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Zitkála-Šá

Par |2020-03-08T12:23:17+01:00 6 mars 2020|Catégories : Essais & Chroniques, Zitkála-Šá|

Pour ce grand pro­jet visant à la recon­nais­sance des femmes et de leurs acti­vi­tés dans le monde artis­tique, lit­té­raire comme édi­to­rial, j’aurais pu appor­ter un témoi­gnage per­son­nel. Celui d’un banal cli­mat patriar­cal qui régnait encore plus pré­gnant en France il y a une tren­taine d’année, quand j’ai com­men­cé à être invi­tée pour des lec­tures publiques.

Par exemple me retrou­ver la plus jeune du panel des poètes sur scène, au milieu de 9 hommes, et entendre à la fin de ma pré­sen­ta­tion qui intro­dui­sait ma lec­ture : « soyez indul­gents avec cette jeune-femme ». Ou bien lors d’une signa­ture dans une librai­rie de Nice, m’entendre dire par un homme d’une qua­ran­taine d’années : « évi­dem­ment avec votre phy­sique, vous avez cou­ché pour être publiée ». Ou encore de la bouche d’un poète plu­tôt célèbre et qui jamais au grand jamais ne se consi­dé­re­rait comme macho, avouer que fran­che­ment les poètes femmes n’écrivaient pas grand-chose d’intéressant et qu’il s’ennuyait ferme à les lire comme à les entendre, les sujets abor­dés étant si peu sérieux et si futiles… Laissons, nous en avons toutes conscience et avons toutes vécu cela à un plus ou moins grave niveau de nui­sance.

Zitkála-Šá, Pinterest.

Ce dont je vou­drais vous par­ler, et pour res­ter dans le domaine qui m’est cher à savoir les Indiens d’Amérique du nord, c’est du par­cours impro­bable de Zitkála-Šá, éga­le­ment connue dans le monde « des blancs » sous le nom de Gertrude Simmons Bonnin. Gertrude Simmons étant le nom que les mis­sion­naires refu­sant de l’appeler Oiseau Rouge (tra­duc­tion lit­té­rale de son nom en langue Dakota), ou encore Cardinal, lui avait don­né, Bonnin étant son nom de femme mariée. Zitkála-Šá était née dans une com­mu­nau­té de Sioux, des Yankton Dakota, en 1876, alors que les Sioux Lakota com­bat­taient contre l’état Américain pour la conser­va­tion des Black Hills et contre l’envahissement de colons dû à la ruée vers l’or. Pendant huit ans Zitkála-Šá vécut sur la réserve allouée aux Sioux Dakota dans le sud de l’état du Dakota du sud. Elle décrit ces années comme celles de la liber­té et du bon­heur. Elle y apprit comme toutes ses cama­rades, com­ment per­ler et déco­rer les peaux avec les piquants de porc-épic, com­ment coudre avec les fils de ten­dons, elle savait tout ce qu’une jeune Dakota devait savoir faire.

Zitkala-Sa, Le grand esprit.

En 1884 des mis­sion­naires arri­vés sur la réserve orga­ni­sèrent un pro­gramme d’éducation et recru­tèrent des enfants pour les envoyer à la Quaker School dans l’état de l’Indiana, des cen­taines de miles de dis­tances de son lieu de nais­sance et de sa famille. Zitkala-Šá y pas­sa trois ans. Cette école fon­dée par Josiah White pré­voyait d’apprendre à par­ler et à lire l’anglais aux « enfants pauvres blancs, de cou­leur et Indiens », dans le but qu’ils aient la pos­si­bi­li­té de s’élever dans la hié­rar­chie des classes sociales. Le slo­gan était allé­chant, la réa­li­té était que cette école for­mait de futurs valets et ser­vantes pour la popu­la­tion blanche aisée. Zitkala-Šá, dans ses sou­ve­nirs ras­sem­blés dans son livre The School Days of an Indian Girl (les jours d’école d’une petite Indienne), raconte com­bien elle s’est sen­tie humi­liée et misé­rable pen­dant ses trois ans. Mauvais trai­te­ments, longues tresses cou­pées et prières chré­tiennes obli­ga­toires, sans comp­ter le mépris mani­fes­té par les mis­sion­naires à l’égard de sa culture et de son héri­tage. Mais elle dit aus­si le plai­sir d’apprendre à lire, écrire et jouer du vio­lon. Ce qui cer­tai­ne­ment l’a sau­vée car nom­breux furent les enfants Indiens qui mou­rurent dans ces pen­sion­nats loin de leur envi­ron­ne­ment tra­di­tion­nel si cha­leu­reux et si bien­veillant.

