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Un regard sur la poésie Native American (4)

Par |2018-08-17T07:13:12+00:00 9 juin 2013|Catégories : Essais|

Le post-moderne

Gerald Vizenor est l’auteur de plus de trente livres. Il aborde tous les genres depuis la poé­sie, la nou­velle, le jour­na­lisme, en pas­sant par le roman, l’essai et les ouvrages de théo­rie cri­tique. Il est recon­nu par ses pairs pour être l’un des auteurs phares, et l’un des uni­ver­si­taires les plus remar­qués par­mi les écri­vains dits « Native American ». Il est tra­duit en plu­sieurs langues, il a reçu des prix lit­té­raires dont le American Book Award et le Fiction Collective Award pour son roman Griever : an American Monkey King in China. L’empreinte que G.Vizenor a d’ores et déjà lais­sée, dans les domaines cri­tique et créa­tif, est indé­lé­bile. Il marque un tour­nant dans la façon dont les lec­teurs peuvent appro­cher les œuvres des auteurs « indiens » (ou Native American).

Pour le pré­sen­ter, d’abord dire qu’il est Anishinaabe, (Ojibwa ou Chippewa comme les blancs ont nom­mé ces popu­la­tions du nord des USA, proches des grands lacs et au-delà jusqu’au Canada). Il a été éle­vé sur la réserve de White Earth dans le Minnesota, son père a des ancêtres fran­çais, ce qui fait de lui un métis. Il vient d’une tra­di­tion de « sto­ry­tel­lers », les conteurs. Descendant du clan de la grue, il appar­tient au clan des ora­teurs de sa tri­bu. Les récits, his­toires, paroles et mots, sont les fon­da­tions de son être et de sa car­rière. « On ne peut com­prendre le monde sans racon­ter d’histoires » affirme-t-il, « il n’y a pas d’autre centre au monde que le récit ».

Préciser aus­si que racon­ter une his­toire pour un Native American, ce n’est pas seule­ment racon­ter ce que disent ou font les per­son­nages à ceux qui écoutent, mais il s’agit d’inclure les audi­teurs-spec­ta­teurs à l’histoire, de telle sorte que racon­ter crée l’événement, cela arrive vrai­ment, l’histoire devient, est expé­rience vécue et par­ta­gée par l’auditoire. Cette expé­rience n’est pas repro­duc­tible dans un écrit, encore moins en anglais, tant le contexte, ou encore les langues amé­rin­diennes une fois tra­duites, perdent de ce qui fait leur saveur, leur dimen­sion cos­mique. Pourtant Gerald Vizenor a pour but d’offrir les pos­si­bi­li­tés au texte de deve­nir vivant. 

Une pre­mière remarque : G.Vizenor veut que tous nous refu­sions le terme géné­rique d’Indien, d’autant que les vrais Indiens vivent en Inde. Cet adjec­tif uti­li­sé abu­si­ve­ment a créé une figure et une caté­go­rie de gens qui tout sim­ple­ment n’existent pas, c’est un simu­lacre qui efface la réa­li­té des peuples indi­gènes du conti­nent Américain. Tout le tra­vail de Gerald Vizenor consiste à créer un nou­veau voca­bu­laire, en uti­li­sant des néo­lo­gismes s’il le faut, afin de nous per­mettre une nou­velle approche des études et de la lit­té­ra­ture amé­rin­diennes. Dans les tra­di­tions orales, le mot, la parole, ont un pou­voir magique, ils ont une puis­sance, ils sont vibrants d’énergie (il uti­lise les mots life et juice pour par­ler des mots). Et les tra­di­tions amé­rin­diennes donnent aux mots un pou­voir indé­pen­dant, supé­rieur à celui des dieux. Et cela s’inscrit au pré­sent, ce n’est pas un pou­voir enfoui dans les temps mythiques qui se serait éva­noui avec eux.

