“Heav­en isn’t so far away as peo­ple say
I got a home high in my heart
Heav­en is right where I come from; I nev­er throw it away
I know the place and I’m going home ….”

“I’m not ashamed to need it I’m going home…
I’ve been around, I’ve been to town
Hey, where d’you think I learned right from wrong”

“I’m trav­el­lin’ right, I’m gonna get there soon
I’m stand­ing up pray­ing, I’m singing
Say­ing Heyo ha ha heyo ha hey ya
I know the way and I’m going home.”

“That’s where the heart can rest
The best is there
And only a fool would leave it. I’m going home”

Buffy Sainte Mary (Cree)
 

Un chez-soi, a home, est dans les dic­tio­n­naires con­sid­éré et défi­ni comme une rési­dence fixe, une demeure qui peut ou ne pas, abrit­er une famille. Les Indi­ens d’Amérique du nord ayant per­du la plu­part de leurs ter­ri­toires, ayant été déplacés, déportés, (pour-)chassés, ont une com­préhen­sion dif­férente de cette notion, de ce con­cept, qui revêt non seule­ment l’aspect du « home­land », (la terre d’origine), mais qui évoque aus­si un espace (pas néces­saire­ment géo­graphique) où peu­vent s’épanouir leurs cul­tures, leurs modes de vie, leur iden­tité.  Le cor­pus des textes pro­duits par les auteurs Indi­ens (d’Amérique) con­tem­po­rains des soix­ante dernières années décline le thème du « hom­ing in», le retour à la mai­son,  au chez soi, d’une façon récur­rente et appuyée. Ceci prou­ve que l’«être trib­al» n’a pas été anni­hilé, mal­gré les siè­cles de coloni­sa­tion et de ten­ta­tives d’assimilation au « melt­ing pot » Américain.

          L’être trib­al est fait de trois com­posantes : la société, le passé et un ter­ri­toire. La société au sens trib­al n’est pas juste une com­pag­nie, c’est un ensem­ble de règles qui garan­tis­sent des droits et des devoirs, un ensem­ble de rit­uels soci­aux  qui per­me­t­tent aux êtres humains de gag­n­er, grâce à des bonnes actions vis-à-vis de la com­mu­nauté, le respect des autres comme le sien pro­pre. La réal­i­sa­tion humaine d’un mem­bre d’une tribu n’est pas seule­ment un accom­plisse­ment indi­vidu­el : une per­son­ne n’est réal­isée qu’en rela­tion aux autres, cela a une pro­fonde sig­ni­fi­ca­tion, cela fait du passé une source d’autorité. Il n’est donc pas éton­nant que le terme  « home » pour un occi­den­tal, ayant per­du ses racines et son iden­tité trib­ale,  n’ait pas la même sig­ni­fi­ca­tion que pour les auteurs Indiens.

          Bien des romans occi­den­taux par­lent volon­tiers d’un héros quit­tant sa famille, avançant à tout prix en faisant table rase du passé, sans un regard en arrière ; bien des romans occi­den­taux prô­nent les nou­veaux départs, la recherche du « suc­cès », ils ont une dynamique cen­trifuge. Les intrigues des romans, le thème des poèmes, dans la lit­téra­ture Indi­enne au con­traire nous con­tent, nous expliquent le proces­sus de retour à la mai­son (up where we belong), retour sur la réserve, retour à la tra­di­tion, retour aux rit­uels, retour à l’identité Indi­enne. Et cela ne sera pas vécu, pas vu comme un échec, au con­traire, cela sera com­pris comme évo­lu­tion et accom­plisse­ment parce que le moyen de se con­necter avec le passé et les ancêtres, parce que le moyen de vivre selon une autre réal­ité du temps, une autre réal­ité de l’expérience humaine faite de répéti­tions et selon des savoir-faire cen­te­naires, une façon d’entrer dans une éter­nité, de par­ticiper à la roue de la vie elle-même suiv­ant les cycles et les cer­cles régis­sant l’univers entier. Ce « hom­ing in » des pro­tag­o­nistes dans la lit­téra­ture des Indi­ens d’Amérique est une dynamique à l’opposé d’un proces­sus com­péti­tif et indi­vid­u­al­iste ; le suc­cès chez les Indi­ens se mesure à l’aune des rela­tions entretenues avec la famille, avec le clan, et la pau­vreté la plus abjecte pour un Indi­en, c’est d’être seul.

