> Un regard sur la poésie Native Américan (10)

Un regard sur la poésie Native Américan (10)

Par |2018-08-14T12:29:24+00:00 10 mai 2014|Catégories : Blog|

 

Indienne au 21ième siècle : Susan Power, membre de la tri­bu Sioux de Standing Rock

 

 

La bio­gra­phie de Susan Power nous apprend qu’après son opé­ra­tion de l’appendicite, alors qu’elle se réveillait de l’anesthésie sur son lit d’hôpital, elle vit une femme Dakota por­tant une robe per­lée bleue. Elle déci­dait alors de mettre un terme à sa car­rière de juriste pour enta­mer des études d’écriture créa­tive. C’est cette vision, c’est cet esprit appa­ru qui plus tard devien­dront les élé­ments majeurs de son pre­mier roman, Grass dan­cerdan­seuse d’herbe  (le Seuil, col­lec­tion terre Indienne.) Cela lui valut en 1995 le prix PEN/​Hemingway du pre­mier roman. Susan Power est née à Chicago en 1961, ses parents l’élevèrent dans un cli­mat de consciente poli­tique et sociale mili­tante. A l’âge de trois ans elle avait déjà ren­con­tré le Dr. Martin Luther King Jr. Elle devint tout natu­rel­le­ment mili­tante pour le mou­ve­ment des droits civils. Vivant entre la réserve et la ville, à 16 ans elle décide de venir cher­cher du tra­vail à Chicago et d’économiser afin d’entreprendre des études.  Après avoir été nom­mée Miss Chicago-Indienne à l’âge de 17 ans, elle part faire des études, obtint l’équivalent d’un DEUG en psy­cho­lo­gie puis obtint un doc­to­rat en droit à la Law School, uni­ver­si­té de Harvard. Embauchée par la revue de droit de l’université de Chicago, elle se tourne vers le célèbre Iowa Writer's Workshop en 1992 et ter­mine son roman en l’espace de deux ans et demi. La mère de Susan, Gathering-of-Storm-Clouds-Woman, fon­da le centre amé­rin­dien de Chicago et fût très impli­quée dans les luttes de sa tri­bu : The Standing Rock Sioux of Fort Yates, dans l’état du Dakota du nord. Elle est une des­cen­dante du chef Mato Nupa (Deux Ours) qui racon­tait les his­toires de ses ancêtres et  de son lignage. Son père Carleton Gilmore Power est le petit-fils de l’ancien gou­ver­neur de l’état du New Hampshire, il lui lisait des livres, des his­toires chaque soir, et cela lui a don­né le goût de la lit­té­ra­ture. Cependant Susan Power affirme que son ins­pi­ra­tion lui vient de l’influence de sa culture Indienne trans­mise par sa mère. Louise Erdrich, Toni Morrison et Shakespeare ont été ses modèles. Elle écrit :

     Je suis liée aux vivants, encore ému par leurs pro­blèmes mon esprit n’abandonne pas le peuple Dakota, bien que par­fois tout ce qu’il peut faire c’est regar­der. J’étais là quand l’armée a confis­qué nos che­vaux pour nous cou­per les jambes. Je me tenais der­rière les dan­seurs de la danse fan­tôme, et quand ils s’évanouissaient en une extase déses­pé­rée autant qu’inutile je souf­flais un vent rafrai­chis­sant sur leurs visages. Il y a eu trop de sol­dats et trop de tombes. Trop d’enfants embar­qués dans des trains envoyés à l’autre bout du pays. . Bien sou­vent j’ai cou­ru le long des rails et devant leurs visages blêmes et cui­vrés je saluais de la main. Vous êtes Dakota, je les hélais. Vous êtes Dakota. Une fois je me suis tenue devant une loco­mo­tive cra­chant et fumante, j’essayais de l’empêcher d’aller plus loin, mais elle m’a tra­ver­sée. J’ai vu la langue se flé­trir, et bien que ten­dant mes mains pour me sai­sir des mots, nom­breux sont ceux qui ont glis­sé au-delà du rat­tra­pable. Je suis une cau­seuse main­te­nant et je bavarde dans l’oreille des gens jusqu’à ce que je devienne lasse de de ma propre voix. Je suis la mémoire, c’est ce que je leur dis quand ils sont endor­mis.

