> Les carnets d’Eucharis, La Traverse du tigre, hors série

Les carnets d’Eucharis, La Traverse du tigre, hors série

Par | 2018-01-28T18:52:42+00:00 26 janvier 2018|Catégories : Revue des revues|

Dans l’œuvre de Borges, un point contient tous les points du monde. J’ai tou­jours esti­mé que ce point fas­ci­nant était par­tout : dans les lieux, dans les cœurs et même dans les livres. Il suf­fit de le savoir pour le res­sen­tir. Ainsi en ouvrant cette revue sous la pro­tec­tion de Borges (cita­tion de L’or du tigre) qui accueille « la poé­sie suisse romande », je me suis inter­ro­gée.

La par­tie romande de la Suisse – fran­co­phone donc – applique-t-elle ce « point » (de vue ?) en matière poé­tique ? En accueille-t-elle toutes les formes, conver­tis­sant en mots tant et tant d’approches du monde ? De façon plus large, l’espace génère-t-il sa sin­gu­la­ri­té poé­tique ou s’ancre-t-il dans l’universel ? Propose-t-elle une ten­dance poé­tique orien­tant les mots vers une vision plus spé­ci­fique ? Ramuz qui me fas­cine aurait-il fait des émules ? Bouvier aurait-il géné­ré un sui­vi ou des rico­chets en terre de poé­sie ? Etc.

La Traverse du tigre, hors-série Poésie suisse romande, Les carnets d’Eucharis, 112 pages, 2017

La Traverse du tigre, hors-série Poésie suisse romande, Les car­nets d’Eucharis, 112 pages, 2017

Les ques­tions appar­tiennent à tous et à toutes… Nathalie Riera, qui a diri­gé cette tra­verse-là, pre­mier numé­ro hors-série de Les car­nets d’Eucharis, évoque une “poé­sie en alerte sur les routes du monde”. Son ouver­ture “défie les fron­tières” (dixit Laurence Verrey) car les pas­se­relles peuvent être « trans­fron­ta­lières ». Il y a ain­si du hors-les-murs, hors-les-normes et hors-les-fron­tières à explo­rer : sont-ce les ves­tiges rési­duels de l’utopie ? Quoiqu’il en soit, le pro­jet édi­to­rial de ce tigre bor­gé­sien se veut “poly­pho­nique” : 19 poètes (dont 12 poé­tesses) portent leurs “lam­beaux du dire » (L. Verrey) « en un champ libre voué à l’élargissement” (P. Chappuis). Déambulons à leur suite en inven­tant notre par­cours per­son­nel, sans oublier que la moindre escale poé­tique se veut humaine (ou l’inverse).

En bague­nau­dant dans la langue, arrê­tons-nous d’abord – pour y prendre des forces ? – dans la pâtis­se­rie fami­liale vau­doise du poète Olivier Beetschen, dont la seule des­crip­tion exhale la gour­man­dise. « L’ambiance, de cara­mé­li­sée, deve­nait pétri­fiée » lorsqu’un client Yul Bruner/​Taras Bulba com­man­dait « un kilo de pra­li­nés » à sa mère. Un « fac­to­tum essou­flé » du style Quasimodo ser­vait sur une plaque des œufs en cho­co­lat, tan­dis que « les dames à frou­frous péro­raient » dans un mini tea-room. La pré­sence atta­chante des parents imbibe tout le poème, don­nant vie à ce com­merce gus­ta­tif.

Revenons vers la mai­son, ce lieu fixe à la base de soi pour les séden­taires que nous sommes deve­nus. Pierrine Pogey retrouve la sienne au terme d’un voyage après diverses « cir­cons­tances » : « Voici de l’espace et du pain/​Désormais sa joie se tient hors d’elle ». Le temps bou­le­ver­sé s’inscrit ici en lien énig­ma­tique, entre un coup de télé­phone ou des allers et venues : « Demain paraît le passé/​Date, noms, sou­ve­nirs, rien ne la sauve (…) – Tout est prêt. La mon­tagne se referme ». Dans ce monde, où le poème dont le tis­su se défait comme des fils, res­sur­gissent les sou­ve­nirs « de la beau­té d’autrefois ».

