Chronique du veilleur (51) : Olivier Noria

Par |2023-09-06T21:41:29+02:00 5 septembre 2023|Catégories : Essais & Chroniques, Olivier Noria|

Né à Brux­elles en 1980, Olivi­er Noria pub­lie son pre­mier livre de poésie : Ren­dre grâce. D’emblée, on perçoit plus qu’une voix de tal­ent et une écri­t­ure très maîtrisée : une présence d’âme qui ne s’en­com­bre d’au­cun arti­fice rhé­torique, d’au­cune mode. « Le mys­tère s’en­fante  / Et toi l’en­fant-passeur tu t’en­chantes, chemin faisant. » Il s’ag­it bien là en effet d’une âme restée ouverte à tous les émer­veille­ments, d’une âme de veilleur qui retient, sur ce qui va peut-être devenir œuvre poé­tique, l’in­for­mu­la­ble, qui prend « le pouls de l’Ou­vert », « le pas de la clarté. »

« Ecri­t­ure franche », selon l’ex­pres­sion de l’au­teur. Ecri­t­ure recueil­lie sur « le cœur du cœur blot­ti en son secret. » Le poète, qui est par ailleurs musi­cien, saisit les accords ray­on­nants, offre sa meilleure écoute à ce que le tumulte de notre monde ne cesse d’étouffer.

 

Tout au berce­ment du feuil­lage est souf­fle ordonnant

Tout se courbe pour mieux écouter

Olivi­er Noria, Ren­dre grâce, Le Tail­lis Pré, 14 euros.

Alors, peu­vent s’élever, « musique d’en­tre toutes  / les musiques », les « bat­te­ments intimes  / de l’irrévélé » .

Ce sont des frag­ments, presque silen­cieux, d’un secret,que le lecteur reçoit à chaque pas, à chaque page. Et le sen­ti­ment pro­fondé­ment émou­vant d’un partage, à la fois poé­tique et spir­ituel, se fait jour, en une ren­con­tre ines­timable et inou­bli­able (« L’i­nou­bli­able seul est la ren­con­tre »). Le lien est ain­si tis­sé et noué dans l’in­vis­i­ble, par un « long fil d’or », celui-là même qui nous relie à la divinité.

                

Nous ne pou­vons véri­ta­ble­ment aimer qu’en lien

Nous ne pou­vons nous reconnaître
que dans la cer­ti­tude d’être veil­lés, bordés
par la pro­fondeur insond­able d’un ciel constellé

Nous ne sommes pas seuls
Nous sommes unis ‑et la soli­tude nous révèle

On est heureux de décou­vrir ici un vrai poète, ani­mé d’une soif d’ab­solu et d’amour, qu’il traduit avec humil­ité, pro­fonde sincérité. On est touché par cette voix qui se con­fie au lecteur, tout en « ren­dant grâce » à ce qui lui donne force et beauté :

 

Désor­mais,

 je ne m’en­com­bre plus d’un stylo
sinon pour éclair­cir ce qui tient dans la paume 
du silence

Olivi­er Noria, Instan­ta­né Instru­men­tal, Prière Con­tem­pla­tive, 1er Mai 2022.

Présentation de l’auteur

Olivier Noria

Né à Brux­elles en 1980, Olivi­er Noria est musi­cien et poète. Indis­so­cia­ble de son inspi­ra­tion, sa vie se con­jugue au fil des ren­con­tres, au pas à pas, de lieux en lien. Il partage son art sous la forme de con­certs et d’accompagnements dédiés. Ren­dre Grâce est son pre­mier recueil publié.

© Crédits pho­tos (sup­primer si inutile)

Bib­li­ogra­phie 

Ren­dre grâce, Le Tail­lis Pré, 2022.

