> Un regard sur la poésie native américan (8)

Un regard sur la poésie native américan (8)

Par |2018-10-19T02:53:34+00:00 17 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

NILA NORTHSUN :  faire quelque chose à partir de rien   

 

   Le mois de novembre aux Etats-Unis est dit mois de l’héritage des Indiens d’Amérique du nord (Thanksgiving oblige). Il s’agit de por­ter l’attention et de faire recon­naître par les Américains, l’importance de leurs cultures, l’importance de leur contri­bu­tion à la for­ma­tion de ce pays. Je vais prendre ce pré­texte pour vous pré­sen­ter Nila NorthSun, poète, pho­to­graphe, artiste éclec­tique, mili­tante Shoshone vivant dans le Nevada. Historienne tri­bale, ayant tra­vaillé dans l’aide sociale, elle est l’un des poètes Native American les plus lus. Ses poèmes réa­listes, décri­vant la vie sur et en dehors de la réserve, ont trou­vé un large public de lec­teurs. Née en 1951 dans l’état du Nevada, sa mère est Shoshone. Son père Chippewa est le mili­tant Adam Fortunate Eagle, qui était pré­sent pen­dant l’occupation de l’île d’Alcatraz : lieu où la conscience Panindienne s’est éveillée, où les Indiens de toutes les tri­bus ont com­pris l’importance de lut­ter pour faire res­pec­ter leurs droits. Elle a gran­di dans la région de San Francisco, est diplô­mée de l’université de Missoula (Montana), et a tou­jours fait les allers retours entre réserve Shoshone où vivait sa famille, et les zones urbaines où elle a tra­vaillé.  Initiée par son père aux danses tra­di­tion­nelles, elle est spé­cia­liste de la bucks­kin dance, et a été élue « miss prin­cesse Indienne ». Elle a dan­sé et est inter­ve­nue auprès des déte­nus Indiens à la pri­son de St-Quentin. Elle dit avoir été influen­cée par Charles Bukowski et Diane Wakoski, bien qu’ayant étu­dié avec Richard Hugo et William Kittredge.
     « Je suis une femme heu­reuse, même si mes poèmes paraissent se foca­li­ser sur des sujets dépri­mants. Mais le macabre m’intrigue, et détour­ner les choses nor­males pour les faire reflé­ter autre chose m’intéresse beau­coup plus que d’écrire : le soleil est au zénith, la vie est douce tra­la­la­lère ! Mieux vaut en faire un soleil bouillant qui perce le jour de telle sorte que mon corps soit bai­gné de sueur !» Auteur de cinq livres, dont trois relatent l’histoire locale de sa réserve et de ses ancêtres, je ne m’attarderai que sur ses deux recueils, Love at Gunpoint et Diet Pepsi & Nacho Cheese, qui sont écrits avec une élé­gance mor­dante, et qui trans­mettent une émo­tion authen­tique. Elle évoque les défis qu’il y a à être une Indienne d’aujourd’hui, à assu­mer cette iden­ti­té reven­di­quée, bien qu’Américaine aus­si. Ses poèmes sont une col­lec­tion de confes­sions sur les moments extrêmes de sa vie : de l’excitation du pre­mier bai­ser à la tris­tesse de ren­trer dans une mai­son vide. Drôles ou bru­taux, ses poèmes expriment les joies et les peines dont sont faites nos vies. Sherman Alexie avoue que Nila est l’un de ses poètes pré­fé­rés. 
 

Falling down to bed

 

i used to look at with dis­gust
these indians laying around
on the dirt & grass
pas­sed out drunk
their bodies lit­te­ring
the pow wow grounds
or city parks
i'd look at their crum­pled bodies
laying in the noon sun
still slee­ping where
they fell
but one time
i went to the 49
after the pow wow
& got shit faced drunk
then got slee­py
& fell in the dirt par­king lot
it see­med nice
the ground was clean in the dark­ness
the stars were vibrant above
the night air was cozy
'get up get up' they said
'no no leave me here
i want to sleep here'
lucki­ly they sho­ved me into
the car
or i would have been
the drunk some­bo­dy loo­ked at
with dis­gust
at least now
when i see them
i unders­tand.