          Que ce soit le Archilde de D’Arcy McNick­le (Cree) dans Sur­round­ed , que ce soit le héros de Nor­man Scott Moma­day (Kiowa) dans la mai­son faite d’aube, celui de Leslie Silko (Pueblo) dans Ceré­monie, de James Welch (Black­foot) dans l’hiver dans le sang, les per­son­nages de Ger­ald Vizenor (Anishi­naabe) dans Dead Voic­es, les per­son­nages de Louise Erdrich (Anishi­naabe) dans Love Medecine, ses per­son­nages féminins dans tracks, que ce soit l’héroïne de Diane Glan­cy (Chero­kee) dans The Mask Mak­er, à chaque fois le thème du retour à un chez-soi déter­mine les choix, les actions, les souf­frances, les joies, les aspi­ra­tions des pro­tag­o­nistes. Sans compter les nom­breux poèmes des nom­breux auteurs qui tous au moins une fois évo­quent ce lieu, ce con­cept, cette com­préhen­sion du « going home».

          Home n’est pas seule­ment un endroit, c’est un passé, une his­toire, un sys­tème de valeurs en rela­tion avec la par­en­té, le clan, c’est l’appartenance à un ordre qui pour­rait aus­si bien être qual­i­fié « d’ancien régime » explique  William Bevis, un spé­cial­iste de la lit­téra­ture Indi­enne. C’est aus­si un espace, tra­di­tion­nel ou non, qui per­met de renou­vel­er, de soutenir, les cul­tures Indi­ennes leurs cou­tumes, en restant fidèle aux tra­di­tions, à l’esprit, à l’identité Indi­enne. «  Home est le sin­guli­er et cepen­dant tis­sage entre les gens, la terre, la mémoire, l’identité, l’espace, le lan­gage et la com­mu­nauté » explique encore W.Bevis. C’est un com­plexe de cor­réla­tions qui cor­re­spond à la cer­ti­tude d’appartenir à un espace, à un lieu. Et dans les livres des auteurs Indi­ens les détails spé­ci­fiques relat­ifs à cet espace, à ce lieu, sont néces­saires aux pro­tag­o­nistes pour ressen­tir à la fois un pro­grès dans leur vie, un épanouisse­ment et de la fierté. Cette quête crée un mou­ve­ment de con­ver­gence, crée un sen­ti­ment de respect pro­fond pour les lieux chargés de mémoires, d’histoires, ils atteignent une dimen­sion sacrée et mythique. Ce sen­ti­ment Indi­en est blessé par le mépris des blancs pour les lieux dont les beautés sont détru­ites à cause de l’urbanisation, du bruit fait par les machines, des lumières agres­sives dans la nuit, endroits qui ne seront plus jamais les mêmes une fois que les blancs se seront emparés des ter­res Indi­ennes.  Ces lieux, mon­tagnes, forêts, arbres, riv­ières, et même les herbes, sont les élé­ments grâce aux­quels les Indi­ens appren­nent aus­si bien leurs langues qu’un com­porte­ment respectueux, et cela serait abat­tu, rasé, creusé, tail­lé, par­cel­lisé, brûlé  par des mains blanch­es étrangères à l’histoire, à la mémoire, à l’amour même d’un ter­ri­toire. L’une des prin­ci­pales sources d’incompréhension entre Blancs et Indi­ens résidera dans la notion de pro­priété privée. L’argent qu’ils rece­vaient en échange des ter­res cédées (quand ils le rece­vaient), représen­tait plus aux yeux des Indi­ens une forme de loy­er, un dédom­mage­ment pour l’usage des ter­res, mais il leur fau­dra des siè­cles pour com­pren­dre et con­cevoir la pos­ses­sion de ter­res pour un usage privé. La trans­for­ma­tion de la terre en argent, ou plutôt trans­mu­ta­tion, n’a pas de sens ni de réal­ité encore aujourd’hui dans les esprits Indi­ens. L’argent don­né en com­pen­sa­tion de la perte des ter­res ( argent récupéré à l’issue de procès) est pour eux quelque chose qui n’a pas de valeur, cela ne com­pense rien, l’argent se dépense, la terre reste avec ses richess­es et sa beauté, et on ne saurait faire pouss­er les arbres sur un tas d’argent, l’eau ne se met pas à couler depuis une somme d’argent, la perte de la terre est irrémé­di­a­ble et laisse les Indi­ens « home­less », sans domi­cile, sans chez eux. Et qua­si­ment tous les Indi­ens aujourd’hui ont encore des par­ents, des grands-par­ents, des arrières grands-par­ents, qui leur expliquent, leur racon­tent, témoignent de ce que c’était que chevauch­er des journées entières sans ren­con­tr­er de bar­rières ou d’enclos, ce que c’était que voir et vivre au milieu d’un gibier abon­dant. Pour une bonne par­tie des enfants Indi­ens, l’Anglais représente une deux­ième langue, ils ont des gens autour d’eux qui leur racon­tent les his­toires du passé, afin qu’ils ne per­dent pas con­tact, qu’ils restent con­nec­tés et sachent d’où ils vien­nent, donc qui ils sont.