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Gérard Bocholier

Gérard Bocholi­er est né le 8 sep­tem­bre 1947 à Cler­mont-Fer­rand (France). Il a fait ses études sec­ondaires et supérieures dans cette ville, y a ensuite enseigné la lit­téra­ture française et les let­tres clas­siques en classe de let­tres supérieures. Orig­i­naire d’une famille de vignerons de la plaine de Limagne, il est franc-com­tois par sa famille mater­nelle, à la fron­tière du pays de Vaud en Suisse. Il a passé son enfance et sa jeunesse dans le vil­lage pater­nel de Mon­ton, au sud de Cler­mont-Fer­rand, que les poèmes en prose du Vil­lage et les ombresévo­quent avec ses habi­tants. La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il con­sacre un essai en 1984, Pierre Reverdy lephare obscur,déter­mine en grande par­tie sa voca­tion de poète. En 1971, Mar­cel Arland, directeur de la NRF, lui remet à Paris le prix Paul Valéry, réservé à un jeune poète étu­di­ant.  Son pre­mier grand livre, L’Ordre du silence, est pub­lié en 1975.  En 1976, il par­ticipe à la fon­da­tion de la revue de poésieArpa, avec d’autres poètes auvergnats et bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis. D’autres ren­con­tres éclairent sa route : celle de Jean Gros­jean à la NRF, puis celle de Jacques Réda, qui lui con­fie une chronique régulière de poésie dans les pages de la célèbre revue à par­tir des années 90, mais aus­si l’amitié affectueuse du poète de Suisse romande, Anne Per­ri­er, dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996. Son activ­ité de cri­tique de poésie ne cesse de se dévelop­per au fil des années, il col­la­bore  au fil des années à de nom­breuses revues, notam­ment à la Revue de Belles Let­tresde Genève, au Nou­veau Recueil, et surtout à Arpa,dont il assure la direc­tion dès 1984. Il donne actuelle­ment des poèmes à Thau­ma,Nunc,Le Jour­naldes poètes. Cer­tains de ses arti­cles sont réu­nis dans le vol­ume Les ombrages fab­uleux,en 2003. A par­tir de 2009, un an avant sa retraite, il se con­sacre prin­ci­pale­ment à l’écriture de psaumes, pub­liés par Ad Solem. Le pre­mier vol­ume est pré­facé par Jean-Pierre Lemaire, son ami proche. Le deux­ième s’ouvre sur un envoi de Philippe Jac­cot­tet. Son essai Le poème exer­ci­ce spir­ituelexplique et illus­tre cette démarche. Il prend la respon­s­abil­ité d’une rubrique de poésie dans l’hebdomadaire La Vieet tient une chronique de lec­tures, « Chronique du veilleur »,  à par­tir de 2012 sur le site inter­net :Recours aupoème. De nom­breux prix lui ont été attribués : Voron­ca (1978), Louis Guil­laume (1987), le Grand Prix de poésie pour la jeunesse en 1991, le prix Paul Ver­laine  de la Mai­son de poésie en 1994, le prix Louise Labé en 2011. L’Académie Française lui a décerné le prix François Cop­pée pourPsaumes de l’espérance en 2013. Son jour­nal intime, Les nuages de l’âme, paraît en 2016, regroupant des frag­ments des années 1996 à 2016. Par­mi ses pub­li­ca­tions poé­tiques récentes : Abîmes cachés(2010) ; Psaumes du bel amour(2010) ; Belles saisons obscures(2012) ; Psaumes de l’espérance(2012) ; Le Vil­lageemporté (2013) ; Pas­sant (2014) ; Les Etreintes invis­i­bles (2016) ; Nuits (2016) ; Tisons(2018) ; Un chardon de bleu pur(2018) ; Depuis tou­jours le chant(2019) A paraître : Ain­si par­lait Georges Bernanos(Arfuyen) ; Psaumes de la Foi vive (Ad Solem) ; J’appelle depuis l’enfance (La Coopéra­tive). En 2019 parais­sent Ain­si par­lait G.Bernanos, Psaumes de la foi vive, Depuis tou­jours le chant ; en 2020 J’ap­pelle depuis l’en­fance (La Coopéra­tive) et Une brûlante usure (Le Silence qui roule), Vers le Vis­age (Le Silence qui roule, 2023) et Cette allée qui s’ef­face (Arfuyen, 2024)

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