Zitkala-Ša – Vieilles légendes indiennes, Le blai­reau et l’ours..

 

En 1887 elle retour­na sur la réserve et y res­ta encore trois ans, en com­pa­gnie de sa mère, consta­tant com­bien la culture domi­nante blanche avait déjà fait de dégâts dans le tis­su de la socié­té Sioux : beau­coup avaient aban­don­né « la voie rouge » et ce fai­sant rom­paient la cohé­sion entre les membres de la com­mu­nau­té, entraî­nant des conflits dans la ges­tion de la réserve, dans les déci­sions et trai­tés à enté­ri­ner. C’est sans doute la prise de conscience de cette dégra­da­tion entraî­nant des pertes cultu­relles, qui pous­sa Zitkála-Šá à écrire ses pre­miers ouvrages afin de trans­mettre les his­toires tra­di­tion­nelles de son peuple à un lec­to­rat d’anglophones. Elle devien­dra par la suite l’une des plus actives par­mi les mili­tants de la cause Indienne du ving­tième siècle, en plus d’être une auteure ori­gi­nale aux mul­tiples talents.

          En 1891, réa­li­sant que l’éducation reçue ne lui per­met­trait pas d’autre ave­nir que celui de bonne, ce qui était le sort réser­vé aux Indiennes, elle déci­da de la com­plé­ter. Elle avait 15 ans, elle repar­tit pour l’Indiana et le White’s Indiana Manual Labor Institute. Avec un bon niveau de pia­no et de vio­lon, elle don­na des leçons dans cette école quand le pro­fes­seur en titre démis­sion­na. En juin 1895, à la remise des diplômes, Zitkála-Šá fraî­che­ment diplô­mée prit la parole et adres­sa un dis­cours sur l’inégalité des droits des femmes, son pre­mier acte mili­tant, ce qui lui valut un article et des louanges dans le jour­nal local. 

          Son diplôme en poche, et bien que sa mère la récla­mât auprès d’elle, Zitkála-Šá s’étant vue offert une bourse d’étude s’inscrivit à Earlham College où ses talents d’oratrices furent remar­qués (et récom­pen­sés par un jury com­po­sé d’hommes « blancs » uni­que­ment !). Malheureusement et pour des rai­sons de san­té aus­si bien que finan­cières, six semaines avant l’obtention d’un diplôme d’études supé­rieures, elle dût quit­ter l’université. Néanmoins elle appa­rais­sait comme une femme très savante non seule­ment par­mi les Indiens, mais aus­si dans l’ensemble de la socié­té amé­ri­caine. C’est pen­dant cette période qu’elle com­men­ça à écrire en latin, puis en anglais, pour les enfants, une col­lec­tion d’histoires tra­di­tion­nelles de dif­fé­rentes tri­bus Indiennes. 

Photo of Zitkala-Ša by Joseph
T. Keiley, 1898. National Portrait
Gallery, Smithsonian Institution.

Zitkála-Šá, Old Indian Legends.

