> Un regard sur la poésie Native American (2)

Un regard sur la poésie Native American (2)

Par | 2018-05-28T07:00:47+00:00 10 février 2013|Catégories : Chroniques|

La poé­sie de Diane Glancy

 

Auteur pro­li­fique, Diane Glancy est née en 1941, d'un père Cherokee et d'une mère d'origine Germano-Anglaise. Comme tous les métis "Indiens" deve­nus écri­vains, elle recon­naît que c'est la culture Indienne qui l'a le plus nour­rie. Diane aime à dire qu’elle ne cherche pas à prendre la parole, mais à la don­ner à ceux qui ne l'ont jamais eue, afin de leur rendre la voix, afin de réécrire l'histoire trop sou­vent trans­mise au tra­vers du filtre d'anthropologues ou d’ethnologues condi­tion­nés, défor­més par les a prio­ri, n’offrant d’interprétations que celles atten­dues d'une culture blanche domi­nante et oppres­sive. Diane écrit de la poé­sie, des essais, des scripts, de la fic­tion. Elle a reçu de nom­breux prix lit­té­raires. Elle est pro­fes­seur Emérite de l’université Macalester de St-Paul dans le Minnesota, où elle a ensei­gné la lit­té­ra­ture Anglaise et Amérindienne. Elle pense que la salle de classe est une embar­ca­tion prête pour un voyage, un endroit où ses étu­diants et elle-même prennent des risques et repoussent des fron­tières. Actuellement, elle vit dans le Kansas auprès de sa fille et de ses petits-enfants.
Disponibles en Français : Pour Iron Woman, aux édi­tions Wigwam
                                         Cartographie Cherokee, aux édi­tions de l’Attente.

 

Job 13 :15–  Briseras-tu la feuille à la dérive ?

Boucle  

Un pin­son qui apprend le  mau­vais chant a des ennuis. Apparemment, de temps en temps, au lieu d’apprendre le chant de son propre père, un pin­son mâle apprend le chant d’un voi­sin ; chaque trente-six du mois, il apprend la chan­son d’un voi­sin qui n’est pas de la bonne espèce.   
Jonathan Weiner, Le bec du pin­son.

 

Une fois les feuilles sur un arbre
elles seront envoyées à terre vers ce qui
incon­nu d’elles
boucle leurs bords.

Elles n’appartiennent à per­sonne
qui soit de leur propre espèce.
L’ombre du che­val
est une feuille, disent-ils
ratis­sée jusqu’au sein de leur décom­po­si­tion
lais­sant le soleil dans la cour
cou­rir
bri­sé.
Si vous ali­gnez toutes les feuilles tom­bées
com­bien de fois feront-elles le tour de la terre ?
Qu’est-ce qu’un che­val ?
Une feuille ?
La signi­fi­ca­tion de bri­ser ?

 

Miniature Américaine

 

Elle est
plus petite que
l’histoire, son
acte de nais­sance non
enre­gis­tré. Comme
elle est sévè­re­ment
cap­tu­rée
par l’huile sur
un petit médaillon
ovale, che­veux
sépa­rés
depuis le milieu,
atta­chés der­rière
la tête
pour tenir
ses oreilles
ouvertes à
sa voix à lui,
qui est
quelque chose comme
un trot­toir
encroû­té après
la chute du gré­sil sur
la neige. Sa propre voix
est une
pile de feuilles dont les
langues sont
vei­nées et
four­chues après
les guerres Indiennes,
far­cies dans
la marion­nette
de sa
bouche, une
chaus­sette-singe tor­due
et nouée
en une
forme qui n’est pas
la sienne.

