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Paul Pugnaud

Par | 2018-05-25T10:49:04+00:00 9 juillet 2013|Catégories : Essais|

La Catalogne, l’Aude, et le Vaucluse, sur ces terres voi­sines se sont dres­sés trois poètes du Sud avec leur poé­sie. Pierre Reverdy publie Le gant de crin en 1927 et énonce « Le déco­ra­tif c’est le contraire du réel. » René Char affirme en 1975 dans Aromates chas­seurs : « Peu auront su regar­der la terre sur laquelle /​ ils vivaient et la tutoyer en bais­sant les yeux. » Dans son livre Le jour res­sus­ci­té publié en 1985 aux édi­tions Rougerie, Paul Pugnaud avance entre terres et mer « Sur la route où le jour découvre /​ le cœur des roches ». Approcher le cœur des roches, sans décor, en bais­sant les yeux : ces trois poètes du Sud bien qu’éloignés dans leurs tra­vaux ont des atti­tudes assez proches, ils dégagent de la parole poé­tique trois écri­tures où les mots assem­blés hors de leurs sens habi­tuels, cris­tal­lisent les sen­sa­tions, déga­geant den­si­té et forces dans leurs poèmes. Ces der­niers nous appa­raissent alors tour à tour comme roc iso­lé, construc­tion ter­restre, mys­té­rieuse, tan­tôt fra­gile, tan­tôt indes­truc­tible.

Paul Pugnaud nous confie : « Tu leur as pré­fé­ré  /​ Le grand silence miné­ral /​ Qui se dépouille de tout élan vers l’avenir. » Ce choix l’a t-il fait parce qu’il a conscience que nous sommes des «  errants » qui ne connais­sons pas « le vrai sens de la marche » et que nos mains s’accrochent à toutes les forces de la nature « Avant de se poser /​ Sur l’épaule des hommes » ? Nos exis­tences tra­versent des déserts où il faut cher­cher des fon­taines pour retrou­ver désir et créa­tions : « Peuplant un pays sans échos /​ Nous inven­tons des mots /​ Pour aller plus loin que la vie. »

Pour rejoindre les humains, le poète a besoin « Des mots et de leurs sens cachés » qu’il faut par­fois rani­mer dans le foyer de la créa­tion pour recon­naître que « nous écri­vons avec leurs braises. » Nous, les « errants » dans cet uni­vers, qui cher­chons une issue dans toutes ces éten­dues, il nous arrive de faire « taire des voix /​ lasses de mar­te­ler la vie », de s’attarder sur un regard, un sou­rire « allé­geant le poids de la vie », de nous adres­ser à « des hommes accou­dés au para­pet du large ». Pas de paroles inutiles, l’éternel voyage des hommes qui ren­contrent l’inertie de l’eau, la mon­tagne qui bas­cule dévoi­lant une lueur sous la terre et cette fois encore Paul Pugnaud évoque encore les sépa­ra­tions de toutes sortes : « Aucun adieu n’est pro­non­cé /​ Seul un geste dési­gné /​ L’aventure et ses che­mins inter­dits ».  Il faut suivre des rites, buter sur la marche du seuil et pro­non­cer non pas les mots mais le mot qui lie les visi­teurs à notre accueil : « Les adieux englou­tis /​ Dans les gestes des voya­geurs /​ Refont sur­face après /​ Avoir rani­mé des pré­sences. »

Dans son recueil Le jour res­sus­ci­té, Paul Pugnaud n’a aucune rési­gna­tion : des humains dis­pa­raissent, des dif­fi­cul­tés d’existences sur­gissent, des soli­tudes trop dures nous éloignent de la socié­té humaine ; il faut par­tir, c’est impé­ra­tif, il faut par­tir sur terre, sur mer « Par les gestes de ceux qui partent /​ Les adieux se pro­longent ». Ce n’est plus un état impo­sé mais une déci­sion lorsque le vent se sera tu « au fond des rues le soir », le poète réveille­ra la mémoire des mots pour écrire « notre quête inlas­sable ». Ce poète est « homme le doigt sur les lèvres » ordon­nant le silence afin de mieux tra­quer le désir d’écrire « loin de l’hostilité du monde ». À quoi ser­vi­rait ce voyage, si ce n’est à fuir cette angoisse : « Peur tapie dans les chambres où nous vivons » ? Révéler ce qui nous tient ici bas : « cet échange de paroles /​ mal accor­dées à nos dési­rs » mais que nous ren­con­trons au coin des rues, décou­vrir des hommes qui se saluent sans se connaître « Leurs mains s’étreignent /​ Le soir les colore /​ Les fait briller comme le feu ». La soli­tude des hommes, les dif­fi­cul­tés de com­mu­ni­ca­tion véri­table entre eux, l’inquiétude sur nos avan­cées, pro­grès et des­truc­tions : où cela nous mène­ra-t-il ? « Nous avons enten­du /​ les cris /​ Des insectes qui nous adressent /​ les menaces sur l’avenir ».  