Tomber sur un lit

 

Je les regar­dais tou­jours avec dégoût
ces Indiens allon­gés
dans la crasse et sur l’herbe
au-delà de l’état d’ivresse
leurs corps souillant
le sol du pow wow

ou celui des par­kings
je regar­dais leurs corps fri­pés
éten­dus sous le soleil à midi
dor­mant encore
où ils étaient tom­bés
mais une fois
je me ren­dis au 49
après le pow wow
et je me beur­rais la gueule
ensuite j’eus envie de dor­mir
et je tom­bais sur le sol sale du par­king
cela m’apparaissait bien
propre dans l’obscurité
les étoiles étaient vibrantes au-des­sus
l’air noc­turne confor­table
« lèv’toi lèv’toi » dirent-ils
non non lais­sez-moi ici
je veux dor­mir ici »
heu­reu­se­ment ils me tirèrent
me his­sèrent dans la voi­ture
sinon j’aurais été
la sou­lo­graphe dévi­sa­gée
avec dégoût
au moins main­te­nant
quand je les vois
je com­prends.
 

     Le quo­ti­dien évo­qué dans ses pre­miers poèmes, ain­si que les témoi­gnages des ensei­gne­ments que lui pro­di­guaient ses grands-parents, ont fait de Nila une auteure popu­laire. La pro­so­die peut paraître étrange et repose sur les enjam­be­ments. La néces­si­té est véhi­cu­lée grâce à une musique interne faite d’assonances et de rimes jouant sur les consonnes. Elle s’est empa­rée de sujets ordi­naires et a adop­té une tech­nique d’écriture ori­gi­nale. Non pas avant-gar­diste, mais tout comme ses opi­nions poli­tiques, son style lit­té­raire est fait de popu­lisme et de pro­gres­sisme. Son recueil Diet Pepsi & Nacho Cheese dif­fu­sé lar­ge­ment en 1977 fait que le nom de Nila NorthSun est deve­nu fami­lier même aux oreilles des Américains non-Indiens. Par la suite Nila a tra­vaillé dans un centre d’hébergement d’urgence pour les enfants et ado­les­cents Indiens. A cette occa­sion elle a par­cou­ru chaque jour plus de 150 kilo­mètres, allant même jusque dans l’état de Washington (au nord du Nevada). Cela lui valut de tra­ver­ser les éten­dues déso­lées ou gran­dioses et de médi­ter, « à 90 à l’heure et sur l’autoroute il n’est pas pra­tique de grif­fon­ner quelques vers sur des dos d’enveloppes ou sur des ser­viettes en papier ! Mais si le rythme des publi­ca­tions dimi­nuait, le livre Stepping Stones voyait mal­gré tout le jour.

     Les thèmes abor­dés par Nila ne sont pas uni­que­ment le glauque et le déses­pé­rant res­sen­ti pour les réserves. Elle a beau­coup écrit sur les pay­sages du Nevada, avec un double élan, à la fois de fas­ci­na­tion et de répul­sion. La beau­té à cou­per le souffle de la nature est contre­ba­lan­cée par une men­ta­li­té de mau­vais wes­tern. Dans le désert on retrouve les vieux cli­chés : cow­boys et aven­tu­riers, tueurs à gage, ain­si que la fille de la réserve aux prises avec le poli­cier tri­bal. Nila n’est pas une poète de la nature, pour­tant elle se pré­oc­cupe de l’environnement et sait bien que ce qu’on appelle pay­sage est le reflet d’une dyna­mique où natu­rel et construit s’opposent, où la logique consu­mé­riste capi­ta­liste menace l’équilibre et inter­dit le renou­vel­le­ment des res­sources. Le déve­lop­pe­ment durable n’est pas d’actualité dans un décor inhos­pi­ta­lier fait de déserts tra­ver­sés par les réseaux d’autoroutes, les­quels empêchent les trou­peaux de mou­tons et leurs ber­gers d’aller à leur guise de zones vertes en zones vertes. La terre du Nevada est satu­rée de déchets nucléaires, et Nila porte une atten­tion accrue à la baisse de qua­li­té de l’environnement. L’état est deve­nu un vaste dépôt d’ordures affirme-t-elle. Le ter­ri­toire est aban­don­né aux essais mili­taires et aux bases secrètes, les normes stan­dards qui s’appliquent aux autres régions sont igno­rées dans le Nevada et de ce fait la san­té des civils se trouve mena­cée.

