Chronique du veilleur(63) : Pierre Maubé

Par |2026-03-06T08:49:56+01:00 6 mars 2026|Catégories : Essais & Chroniques, Pierre Maubé|

Pierre Maubé pour­suit une œuvre exigeante et grave. Sai­son lente est sans doute son livre majeur, tant les ques­tions essen­tielles qu’il pose sont abor­dées avec une âpre lucid­ité et une soif ardente de vérité, rarement vues en poésie.

 

C’est bien la con­di­tion humaine et rien qu’elle, que ces « pros­es-poèmes » interrogent.

          Ta vie n’aura duré que le temps d’une brûlure.

Cette brûlure est sou­vent à vif dans ces pages où le poète se voit « l’assoiffé, l’affamé, le voy­ant et l’aveugle, le sans ‑mai­son, le sans-hori­zon, le désirant. »

L’homme avance ain­si, pas à pas, dans une espérance qui se voile sou­vent de cen­dres, par­mi les ombres des chers dis­parus, d’une famille « décimée ». Et il écrit encore et encore, dans une insis­tance trag­ique, en scru­tant le sens pro­fond de ce qui ani­me son écriture :

  

Pierre Maubé, Sai­son lente, Pein­tures de Michel Verdet, Edi­tions Voix d’encre , 104 pages, 19 euros.

 

        Ce lieu com­mun  que tu nommes poème, ce lieu d’hésitation et de vacance, lieu per­du au bout des jours sans nom­bre, lieu de chute et de recherche, lieu offert au ciel de toute absence, lieu brûlé de fièvre lente, est-il une source nouvelle ?

 Bien sûr, la poésie « ne con­sole de rien », mais elle témoigne sans fin d’une quête de pléni­tude, d’un amour de vie véri­ta­ble, et c’est beau­coup ! Sai­son lente veut réveiller celui qui dort, le sor­tir de sa tor­peur, l’amener jusqu’à cette aube ultime. Michèle Finck, dans sa post­face, insiste à juste titre sur l’importance de ce mot aube et sur la nais­sance qu’il évoque.

Quelle belle fig­u­ra­tion du poète de tous les temps que ces lignes nous rap­prochant d’Homère et de Tirésias, de leur « lucid­ité sans renoncement » !

Tu es un som­nam­bule et tu ne sais pas que tu dors. Tu erres dans l’obscur et tu ne sais pas que tu erres, tu rêves de lucid­ité et ton rêve est aveu­gle et tu ignores que tu rêves. Tu avances dans l’ombre, tu cherch­es, tu ne sais pas ce que tu cherch­es. Tu tends la main et pars à la ren­con­tre, men­di­ant une autre main.

Cette main ten­due, nous ressen­tons vive­ment, tout au long de ce livre, com­bi­en elle peut être fraternelle.

 

Présentation de l’auteur

Pierre Maubé

Pierre Maubé est un poète français né le à Saint-Gau­­dens(Haute-Garonne), dans une famille fran­­co-ital­i­enne. Après des études d’Histoire à Toulouse et Paris, il vit de 1983 à 2011 en région parisi­enne. Bib­lio­thé­caire, il tra­vaille dans divers étab­lisse­ments uni­ver­si­taires parisiens, par­mi lesquels la BDIC, l’IUFM de Paris et la bib­lio­thèque Sainte-Barbe, puis dirige de 2011 à 2013 la médiathèque munic­i­pale de Pon­tivy (Mor­bi­han) [1]. Il prend en la direc­tion du Con­ser­va­toire de musique Guy Lafitte et de la médiathèque inter­com­mu­nale de la Com­mu­nauté de com­munes du Saint-Gaudi­nois, puis devient, en , chargé de mis­sion au sein du ser­vice cul­turel de la même Communauté.