          Nor­man Scott Moma­day (prix Pulitzer 1969) pré­cise que les lieux ne sont pas seule­ment des points sur une carte, ils sont un espace men­tal, ils com­pren­nent les his­toires qui doivent être dites et sans quoi un lieu ne sera jamais « a home ». C’est pourquoi les livres des auteurs Indi­ens sont en eux-mêmes des homes, espaces de mil­i­tan­tisme, de résis­tance, de créa­tion d’une com­mu­nauté, de per­pé­tu­a­tion des valeurs trib­ales. Dans les livres, le tis­sage per­ma­nent, les couch­es de ter­ri­toires écrits, les langues, les réc­its, la mémoire et l’histoire, les cul­tures, sont le lieu d’une con­ver­sa­tion per­ma­nente, les livres représen­tent l’espace trib­al recon­quis: offert, trans­mis à ceux qui Indi­ens n’ont que ces livres pour se trou­ver un chez eux. « In the begin­ning was the word and it was spo­ken » dit Moma­day dans le chemin de la mon­tagne de pluie. Le com­mence­ment ici est l’origine et cette orig­ine n’est pas indépen­dante de la terre. Ain­si la parole provient d’une orig­ine aus­si anci­enne que la terre elle-même, aus­si anci­enne que les migra­tions des tribus suiv­ant les riv­ières ou les bisons, aus­si anciens que les déplace­ments saison­niers. Home, c’est the open land, le ter­ri­toire ouvert, sans clô­ture, sans bar­rière, sans cadas­tre. Quand Abel, le héros de la mai­son faite d’aube com­prend que pour guérir il doit retourn­er vivre dans la mai­son de son grand-père et sur la terre qui l’avait porté, qui l’avait vu naître, il recon­naît sa con­nex­ion au ter­ri­toire, et il recon­naît la con­nex­ion du lan­gage au ter­ri­toire : « Il courait et tout en courant il se mit à chanter en sour­dine. Il n’y avait pas de son, il n’avait pas de voix ; il avait seule­ment les paroles d’un chant. Et il con­tin­ua de courir porté par le chant se lev­ant ». His­toire, terre, et lan­gage se rejoignent et forme le flux de la nar­ra­tion qui va rem­plir un espace spé­ci­fique, investi de sens, plus qu’un réc­it, et cela redéfinit le mot home dans l’esprit Indi­en. L’unité de ces thèmes se rejoignant crée le seul ter­ri­toire qu’ils puis­sent se per­me­t­tre de pos­séder, ils se l’approprient, recréent, le façon­nent pour en faire une image d’eux-mêmes, qui sou­tient leurs cul­tures, qui leur per­met de sur­vivre, c’est leur home et c’est pra­tique­ment tout ce que la cul­ture dom­i­nante veut bien qu’ils aient.