 

99 choses à faire avant de mou­rir

 

Le maga­zine cos­mo est sor­ti avec dedans une liste
De 99 choses à faire avant de mou­rir et j’ai en ai fait 47
ou du moins ma ver­sion de ces 47
du genre faire l’amour en forêt à même le sol
pas­ser une jour­née entière au lit à lire un bon livre
dor­mir à la belle étoile
apprendre à ne pas dire oui quand on veut dire non
mais les autres choses
étaient réser­vées aux riches
et nous savons avec cer­ti­tude
que nous ne devons pas être riche avant de mou­rir
des choses comme
plon­ger d’un yacht dans la mer Egée
ache­ter un billet d’avion pour faire le tour du monde
aller à Monaco assis­ter au grand prix
aller à rio pen­dant le car­na­val
sur que nous aime­rions cela mais
pas de maza-ska*
l’argent l’argent
alors qu’est-ce que va faire le pauvre indien ?
Faites-nous une liste qui soit plus
cultu­rel­le­ment appro­priée
donc ma liste com­prend ceci
aller boire au 49 à la foire de crow
appendre les 20 manières de pré­pa­rer du porc en boite
tom­ber amou­reux d’un blanc
tom­ber amou­reux d’un indien
man­ger du ta-nee-ga* avec un sioux
apprendre à faire du bon pain frit
être figu­rant dans un film indien
apprendre à par­ler ton lan­gage tri­bal
don­ner à ta grand-mère une rose et un bou­quet de sweet grass
regar­der une danse du cerf miwok
assis­ter à une dance kachi­na hopi
exé­cu­ter la danse de la chouette avec un yaka­ma
se blot­tir au lit avec un bon roman indien
et mieux encore
se blot­tir au lit avec un bon roman­cier indien
mon­ter à cru et sau­ter par-des­sus un petit ruis­seau
faire l’amour dans un tipi
comp­ter un coup contre l’ennemi
se bai­gner ne pas nager dans un lac ou une rivière
laver vos che­veux aus­si et ne pas oublier les ais­selles
arrê­ter de boire de l’alcool
racon­ter des his­toires de skin­wal­ker auprès du feu de camp
être sur le point de mou­rir et appré­cier la vie ensuite 
aider quelqu’un qui l’a eue plus dif­fi­cile que vous
don­ner des conserves à une banque locale de nour­ri­ture
spon­so­ri­ser un enfant pour Noël
parier au jeu de crosse
par­ti­ci­per à une mani­fes­ta­tion
apprendre un chant à chan­ter lors d’un rituel de sweat
recy­cler
jar­di­ner
dire quelque chose de gen­til à votre par­te­naire
dire quelque chose de gen­til à vos enfants
fendre du bois pour votre grand-père
alors voi­là
une liste plus rai­son­nable
à ce rythme
je suis prête à mou­rir n’importe quand
pas grand-chose qui ne soit pas ache­vé
bien que cos­mo
soit plu­tôt une affaire pari­sienne
faire la fête sur la musique dis­co vêtue de cuir rouge et siro­tant du cham­pagne
pour­rait trou­ver une place sur ma liste

*maza-ska signi­fie argent (le métal) en langue Lakota et par exten­sion l’argent dans son second sens éga­le­ment.
*ta-nee-ga signi­fie tripes en langue Lakota  (N.d.T)

 

99 things to do before you die

 

cos­mo mag came out with a list
of 99 things to do before you die i had done 47 of them
or at least my ver­sion of them
like make love on the forest floor
spend a day in bed rea­ding a good book
sleep under the stars
learn not to say yes when you mean no
but the other things
were things only rich people could do
and we cer­tain­ly know
you don't have to be rich before you die
things like
dive off a yacht in the aegean
buy a round-the-world air ticket
go to mana­co for the grand prix
go to rio during car­ni­val
sure would love to but
no maza-ska
money honey
so what's a poor indian to do ?
come up with a list that's more
cultu­ral­ly rele­vant
so my list includes
go 49ing at crow fair
learn of 20 ways to pre­pare com­mo­di­ty can­ned pork
fall in love with a white per­son
fall in love with an indian
eat ta-nee-ga with a sioux
learn to make good fry bread
be an extra in an indian movie
learn to speak your lan­guage
give your gram­ma a rose and a bundle of sweet grass
watch a miwok deer dance
attend a hopi kachi­na dance
owl dance with a yaka­ma
curl up in bed with a good indian novel
bet­ter yet
curl up in bed with a good indian nove­list
ride bare­back and leap over a small creek
make love in a tipi
count coup on an ene­my
bathe not swim in a lake or river
wash your hair too and don't for­get your pits
stop drin­king alco­hol
tell skin­wal­ker sto­ries by camp­fire
almost die then appre­ciate your life
help some­bo­dy who has it worse than you
donate can­ned goods to a local food bank
spon­sor a child for christ­mas
bet on a stick game
par­ti­ci­pate in a pro­test
learn a song to sing in a sweat
recycle
grow a gar­den
say some­thing nice eve­ry­day to your mate
say some­thing nice eve­ry­day to your chil­dren
chop wood for your grand­pa
so there
a more attai­nable list
at this rate
i'm rea­dy to die any­time
not much left undone
though cosmo's
have an affair in paris while
dis­coing in red lea­ther and sip­ping cham­pagne
could find a place on my list

