> Le Journal des poètes 2, 2017, 86e année

Le Journal des poètes 2, 2017, 86e année

Par | 2018-01-07T16:55:52+00:00 11 octobre 2017|Catégories : Revue des revues|

Entamer la lec­ture de ce Journal des poètes déjà consul­té par une autre ama­trice de poé­sie 1 est une expé­rience inso­lite. Impossible d’ignorer les traces manus­crites de cette pre­mière lec­ture. Elles font com­prendre à quel point cha­cun porte un regard sin­gu­lier sur cet uni­vers émi­nem­ment sub­jec­tif. De ces traces émerge un attrait puis­sant pour le poème, cette « émo­tion que vous ne pou­vez trou­ver que là » (Pierre Reverdy) et qui nous plonge « au cœur de la ren­contre » (Philippe Mathy). Un poème qui « trans­perce en nous/​les murs, les os, la pierre et la chair/​et nous change » (Yorgos Thèmelis). Merci de cette porte d’entrée, Mme Marilyne.

Le Journal des poètes, 2, 2017, 86e année, 10€

Le Journal des poètes, 2, 2017, 86e année, 10€

S’abandonner à la quête thé­ma­tique du « dos­sier » invite à péné­trer à mots feu­trés dans l’ordre d’une «  lumière » poé­tique à la grecque 2. Comment se réfracte-t-elle dans l’esprit des trois poètes.ses sélec­tion­nés, pré­sen­tés et tra­duits par Bernard Grasset ? Sont-ils ten­tés par une har­mo­nie récon­ci­liant nature et culture ? par une alliance entre culture grecque « ancienne et moderne » ? par… Il y a d’abord l’évidence des pho­to­gra­phies en noir et blanc (Y. Verniers) qui rythment le dos­sier. La lumière dif­fuse pénètre d’abord les failles de l’ombre en des col­lines chu­tant dans la mer, puis sur des barques essai­mant au hasard des vagues, et enfin entre les colonnes d’un temple au cré­pus­cule (je crois recon­naître celui de Poséidon dans la magie du cap Sounion). Il y a ensuite les lumi­nes­cences et les bra­sille­ments inhé­rents aux poètes.ses qui les ins­crivent dans l’Hadès ou sur le Pnyx, et dans la fou­lée de Tirésias ou d’Eukrate. Ceux d’Olga Votsi qui, en plein effroi devant un céta­cé, per­çoit « un Ange de Lumière », tan­dis qu’elle porte seule « le poids » de cette lumière recueillie en « flo­con ». Elle qui, dans les « incan­des­cences  de la ver­tu » a des « entrailles » prêtes à « s’embraser » et porte dans le cœur des « traits de lumière » sem­blables aux ailes d’hirondelles. Ses poèmes sont sou­vent han­tés par des ailes d’aigles qui se déploient sur les pages. Pour Yorgos Thèmelis, c’est la  Poésie qui est lumière, une lumière « d’une autre clar­té, puis­sance d’un autre soleil ». Elle « n’est pas lumière », mais est un « poi­gnard brillant » qui « sépare la chair de l’âme ». Son irrup­tion « trans­fi­gure » le poète : « Je flam­boie ». Même les aveugles « aux yeux qui ne voient pas » se muent en guides – dont Tirésias – « à l’origine de la lumière ». La poé­tesse Jeanne Tsatsos  cherche, elle, une véri­té. Le soleil « mélan­co­lique » « peine à sillon­ner l’univers », « avant de céder la place au silence de la nuit ». Sa lumière est en « notre sang » : elle est poli­tique. Sur la col­line du Pnyx, elle la regarde « briller, se voi­ler, dis­pa­raître dans le calme de la nuit ». Sur la stèle d’Eukrate, la foule (dont elle fait par­tie) écri­ra un seul mot « démo­cra­tie ». Généreuse, Jeanne dit enfin de « l’amour » qu’il est lumière qui « a trans­per­cé la nuit ».

Ainsi la lumière en ce XXème siècle hel­lé­nique secrète d’autres forces, per­son­ni­fiées en ange pro­tec­teur, ou sym­bo­li­sant la poé­sie ou la poli­tique (démo­cra­tie). Loin d’être un trans­port pur d’énergie sans matière, elle est ain­si trans­fi­gu­rée. Elle devient une vision men­tale du poète ou de la poé­tesse, l’expression de l’idéal dont il/​elle est por​teur​.se. Ainsi dif­frac­tée, elle se réfracte en nous avec une clar­té convain­cante, dans toute l’émotion de la beau­té.


Notes

  1. Marilyne Bertoncini[]
  2. Rappelons la sor­tie de trois ouvrages liés à cette terre qui sus­ci­ta tant de pen­sées phi­lo­so­phiques que poé­tiques : Poètes grecs du 21e siècle (vol 5) ) choi­sis, tra­duits et pré­sen­tés par Michel Volkovitch, Le miel des anges ; La Grèce de l’ombre (2), Chansons rebè­ti­ka, tra­duits du grec par John Taylor & Michel Volkovitch, Le miel des anges ; et Costas Karyotàkis, Je veux par­tir (poèmes et proses), tra­duit du grec par Michel Volkovitch, Le miel des anges .[]

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Jane Hervé

Journaliste aux Nouvelles Littéraires, auteure de La femme de lune (édi­tions Gallimard), Née du chaos, et Le soleil ivre  (édi­tions du Guetteur).

Co-auteure de  La femme tatouée et de Neige d’amour avec le peintre Michel Julliard et co-auteure de pièces de théâtre : La légende de Guritha, femme viking et de Guritha, le retour avec Danièle Saint-Bois.

janeherve@​free.​fr

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