En fait Vizenor enrage. Contre ce qu’il res­sent comme sta­tique, mono­lo­gique, dans la façon occi­den­tale d’utiliser les mots. Il déclare the « word wars », un com­bat contre les « dead voices », il fait en sorte que les mots impri­més ne consti­tuent pas seule­ment l’ombre d’une parole vivante. Il cri­tique les repré­sen­ta­tions néo­co­lo­niales, il exa­mine les pro­cé­dés avec les­quels les cultures amé­rin­diennes ont été anni­hi­lées dans l’esprit des Américains, et ce, par le biais de la lit­té­ra­ture. Il  veut libé­rer les iden­ti­tés amé­rin­diennes de l’emprise lit­té­raire colo­niale. Il veut miner à l’intérieur de la langue anglaise les stra­té­gies d’enfermement per­mises par les struc­tures lit­té­raires et lin­guis­tiques ; il veut les rem­pla­cer par des stra­té­gies de débor­de­ment et de libé­ra­tion, et ce en créant une ten­sion entre le monde des tra­di­tions orales et la réa­li­té du monde écrit, entre l’anglais et les langues amé­rin­diennes. Il écrit : «  L’Anglais a été la langue linéaire des décou­vertes colo­niales, des cruau­tés raciales, … la langue impo­sée dans les pen­sion­nats…. Une langue de para­doxes car au dix-neu­vième siècle elle a pour­tant véhi­cu­lé la vision de Vovoka, une reli­gion du renou­veau, vision dif­fu­sée de tri­bu en tri­bu, langue anglaise por­tant en elle les fan­tômes de la Ghost Dance*. » Langue capable de cou­ver en son sein la créa­ti­vi­té et la sur­vi­vance. Ces ombres et le lan­gage des poètes amé­rin­diens pour­raient bien se révé­ler être la nou­velle Ghost Dance, dan­sée sur la scène de la lit­té­ra­ture, une lit­té­ra­ture de l’ombre qui anime et ravive la sur­vi­vance tri­bale. C’est-à-dire qui per­mette d’atteindre les dif­fé­rents niveaux de la réa­li­té : le spi­ri­tuel, le vision­naire, et le mythique, qui donnent accès à des expé­riences pleines de la réa­li­té, à des véri­tés plus larges de l’expérience humaine. Que les lec­teurs n’aient pas seule­ment des his­toires amé­rin­diennes valant comme notices nécro­lo­giques ou autres éloges funèbres, à se mettre sous les yeux.

Le pre­mier roman de Gerald Vizenor Darkness in Saint Louis Bearheart est une ten­ta­tive de cer­ner le phé­no­mène élu­sif du post-moder­nisme. Les thèmes sou­le­vés dans le roman sont la menace de dis­pa­ri­tion de la vie tra­di­tion­nelle indienne, la raré­fac­tion des res­sources en Amérique, la vio­lence au quo­ti­dien, l’obscurantisme ram­pant et le peu de cas fait des intel­lec­tuels ou des uni­ver­si­taires.