 

Femme de carac­tère et déter­mi­née, Zitkála-Šá prit son des­tin en main et par­tit en Pennsylvanie ensei­gner la musique à l’institut Carlisle (Indian indus­trial School) où elle remit en ques­tion le trai­te­ment réser­vé aux indiens aux Etats-Unis. A l’occasion de l’exposition uni­ver­selle de 1900, elle fit le voyage à Paris afin de jouer du vio­lon avec son groupe de la Carlisle School. Critique vis-à-vis de l’éducation et du trai­te­ment réser­vé aux Indiens à Carlisle, comme du sys­tème des pen­sion­nats pour Indiens dans toute l’Amérique, elle les dénon­ça dans une série d’articles parus dans le jour­nal Atlantic Monthly sous le titre : An Indian tea­cher Among Indians. Les articles firent sen­sa­tion, contras­tant avec la pro­pa­gande de l’époque louan­geant ces éta­blis­se­ments sco­laires où l’on « tuait l’Indien et sau­vait l’homme ». La puni­tion ne tar­dait pas à tom­ber : en 1901 elle fut ren­voyée de l’institution où elle ensei­gnait. Elle ren­tra alors sur la réserve pour consta­ter la pau­vre­té tou­jours plus abjecte et les dom­mages faits par les poli­tiques amé­ri­caines en vigueur, qui avaient pour résul­tat l’attribution des terres décla­rées Sioux par trai­tés, à des colons blancs. « Plus de braves, plus de guer­riers para­dant avec leurs coiffes de plumes, plus de jeunes-filles en robes d’apparats aux joues joli­ment peintes » déplore-t-elle. En 1902 un essai-article écrit par Zitkála-Šá paraît dans Atlantic Monthly inti­tu­lé Why I Am a Pagan (pour­quoi je suis païenne) dans lequel elle expo­sait ses croyances spi­ri­tuelles. Important cet article, car il contrait la ten­dance à l’autocongratulation des pro­pos « blancs » qui répan­daient l’idée que les Indiens avaient adop­té avec enthou­siasme le chris­tia­nisme. Il n’en était rien, le chris­tia­nisme leur avait été impo­sé aus­si bien dans les écoles que sur les réserves.

Toujours en 1902, elle ren­con­tra un Sioux Yankton métis du nom de Raymond Talefase Bonnin pro­mu au grade de capi­taine, qui tra­vaillait pour le bureau des affaires Indiennes. Elle l’épousa et le sui­vit sur son lieu d’affectation : la réserve de Uintah-Ouray allouée aux Indiens Utes par Abraham Lincoln en 1861, située dans le centre ouest de l’Utah (et dont l’étendue actuelle n’est plus pos­sé­dée en majo­ri­té par les Indiens Utes, mais par des blancs, ce à cause du Dawes Act(ou Allotment Act), qui ne vou­laient pas voir les réserves comme ter­ri­toires com­muns à une tri­bu, ce qui condui­sit à par­cel­li­sa­tion indi­vi­duelle, ce que les Indiens ne com­pre­naient pas et ne savaient pas gérer). C’est là qu’elle vivra pen­dant 14 ans, don­nant nais­sance à son unique enfant, Raymond Ohiya Bonnin. C’est aus­si sur cette réserve qu’elle ren­con­tra le com­po­si­teur William F. Hanson. Elle écri­vit pour lui les paroles d’un opé­ra qui fai­sait dan­ser et chan­ter sur scène des rituels Utes alors inter­dits par le gou­ver­ne­ment Américain, tout en fai­sant réfé­rence à des thèmes de sa culture Sioux.  

En 1923, l’un des articles les plus remar­qués de Zitkála-Šá, inti­tu­lé Oklahoma’s Poor Rich Indians (pauvres Indiens riches d’Oklahoma) fut publié par l’association des droits Indiens. Cet article dénon­çait les entre­prises et socié­tés amé­ri­caines qui illé­ga­le­ment volaient les tri­bus indiennes, allant jusqu’au meurtre. Ce fut par­ti­cu­liè­re­ment le cas sur les ter­ri­toires de l’état d’Oklahoma attri­bués à la nation Osage (ses membres avaient été dépla­cés comme avaient été dépor­tés tant de tri­bus) dont le sous-sol est riche en pétrole. Cet article arri­va jusqu’au congrès et celui-ci édic­ta le Reorganization Act of 1934, ce qui encou­ra­gea et même obli­gea les com­mu­nau­tés Indiennes à réta­blir une forme d’auto-gouvernement afin de gérer leurs ter­ri­toires. Ces com­mu­nau­tés inten­tèrent des actions en jus­tice et obtinrent dans cer­tains cas la récu­pé­ra­tion de terres,  avec le sta­tut de ter­ri­toire tri­bal, ain­si que préa­la­ble­ment éta­bli lors des trai­tés signés avant les poli­tiques gou­verne-men­tales de dépor­ta­tions.