    

Ici Nila se moque des obses­sions des cita­dins qui à tout pro­pos font des listes et se com­plaisent à éprou­ver le poids soit du devoir, soit de la culpa­bi­li­té. Dans ce poème deux pola­ri­tés, ce que Nila semble vou­loir et ce qu’elle veut vou­loir ; dans l’entre un espace incon­for­table et sa rup­ture, sa bles­sure cultu­relle ingué­ris­sable, une zone trouble où se croisent les choses comme elles sont et les choses comme on vou­drait qu’elles soient.

     Nila s’est trou­vée asso­ciée à la soit disant « seconde vague de renais­sance Indienne » des années 1970-80, et qui com­prend des célé­bri­tés telles Louise Erdrich, Joy Harjo, Leslie Marmon Silko ; Norman Scott Momaday et  James Welch repré­sen­tant la pre­mière vague. Nila a pour­tant expri­mé des doutes quant à la vali­di­té de telles ana­lyses, tant lui semblent minces les liens qui unissent ces auteurs de tra­di­tions tri­bales dif­fé­rentes. Mais il y a bien eu un for­mi­dable élan et on a pu assis­ter à une vague de publi­ca­tions indiennes à cette période. Qu’est-ce qui fait que les noms d’Erdrich et d’Harjo ont immé­dia­te­ment été rete­nus et qu’il a fal­lu dix ans à Nila NorthSun pour assu­rer sa visi­bi­li­té dans ce pay­sage lit­té­raire Indien ? Sans doute Erdrich et Harjo cor­res­pondent mieux à ce qu’attend un vaste public fait de gens de toutes ori­gines eth­niques et de tous les milieux. Néanmoins, les poèmes de Nila sont à pré­sent étu­diés en Allemagne au niveau uni­ver­si­taire. La recon­nais­sance de Nila par ses pairs est arri­vée à son apo­gée en 1992 quand Joseph Bruchac (Abenaki, poète et édi­teur) a ras­sem­blé les auteurs indiens à l’occasion de la célé­bra­tion de l’anniversaire des 500 ans de la « décou­verte du nou­veau monde » par Christophe Colomb. 400 par­ti­ci­pants se sont retrou­vés à l’université d’Oklahoma à Norman. Sherman Alexie, alors âgé de seule­ment 26 ans, mais déjà consi­dé­ré comme une étoile mon­tante, a confes­sé être un fan de Nila, et lui a pro­po­sé de reprendre tous ses écrits épar­pillés çà et là afin de les ras­sem­bler dans un livre, endos­sant  la res­pon­sa­bi­li­té  de son édi­tion. Ainsi est né chez West End Press A Snake in Her Mouth : des poèmes écrits depuis 1974 jusqu’à 1997, et qui a reçu un accueil très favo­rable de la cri­tique.  Ses der­niers poèmes sont drôles même si vio­lents. Elle uti­lise des verts courts pour véhi­cu­ler des his­toires de honte, dou­lou­reuses, des his­toires d’agonies et des moments de joie qui rachètent.