Après le prix Pulitzer accor­dé à Norman Scott Momaday pour son livre House Made of Dawn, deux autres romans furent publiés que l’on pour­rait dire appar­te­nir éga­le­ment à la veine moder­niste : Winter in the Blood de James Welch et Ceremony de Leslie Silko, les deux se réfé­rant au mythe du ter­rain vague. À la fin des années 70, cette phase moder­niste du roman « indien » ins­pi­ra à Gerald Vizenor une réponse post-moderne.
Bearheart est un “frame tale”, un récit gigogne, où plu­sieurs his­toires se déve­loppent dans l’histoire. Saint Louis Bearheart, un fonc­tion­naire au bureau des affaires indiennes, spé­cia­liste des ques­tions d’héritage, offi­ciel­le­ment gratte papier donc, est secrè­te­ment en train d’écrire un livre inti­tu­lé Cedarfair Circus : Grave Reports from the Cultural Word Wars (rap­ports de tombes, tirés des guerres cultu­relles des mots). Quand les membres du mou­ve­ment des Indiens d’Amérique (AIM) occupent le bureau des affaires indiennes, Bearheart  séduit une jeune Indienne radi­cale et lui donne son manus­crit à lire. Il s’agit de l’histoire d’un groupe d’Indiens pèle­rins qui che­minent du Minnesota vers le Nouveau Mexique afin d’échapper au chaos sur­ve­nu après la chute de la civi­li­sa­tion amé­ri­caine, quand le pétrole s’est tari. Au pre­mier couple ini­tial (Proude et Rosina)  s’ajoute un équi­page de  "tricks­ters and contra­rion clowns,"  des trisks­ters et des clowns-contraires, des per­sonnes « miroirs » qui  se com­portent à l’inverse de la majo­ri­té mais qui incarnent la pos­si­bi­li­té de vivre et de pen­ser autre­ment. Cette bande dépe­naillée, sur son che­min lutte et livre bataille contre de hideux enne­mis : Sir Cecil Staples, le monarque de l’essence sans plomb qui oblige les auto­mo­bi­listes à jouer leur vie à la rou­lette dans l’espoir de gagner 5 gal­lons d’essence ; les fas­cistes du res­tau­rant de la sor­cière à Ponca City, Oklahoma ; plus les célèbres chas­seurs et éle­veurs de che­vaux d’Orion, Oklahoma. Ceux-là tuent les gens ayant des croyances et qui les pensent être les seules vraies valeurs morales. Après une série de morts vio­lentes, la bande réduite de pèle­rins arrive aux portes de Pueblo Bonito au Nouveau Mexique où Proude et son bras droit Iniwa Biwide passent au tra­vers d’une fenêtre-vision et entrent dans le qua­trième monde. La femme de Proude, Rosina, qui l’a trom­pé avec un pèle­rin, Bigfoot Saint Plumero, nous est mon­trée en train d’observer avec regret les traces d’ours dans la neige, traces que Proude et Iniwa ont lais­sées alors qu’ils entraient dans le qua­trième monde. (Ce qui est une façon de revi­si­ter les mythes de la créa­tion Pueblos et Navajos, du pre­mier monde sous-ter­rain au qua­trième par une ascen­sion au tra­vers de trous). Ce bref résu­mé est suf­fi­sant pour que cha­cun puisse com­prendre que Bearheart est bien un roman post-moderne. Il com­bine humour et sang ver­sé, il illustre que « le mal­heur des uns fait le bon­heur des autres ». Pour ten­ter de lever l’ambiguïté autour du mot,  Jean-Francois Lyotard affirme que le post-moderne n’est pas une période mais bien plus une impul­sion, un élan, l’intervalle d’expérimentation qui arrive entre deux périodes pen­dant les­quelles un seul modèle esthé­tique domine. Dans Bearheart, les évé­ne­ments lou­foques se suc­cèdent et le point culmi­nant est atteint lorsque Proude quitte le (notre) troi­sième monde pour navi­guer dans le qua­trième. Vizenor suit alors les modèles de Gabriel Garcia Marquez en se ser­vant du réa­lisme magique, ce que les auteurs indiens contem­po­rains uti­lisent abon­dam­ment : Leslie Silko, Louise Erdrich, Scott Momaday pour ne citer qu’eux. Mais à la dif­fé­rence des auteurs cités, Vizenor se situe dans le camp post-moderne. Parce qu’il a une approche humo­ris­tique de la vio­lence, parce que son roman se libère de la vrai­sem­blance et ce grâce à son héri­tage Chippewa. En fré­quen­tant la réserve de White Earth, en séjour­nant chez sa grand-mère, Gerald Vizenor a enten­du les récits tra­di­tion­nels. La plu­part de ceux-ci concernent le Trickster Manabozho, ils sont faus­se­ment comiques, sou­vent san­gui­naires, pétris d’humour noir. Les récits du Manabozho bien sou­vent sus­pendent les lois de la nature et de la pro­ba­bi­li­té. C’est en ce sens que le réa­lisme magique post-moder­niste attire Vizenor bien plus que les conven­tions qui gou­ver­naient le roman avant les années 60.

