­cipes du Grand Jeu : « Non, Madame, ce n’est pas beau, la jeu­nesse. » Les « phrères » fon­da­teurs se réclament aus­si du « sim­plisme » et de l’esprit d’enfance, et leur maître est aus­si Jarry.

Cet esprit, on le retrouve dans les poèmes d’après 1928 : goût pour les jeux de mots, dans des sortes de chan­sons : « Le deve­nu rat de l’eau rive » (« Le chant malin du rat ») et ce n’est pas ce qui est le plus inté­res­sant, pas plus que les poèmes qui sentent un peu trop l’application des prin­cipes, mais ceux, qui, contre le refus pour­tant réité­ré de l’individualisme, font entendre une voix per­son­nelle, comme dans ce dis­tique qui consti­tue « Les fron­tières de l’amour » :

 

Entre les lèvres du bai­ser
La vitre de la soli­tude

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Joelle Gardes (┼)

Joëlle Gardes est née en 1945 à Marseille, ville près de laquelle elle a vécu. Universitaire, elle a ensei­gné la gram­maire et la poé­tique à l’université de Provence, puis à à Paris IV-Sorbonne. Elle fut pro­fes­seur émé­rite de cette uni­ver­si­té. De 1990 à 2010, elle a diri­gé la Fondation Saint-John Perse et a édi­té chez Gallimard les cor­res­pon­dances du poète avec Jean Paulhan et Roger Caillois. Sous le nom de Joëlle Gardes Tamine, elle a publié de nom­breux articles et plu­sieurs ouvrages sur le lan­gage, plus par­ti­cu­liè­re­ment dans les domaines de la rhé­to­rique et de la poé­tique.

Tard venue à l’écriture, elle a com­men­cé par les mono­logues de théâtre (Madeleine B., édi­tions de l’Amandier), puis a publié plu­sieurs romans (der­nier paru, Le pou­pon, éd. de l’Amandier). Elle s’est tour­née vers la poé­sie (nom­breux poèmes en revue, deux recueils publiés aux édi­tions de l’Amandier, Dans le silence des mots, 2008 et L’eau trem­blante des sai­sons, 2012). Elle a col­la­bo­ré régu­liè­re­ment avec des plas­ti­ciens et des pho­to­graphes. Elle fut membre du comi­té de rédac­tion de la revue Place de la Sorbonne et de Recours au poème.

Joëlle Gardes est décé­dée en sep­tembre 2017.

www​.joelle​-gardes​.com

  • A perte de voix, poèmes, aux édi­tions de L’Amandier, 2014
  • Sous le lichen du temps, prose, aux édi­tions de L’Amandier, 2014
  • Louise Colet. Du sang, de la bile, de l’encre et du mal­heur, roman, édi­tions de l’Amandier.

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