Quittons ensuite la ville, pour musar­der en pleine nature. Le poète Pierre Chappuis rôde sur les che­mins anciens de glane. Il y reste des brins de paille, des pavots par­mi les blés où le cou­chant se mue en « bra­sier de novembre ». Son regard a une sorte d’appétit sen­suel lorsqu’il observe une « mer de brouillard éraillée, rete­nant ses hoquets » ou une ligne de brume qui « len­te­ment (…) s’effiloche ». Fusionnel, il entre dans le pay­sage avec une jouis­sance intime : « L’horizon l’englue » en un monde « sombre dans le jour sombre ». Son récit, accom­pa­gné de com­men­taires en ita­lique mis entre paren­thèses, semble pro­po­ser des strates au vécu.

Cependant un tel voyage à tra­vers un pay­sage peut se réa­li­ser par la média­tion de l’art. Françoise Matthey observe une pein­ture de Constable, La char­rette de foin 1, avec un mou­lin « dans le loin­tain d’une plaine ». Le tableau habi­té est vivant avec un « homme sur le char » qui « offre sa sueur au pain secret des âges/​mène ses che­vaux dans la fraî­cheur d’un gué ». « Il est assis dans une bien­fai­sante las­si­tude », avec une enfant qui « semble appe­ler tan­dis qu’au loin/​les fau­cheurs s’offrent au branle-bas des graines » et qu’une lavan­dière « heureuse/​chantonne la rédemp­tion des cendres ». Devant le tableau, la mémoire de l’observatrice « veille », comme si des sou­ve­nirs archaïques en renais­saient subrep­ti­ce­ment : « Par quelle roue ai-je été égre­née par les che­mins du monde ? » L’eau vive, pressent-elle, « ne cesse de me désal­té­rer ».

Faisons enfin une ultime escale dans cette nature actuelle pour la décou­vrir en voie de des­truc­tion, enva­hie par le syn­thé­tique. Le poète Laurent Cennamo rôde ain­si au milieu des bois. Même là, deux hommes jouent avec des voi­tures télé­com­man­dées près d’une tente en toile plas­ti­fiée ! Il déplore ce « monde en plas­tique » qui lui rap­pelle l’odeur de ce « monstre/​violet (…) muni de ven­touses » des jouets Mattel. Autre rap­pel : son oncle sur­git de la fosse grais­seuse avec une clé à molette. Comment deve­nir homme désor­mais avec cet « (incom­pré­hen­sible cadeau, vivre, vraiment/​ d’un muet le songe dans le noir)».

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Allons alors flâ­ner plus loin au long de la mer Egée avec Sibylle Monney, « le pied devant le pied ». La poé­tesse y découvre les îles « loin­taines » : Mykonos, Delos et d’« autres terres insu­laires par la même mer inté­rieure logées », dont Tinos que sur­plombe la mon­tagne d’Exombourgo au « crâne miné­ral ». Semblable escar­pe­ment est actif : « le dôme rocheux observe, (…) guette qui cherche la voie menant à son som­met ». Parmi la sente de ran­don­nées, « la plus emprun­tée » a « les prises pati­nées ». Redescendre de ces cimes trans­forme la vie de la mar­cheuse : « On se pense une route une autre nous est pré­pa­rée ».

Au fil de notre lec­ture, folâ­trons encore au bord de ces vagues. Là, deux autres poé­tesses sont fas­ci­nées par une conjonc­tion des sens (ouie/​vue) ou des matières et éner­gies (eau/​air/​lumière). De loin, la mer se fait connaître par un « vacarme » qui emporte ain­si Francine Clavien. L’auteure unit super­be­ment les per­cep­tions des sens : « Le bruit des vagues/​prend le che­min de la lumière ». Façon de décou­vrir les vagues, ces « bâillons/​faits de lambeaux/​usés/​et pour­tant bleus ». Le même jeu de lumière marine trans­pa­raît autre­ment dans la poé­sie de Julie Delaloye, mais cette fois-ci « à contre-jour ». L’Italie l’inspire avec ses sols du sud si solaires. Là, la terre est « rouge, bra­sier tour­né au souffle du vent ». La nuit, « la plus pure lumière » dépose « dans le miel, la mer,/ce tant d’éternité retrou­vée » si rim­bal­dien.