          Voici une autre expéri­ence du Going Home  par Mau­rice Ken­ny (Mohawk)

 […] from Brook­lyn it was a long ride
the Grey­hound fol­lowed the plow
from Syra­cuse to Watertown
to coun­try cheese and maples
tired rivers and closed paper mills
home to gos­sipy aunts . . .
their dan­de­lions and preg­nant cats . . .
home to cedars and fields of boulders
cold graves under wil­lows and pine
home from Brook­lyn to the reservation
that was not home
to songs I could not sing
to dances I could not dance
from Brook­lyn bars and ghet­to rats
to steam­ing hors­es stomp­ing frozen earth
barns and priv­ies lost in blizzards
home to a Nation, Mohawk
to faces I did not know
and hands which did not rec­og­nize me
to names and doors
my father shut

“From Brook­lyn it was a long ride”, un éloigne­ment géo­graphique mais aus­si cul­turel, avec pour­tant la nos­tal­gie des paysages, la beauté de la nature, avec égale­ment la con­science de dif­fi­cultés économiques, les usines ont fer­mé… Ce poème saisit l’émotion d’un jeune garçon retour­nant sur sa réserve après une longue absence, ce pour des raisons famil­iales, mais c’est une expéri­ence courante pour les ado­les­cents Indi­ens qui veu­lent pour­suiv­re des études, que de devoir “s’exiler” loin de leur réserve natale. La réserve est à la fois famil­ière et étrangère désor­mais, alors qu’est-ce que ce home? Là où le jeune vit main­tenant con­fort­able­ment, ou bien est-ce la réserve où il a passé les pre­mières années de sa vie? Là où toute sa famille réside ? Là où le passé de son peu­ple est encore vivant dans les mémoires? Mais lui-même en tant que mem­bre de la tribu existe-t-il encore dans la mémoire des siens, c’est la ques­tion qui sous-tend le poème, c’est l’angoisse du jeune indi­en qui a peur d’être rejeté par les siens car il a déserté, il s’est com­pro­mis avec « l’ennemi », il a pactisé en adop­tant d’autres habi­tudes de vie, en per­dant le savoir danser, en ayant per­du le con­tact et même son nom Mohawk…. Quelle médi­a­tion pos­si­ble fera que la réserve et ce ter­ri­toire, cette iden­tité Mohawk revendiquée, devi­enne vrai­ment chez lui… Il a vécu deux vies dis­parates, et c’est bien sou­vent cette médi­a­tion entre les ten­sions raciales, eth­niques, cul­turelles que les jeunes Indi­ens cherchent, que la lit­téra­ture des Indi­ens d’Amérique du nord pro­pose, et qui est au cœur de l’expérience, du con­cept de home. 

          Vizenor et son humour bien par­ti­c­uli­er vien­nent alors au sec­ours des Indi­ens. En écrivant Dead Voic­es, ses réc­its ani­més de l’esprit si ce n’est de la présence physique du Trick­ster, il trou­ve une solu­tion dans les mythes : à l’ orig­ine il y avait trois Tric­sk­ters, trois frères. Le troisième se nomme Pierre (Stone), et pour la pre­mière fois il se sen­tit chez lui en arrivant sur la terre. Naan­abozho, son frère, le prin­ci­pal Trick­ster, veut tuer Pierre et pour se faire lui demande con­seil. Pierre très avisé lui explique qu’il doit le faire chauf­fer dans le feu, et ensuite vers­er de l’eau froide sur lui. De cette façon Pierre éclat­era. Et en effet Pierre éclate mais cela n’a pas l’effet désiré par Naan­abozho qui s’est fait berné … à mali malin et demi ! Pierre s’est donc répan­du sur toute la terre en une mul­ti­tude de dif­férentes familles qui vivent dans les mon­tagnes, dans les riv­ières, dans les prairies, dans les déserts, … mais désor­mais aus­si dans les miroirs, dans les villes, l’éclatement de Pierre et ses frag­ments dis­per­sés créent la pos­si­bil­ité que tous les endroits puis­sent devenir des chez-soi. Mais cela ne va sans peine…

          Dans le Céré­monie de Leslie Silko, Tayo revient dévasté men­tale­ment, de la guerre du Viet­nam, il retrou­ve une réserve dévastée par la sécher­esse, Il réalise alors que la céré­monie, pour ren­dre à sa famille et à son ter­ri­toire, autant qu’à lui-même son état de san­té, est une lutte con­tre les idéaux et les principes occi­den­taux. Dans ce cas la con­cep­tion du home est non seule­ment désir­able, c’est une absolue néces­sité. Dans Woven Stone, Simon Ortiz va encore plus loin, deman­dant aux Indi­ens de se bat­tre pour ce qui est juste et bon afin que la vie elle-même puisse se pour­suiv­re, il faut lut­ter con­tre la destruc­tion des peu­ples et des ter­res. Son appel à la résis­tance, son imag­i­na­tion, ses livres et sa mémoire emplie des réc­its et sou­venirs de tout son peu­ple, de tous les peu­ples Indi­ens, devi­en­nent des lieux, des endroits où la vie des Indi­ens peut se pour­suiv­re en étant de « vrais Indi­ens » et non les peu­ples vain­cus dont les blancs se moquent.