     “When Harley saw his father, Calvin Wind Soldier, and his bro­ther, Duane, in dreams, they were wea­ring crowns of glass. Drops of blood tri­ck­led down their fore­heads, bea­ded on their black lashes, and slip­ped into the cor­ners of their mouths. Four weeks before Harley was born, his father and his older bro­ther were killed in a car acci­dent.” (Quand Harley vit son père, Calvin Wind Soldier, et son frère Duane, dans ses rêves, ils por­taient des cou­ronnes de verre. Goutte à goutte du sang tom­bait de leurs fronts, per­laient leurs sour­cils noirs et glis­saient aux coins de leurs bouches. Quatre semaines avant sa nais­sance, le père et le frère aîné d’Harvey furent tués dans un acci­dent de voi­ture.)

     C’est ain­si que débute le pre­mier roman de Susan Power, un récit ensor­ce­lant qui se déroule sur une réserve Indienne du Dakota du nord. Elle entre­mêle les his­toires de plu­sieurs géné­ra­tions de Sioux vivants, ayant vécus, allant et venant sur cette réserve. Le pou­voir de l’esprit illu­mine le roman, la nar­ra­tion coule en amont puis en aval du temps, le moment clé du roman se situant au 19ième siècle avec les per­son­nages de Ghost Horse et Red Dress, deux amants dont la pré­sence imprègne tout le roman. Le roman joue avec la double signi­fi­ca­tion du mot dan­seur d’herbe. Il y a deux façons de dan­ser la danse de l’herbe, la pre­mière est de pré­pa­rer l’aire où se déroule le pow pow selon la méthode tra­di­tion­nelle qui est de cou­cher l’herbe sous les pieds des dan­seurs (et dan­seuses). La seconde consiste en un exer­cice spi­ri­tuel, il faut apprendre les secrets de l’herbe en l’imitant, en bou­geant son corps comme bouge l’herbe dans le vent. Susan Power parle de la culture Sioux en uti­li­sant un lan­gage poé­tique et le livre se lit entre monde du rêve et réa­li­té de la réserve avec ses pro­blèmes. Les images et les rêves emmènent le lec­teur dans l’univers Indien des visions. Celles-ci sont très impor­tantes pour les Indiens car consi­dé­rées comme sources d’éveil ; ils enseignent et guident les rêveurs, leur indiquent la place qu’ils occupent et le rôle qu’ils jouent dans le monde. Etant don­née cette culture Sioux, il serait faux de pré­tendre que Susan Power fait preuve de ce qu’il est conve­nu d’appeler le réa­lisme magique, syno­nyme de recours au sur­na­tu­rel, parce que c’est tout sim­ple­ment l’univers men­tal et cultu­rel dans lequel elle a été éle­vée. C’est le lec­teur et le cri­tique lit­té­raire occi­den­tal qui don­ne­ront cette inter­pré­ta­tion, et qua­li­fie­ront ce qu’ils per­çoivent comme une ima­ge­rie du rêve, ou bien un élan vision­naire.  

     Depuis ses débuts en 1995, Susan a écrit trois autres ouvrages : Roofwalker(2002), War Bundles (2000) et Strong Heart Society (1998).

–          Roofwalker est un mélange de récit et d’histoire, fic­tions et faits réels, qui révèlent la force de la tra­di­tion et de l’esprit des cultures Indiennes. Dans ce livre les esprits et les vivants se côtoient, la culture Sioux entre en col­li­sion avec le monde moderne contem­po­rain en un mou­ve­ment désar­mant, joyeux, humo­ris­tique. On suit des per­son­nages dont l’héritage cultu­rel par­fois nour­rit l’identité et par­fois les englue jusqu’à les para­ly­ser tout sim­ple­ment. On y suit éga­le­ment une étu­diante qui essaie de faire coïn­ci­der ses connais­sances tri­bales héri­tées de sa culture avec l’enseignement uni­ver­si­taire déli­vré à Harvard. Les récits non fic­tion­nels éclairent la lutte per­ma­nente que les Indiens mènent avec eux-mêmes et avec la culture domi­nante, lutte inté­rieure pour peu qu’ils soient métis, et c’est ain­si que Susan power nous fait part de la souf­france, de la honte et de la colère res­sen­ties quand elle a vu la robe en peau de daim de son arrière-grand-mère expo­sée au célèbre Field Museum d’histoire natu­relle.