Vizenor écrit des his­toires de Trickster, la figure far­ceuse des Indiens d’Amérique du nord, en se trans­for­mant en Trickster, dans le but de faire de ses lec­teurs des Tricksters eux-mêmes, qui seront ain­si au prise avec la lutte contre l’ignorance, l’impuissance, et la façon dont Vizenor le rend pos­sible est une approche post-moderne. Son héri­tage indien per­met à Vizenor d’être deve­nu un écri­vain post-moderne. Il fait allu­sion à des mythes et des rituels comme sources de pos­sibles révoltes post-modernes. Je le cite « Une nou­velle sen­si­bi­li­té se mani­feste d’elle-même, de plu­sieurs façons. L’art est un véhi­cule pour faire explo­ser les pré­ten­tions tra­di­tion­nelles et pour mon­trer la vul­né­ra­bi­li­té, la min­ceur de l’art et du lan­gage, ce sur un mode de conscience moins sobre­ment ration­nel, une conscience plus agréa­ble­ment ouverte au mythe, au rituel tri­bal, à l’expérience vision­naire, enra­ci­née dans un fluide pro­téi­forme et dans un concept  indif­fé­ren­cié du soi qui est oppo­sé au refou­lé, à l’égo occi­den­tal cris­pé. Le Trickster, qui n’existe que dans les his­toires, repré­sente l’esprit satur­nien de rébel­lion dans les récits (indiens) tri­baux. Il est une chance, un comique holo­trope dans le jeu du lan­gage post-moderne qui dévoile les dis­tinc­tions et les iro­nies entre les voix nar­ra­tives. » Plus loin il dit encore à pro­pos du Trickster :  « c’est un signe sémio­tique signi­fiant l’antagonisme social et le mili­tan­tisme esthé­tique dans la cri­tique post-moderne et l’avant-garde, mais il ne peut pas dési­gner la  pré­sence ni l’achèvement de l’idéal cultu­rel dans les récits ». Par holo­trope Vizenor veut dire total, libre, à la fois signi­fiant et signi­fié. En citant Bakhtin, Vizenor décrit le comique holo­trope comme un dia­lo­gisme, ce qui signi­fie que Trickster doit être com­pris comme par­tie d’un plus grand tout, une somme d’énonciations des tra­di­tions orales. Pour Vizenor le monde tri­bal est comique et com­mu­nau­taire ; l’esprit comique est au cœur du Trickster, une figure créée par une tri­bu en tant que tout, et non par un auteur indi­vi­duel. Vizenor sou­tient que le contraire d’un dis­cours comique est un mono­logue, une énon­cia­tion iso­lée, qui s’approche du tra­gique en lit­té­ra­ture, mais pas de la vision comique dans un monde tri­bal. Vizenor voit le chro­no­tope post-moderne dans la lit­té­ra­ture fic­tion­nelle comme un moyen d’attaquer la vision domi­nante dans un monde post­co­lo­nial, sa prin­ci­pale arme est Trickster, le « libé­ra­teur ago­nis­tique ».

La pré­sence du super natu­rel est sou­vent attri­buée au pri­mi­tif ou à la pen­sée magique indienne, qui coexiste avec la ratio­na­li­té euro­péenne. Le réa­lisme magique est basé sur la réa­li­té, un monde avec lequel l’auteur est fami­lier, et qui exprime les mythes et les super­sti­tions tra­di­tion­nelles des Indiens d’Amérique, qui montre deux visions du monde au sein des­quelles l’auteur navigue. Vizenor quant à lui pré­fère le terme de vérisme mythique, une varia­tion du réa­lisme magique ; la dif­fé­rence étant que l’ambigüité du fan­tas­tique dans le réa­lisme magique ouvre une voie vers la fan­tai­sie pro­pre­ment dite, et devient alors vérisme mythique. Dans le fan­tas­tique le lec­teur ne peut pas être cer­tain que les évé­ne­ments impliquent le super natu­rel ou s’ils peuvent s’expliquer par des moyens natu­rels. Sur le mode de la fan­tai­sie, les évé­ne­ments impliquent clai­re­ment le super natu­rel. Mais peut-être et avant tout Vizenor est-il atti­ré par les post-modernes parce que les his­toires Chippewa foca­li­sées autour de la figure du Trickster repré­sentent la lit­té­ra­ture sous son aspect le plus ludique. Et très tôt Gerald Graff a iden­ti­fié le mou­ve­ment post-moderne en défi­nis­sant l’un de ses traits car­di­naux, à savoir le refus de prendre l’art au sérieux, en don­nant au mot sérieux son sens de gra­vi­té.

L’avènement du Post-indian

Attaquant la vision domi­nante post-colo­niale à l’aide du Trickster, Vizenor veut dimi­nuer le pou­voir des sciences sociales et miner l’humanisme bour­geois. « Le comique libé­ra­teur est un gué­ris­seur dans les jeux lin­guis­tiques, de hasard, et dans l’imagination post-moderne ; le Trickster, en tant que signe sémio­tique, dénie pré­sence et com­plé­tude, cette essence vitale roman­tique qui infuse les repré­sen­ta­tions occi­den­tales des mondes tri­baux ; il dénie aus­si le lan­gage ins­tru­men­tal des sciences sociales. » Vizenor veut mon­trer que le Trickster n’est pas le sym­bole réduc­teur tel que for­mu­lé par les anthro­po­lo­gistes. Il est bien cen­tré cultu­rel­le­ment mais très sou­vent créé, sou­vent pré­sent, il est le per­son­nage comique qui ne sau­rait être iso­lé ou com­pris depuis l’extérieur, hors du contexte du dis­cours construit autour de lui. Il veut insis­ter sur les aspects de l’identité post-moderne, qui sont des affaires de lan­gage. Cette créa­tion post-moderne du Trickster glo­ri­fie le jeu, le hasard, l’indétermination et la conscience de soi.