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Ajustement

 

Pour  que son por­trait s’adapte à la pièce, elle a fait la mai­son petite, les chaises petites, le divan. Elle a fait les enfants petits, comme des chaus­sures séchées qu’elle aurait pas­sées au four.
                                                                                                                                                            Nos sor­ties au musée ; les halls et les pièces vides, les hauts pla­fonds, l’endroit vide de meuble : l’imaginer petit, disait-elle, si petit qu’elle pour­rait tenir  le musée dans sa main. Regarder seule­ment la col­lec­tion de minia­tu­ristes : George Catlin, John Copley, Thomas Cummings, William Dunlap, Charles Fraser, George Freeman, Robert Fulton, Ann Hall, Henry Inman, John Jarvis, Edward Malbone, Anna Peale, James Peale, Henry Pelham, Gilbert Stuart, Thomas Sully, Benjamin Trott, John Trumbull, Benjamin West, Joseph Wood ; leurs por­traits punai­sés là ; il y en eut d’autres beau­coup d’autres, leurs petits pin­ceaux comme des feuilles dans la forêt où les arbres sont trop nom­breux pour en faire état dans un  endroit petit comme celui-là petit comme il est.

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Remuda  II Procession

 

Les bes­tiaux  grimpent la rampe
traî­nant leur croix.
Leurs voix telles des chants gré­go­riens
s’élèvent vers le ciel bleu,
les nuages froids.
leurs yeux sont blancs et larges.
Les vaches flam­boient.
Elles iront sau­vages au para­dis
où des places sont ins­tal­lées
dans des tentes ondu­lées
avec tables et chaises pliantes
avec  des écri­teaux por­tant leur noms.
Un pois­son sera atta­ché sur leurs têtes.
Elles tien­dront leurs cornes dans la gueule.
C’est la foi par consé­quent
qui vient
éle­ver les morts.

 

Driving  Conduire

 

Le pro­blème c’est les feuilles et le ratis­sage
de la mémoire est un acte fai­sant se dérou­ler ce qui tombe ici

L’objet vers lequel le râteau se déplace
n’est pas ce qui se trouve ici
mais un verbe à la suite du sujet des feuilles
qui désigne les feuilles comme son objet

Le grand érable dans la cour plus large que la cour
couvre aus­si la cour du voi­sin mais ses feuilles tombent dans la vôtre
vagues après vagues elles ondulent sur la pelouse
la cour nue s’ouvre au soleil que l’arbre
réqui­si­tionne en grande par­tie

Le pro­blème c’est les feuilles elles viennent chaque année sur l’arbre
et tombent dans la cour et tombent
elles changent du vert au rouge ou du vert au jaune
peut-être quelques-unes brunes comme un feuille­té dans le four

Une feuille a le goût de crème gla­cée
si vous man­gez du rai­sin avec

Les feuilles ont l’odeur des noms elles
déroulent la mémoire de l’automne
le pro­blème des feuilles
est l’objet direct de la désaf­fec­tion

Une fois vous avez don­né des feuilles à votre belle-sœur
pour son anni­ver­saire
votre frère a dit comme s’il n’y en avait pas assez dans la cour
mais elles étaient rouges et son anni­ver­saire tombe en automne

Pendant que vous tirez le râteau
vous rece­vez le paquet de ce que vous pour­riez appe­ler cour­rier
à récu­pé­rer

Ratisser fait arri­ver d’autres noms
pelou­ser par exemple
qui pour­rait être un nom ou un verbe poten­tiel
du genre des feuilles pelousent la sur­face de la cour

Et si votre place au para­dis dépen­dait des feuilles que vous ratis­sez ?

C’est la non fia­bi­li­té des mots
leurs sens pareils aux feuilles qui tombent               
selon des motifs décons­truits par le vent qui pousse
toutes les feuilles du voi­sin dans votre cour

Pendant la nuit vous enten­dez les griffes des feuilles cou­rir
dans la rue
elles s’accrochent à votre porte et tentent d’entrer

Les guerres ont com­men­cé avec des feuilles

Dans les rêves par­fois vous ratis­sez dans l’après-vie
les feuilles ne manquent pas de tom­ber
vous vous rêvez comme une série de ratis­sages

Une fois les voi­sins ont essayé toute une jour­née de char­ger une jeep
avec  plus qu’elle ne pou­vait conte­nir
ils arran­geaient et réar­ran­geaient
et rien ne pou­vait chan­ger l’espace libre dans la jeep
sauf la pen­sée que  la vie est une série
de bagages
pour laquelle le véhi­cule est plus petit que la charge qu’elle doit trans­por­ter

Les feuilles sont-elles uni­que­ment ratis­sées en Amérique ?