 

–          War Bundles retrace l’histoire de Chicago vue au tra­vers des yeux des Indiens Potawatomi. La struc­ture non linéaire du livre offre la pos­si­bi­li­té de ”révé­la­tions”, le livre est comme une fleur qui éclot petit à petit à mesure que l’histoire pro­gresse. A ce livre une his­toire est atta­chée : la mère de Susan Power qui vit à Chicago prêt du lac Michigan avait trou­vé des osse­ments humains pétri­fiés sur la rive, décou­verts par le mou­ve­ment des eaux. Elle s’était ima­gi­né qu’ils appar­te­naient à un Indien qui vou­lait que sa fille Susan raconte l’histoire des Indiens de cette région. Pour elle les esprits dirigent les hommes en per­ma­nence. Et elle avoue être fière que son pas­sage par Harvard n’ait pas réduit la sen­si­bi­li­té Indienne de Susan.

 

–          Dans Strong Heart Society Susan Power inter­roge le rap­port au ter­ri­toire, fouille sous les rues de la Chicago moderne afin de dévoi­ler les réus­sites et les choses hon­teuses, les réa­li­sa­tions heu­reuses et les échecs avec en toile de fond les vies des peuples Indiens et des colons. Les trois dif­fé­rentes voix du livre créent et tressent une natte d’histoires, elles démontrent que ces his­toires intri­quées les unes dans les autres ont un lien au sol sur lequel la cité est construite.

     Voici à pré­sent un texte daté du 23 juin 2013, qui donne la tona­li­té de com­ment fonc­tionne l’esprit de Susan Power :

Native in the 21st Century –Indienne au 21ième siècle

     Je suis moi­tié-moi­tié mais cela ne veut pas dire que je suis ratée –cela veut juste dire que mes parents sont tom­bés amou­reux, culbu­tant par-des­sus les divi­sions raciales et cultu­relles, celles qui jouent dans mon sang. Quand j’étais jeune je res­sem­blais à mon père, mes che­veux bruns viraient au roux pen­dant l’été –tous ceux qui n’étaient pas déjà au cou­rant pou­vaient pen­ser que j’étais blanche, seule­ment blanche, mais sûre­ment pas Dakota Yanktonai et aus­si Hunkpapa. Mais plus je pre­nais de l’âge et plus je res­sem­blais à ma mère, ce qui veut dire que l’on m’attribuait une varié­té d’ethnicités (les gens ont fait des paris en ma pré­sence mais n’ont jamais devi­né juste), ce qui signi­fie que dans les petites villes et voi­si­nages bor­nés je peux faire l’expérience et goû­ter au racisme vieux-jeu de la vieille école –le genre qui pesait sur ma mère dès ses pre­miers pas, le genre auquel mon père ne pou­vait pas croire jusqu’à ce qu’il l’ait vu en action lors de son voyage à Rapid City après le meurtre de ma tante.

     J’ai tou­jours été Indienne d’abord et Américaine ensuite, mais les jeunes autour de moi l’ont oublié en me regar­dant, de ce fait j’ai évo­lué de cercles en cercles –me sen­tant comme une espionne Dakota per­chée sur mon poste d’écoute afin de ras­sem­bler des infor­ma­tions sur ce que la socié­té domi­nante pen­sait vrai­ment de nous, quel que soit le terme employé aujourd’hui, « mino­ri­tés », « gens de cou­leur », les labels usés comme inadé­quats qui occultent les riches his­toires des autres citoyens de l’Amérique, ceux de seconde classe. J’ai enten­du ce que les bonnes gens disaient, les en colère, les effrayés, les pares­seux d’esprit qui pensent que ça ne dérange per­sonne de rire en s’appuyant sur les sté­réo­types et les cari­ca­tures (« tu montes au cré­neau, déjà, mon dieu, tu ne peux pas sup­por­ter une blague, ça ne fait de mal à per­sonne quelques rires aux dépends de quelques exclus ? »).  Alors je pre­nais la parole, je par­lais en long en large et en tra­vers, ren­ver­sais les argu­ments pour mon­trer qu’il y avait une autre manière de voir le monde, mais ça me fati­guait sacré­ment et me don­nait le ver­tige. J’étais celle qui pou­vait chan­ger de pers­pec­tive dans un monde qui disait : « regarde dans le viseur et vois La Vérité, » bien que cette vision­neuse fût en plas­tique, racon­tât des his­toires à l’eau de rose, que je savais être des mythes éten­dus sur la véri­té comme un tapis pour cacher tous les os et le sang, sans comp­ter les pro­phètes qui mou­rurent pen­dant le tour­nage de ce film-là.