Une ultime poé­tesse, José-Flore Tappy, a la même pro­pen­sion à évo­quer la mer, mais – hélas – telle qu’elle est deve­nue aujourd’hui. Elle la voit par la fenêtre – « hublot » de sa chambre, un « un trou dévas­té » en une île ano­nyme, fré­quen­tée par le « tou­risme payeur ». Ce lieu « qui prend froid et s’exténue » est la proie de la moder­ni­té et… des déchets qui excluent tout charme. Supportant le bal­let des « éboueurs, camions-pou­bel­les/ aux manœuvres sac­ca­dées » ou du camion de « bebi­das », cette « île endosse » son déve­lop­pe­ment ! En marche, l’auteure quête en vain le plai­sir d’approcher la les flots : « Allégée/​une algue sèche/​autour des pieds/​je remonte un sentier/​sombre et sans étoiles/​sable et poussière/​soufflés/​par les moto­cy­clettes ». Nul doute, la joie a dis­pa­ru de cet uni­vers de pous­sières sans étoiles.

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Cependant il est des pro­me­nades d’une autre nature. Elles se font à l’intérieur d’un corps, celui de la mère. L’exploration de soi se fait en revi­vant la ges­ta­tion de sa propre nais­sance. Antonio Rodriguez refait seul ce che­mi­ne­ment intra-uté­rin en une « nati­vi­té lente ». Il s’évoque pas à pas à la deuxième per­sonne : « tu avances vers la lumière qui est de l’air, cher­chant la peau (…), tu avances dans la mère, lumière et peau, en amibe aimante (…), tu avances vers la mère (… ), tu avances dans sa matière, mère ouverte de la bouche à l’anus (…) vers la forêt d’une mater­ni­té… Sous la dalle du ventre tu nous es livré vivant ». Il naî­tra le « bel enfant prêt à per­cer le silence de son cri ». Le poète en tire un constat plus géné­ral : « L’espèce cherche son huma­ni­té ». Y par­vient-elle ? « Tout ce qui secoue peut se voir en poèmes », estime-t-il dans un éblouis­se­ment créa­teur.

Notre errance se pour­suit aus­si dans le monde des concepts appro­chés par ces poètes choi­sis : ici le mal, là la liber­té, ailleurs les proxi­mi­té des lettres des mots, l’enjeu gram­ma­ti­cal. Dans Qui ins­trui­ra le livre du calme, Jacques Roman s’auto-questionne : « où donc se loge le mal de l’homme ?». Ne pou­vant répondre à cette inquié­tude méta­phy­sique, il dénonce âpre­ment le mal, la ter­reur, pro­clame la haine des guillo­tines, des exé­cu­tions capi­tales, des fours cré­ma­toires : « cris hur­le­ments plaintes râles/​horions insultes cra­chats et rires de hyène/​animale ter­reur agran­dit les pupilles/​la graine de la haine semée à lever/d’un bras de folie sor­ti du néant/​carnivore exter­mi­na­trices fleu­rit rouge ». Peut-on y échap­per ? Il y a encore « tout le mal à venir ». Seule Cassandre a la réponse.

Pierre-Alain Tâche, dans Qui dit vrai ? ques­tionne quant à lui la liber­té poé­tique. Au nom de cette liber­té, il écarte (« abo­lit ») la muse Nusch ( Nusch Eluard ?), se sou­vient de la dis­pa­ri­tion d’Hélène et de la mort de Jules Lequier en nageant à tra­vers l’océan. C’est l’occasion de s’interroger sur le poète qui « a repris le don/​qui répon­dait au don d’autrui,/le vouant à d’autres des­seins ». Se réfé­rant à Guillevic et à Michaux, il conti­nue sa quête intime : « me por­ter dans la faille muette/​où ris­quer encore ‘la recherche/​ pas­sion­nelle et comblée/​de quelque chose que l’on sait/​ne jamais atteindre’ » (dixit Guillevic). Même si la poé­sie est impos­sible (ou peut-être pour cette rai­son ?), il intègre dans ses écrits cette longue cita­tion de poète. Il mue aus­si, comme Jacques Roman, le titre de son poème en ques­tion.

