Y a‑t—il des fleurs dans ce Flo­rilège-là ? Le mot Flo­rilège provient tout sim­ple­ment de flos « fleur » et leg­ere « cueil­lir, choisir ». Quelles fleurs vais-je donc y trou­ver ?  Me demandé-je naïvement. 

De fait, c’est une invi­ta­tion pour moi. L’opuscule pro­pose en ouver­ture une cita­tion de Kun­dera à la recherche de la « mémoire de ce qui nous a émus » et qui donne à la vie « sa beauté ». Je plonge donc dans la lec­ture pro­tégée par ce pro­pos apaisant et en quête de ces fleurs secrètes tant atten­dues mais encore imaginaires…… 

A l’aube, je décou­vre d’abord « la cap­ti­vante «  rose du matin » de Chris­t­ian Amstatt, dont la couleur émerge après  une « nuit de tor­peur » Une autre rose, appa­rait ailleurs, puis­sante, inspirée cette fois par « de la mignonne »  de Ron­sard : cette« fleur de soleil »de Stéphane Men­nessier est d’une écla­tante beauté1. Elle révèle le mag­nifique bais­er d’amour éro­tique d’un amoureux « médusé » par sa belle qui entre en une extase pour­tant « pudibonde ».

Jean-Marie Leclerq évoque, quant à lui, « une fleur fanée » aux « pétales éplorés » sur un sol de pierre. L’ombre de cette fleur mag­nifique lui est néan­moins « comme un vêtement ».

Ce bou­quet fleuri se dis­perse dans les pages à tra­vers la pen­sée de Saint Pol Roux pour qui la poésie est l’art d’apprivoiser la « libel­lule de l’insaisissable ».

Revue Flo­rilège n°187, Juin 2022.

Marie-Chris­tine Guidone rap­pelle que la poétesse Marce­line Des­bor­des- Val­more, « mau­dite » selon Verlaine,a soutenu les pau­vres, les pris­on­niers, les déser­teurs et les Canuts révoltés en 1831 et 1834. Précurseur – précurseuse ? – du roman­tisme, elle a en out­re écrit Les ros­es de Saâ­di. Ces ros­es-là débor­dent de sa cein­ture « étroite » et se déversent en un « odor­ant souvenir ».

Et nous, quand on ferme le recueil, on a le sen­ti­ment d’avoir respiré – avec un doux plaisir – la fleur des mots.

Note

  • Ce poète a obtenu le sec­ond prix d’un con­cours de la mai­son de poésie Rhône-Alpes de Saint Mar­tin d’Hères, poètes sans fron­tières : Dis-moi dix mots.
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Jane Hervé

Jour­nal­iste aux Nou­velles Lit­téraires, auteure de La femme de lune (édi­tions Gal­li­mard), Née du chaos, et Le soleil ivre  (édi­tions du Guet­teur). Co-auteure de  La femme tatouée et de Neige d’amour avec le pein­tre Michel Jul­liard et co-auteure de pièces de théâtre : La légende de Guritha, femme viking et de Guritha, le retour avec Danièle Saint-Bois. janeherve@free.fr — voir aus­si : http://leguedelange.over-blog.com/