Chronique du veilleur (12) – Monique Saint-Julia, Je vous écris

Par |2018-01-07T12:24:03+01:00 31 janvier 2014|Catégories : Essais & Chroniques, Monique Saint-Julia|Mots-clés : |

Le monde de Monique Saint-Julia est tout bruis­sant de feuilles, de fleurs et d’oiseaux. Je vous écris nous invite, nous tous, à venir cueil­lir les fruits gorgés de soleil et de sucs, que l’écriture du poème en prose éclaire et métamorphose.

Des mots glis­sent, caresse qui n’est ni celle du vent, ni celle d’une riv­ière, mais celle des fruits ensoleil­lés dans les mains.
Je vous dis l’été, ce filet où chaque aube recueille des voix, des présences, des mou­ve­ments d’oiseaux.
Je respire le bois, l’air tout entier dans mes poumons, afin qu’il reste bien vivant en moi.

 

Monique Saint-Julia, Je vous écris, Editions de l’Aire, Vevey, 88 pages

Monique Saint-Julia, Je vous écris, Édi­tions de l’Aire, Vevey, 88 pages

C’est bien un vaste hymne à la vie, en effet, que com­pose Monique Saint-Julia, de livre en livre. Il y a chez elle comme l’innocence de l’enfant au seuil d’un jardin extra­or­di­naire. Et pour­tant, tout est inscrit dans l’ordre ordi­naire des saisons, mais le poète ressent cela avec une sen­si­bil­ité à fleur de sens et de cœur. « Le jour court vite, je le goûte avec l’ardeur des oiseaux. » Elle éprou­ve à chaque émer­veille­ment le sen­ti­ment d’un au-delà qui ne cesse de lui adress­er des signes.

Bruits, chants, sources, bible d’oiseaux.
On ne sait où nous entraî­nent ces voix qui nous gou­ver­nent, peut-être à respir­er le souf­fle des arbres, l’eau épurée de la réserve à truites.
Un can­tique de pluie s’allume.

« Un aigu­il­lon de vie », comme elle l’écrit, la stim­ule sans cesse, même lorsque la « marche intérieure, source silen­cieuse » sent pass­er en elle une ombre de tristesse et de soli­tude. Sa demeure poé­tique reste ouverte à tous les vents, aux souf­fles inspi­rants, aux vis­ites des ciels changeants. Elle nous y accueille avec générosité et déli­catesse. Cette let­tre tou­jours reprise fait réson­ner un chant d’un très sincère lyrisme. « Vous écrire, c’est enten­dre des voix mon­tantes. », nous dit-elle, car le poète ne fait que trans­met­tre ce qu’il reçoit, les sons et les voix d’une réelle présence, à chaque instant à ses côtés.

Comme il est con­tagieux ce goût d’écrire, cette perte d’identité qui vient silen­cieuse­ment, ce besoin furieux d’inventer des noms, des silences, des sons, d’écouter les flo­cons de neige ten­dre une soie entre ciel et terre. 

Il n’y a pas plus bel éloge de l’amour de la poésie ! Monique Saint-Julia le vit et le com­mu­nique magnifiquement.

 

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Gérard Bocholier

Gérard Bocholi­er est né le 8 sep­tem­bre 1947 à Cler­mont-Fer­rand (France). Il a fait ses études sec­ondaires et supérieures dans cette ville, y a ensuite enseigné la lit­téra­ture française et les let­tres clas­siques en classe de let­tres supérieures. Orig­i­naire d’une famille de vignerons de la plaine de Limagne, il est franc-com­tois par sa famille mater­nelle, à la fron­tière du pays de Vaud en Suisse. Il a passé son enfance et sa jeunesse dans le vil­lage pater­nel de Mon­ton, au sud de Cler­mont-Fer­rand, que les poèmes en prose du Vil­lage et les ombresévo­quent avec ses habi­tants. La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il con­sacre un essai en 1984, Pierre Reverdy lephare obscur,déter­mine en grande par­tie sa voca­tion de poète. En 1971, Mar­cel Arland, directeur de la NRF, lui remet à Paris le prix Paul Valéry, réservé à un jeune poète étu­di­ant.  Son pre­mier grand livre, L’Ordre du silence, est pub­lié en 1975.  En 1976, il par­ticipe à la fon­da­tion de la revue de poésieArpa, avec d’autres poètes auvergnats et bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis. D’autres ren­con­tres éclairent sa route : celle de Jean Gros­jean à la NRF, puis celle de Jacques Réda, qui lui con­fie une chronique régulière de poésie dans les pages de la célèbre revue à par­tir des années 90, mais aus­si l’amitié affectueuse du poète de Suisse romande, Anne Per­ri­er, dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996. Son activ­ité de cri­tique de poésie ne cesse de se dévelop­per au fil des années, il col­la­bore  au fil des années à de nom­breuses revues, notam­ment à la Revue de Belles Let­tresde Genève, au Nou­veau Recueil, et surtout à Arpa,dont il assure la direc­tion dès 1984. Il donne actuelle­ment des poèmes à Thau­ma,Nunc,Le Jour­naldes poètes. Cer­tains de ses arti­cles sont réu­nis dans le vol­ume Les ombrages fab­uleux,en 2003. A par­tir de 2009, un an avant sa retraite, il se con­sacre prin­ci­pale­ment à l’écriture de psaumes, pub­liés par Ad Solem. Le pre­mier vol­ume est pré­facé par Jean-Pierre Lemaire, son ami proche. Le deux­ième s’ouvre sur un envoi de Philippe Jac­cot­tet. Son essai Le poème exer­ci­ce spir­ituelexplique et illus­tre cette démarche. Il prend la respon­s­abil­ité d’une rubrique de poésie dans l’hebdomadaire La Vieet tient une chronique de lec­tures, « Chronique du veilleur »,  à par­tir de 2012 sur le site inter­net :Recours aupoème. De nom­breux prix lui ont été attribués : Voron­ca (1978), Louis Guil­laume (1987), le Grand Prix de poésie pour la jeunesse en 1991, le prix Paul Ver­laine  de la Mai­son de poésie en 1994, le prix Louise Labé en 2011. L’Académie Française lui a décerné le prix François Cop­pée pourPsaumes de l’espérance en 2013. Son jour­nal intime, Les nuages de l’âme, paraît en 2016, regroupant des frag­ments des années 1996 à 2016. Par­mi ses pub­li­ca­tions poé­tiques récentes : Abîmes cachés(2010) ; Psaumes du bel amour(2010) ; Belles saisons obscures(2012) ; Psaumes de l’espérance(2012) ; Le Vil­lageemporté (2013) ; Pas­sant (2014) ; Les Etreintes invis­i­bles (2016) ; Nuits (2016) ; Tisons(2018) ; Un chardon de bleu pur(2018) ; Depuis tou­jours le chant(2019) A paraître : Ain­si par­lait Georges Bernanos(Arfuyen) ; Psaumes de la Foi vive (Ad Solem) ; J’appelle depuis l’enfance (La Coopéra­tive). En 2019 parais­sent Ain­si par­lait G.Bernanos (2019) et Psaumes de la foi vive, Depuis tou­jours le chant. A paraître en 2020, J’ap­pelle depuis l’en­fance (La Coopéra­tive) et Une brûlante usure (Le Silence qui roule).
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