Sylviane Dupuis constate, elle, la proxi­mi­té des mots mur et amour : le mur est si proche de l’amour, à deux lettres près. Ce n’est pro­ba­ble­ment pas un hasard, car le mur est obs­tacle et l’amour insa­tis­fait vient peut-être de « l’a-mur ». Le « mur est en toi (…) obs­truant tout ». Lorsque l’espérance s’écroule, le mot Dieu va rem­pla­cer ce rien : un « mot-cri à la racine/​invisible du souffle !» qui emmure. Nait enfin la poé­sie dans « les inter­stices », « dans le défaut des murs, cette faille, cet entre-deux ».

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Dans ces péri­pé­ties de l’errance, que faire de la détresse humaine de notre socié­té ? Trois poé­tesses l’explorent et sont sou­la­gées ( ?) par le même refuge poé­tique. Nous rôdons d’abord dans une socié­té peu démo­cra­tique qui exclut jusqu’à ses propres membres. Marie-Laure Zoss, tou­chée par les mar­gi­naux à la Jeanne Benameur (cita­tion d’ouverture), appré­hende ce monde bou­le­ver­sé et chao­tique, jon­ché d’êtres aban­don­nés au fil des lieux et – sans doute -des écrits : « Des frères, s’ils sont, leur par­ler où, cha­cun dans son angle ? ». Ses mots et ses phrases se heurtent, s’emboitent, se brouillent, s’enchevêtrent pro­po­sant des indices, sug­gé­rant des incer­ti­tudes. Ici « se lèvent des hordes hiver­nales (…), du chan­tier ferment tan­tôt les grilles, des ombres les tirent, cas­quées de jaune à la tom­bée ». Tandis que s’éteint « l’ampoule inter­mit­tente de la pel­le­teuse ; à quelques mètres, d’autres battent la semelle sur le gou­dron ; s’envolent des châ­taignes, une patate brû­lante… ». Que faire ? Y aller ou non ? « On recule vers les contai­ners (…) la trouille au ventre ». Des tra­vailleurs répondent à l’appel selon une « pro­cé­dure de rigueur » ! L’écrivaine, elle, cherche en esprit « une planque minus­cule ». Est-ce le poème dans lequel « on besogne à tailler des phrases dans du pré­fa­bri­qué ».

La poé­tesse Sylvia Härri explore aus­si étran­ge­ment les dou­leurs humaines, tout en bou­le­ver­sant fer­me­ment les codes gram­ma­ti­caux du Bescherelle (!): « je me sou­viens, tu me sou­viens, il me sou­vient, nous me sou­viennent, vous me sou­ve­nons, ils me sou­ve­nont ». L’île de Lesbos émerge avec ceux qui s’y sont réfu­giés : « Visages sans nom/​entassés dans l’attente/derrière les bar­be­lés ». Parmi eux, « ce vieil homme/​Alep gra­vé sur le frot/- cica­trice ou racine ». Que faire ? Ne pas oublier pas plus que ne s’oublient en vrac « les portes de pla­card lais­sées ouvertes » … d’arroser l’orchidée, faire bouillir l’eau, éteindre la lumière, etc. Que faire ? « Changer les mots contre d’autres, les syl­labes contre les silences, les silences contre le silence. »

Pour Laurence Verrey, l’heure « bar­bare » est « en déshé­rence mélan­co­lie » dans ce monde dévas­té par tant de guerres cruelles et de morts. « Quand l’appel des nau­fra­gés déchire la mer/​lacère le som­meil que les vagues/​avaient d’un coup les cris », alors la poé­tesse a un recours, un refuge : « recou­rir au poème/​comme un corps émer­gé un rocher/​qui tient bon ». L’instant qu’elle capte en jouant avec les mots et les sons est aux « bords du dire/​toujours à fran­chir – affran­chi ». Alors elle dira cette nuit kir­ghize, sous les étoiles « bien clouées » de la constel­la­tion du Chariot, auprès de ce lac d’Issyk Kul 2 qui pour les habi­tants est « une femme amou­reuse et le jouet des vents ». Elle semble y être un ins­tant apai­sé ?