          « Je me sens pleine­ment respon­s­able de toutes les sources qui font ce que je suis : tous les ancêtres  passés et futurs, mon lieu de nais­sance, tous les lieux où je suis allée et qui sont aus­si parts de moi, toutes les voix, toutes les femmes, toute ma tribu, tous les gens, toute la terre et au-delà je me sens respon­s­able et reliée à tous les com­mence­ments et à toutes les fins. Ecrire étrange­ment me libère et me per­met de croire en moi-même, d’être capa­ble de par­ler, d’avoir une voix, et cela m’est néces­saire, il le faut, c’est une ques­tion de survie » dit Joy Har­jo (Mus­gogee-Creek) qui dans son tra­vail met tou­jours en per­spec­tive, sug­gère les rela­tions de la vie humaine avec l’histoire mil­lé­naire. Pour Joy Har­jo, faire l’expérience du home, revenir chez-elle c’est accom­plir un sen­ti­ment d’unité, lui don­ner sens et priorité.

          En écrivant les réc­its hérités des anciens, des généra­tions précé­dentes, les auteurs Indi­ens défient les stéréo­types plaqués sur eux par la cul­ture dom­i­nante, ils affir­ment un ancrage trib­al et com­mu­nau­taire, et mal­gré les dépor­ta­tions, exils, déplace­ments que la société améri­caine a imposé, impose encore, les cul­ture Indi­ennes dans, par les livres ont le pou­voir de (re)créer pour les lecteurs un éthos trib­al, inscrivent les vies des per­son­nes et des com­mu­nautés dans le home des paroles, des mots, des lan­gages. Les textes  eux-mêmes sig­ni­fient home : famille, ter­res, lan­gage, com­mu­nauté, his­toire, iden­tité. Home devient alors une nou­velle con­science his­torique, et que l’on soit Indi­en ou non, comme le rêve Louise Erdrich, cette con­science nou­velle dev­enue home uni­versel, pour­rait aider l’humanité à guérir cer­taines blessures, ce qui per­me­t­trait que ne répè­tent pas sans arrêt les mêmes erreurs. Home se com­prend au sens géo­graphique, au sens cul­turel, au sens éthique du terme, ou bien encore à la façon de Louise Erdrich, à qui je veux don­ner ici le dernier mot : « hom­ing in » c’est l’appel et c’est la recon­nais­sance d’un lieu « where I ought to be ». Ques­tion d’attachement, d’identité et plus pro­fondé­ment de respon­s­abil­ité, d’engagement, de con­science ; home : où je sais devoir être. Où réelle­ment être digne du qual­i­fi­catif d’humain. Cela ne con­cerne plus seule­ment les Indi­ens d’Amérique, mais tous les humains sur la terre, et c’est ce que les auteurs Native Amer­i­can con­tem­po­rains nous invi­tent à réfléchir, sinon à ressentir.

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Béatrice Machet

Vit entre le sud de la France et les Etats Unis. Auteure de dix recueils de poésie en français et deux en Anglais, tra­duc­trice des auteurs Indi­ens d’Amérique du nord. Per­forme, donne des réc­i­tals poé­tiques en col­lab­o­ra­tion avec des danseurs, com­pos­i­teurs et musi­ciens. Pub­liée entre autres chez l’Amourier (Muer), VOIX (DER de DRE), pour les ouvrages bilingues ASM Press (For Uni­ty, 2015) Pour les tra­duc­tions : L’Attente(cartographie Chero­kee), ASM Press (Trick­ster Clan, antholo­gie, 24 poètes Indi­ens)… Elle est mem­bre du col­lec­tif de poètes sonores et per­for­mat­ifs Ecrits- Stu­dio. Par ailleurs elle réalise et ani­me chaque deux­ième ven­dre­di du mois une émis­sion de 40 min­utes con­sacrée à la poésie con­tem­po­raine sur les ondes de radio Ago­ra à Grasse.. En 2019, elle pub­lie Tirage(s) de Tête(s) aux édi­tions Les lieux dits.