Bibliographie 

Recueils

  • Cette rive, pré­face d’Estelle Fen­zy, édi­tions Illador, Paris, paru­tion le 15 juin 2025.
  • Soir venant, pré­face de Philippe Leuckx, édi­tions Lieux-Dits, Stras­bourg, col­lec­tion Les Cahiers du Loup bleu, 2025.
  • Inca­pable, édi­tions Les Cahiers des Passerelles, Cler­­mont-Fer­­rand, 2023.
  • Étrange suivi de Onze kad­dishim pour Rose, édi­tions Lieux-Dits, Stras­bourg, col­lec­tion Les Cahiers du Loup bleu, 2020.
  • La Peau de l’ours, pré­face de Michel Baglin, édi­tions Au Pont 9, Paris, 2018.
  • Vivre de faim, édi­tions numériques Recours au Poème, 2015.
  • Sel du temps, encres de Maria Desmée, réédité par les édi­tions Mazette, Yve­lines, en 2012 (pre­mière édi­tion : édi­tions Fer de chances, Yve­lines, 2002).
  • Le Dernier loup, pré­face de Bruno Doucey, édi­tions Bérénice, Paris, 2010.
  • Psaume des mouss­es, édi­tions Éclats d’encre, Le-Mes­nil-le-Roi, Yve­lines, 2007.
  • Nulle part, revue-édi­­tions Frich­es – Cahiers de Poésie verte, Haute-Vienne, 2006).
  • La Dernière pluie, pré­face de Cécile Oumhani, édi­tions Poésie sur Seine, Saint-Cloud, 1996.
  • Pure perte, présen­ta­tion de Chris­t­ian Bult­ing, édi­tions Le Petit Véhicule, Nantes, 1986.

Livres d’artistes

  • Temps du sel, créa­tion graphique Maria Desmée (MD édi­tions, 2020).
  • Chaque pas, créa­tion graphique Maria Desmée (MD édi­tions, 2019).
  • Rien de plus, créa­tion graphique Maria Desmée (MD édi­tions, 2019).
  • Géolo­gie, mise en forme graphique Jacques Renou (Ate­lier typographique de Grou­tel, 2018).
  • Garance, créa­tion graphique Brigitte Dusserre-Bres­­son (BdB édi­tions, 2010).
  • De ta nuit, créa­tion graphique Brigitte Dusserre-Bres­­son (BdB édi­tions, 2009).
  • Noir, créa­tion graphique Brigitte Dusserre-Bres­­son (BdB édi­tions, 2009).

Anthologies

  • Coor­di­na­teur de l’anthologie de poésie con­tem­po­raine Ce que dis­ent les mots, con­sacrée aux édi­tions du Dé bleu (Éclats d’encre, 2004).
  • Un des trois coor­di­na­teurs, avec Patrice Del­bourg et Jean-Luc Max­ence, de l’anthologie L’Année poé­tique 2009, pub­liée en 2009 aux édi­tions Seghers sous la direc­tion de Bruno Doucey.

Préfaces

  • Présen­ta­tion (page 3 du livret d’ac­com­pa­g­ne­ment) du CD Les amis l’amour la poésie de Guy Allix (G.A., 2020).
  • Pré­face du recueil de poèmes Temps morts de Marie-Josée Christien (Les Edi­tions Sauvages, 2014).
  • Pré­face du recueil de nou­velles Le rêveur de jaguar de Sylvie Huguet (Fer de chances, 1999).

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Pierre Maubé, Soir venant

Pierre Maubé, Soir venant, Les Lieux-Dits, coll. Cahiers du Loup bleu, 2025, 7 euros. Dessin de Pierre Rosin. Sous le signe de l’im­par­fait et de l’en­fance aux “hiron­delles”, le poète Maubé […]

Pierre Maubé, Cette rive

Pierre Maubé, qui a pub­lié plus de dix recueils, nous enchante par­ti­c­ulière­ment avec celui-là d’autant qu’il nous annonce qu’un vrai poème est “l’autobiographie” de tout le monde » et qu’il a, à son […]