     Parmi les dif­fi­cul­tés que Nila recon­naît ren­con­trer dans sa vie, il y a la double conscience de celle qui Indienne a été éle­vée dans des écoles de blancs, et cela conduit  à lui faire à la fois aimer et détes­ter le Nevada. Fallon est l’endroit où elle a des liens et des racines fami­liales fortes, mais c’est aus­si un endroit aride tant géo­gra­phi­que­ment que cultu­rel­le­ment. Il y a un conflit qui fait jouer eth­ni­ci­té et classes sociales et qui aliène, tout en sti­mu­lant une dyna­mique de la réserve basée sur la ten­sion entre maîtres- colons  et colo­ni­sés-dépos­sé­dés. Comme cer­tains de ses col­lègues écri­vains Indiens, Nila est scep­tique quant au tra­di­tio­na­lisme prô­né dans les réserves par les anciens. Mais elle est encore plus scep­tique quant à l’assimilation et l’intégration des indiens dans la socié­té Américaine. Elle conti­nue donc comme tant d’autres à res­pec­ter les tra­di­tion­na­listes et leurs façons de pré­ser­ver les cultures, lan­gages et céré­mo­nies, tout en vivant sa vie pro­fes­sion­nelle selon les voies occi­den­tales.
Elle a écrit un poème  inti­tu­lé "moving camp too far," soit quelque chose comme démé­na­ger trop loin et que Paula Gunn Allen (poète Laguna Pueblo) a com­men­té. C’est un poème pleu­rant et chan­tant, rela­tant l’extinction des peuples et des cultures indiennes, où Nila se reproche de n’avoir pas réus­si à se connec­ter avec les anciens et les tra­di­tions de son peuple, d’avoir embras­sé la folie pour les marques, se confor­mant au sys­tème de consom­ma­tion effré­née. Certes elle ne peut reve­nir à la chasse et à la cueillette qui fai­saient le quo­ti­dien de ses ancêtres. De plus elle déplore que les évé­ne­ments comme les pow-wows, les danses et les célé­bra­tions dans la réserve aillent de pair avec gas­pillage de verres en plas­tique, mon­tage et démon­tage de mobil homes, consom­ma­tion de ham­bur­gers et de rock’n’roll. Elle vou­drait évi­ter de prendre part à ce sys­tème de consom­ma­tion, pour­tant elle par­ti­cipe à ses réunions tri­bales.  Ci-des­sous un extrait de ce poème :

 

I can't speak of
    many moons
    moving camp on tra­vois
i can't tell of
    the last great bat­tle
    coun­ting coup or
    taking scalps
i don't know what it
    was to hunt buf­fa­lo
    or do the ghost dance
but
i can see an eagle
    almost extinct
    on slur­pee plas­tic cups
i can tra­vel to pow­wows
    in cam­pers & win­ne­ba­gos
i can eat buf­fa­lo meat
    at the tou­rist bur­ger stand
i can dance to indian music
    rock-n-roll hey-a-hey-o
i can
    & unfor­tu­na­te­ly
    i do

  

   L’éthique tra­di­tion­nelle de s’épargner de la peine crée une contra­dic­tion en encou­ra­geant la consom­ma­tion de nour­ri­ture nui­sible pour la san­té, faite de pro­duits pré­cuits, pré-embal­lés, sur­ge­lés. La vie simple et le régime ali­men­taire basé sur les pro­duits de la chasse et de la cueillette s’opposaient à une éco­no­mie agri­cole ; l’équivalent actuel de la cueillette se résume à entas­ser des pro­duits déjà prêts à l’emploi dans un congé­la­teur. Et cela mène sans sur­prise à la perte des recettes tra­di­tion­nelles comme aux mala­dies de la mal bouffe.

     Pour conclure, la poé­sie de Nila fait rare­ment le por­trait ano­din de la vie urbaine ou péri-urbaine, avec les mai­sons confor­tables et leurs trois garages, les enfants jouant avec ceux des voi­sins. Ses espaces domes­tiques sont plu­tôt les cabines de camions pous­sié­reux, des motels cras­seux. Sa pré­oc­cu­pa­tion se porte sur la vio­lence, ses corol­laires comme l’usage de drogues ;  elle cherche à aller plus loin que l’expression de la mora­li­té des classes moyennes, elle espère trou­ver la lumière au-delà des meurtres, des over­doses, des sui­cides, elle nous invite à faire l’expérience de la lente asphyxie que son peuple endure, sans jamais impo­ser de juge­ment, ni don­ner de leçon. Aujourd’hui elle tra­vaille sans relâche pour sa tri­bu, s’occupe de ses petits-enfants, pour­suit son che­min artis­tique et huma­niste et plus que jamais obéit à sa devise : "making some­thing out of nothing."faire quelque chose à par­tir de rien.

 

 

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