Vous pen­sez à l’Allemagne
d’où une par­tie de vos ancêtres sont venus depuis la fron­tière ouest
d’une forêt
des râteaux dans les bateaux ils ont tra­ver­sé l’océan 
parce qu’il y avait plus de feuilles en Amérique

Le pro­blème c’est les feuilles
les vagues empi­lées avec elles
conti­nuel­le­ment déver­sées sur le rivage

vous condui­sez votre voi­ture au tra­vers de feuilles qui courent dans la rue
de la façon dont les crabes déguer­pissent

Vous avez vos repères
dans les voi­tures que vous condui­sez à tra­vers les feuilles en Amérique
les petits amis des Impalas pesant deux tonnes
la remorque verte de la gare
et la brune que vous écar­tez de la voie du mariage
Un mot est plus que le son qu’il pro­duit
au pas­sage de l’air pous­sé par la bouche
il tombe comme des feuilles sur l’oreille

Le pro­blème c’est les feuilles vous ne pou­vez pas vous éloi­gnez d’elles
elles peuplent la cour comme des squat­ters que vous devez ratis­ser

Si la neige tombe des­sus elles res­te­ront tout l’hiver
et tue­ront l’herbe en des­sous
avez-vous bou­gé une plaque de feuilles ayant gelé
tout l’hiver
avez-vous vu le sol en des­sous de la plaque ?
Le pro­blème c’est les feuilles qui tombent et tombent chaque automne
elles dor­mi­raient dans votre lit si vous les lais­siez faire

Vous enten­dez l’océan pen­dant que vous ratis­sez
mais plus que l’eau  c’est le ratis­sage
de la pre­mière voi­ture que vous avez pos­sé­dé en propre
vous étiez mariée et  jeune mère
vos voi­sins un couple de mili­taires à la retraite
vous avait ven­du la voi­ture qu’ils avaient rame­né de Californie
une Ford verte de l’armée rouillée par l’air salé et par l’océan
bor­dant la base mili­taire où ils étaient sta­tion­nés
et votre mari l’avait ache­tée pour que vous puis­siez aller
faire les courses

Cette voi­ture est par­mi les feuilles que vous ratis­sez
les vertes feuilles deve­nant brunes

L’importance des feuilles quitte le désir
amer dans la cour
le son du ratis­sage à tra­vers elles
le fra­cas d’une ancienne bataille
les feuilles fuient le râteau et  se retirent

Et si la façon dont vous ratis­sez vos feuilles est celle dont vous trai­tez les nations ?

Sans savoir pour­quoi vous vous sou­ve­nez com­bien vous vous vou­liez conduire le camion aspi­ra­teur de feuilles qui vous fai­sait pas­ser par les vieux quar­tiers voi­sins
vous les appe­liez avec le ton du ven­deur de glaces
et les feuilles cou­raient
atten­tion disiez-vous et vous les regar­diez s’écraser
dans le para­dis des feuilles que vous saviez là

L’Illiade en fait parle de feuilles
la longue guerre entre les Grecs et Troie
Don Quichotte était une feuille
les mata­dors depuis l’Espagne
dirigent les feuilles dans les rues en jouant des cas­ta­gnettes.

 

 

Granted   Accordé

 

Court aver­tis­se­ment pour­tant
vous saviez que cela vien­drait
sol (nu)
feuille (ratis­sée)
arbre (avec branches)
si ché­ries
les dis­til­lées
bien que n’étant pas par­mi
(dehors) nations
le net­toyage
un com­post
un genou de feuilles ratis­sées
laisse-moi m’y assoir
(toute) l’ombre
d’hier
vous pou­vez
pas­ser la main (au tra­vers).