Et Vizenor ne s’arrête pas là : il se dit être le post-lau­réat des métis, des sangs mêlés (qu’il appelle cross­bloods), et ses his­toires décrivent le "Half-breed Hall of Fame", le hall de la renom­mée des bâtards. Il défend l’argument selon lequel le métis­sage est post-moderne. « Les métis sont la lignée tri­bale post-moderne » affirme-t-il,  « ils sont au point de ren­contre des pro­blèmes de racisme, d’hypocrisies colo­niales, du mono­gé­nisme sen­ti­men­tal, des cultures au sens géné­rique ». Les métis, en met­tant en valeur leur géné­tique plu­rielle, leur iden­ti­té poly­cul­tu­relle, échappent à toute ten­ta­tive de clas­si­fi­ca­tion, à toute sai­sie, bien sou­vent grâce aux tech­niques post-modernes ludiques de décons­truc­tion sociale. Ils achèvent ain­si la pleine mesure de l’humanité, bien mieux que le mono­gé­nisme.

Vizenor sait com­bien le mot Indien nous égare : les Indiens sont des fabri­ca­tions, les inven­tions des pho­to­graphes comme Curtis, ou des poseurs comme Russel Means**. Vizenor sou­haite que l’Indien d’aujourd’hui, dans cette époque post-moderne, achève une authen­ti­ci­té exis­ten­tielle en se réin­ven­tant lui-même, en se défai­sant des sté­réo­types et des pro­jec­tions, en reve­nant aux rela­tions tra­di­tion­nelles tri­bales.  L’indien actuel est un simu­lacre, qui ignore, qui renie sa qua­li­té de « native », soit  natif, ori­gi­nal, pre­mier. L’Indien trans­pose le réel et cette simu­la­tion de réel le coupe de sa mémoire réfé­rente, de ses his­toires tri­bales, de ses ori­gines. « Le post-indien doit se balan­cer au-des­sus des ruines esthé­tiques des simu­la­tions actuelles qui décident à sa place de ce que doit être l’Indien ». Que les « Indiens » en géné­ral puissent ou dési­rent se réin­ven­ter eux-mêmes en tant que post-indiens est la ques­tion ! Mais Gerald Vizenor a lui d’ores et déjà réus­si.
 

*En 1890, un chef reli­gieux Païute connu sous le nom de Wovoka (« fai­seur de pluie »), décla­ra que pen­dant l'éclipse totale du soleil du 1er jan­vier 1889 il lui avait été révé­lé qu'il serait le Messie de son peuple. Le mou­ve­ment spi­ri­tuel qu'il créa fut appe­lé « danse des esprits » par les Blancs. Il s'agit d'un mélange syn­cré­tique de spi­ri­tua­lisme Paiute et de chris­tia­nisme Shaker. Les danses (ghost dance) exé­cu­tées avaient pour objec­tif d’atteindre la transe afin de contac­ter les ancêtres, les membres de la famille décé­dés, et de favo­ri­ser l'arrivée d'un sau­veur de la cause amé­rin­dienne. Wovoka pré­di­sait que des trem­ble­ments de terre seraient envoyés pour tuer tous les Blancs, il a éga­le­ment ensei­gné que jusqu'au jour du Jugement der­nier, les Amérindiens devaient vivre en paix et ne pas refu­ser sys­té­ma­ti­que­ment de tra­vailler pour ou avec les Blancs.
 

** Russel Means (1939-2012) était un lea­der Sioux mili­tant pour le droit des peuples indiens, prô­nant une poli­tique liber­taire. Acteur, écri­vain, membre de l’AIM, il était un membre influent du conseil tri­bal Sioux, tel­le­ment média­ti­sé qu’il en avait attra­pé la grosse tête….
 

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