Zitkála-Šá en 1926 cofon­da le National Council Of American Indians (conseil natio­nal des Indiens d’Amérique) qui fut éta­blit afin de défendre les droits des Indiens et d’obtenir la natio­na­li­té amé­ri­caine comme d’autres droits civiques qui leur avaient été refu­sés depuis long­temps. Elle fut la pré­si­dente de ce conseil jusqu’à sa mort en 1938.

          Faut-il ajou­ter pour finir que Zitkála-Šá ren­con­tra des dif­fi­cul­tés à faire accep­ter ses écrits par des édi­teurs blancs …. inclas­sable son style, non-conven­tion­nels les pro­pos, tabous les thèmes… des cor­rec­tions à son insu furent appor­tées, mais néan­moins il nous reste l’essence de son esprit. En voi­ci un exemple en deux cha­pitres (20 et 21) tirés de son auto­bio­gra­phie :

 

20 Pendant le cours du long semestre de prin­temps, je par­ti­ci­pais à un concours ora­toire orga­ni­sé entre les dif­fé­rentes classes. Le jour de la com­pé­ti­tion appro­chait et il sem­blait impos­sible que l’événement fût sur le point d’arriver, mais il arri­va. Les classes se réunirent dans la cha­pelle avec leurs invi­tés. La haute pla­te­forme avait été recou­verte d’un tapis, et gaie­ment déco­rée des cou­leurs de l’université. Une lumière blanche éblouis­sante illu­mi­nait la pièce, et sou­li­gnait net­te­ment les grands rayons polis qui arquaient le pla­fond en dôme. Les foules assem­blées emplis­saient l’air de mur­mures pul­sa­tiles. Quand l’heure de par­ler son­na, tous se turent. Mais sur le mur, la vieille hor­loge qui avait pris acte du moment éprou­vant, conti­nua de tic­ta­quer cal­me­ment.

   L’un après l’autre, je vis et écou­tai les ora­teurs. Immobile, je ne pou­vais pas me rendre compte qu’ils dési­raient ardem­ment pour eux une déci­sion favo­rable des juges autant que moi. Chaque concur­rent reçut des applau­dis­se­ments four­nis, et cer­tains furent cha­leu­reu­se­ment accla­més. Trop vite vint mon tour, et je m’arrêtai un moment der­rière les rideaux afin de prendre une pro­fonde res­pi­ra­tion. Après mes paroles de conclu­sions, j’entendis les mêmes applau­dis­se­ments que les autres avaient reçus.

    Pendant que je recu­lais, je fus éton­née de rece­voir des mains de mes cama­rades étu­diants un gros bou­quet de roses atta­chées avec des rubans gra­cieux. Avec ces ado­rables fleurs en main, je m’enfuis de la scène. Ce témoi­gnage ami­cal m’était un reproche pour la ran­cune que j’avais nour­rie envers eux.

     Plus tard la déci­sion des juges m’octroya la pre­mière place. Il y eut un vacarme fou dans le hall, où mes cama­rades de classe chan­taient et criaient mon nom à tue-tête, et les étu­diants déçus hur­laient, braillaient, avec des bar­ris­se­ments affreu­se­ment dis­so­nants. Enthousiastes, cer­tains étu­diants heu­reux accou­rurent pour me féli­ci­ter. Et je pus répri­mer un sou­rire quand ils émirent le désir de m’escorter en pro­ces­sion jusqu’au par­loir, là où tous se ren­daient pour se cal­mer. Les remer­ciant de leur esprit géné­reux qui les avaient pous­sés à faire une si gen­tille pro­po­si­tion, je m’en fus seule dans la nuit et mar­chais jusqu’à ma petite chambre.

