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Chronique du veilleur (1) – Anne Perrier

Par | 2018-01-06T15:04:43+00:00 5 avril 2012|Catégories : Anne Perrier, Chroniques|Mots-clés : |

Le 7 mars 2012 a été offi­ciel­le­ment décer­né le Grand Prix National de la Poésie à Anne Perrier. Ce prix, res­sus­ci­té par Frédéric Mitterrand, avait jadis cou­ron­né Francis Ponge, Philippe Jaccottet, Yves Bonnefoy… Il honore aujourd’hui un grand poète de Suisse romande, auteur d’une œuvre tout à fait remar­quable, d’une richesse poé­tique et spi­ri­tuelle incom­pa­rable.

Anne Perrier a mené durant toute sa vie (née en 1922) une quête inté­rieure, que sa conver­sion au catho­li­cisme durant sa jeu­nesse a sans doute avi­vée. Elle m’a tou­jours dit qu’elle ne pou­vait com­po­ser que « dans sa tête », le poème pre­nant forme peu à peu en elle jusqu’à ce qu’il soit prêt à être trans­crit sur le papier . La mala­die a empê­ché, hélas main­te­nant, la pour­suite de cette œuvre qui est tout entière ras­sem­blée dans le volume La Voie nomade et autres poèmes aux édi­tions de L’Escampette.

Anne Perrier, La Voie nomade et autres poèmes, Editions L’Escampette

 

Il y a dans cette œuvre rela­ti­ve­ment brève « une sorte de mélo­die inté­rieure » selon les propres termes du poète . Cette mélo­die se fait entendre dès les pre­miers vers lus, elle vibre en nous et nous change à mesure que la lec­ture s’approfondit.

O dési­rable
Éternité
Dans la rose d’une heure
Dans les yeux qui passent
Dans la voix qui luit
Dans la beau­té des jours
Qui coulent vers la mer
Je te bois comme un vin

Tout en effet est tour­né vers l’absolu divin, sou­vent devi­né sinon nom­mé. Et cet abso­lu appa­raît dans le moindre et l’infime, dans l’ouverture d’un pay­sage, dans la lumière éblouis­sante d’un ins­tant.

Ne me rete­nez pas si
Au détour du che­min
Tout à coup
Emportée vers les sources du jour
J’escalade le chant du merle

Anne Perrier citait volon­tiers une for­mule de Paul Valéry : « La Poésie devrait être le Paradis du lan­gage » . On peut dire que sa poé­sie atteint cette réus­site, si rare en notre temps, d’une écri­ture poé­tique simple, comme trans­lu­cide, et d’une inten­si­té spi­ri­tuelle qui force l’admiration et entraîne à la médi­ta­tion la plus pro­fonde. Il y a là, comme elle a ten­té de le défi­nir dans un dis­cours, « une manière de pos­sé­der comme ne pos­sé­dant pas, de prendre en accep­tant de perdre aus­si­tôt . »  Son chant s’élève, à la fois fra­gile et sûr du sens qu’il prend, tou­jours plus pur et plus haut :

Ce chant trop lourd
Je laisse à la nuit son poids d’ombre
Et le reste
Je le donne à l’espace
Qui le donne à l’oiseau qui le donne
A l’ange éblouis­sant

La « voie nomade » sur laquelle elle nous entraîne voit la pous­sière voler, les fleurs se défaire, le vent les empor­ter. Mais place est faite alors à l’essentiel qui a brû­lé comme un grand feu dans l’âme du poète. Cet essen­tiel, Anne Perrier le dit avec les mots de l’enfance, de l’innocence retrou­vée. Ils s’entourent tou­jours du silence de la médi­ta­tion ou de la prière . Pauvreté est sa « demeure », nous dit-elle . Sa vie et sa mort se veulent tout aus­si dis­crètes et pleines que l’est son œuvre.

Mourir en douce
Sans avoir dit un mot
De trop
Sans que l’âme écla­bousse
La rue
Quitter la vie
Comme un fleuve ingé­nu
Remonterait sans bruit
Vers sa source

Elle qui vou­lait gar­der « un cœur nomade », nous donne un magni­fique exemple de poé­sie d’âme libre et enga­gée à la fois, qui nous attire irré­sis­ti­ble­ment dans sa lumière de Paradis .

Présentation de l’auteur

Anne Perrier

Anne Perrier, née à Lausanne le 16 juin 1922, est une écri­vain et poète vau­doise, auteur de plu­sieurs recueil de poèmes :

  • Selon la nuit (1952),
  • Pour un vitrail (1955),
  • Le voyage (1958),
  • Le petit pré (1960),
  • Le temps est mort (1967),
  • Le livre d’Ophélie
  • La voie nomade (1986)
  • La Voie nomade et autres poèmes : Œuvre com­plète 1952-2007 (2008)

Elle reçoit le 7 mars 2012 le Grand Prix natio­nal de la poé­sie, remis par Frédéric Mitterrand au minis­tère de la Culture à Paris

Anne Perrier

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Gérard Bocholier

Gérard Bocholier. Né en 1947, habite Clermont-Ferrand.

Directeur de la revue de poé­sie Arpa, col­la­bo­ra­tions à la NRF, au Chemin des livres et à la Revue de Belles Lettres .

Poète, auteur d’une ving­taine de volumes de poèmes.

Dernier paru : Psaumes du bel amour (Ad Solem).

La fiche com­plète de l’auteur.

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