     On nous dit sou­vent : « vous avez fait un sacré che­min, » et c’est vrai, les siècles se sont suc­cé­dé et l’extermination pro­gram­mée n’a pas réus­si. Je suis citoyenne du pays que mes ancêtres habi­taient avant que les soi-disant pères fon­da­teurs s’installent ici et apprennent de la confé­dé­ra­tion des six nations le sys­tème poli­tique com­plexe qui nous gou­verne à pré­sent. Si j’étais née il y a cent ans je n’aurais pas été citoyenne, pas encore, vous savez ce que c’est de jouer au Manifest Destiny* avec des dés pipés. Alors pour­quoi râles-tu ? C’est le nou­veau refrain. Pourquoi sommes-nous en colère après toutes ces années, ces hec­tares volés et ces morts ? Et je me gifle parce que par­fois je vou­drais être pares­seuse moi aus­si, regar­der devant vers le point s’évanouissant et jamais der­rière ; pré­tendre que mes pieds sur ce sol ne sont que mes pieds sur ce sol plu­tôt que de recon­naître le tra­vail cou­ra­geux de mes ancêtres. Ce n’est pas du « réa­lisme magique » de voir com­ment le temps résiste à ses lignes droites faci­le­ment tirées. Ne vois-tu pas que le pas­sé forme le pré­sent et le futur ? Comment nous vivons ce que nos grands-pères disaient et ce que nos grands-mères chan­taient ?

     C’est l’été de nou­veau au 21ième siècle alors qu’Hollywood se pré­pare  à regar­der les films à grand suc­cès, toute à son Action de nous gar­der dis­traits grâce au bruit. C’est l’heure de Tonto et nous sommes sup­po­sés être recon­nais­sants parce qu’un acteur sédui­sant qui pour­rait être en par­tie de des­cen­dance Cherokee s’est trou­vé ins­pi­ré par un Crow, bien que le per­son­nage soit Comanche –bon, ce sont toutes des tri­bus com­men­çant par C, où est la dif­fé­rence ? Un Indien est un Indien est un Indien, et nous appar­te­nons à l’inconscient col­lec­tif, nous appar­te­nons aux masses, nous appar­te­nons à tout le monde sauf à nous-mêmes. Oh, Tonto, je sais que tu t’es bien amu­sé en ima­gi­nant ce que « mys­ti­cisme » Indien vou­lait dire pour toi dans un spec­tacle genre tuez-les tous, mais tu ferais bien de faire atten­tion, notre gazon n’est pas une aire de jeux et quelque fois les esprits retournent les frappes. 