 

∗∗∗∗∗∗

21 Quelques semaines après, je repré­sen­tais l’université pour un autre concours. Cette fois la com­pé­ti­tion met­tait en pré­sence des étu­diants d’autres uni­ver­si­tés de notre état. Cela se dérou­lait à la capi­tale de l’état dans l’un de ses plus grands théâtres.

Là aus­si un pré­ju­gé très fort contre mon peuple était pal­pable. Dans la soi­rée, alors qu’une large audience rem­plis­sait le théâtre, des groupes d’étudiants entrèrent en conflit. Heureusement la vue de cette bruyante dis­pute me fut épar­gnée avant que la com­pé­ti­tion ne démarre. Les insultes à l’encontre de l’indienne qui souillaient les lèvres de mes adver­saires brû­laient déjà comme une fièvre sèche dans ma poi­trine.

Mais après la série des dis­cours une autre sorte de brû­lure m’attendait. Là, devant ce vaste océan d’yeux, quelques étu­diants voyous avaient déployé un grand dra­peau blanc sur lequel avait été des­si­né une indienne déses­pé­rée. En des­sous du des­sin avait été impri­mé en lettres noires des pro­pos qui ridi­cu­li­saient l’université ayant une « squaw » pour la repré­sen­ter. Tellement pire que l’impolitesse bar­bare, cela me ren­dit amère. Pendant que nous atten­dions le ver­dict des juges, je regar­dais farou­che­ment la foule de visages pâles. Je ser­rai les dents en consta­tant que le dra­peau blanc flot­tait encore avec inso­lence.

Puis nous regar­dâmes anxieu­se­ment l’homme qui por­tait l’enveloppe conte­nant la déci­sion finale arri­ver sur scène.

Il y eut deux prix décer­nés cette nuit-là et l’un fut pour moi !

L’esprit du mal rit inté­rieu­re­ment en moi quand le dra­peau blanc dis­pa­rut de la vue, les mains qui l’avaient rou­lé se tenaient ava­chies, vain­cues. 

 

Zitkála-Šá, son esprit indé­pen­dant, sa résis­tance, ses écrits et son com­bat res­tent dans les mémoires des Indiens Sioux et au-delà. Pour cer­tains auteurs Indiens contem­po­rains, elle repré­sente un modèle et la très remar­quée auteure Oglala Sioux Layli Long Soldier lui rend hom­mage dans un poème fai­sant par­tie de son recueil Whereas paru aux édi­tions Graywolf en 2017, recueil récom­pen­sé par rien moins que trois prix dont les pres­ti­gieux National Book Critics Circle Award et le PEN/​Jean Stein Book Award. Et si je parle de Layli, c’est qu’à mes yeux elle est la digne héri­tière de Zitkála-Šá.

 (N.B. ; à paraître pro­chai­ne­ment aux édi­tions Isabelle Sauvage le livre de Layli Long Soldier, Whereas-Attendu que)

         

Présentation de l’auteur

Zitkála-Šá

Gertrude Simmons était la fille d’une mère Yankton Sioux et d’un père euro-amé­­ri­­cain. Elle a adop­té le nom de Zitkala-Sa à l’adolescence. Quand elle avait huit ans, elle a été envoyée au White’s Manual Labour Institute, une école mis­sion­naire Quaker à Wabash, Indiana. À 19 ans, contre la volon­té de sa famille, elle s’est ins­crite au Earlham College de Richmond, dans l’Indiana, éga­le­ment une école Quaker, et a obte­nu son diplôme en 1897. Pendant deux ans, elle a ensei­gné à la Carlisle Indian Industrial School à Carlisle, en Pennsylvanie, mais elle n’était pas à l’aise avec la dis­ci­pline sévère de l’école et son pro­gramme d’études, qui a été conçu pour ensei­gner les manières et l’histoire euro-amé­­ri­­caines, éli­mi­nant ain­si les iden­ti­tés cultu­relles amé­rin­diennes des élèves.