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Les feuilles s’écrasent sous le râteau de leur mou­ve­ment

 

L’histoire (amé­ri­caine)
tire une bou­lette _​_​_​_​_​_​_​_​_​_​
à la tête
couvre les sen­tiers de la guerre
les mas­sacres
les ter­ri­toires lotis
main­te­nant ré-empile
les feuilles empi­lées (sur elles-mêmes).
Redonne à la terre son ancienne appa­rence
celle d’avant la chute
au-des­sous
il y a des sau­vages
qui dansent
au son de leur musique.

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Pousseurs de feuilles

 

Tout au long des années les feuilles sur la pelouse
ratis­sées je ne peux m’empêcher de pen­ser
que nous don­nons nos vies
à leurs rouges man­teaux
à venir
tel­le­ment de com­bi­nai­sons
dans ce qui ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé
ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé
ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé ratis­sé
un tout ayant de la valeur
nous appre­nons pour finir
les cou­loirs des arbres
le petit (auto) por­trait
des feuilles.

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Parce que c’était sur eux

 

il lui fal­lait mar­cher sur des dalles de marbre qui fai­saient mal et qui étaient éga­le­ment glis­santes.
Parce que sa mai­son était un sol de marbre dur comme des vagues, parce que les dalles avaient des tour­billons de verre en elles elle les vit comme des mil­liers de Terres. Et parce qu’elles étaient sous ses pieds, les nuages vinrent et vécurent dans sa tête. Les Etres Tonnerre et l’Eclair. L’Eclair d’abord parce qu’il était plus rapide. Langue de ser­pent zig­za­gante. Les Etres Tonnerre plus lents parce qu’ils étaient char­gés lour­de­ment du bruit de l’Eclair. Tonnerre . Tonnerre, disaient les Etres Tonnerre. Ils gron­daient  depuis sa bouche. C’était la haute atmo­sphère. Les nuages des essaims d’abeilles dans sa tête. Les Eclairs tirés depuis ses yeux. Il fai­sait cra­quer les dalles de marbre jusqu’à ce que les tour­billons ter­mi­nés par une queue s’élèvent hauts par-des­sus les cieux dans sa tête. Loin au-des­sus des vagues au sol pareilles à des lames de verre si bri­sé qu’elle ne pou­vait sépa­rer les mor­ceaux les uns des autres. Tous lui hachaient les pieds alors qu’elle allait sur les terres bri­sées. Elle ver­sait son sang. Alors que les Etres Tonnerre tem­pê­taient depuis sa bouche.

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Grosse légume

 

La femme a per­du prise. Elle boit
du 7-Up quoiqu’on veuille que cela signi­fie.
Oh  Seigneur. Une épaule déboî­tée.
Un Figolu. Et pour­quoi doit-
elle être tremp’ejaborée ?
Pas dans le ton non plus. Vous pen­sez
qu’elle aurait rec­ti­fié main­te­nant.
Sa propre langue. Son propre espace.
Bénie soit-elle. La femme a vécu comme une
abeille de ruche. Une palis­sade binée.
Dont la vie est un jour de les­sive avant
l’électrification des cam­pagnes. Dont les changues
s’élèvent contre l’aube. Bénissez son un-jour-
libé­rée. Son oupla­la. Roule-
natio­nale
. C’est encore devant elle.
Son sniff-encom­bré. Bing-de-hanche. Pow Wow.
Toutes ses fies­ti­vi­tés.

• Ouplala pour Opila, céré­mo­nie d’action de grâce, de give away chez les Sioux ( Lakota)

 

Squaw

Une squawl une squawk ou bien entre. Je le serai donc.  Ramasse la terre roule-là sous un buis­son à proxi­mi­té du champ de maïs labou­ré. Je peux dire com­ment prendre en charge le lan­gage, souf­fler dedans comme dans un sac de papier kraft, le frap­per de mes mains. Je suis le reste après la divi­sion de mes numé­ros qui ne tombent pas juste.  Pas la voix de l’absolu ou de l’agression, mais voi­ci ma gamelle, haka, voi­ci ma gamelle.

 

Poèmes tra­duits par Béatrice Machet

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