 Agir coûte que coûte, mes­sages d’espérance pour nous humains par­fois si déshu­ma­ni­sés. Espoir ? Que Paul Pugnaud accom­pagne d’inquiétudes. Alors agir, s’évader, recher­cher, décou­vrir enfin « Le Jour res­sus­ci­té !»   

Paul Pugnaud

Par | 2018-05-25T10:49:04+00:00 23 juin 2013|Catégories : Chroniques|

6 poèmes extraits de l’œuvre du poète publiée par les édi­tions Rougerie. Recours au Poème remer­cie Olivier Rougerie de l’autorisation de les repro­duire.

Paul Pugnaud

Par | 2018-05-25T10:49:04+00:00 21 juin 2013|Catégories : Blog|

Paul Pugnaud né le 2 juillet 1912 à Banyuls sur mer (Pyrénées Orientales), mort le 13 juin 1995 à Lézignan-Corbières (Aude), poète, marin et vigne­ron fran­çais.

Paul Pugnaud est un enfant post­hume, son père André Pugnaud, négo­ciant en vins de Banyuls et en vin de messe, est mort d’une crise car­diaque avant sa nais­sance. Après une petite enfance à Banyuls entre la mer et les vignes, la famille s’installe à Perpignan. Paul Pugnaud suit sa sco­la­ri­té à l’institution Saint Louis de Gonzague où il obtient le bac­ca­lau­réat en 1929.

Sa famille, par un grand-oncle mater­nel, est liée d’amitié à Aristide Maillol, le sculp­teur de Banyuls.

Très jeune il com­mence à écrire des articles (compte-ren­du de spec­tacles, contes, poèmes) dans des revues locales comme « le coq cata­lan ».

Après son bac, il part à Paris et s’inscrit en licence de lettres à la Sorbonne. Il fré­quente Henry Espinouze, Robert Rius, Dali, cata­lans comme lui, qui l’introduisent dans le milieu sur­réa­liste.

En 1931 et 1932, il passe 6 mois à Madrid pour per­fec­tion­ner son espa­gnol, il y assiste aux débuts de la répu­blique espa­gnole.

Sa mère meurt bru­ta­le­ment début 1933, il se retrouve donc orphe­lin à 20 ans.

Depuis tou­jours la mer est son milieu de pré­di­lec­tion et tous les étés il navigue, d’abord à Banyuls sur une péris­soire équi­pée d’une voile, puis il fait des croi­sières en Espagne sur les bateaux d’amis, enfin il achète son propre voi­lier en 1935.

Il fait son ser­vice dans la marine en 1934 et 1935. Ceci lui per­met de par­cou­rir la Méditerranée de la Grèce à Gibraltar.

A par­tir de 1936, il par­tage son temps entre Paris et les croi­sières en bateau qui, en 1938, le mènent en Tunisie via la Corse et la Sardaigne.

Il écrit de la poé­sie et col­la­bore à des revues comme le coq cata­lan et la bou­teille à la mer. Il publie son pre­mier recueil : « Equinoxes »

En juillet 1939 il épouse Bernadette Verdier, ori­gi­naire de l’Aude, étu­diante à Paris. Ils partent en Tunisie où ils font une magni­fique croi­sière avant d’être rat­tra­pés par la guerre. Paul Pugnaud est mobi­li­sé dans la marine à Bizerte jusqu’à l’armistice.

Paul et Bernadette Pugnaud achètent un domaine viti­cole : le domaine de Belle-Isle à  Lézignan-Corbières pen­dant la pre­mière per­mis­sion en 1940. Ils y pas­se­ront toute la guerre. Paul apprend le métier de vigne­ron avec son beau-père Louis Verdier avant l’arrestation en 1943 de celui-ci pour faits de résis­tance (il mour­ra à Buchenwald).

Après la guerre Paul Pugnaud par­tage sa vie entre Lézignan et Banyuls, à par­tir de 1958 il fera des croi­sières tous les étés sur la côte espa­gnole avec ses voi­liers suc­ces­sifs et il tra­ver­se­ra l’Atlantique avec le bateau d’un ami, Jean Bluche, en 1965. Sa fille, Sylvie, nait en 1950.

Tout en s’occupant de son domaine viti­cole et en s’investissant dans la vie sociale et asso­cia­tive (pré­sident du syn­di­cat des exploi­tants agri­coles à Lézignan après la guerre, co-fon­da­teur et pré­sident du yacht-club de Banyuls dans les années 60) il écrit de la poé­sie, un pre­mier recueil « zone franche » est publié par André Vinas à Perpignan en 1955.  Suivront chez Subervie « Azur de pierre » (1962) qui obtient le prix Voronca puis « la nuit ouverte »(1967).