*

Que reste-t-il au terme de cette pro­me­nade à tra­vers les mots, où la lec­trice – moi – se sent un peu funam­bule. La dis­pa­ri­tion de soi, la mort, est-elle l’ultime étape ou un recom­men­ce­ment ? Pierre Voélin, est d’abord un pro­me­neur ins­pi­ré qui, entre huppes et biches, pou­liches, pour­suit le « rêve amou­reux » de la reine de Saba. Dans la « ber­ge­rie des étoiles », il compte les « sou­mises – les revêches/​ les tendres et les étoiles ». Il sau­ra même voir « les cortèges/d’anges » des ruines de Duino dans ces espaces où tombe la neige et « où brûle la main du Dieu ». Façon de dire la mort, cette face cachée de l’existence, tout comme Rimbaud l’a per­çue devant le sol­dat des Ardennes.

Anne Bregani, elle, dit la mort avec une beau­té si mys­tique qu’elle la rend dési­rable : « elle viendra/l’inoubliée/prendre toutes mes mémoires/​lire/​toutes mes rencontres/qu’elle a travaillées/​de ses mor­sures obliques ». Cette poé­tesse « déso­rien­tée » frôle enfin l’indicible, la « Divine Tendresse ». Dans les voi­lures de son soir, Claire Genoux per­çoit la mort autre­ment. Sur la tombe, elle est « cette enfant blanche/​avec rien d’autre qu’un corps/​comme un vent qui passe/​sous les lunes mouillées » « Je rede­vien­drai ton enfant/​ton enfant mort/​ dans les voi­lures du soir ». L’exaltante tris­tesse de cette « nuit des adieux », une « nuit sans étoile des fon­taines éteintes », étreint le cœur.

*

Ainsi chaque poète.sse pour­suit la connais­sance de lui-même à tra­vers ces ins­tants humains de vie et de mort. Dans sa pro­me­nade, il/​elle intro­duit la mer, la mort, l’amour, le mur. Cette prose sou­vent libre, au rythme sou­vent variable, aux paren­thèses pos­sibles, aux cita­tions d’auteurs inté­rieures au texte, à l’emploi de l’italique, aux répé­ti­tions. Même si l’âme han­tée par le temps « est un rico­chet de mil­liards d’années » (Jacques Roman), elle se laisse volon­tiers empor­ter dans l’espace. L’appel du sud – vécu ou évo­qué – est sou­vent médi­ter­ra­néen : Cortone, Mykonos, Delos, Tinos (Exoumbourgo), Lesbos, Syrie (Alep) et par­fois moyen-orien­tal (Kirghizistan, lac Issyk Kul).

Oui, mais les réponses – aus­si – appar­tiennent à tous et à toutes. Au terme de par­cours suisse romand (« post­face »), Angèle Paoli réca­pi­tule avec fer­veur les divers élans poé­tiques de l’opuscule (tan­tôt « lyre brû­lante », tan­tôt prose « qua­si-baroque »). La poé­sie s’y penche sur ce qui échappe, la nais­sance et la mort, l’ombre et la lumière, l’onde mul­tiple, les exils, le pay­sage insu­laire déla­bré, la rêve­rie devant une pein­ture, le désar­roi face à la vieillesse, des bribes de dia­logue, une expé­rience de la glane, des voix autres, l’entre-deux, etc. « Recourir au poème » est une néces­si­té vitale, affirme-t-elle avec Laurence Verrey, pour « ten­ter de trou­ver un sem­blant d’équilibre dans le déclin d’un monde en proie à ses obs­cu­ran­tismes ».


Notes

  1. Notons que la char­rette paraît plu­tôt vide ![]
  2. Issyk Kul, tra­duc­tion le lac chaud.[]

mm

Jane Hervé

Journaliste aux Nouvelles Littéraires, auteure de La femme de lune (édi­tions Gallimard), Née du chaos, et Le soleil ivre  (édi­tions du Guetteur).

Co-auteure de  La femme tatouée et de Neige d’amour avec le peintre Michel Julliard et co-auteure de pièces de théâtre : La légende de Guritha, femme viking et de Guritha, le retour avec Danièle Saint-Bois.

janeherve@​free.​fr

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