À Carlisle, elle a publié plu­sieurs nou­velles et essais auto­bio­gra­phiques dans The Atlantic Monthly et Harper’s Monthly sous son nom Zitkala-Sa. Les thèmes des pièces dérivent de sa lutte pour conser­ver son iden­ti­té cultu­relle au milieu de la pres­sion pour s’adapter à la culture amé­ri­caine domi­nante. En 1901, elle a publié Old Indian Legends, une antho­lo­gie des his­toires racon­tées du Dakota.

Elle a épou­sé Raymond Talesfase Bonnin (qui était à moi­tié euro-amé­­ri­­cain et à moi­tié Sioux) en 1902, et ils ont démé­na­gé dans une réserve dans l’Utah. Elle est deve­nue cor­res­pon­dante de la Society of the American Indians, la pre­mière orga­ni­sa­tion de réforme entiè­re­ment admi­nis­trée par les Amérindiens.En 1913, elle col­la­bore avec le com­po­si­teur William F. Hanson, écri­vant le livret de l’opéra The Sun Dance, le pre­mier opé­ra d’un Amérindien. Il a été créé la même année à Vernal, Utah, et a été mis en scène pério­di­que­ment par des troupes rurales avant d’être inter­pré­té en 1938 par la New York Light Opera Guild.En 1916, elle est deve­nue secré­taire de la Society of the American Indian, et elle et son mari ont démé­na­gé à Washington, D.C., où elle a ser­vi de liai­son entre la socié­té et le Bureau of Indian Affairs. Elle a éga­le­ment édi­té l’American Indian Magazine de la socié­té (1918-1919). Sous le nom de Gertrude Bonnin, elle est coau­teur (avec Charles H. Fabens et Matthew K. Sniffen) du livre Oklahoma’s Poor Rich Indians, an Orgy of Graft and Exploitation of the Five Civilized Tribes, Legalized Robbery (1924), qui dénonce les mau­vais trai­te­ments infli­gés à Amérindiens de l’Oklahoma. Elle a fon­dé le Conseil natio­nal des Indiens d’Amérique en 1926 et, en tant que pré­si­dente de l’organisation, elle a défen­du les droits de la citoyen­ne­té, de meilleures pos­si­bi­li­tés d’éducation, de meilleurs soins de san­té, ain­si que la recon­nais­sance et la pré­ser­va­tion cultu­relles. Son enquête sur les escro­que­ries per­pé­trées contre des Amérindiens a abou­ti à sa nomi­na­tion comme conseillère à la Commission Meriam du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain en 1928, dont les conclu­sions ont fina­le­ment conduit à plu­sieurs réformes impor­tantes. Elle est res­tée active en tant que porte-parole des pré­oc­cu­pa­tions des Amérindiens jusqu’à sa mort.

 

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Zitkála-Šá

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Béatrice Machet

Vit entre le sud de la France et les Etats Unis. Auteure de dix recueils de poé­sie en fran­çais et deux en Anglais, tra­duc­trice des auteurs Indiens d’Amérique du nord. Performe, donne des réci­tals poé­tiques en col­la­bo­ra­tion avec des dan­seurs, com­po­si­teurs et musi­ciens. Publiée entre autres chez l’Amourier (Muer), VOIX (DER de DRE), pour les ouvrages bilingues ASM Press (For Unity, 2015) Pour les tra­duc­tions : L’Attente(cartographie Cherokee), ASM Press (Trickster Clan, antho­lo­gie, 24 poètes Indiens)… Elle est membre du col­lec­tif de poètes sonores et per­for­ma­tifs Ecrits- Studio. Par ailleurs elle réa­lise et anime chaque deuxième ven­dre­di du mois une émis­sion de 40 minutes consa­crée à la poé­sie contem­po­raine sur les ondes de radio Agora à Grasse.. En 2019, elle publie Tirage(s) de Tête(s) aux édi­tions Les lieux dits.