     La bonne nou­velle c’est que les Indiens évo­luent, Idle No More (Plus jamais oisifs), dans un pays qui se meurt de la mala­die du gas­pillage. Nous nous levons pour l’île de la tor­tue et ses eaux, nous nous mobi­li­sons pour le futur et nous refu­sons de jouer comme si ça n’avait pas d’importance, comme si c’était le pro­blème de quelqu’un d’autre. Nous ne sommes peut-être pas les peaux-rouges de l’espace mais nous avons inven­té la science-fic­tion –la conscience que la science toute puis­sante, divor­cée de la sagesse, est une bête impru­dente. La socié­té domi­nante a fait de notre science une fic­tion bien que leurs per­cées mènent en arrière vers ce que nous savions depuis tou­jours, ce que nous essayions de dire depuis le début. Ils nous ont édu­qués pen­dant des années, sur plu­sieurs géné­ra­tions per­dues, mais nous nous dres­sons et ren­ver­sons ce bureau à une place, cette conver­sa­tion à sens unique, qui ne peut que racon­ter les his­toires dans une seule direc­tion. Ne nous dites pas que nous sommes en train de trou­ver nos voix dans une renais­sance artis­ti­co-uni­ver­si­taire, laquelle vous étu­diez dans des confé­rences ou exploi­tez dans les pages du site Amazon​.com –nous avons par­lé en tant que poètes et rap­peurs, conseillers et pro­phètes, gué­ris­seurs et poli­ti­ciens. Le pro­blème fut que per­sonne n’écoutait nos parents ni nos grands-parents, et pour cer­tains pas même nos arrières grands-parents qui étaient trop occu­pés face aux fusils pour pou­voir être en mesure de rendre leur thèse. Vous pou­vez ne pas vou­loir écou­ter main­te­nant, mais c’est bien ain­si, nous avons appris votre langue et pou­vons che­vau­cher nos che­vaux sur les auto­routes de la com­mu­ni­ca­tion qui tra­versent les lignes des réserves. Nos ancêtres n’ont jamais aban­don­né et ils nous ont chan­té des chan­sons pour que nous nous éveil­lions, main­te­nant et après toutes ces années de trai­te­ment à la  Belle au bois dor­mant. Nous sommes dans et hors, écou­tons et par­lons, nous levant et dan­sant, nous relions et nous attei­gnant –nous avons un monde à sau­ver, le vôtre autant que le nôtre.

*au 19ième siècle le Manifest Destiny répan­dait l’idée que les colons avait tous les droits de s’installer où ils le vou­laient sur le conti­nent au nom des ver­tus intrin­sèques du peuple Américain et de ses ins­ti­tu­tions, au nom de la mis­sion de sau­ver l’ouest et de le faire deve­nir une zone agraire conforme au modèle occi­den­tal, au nom du devoir à accom­plir pour rendre le pays tel que Dieu le sou­hai­tait voir, serait-ce au prix de l’esclavage et de la dis­pa­ri­tion des Indiens.(note du tra­duc­teur).

     Alors qu’elle affirme être fière d’être Indienne, Susan Power (Wanakcha Washtewin est son nom Sioux) rejette l’étiquette ‘‘écri­vaine Indienne’’. « Je me pense auteure qui se révèle avoir des ori­gines Indiennes. Prenez par exemple le Joy Luck Club de Amy Tan, si vous le consi­dé­rez comme un roman Sino-Américain alors vous per­dez quelque chose. C’est un roman qui parle des mères et des filles, s’en tenir au côté exo­tique dis­trait et à trop le sou­pe­ser vous finis­sez par perdre ce qu’il montre de com­mu­né­ment humain et que nous par­ta­geons tous. » D’après ces pro­pos, nous pou­vons consi­dé­ré que Susan Power est bien entrée dans le 21ième siècle avec la cas­quette du « post­in­dian »  tel que le pré­sente et tel que l’appelle de ses vœux Gerald Vizenor, auteur Anishinaabe fai­sant figure de proue par­mi les auteurs contem­po­rains Indiens et dont le tra­vail cri­tique comme théo­rique est très remar­qué. Vizenor emploie ce terme pour sou­le­ver les ques­tions d’identité, pour inter­ro­ger l’indianité et sor­tir des sté­réo­types figés dans un pas­sé qui avait déci­dé, pré­ten­du, vou­lu qu’un vrai et bon Indien soit mort. Le mot Indien dit plus ce que les indi­gènes d’Amérique ne sont pas, que ce qu’ils sont. Aussi ils se doivent de deve­nir, de se mon­trer « post­in­diens », et ce terme lui-même résiste aux défi­ni­tions sta­tiques, résiste aux repré­sen­ta­tions, et pour­tant véhi­cule toute la culture tra­di­tion­nelle avec son aura de mys­tère.  Susan Power fait œuvre « post­in­dienne »,  elle se sépare pas, son monde est dans le nôtre, nous le par­ta­geons,  elle depuis sa culture, et nous depuis la nôtre, mais nous devons nous battre ensemble, nous devons nous sen­tir soli­daires avant que dif­fé­rents…. Et comme tout est ins­crit dans le cercle, être post­in­dien pour finir revient à ravi­ver la valeur chère aux Native American qui est d’inclure, de prendre avec, de prendre en compte et de pen­ser loin, aus­si loin que la sep­tième géné­ra­tion après nous.

 

 

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