Chronique du veilleur(63) : Pierre Maubé

Pierre Maubé pour­suit une œuvre exigeante et grave. Sai­son lente est sans doute son livre majeur, tant les ques­tions essen­tielles qu’il pose sont abor­dées avec une âpre lucid­ité et une soif ardente de […]

mm

Gérard Bocholier

Gérard Bocholi­er est né le 8 sep­tem­bre 1947 à Cler­mont-Fer­rand (France). Il a fait ses études sec­ondaires et supérieures dans cette ville, y a ensuite enseigné la lit­téra­ture française et les let­tres clas­siques en classe de let­tres supérieures. Orig­i­naire d’une famille de vignerons de la plaine de Limagne, il est franc-com­tois par sa famille mater­nelle, à la fron­tière du pays de Vaud en Suisse. Il a passé son enfance et sa jeunesse dans le vil­lage pater­nel de Mon­ton, au sud de Cler­mont-Fer­rand, que les poèmes en prose du Vil­lage et les ombresévo­quent avec ses habi­tants. La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il con­sacre un essai en 1984, Pierre Reverdy lephare obscur,déter­mine en grande par­tie sa voca­tion de poète. En 1971, Mar­cel Arland, directeur de la NRF, lui remet à Paris le prix Paul Valéry, réservé à un jeune poète étu­di­ant.  Son pre­mier grand livre, L’Ordre du silence, est pub­lié en 1975.  En 1976, il par­ticipe à la fon­da­tion de la revue de poésieArpa, avec d’autres poètes auvergnats et bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis. D’autres ren­con­tres éclairent sa route : celle de Jean Gros­jean à la NRF, puis celle de Jacques Réda, qui lui con­fie une chronique régulière de poésie dans les pages de la célèbre revue à par­tir des années 90, mais aus­si l’amitié affectueuse du poète de Suisse romande, Anne Per­ri­er, dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996. Son activ­ité de cri­tique de poésie ne cesse de se dévelop­per au fil des années, il col­la­bore  au fil des années à de nom­breuses revues, notam­ment à la Revue de Belles Let­tresde Genève, au Nou­veau Recueil, et surtout à Arpa,dont il assure la direc­tion dès 1984. Il donne actuelle­ment des poèmes à Thau­ma,Nunc,Le Jour­naldes poètes. Cer­tains de ses arti­cles sont réu­nis dans le vol­ume Les ombrages fab­uleux,en 2003. A par­tir de 2009, un an avant sa retraite, il se con­sacre prin­ci­pale­ment à l’écriture de psaumes, pub­liés par Ad Solem. Le pre­mier vol­ume est pré­facé par Jean-Pierre Lemaire, son ami proche. Le deux­ième s’ouvre sur un envoi de Philippe Jac­cot­tet. Son essai Le poème exer­ci­ce spir­ituelexplique et illus­tre cette démarche. Il prend la respon­s­abil­ité d’une rubrique de poésie dans l’hebdomadaire La Vieet tient une chronique de lec­tures, « Chronique du veilleur »,  à par­tir de 2012 sur le site inter­net :Recours aupoème. De nom­breux prix lui ont été attribués : Voron­ca (1978), Louis Guil­laume (1987), le Grand Prix de poésie pour la jeunesse en 1991, le prix Paul Ver­laine  de la Mai­son de poésie en 1994, le prix Louise Labé en 2011. L’Académie Française lui a décerné le prix François Cop­pée pourPsaumes de l’espérance en 2013. Son jour­nal intime, Les nuages de l’âme, paraît en 2016, regroupant des frag­ments des années 1996 à 2016. Par­mi ses pub­li­ca­tions poé­tiques récentes : Abîmes cachés(2010) ; Psaumes du bel amour(2010) ; Belles saisons obscures(2012) ; Psaumes de l’espérance(2012) ; Le Vil­lageemporté (2013) ; Pas­sant (2014) ; Les Etreintes invis­i­bles (2016) ; Nuits (2016) ; Tisons(2018) ; Un chardon de bleu pur(2018) ; Depuis tou­jours le chant(2019) A paraître : Ain­si par­lait Georges Bernanos(Arfuyen) ; Psaumes de la Foi vive (Ad Solem) ; J’appelle depuis l’enfance (La Coopéra­tive). En 2019 parais­sent Ain­si par­lait G.Bernanos, Psaumes de la foi vive, Depuis tou­jours le chant ; en 2020 J’ap­pelle depuis l’en­fance (La Coopéra­tive) et Une brûlante usure (Le Silence qui roule), Vers le Vis­age (Le Silence qui roule, 2023) et Cette allée qui s’ef­face (Arfuyen, 2024), L’Ac­cueil du jour (Ad Solem, 2025), Semences de l’aube (Illador, 2025).
[print-me]

Sommaires

Aller en haut