C’est ensuite la ren­contre avec René Rougerie et la publi­ca­tion de Minéral (Prix Antonin Artaud) en 1968. A par­tir de cette date René Rougerie va publier un recueil de poé­sie tous les deux ans et l’œuvre poé­tique de Paul Pugnaud se construit peu à peu, sa poé­sie s’épurant de plus en plus.

Rougerie publie­ra 14 recueils et des poèmes choi­sis.

Il col­la­bore à de nom­breuses revues : La bou­teille à la mer, les cahiers de la licorne, la tra­mon­tane, Encres vives, Profils, Le temps paral­lèle, Jalons, Poésie Présente…

Paul Pugnaud peint de 1947 à 1970, sa pein­ture, comme sa poé­sie, s’épure de plus en plus. Il arrête de peindre pour se consa­crer tota­le­ment à l’écriture quand sa col­la­bo­ra­tion avec René Rougerie  devient plus impor­tante.

Il fré­quente les poètes et écri­vains du sud : Dans l’Aude Jean Lebrau, René Nelli, Michel Maurette et rend plu­sieurs visites à Joe Bousquet avant sa mort.

Hugues Fouras qui avait fon­dé  « la bou­teille à la mer », revue à laquelle il a col­la­bo­ré de 1934 à 1952.

Il est aus­si lié avec les poètes de Rodez réunis autour des prix Voranca et Antonin Artaud : Pierre Loubière, Pierre Gabriel, Hénard, Arnold, Frédéric Jacques Temple…

Citons aus­si son ami­tié avec Armand Lanoux qui est venu plu­sieurs étés à Banyuls.

Aujourd’hui, des poètes comme ceux qui animent la revue Recours au Poème recon­naissent en l’œuvre de Paul Pugnaud une des œuvres ins­pi­rant leur aven­ture poé­tique.

 

Bibliographie :

Poésie

1939 Equinoxes, Editions de La Bouteille à la mer

1955 Zone franche, Collection Ressac

1962 Azur de pierre, Subervie. Prix Ilarie Voronca 1961

1967 La nuit ouverte, Subervie

1969 Minéral, Rougerie. Prix Antonin Artaud 1970

1971 Les espaces noyés, Rougerie

1972 Long Cours, Rougerie. Avec une gra­vure de Suzanne Runacher

1975 Les portes défen­dues, Rougerie. Grand prix de Brocéliande des ren­contres poé­tiques du mont Saint Michel 1976

1977 Atterrages, Rougerie. Prix Louis Guillaume, 1977, du poème en prose

1979 Ombre du feu, Rougerie

1980 Langue de terre, Rougerie

1982 Le feu court, dans le livre « Paul Pugnaud », d’André Vinas, Subervie

1983 Aride Lumière, Rougerie. Avec une gra­vure de J.J.J. Rigal

1985 Le jour Ressuscité, Rougerie

1987 Air pur, Rougerie

1989 Posidonies, Rougerie

1989 Epures, Editions du Mas Catherine

1989 Ombres écla­tées, Conflent, pré­face d’André Vinas pour 50 ans de poé­sie à Perpignan

1991 Instants sans pas­sé, Rougerie

1996 Poèmes choi­sis, Rougerie

1999 Ecouter le silence, Rougerie, pré­sen­ta­tion de René Rougerie

2005 Aux portes inter­dites, Rougerie, post­face de René Rougerie. Avec une gra­vure de Maurice Maillard.

 

Essais

1992 Aristide Maillol, Conflent

 Préface à

1973 « Au seuil des hommes », poèmes de Pierre Marca , Oswald

1979 « Maillol mon ami » sou­ve­nirs de François Bassères, Cornet

 

Collaborations aux revues

Le Coq Catalan 1931-1938

La Bouteille à la mer 1934-1952

La revue par­lée 1937

Prospectus 1953-1954

Les cahiers de la licorne n°5

Entretiens n° 26

Cévenne-Méditerranée n°1

Les Cahiers du Refus mai 1962

Le Mercure de France mars 1962

Bulletin Association Guillaume-Budé. Spécial n°8-9-10

La Tramontane 1967

Haut Pays n°1 1967

A.C.I.L.E.C.E. 1967- 1970-1974

Encres vives n° 62, 63, 64 et 66

Le puits de l’Ermite n°12 et 19

L’envers et l’endroit n°9

Profils 1972-1973-1975

Solaire n°5 1974

Impact n°8

Nouvelles à la main de 1975 à 1977

Le temps paral­lèle de 1974 à 1981

Jalons n°5 et 7

Poésie pré­sente n° 5-6-9-12-13-14-36

 

Etudes

1968 Jean Rousselot Dictionnaire de la poé­sie fran­çaise contem­po­raine, Larousse

1982 André Vinas Paul Pugnaud vers l’illimite du mou­vant coll visages de ce temps Subervie 

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