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Chronique du veilleur (1) – Anne Perrier

Par |2020-07-09T11:16:09+02:00 5 avril 2012|Catégories : Anne Perrier, Essais & Chroniques|Mots-clés : |

Le 7 mars 2012 a été offi­ciel­le­ment décer­né le Grand Prix National de la Poésie à Anne Perrier. Ce prix, res­sus­ci­té par Frédéric Mitterrand, avait jadis cou­ron­né Francis Ponge, Philippe Jaccottet, Yves Bonnefoy… Il honore aujourd’hui un grand poète de Suisse romande, auteur d’une œuvre tout à fait remar­quable, d’une richesse poé­tique et spi­ri­tuelle incomparable.

Anne Perrier a mené durant toute sa vie (née en 1922) une quête inté­rieure, que sa conver­sion au catho­li­cisme durant sa jeu­nesse a sans doute avi­vée. Elle m’a tou­jours dit qu’elle ne pou­vait com­po­ser que « dans sa tête », le poème pre­nant forme peu à peu en elle jusqu’à ce qu’il soit prêt à être trans­crit sur le papier . La mala­die a empê­ché, hélas main­te­nant, la pour­suite de cette œuvre qui est tout entière ras­sem­blée dans le volume La Voie nomade et autres poèmes aux édi­tions de L’Escampette.

Anne Perrier, La voie nomade et autres poèmes : Oeuvre complète 1952-2007, Editions l'Escampette

Anne Perrier, La Voie nomade et autres poèmes, Editions L’Escampette

 

Il y a dans cette œuvre rela­ti­ve­ment brève « une sorte de mélo­die inté­rieure » selon les propres termes du poète . Cette mélo­die se fait entendre dès les pre­miers vers lus, elle vibre en nous et nous change à mesure que la lec­ture s’approfondit.

O dési­rable
Éternité
Dans la rose d’une heure 
Dans les yeux qui passent 
Dans la voix qui luit 
Dans la beau­té des jours 
Qui coulent vers la mer 
Je te bois comme un vin 

Tout en effet est tour­né vers l’absolu divin, sou­vent devi­né sinon nom­mé. Et cet abso­lu appa­raît dans le moindre et l’infime, dans l’ouverture d’un pay­sage, dans la lumière éblouis­sante d’un instant.

Ne me rete­nez pas si
Au détour du chemin 
Tout à coup 
Emportée vers les sources du jour 
J’escalade le chant du merle

Anne Perrier citait volon­tiers une for­mule de Paul Valéry : « La Poésie devrait être le Paradis du lan­gage » . On peut dire que sa poé­sie atteint cette réus­site, si rare en notre temps, d’une écri­ture poé­tique simple, comme trans­lu­cide, et d’une inten­si­té spi­ri­tuelle qui force l’admiration et entraîne à la médi­ta­tion la plus pro­fonde. Il y a là, comme elle a ten­té de le défi­nir dans un dis­cours, « une manière de pos­sé­der comme ne pos­sé­dant pas, de prendre en accep­tant de perdre aus­si­tôt . »  Son chant s’élève, à la fois fra­gile et sûr du sens qu’il prend, tou­jours plus pur et plus haut :

Ce chant trop lourd
Je laisse à la nuit son poids d’ombre
Et le reste 
Je le donne à l’espace
Qui le donne à l’oiseau qui le donne 
A l’ange éblouissant

La « voie nomade » sur laquelle elle nous entraîne voit la pous­sière voler, les fleurs se défaire, le vent les empor­ter. Mais place est faite alors à l’essentiel qui a brû­lé comme un grand feu dans l’âme du poète. Cet essen­tiel, Anne Perrier le dit avec les mots de l’enfance, de l’innocence retrou­vée. Ils s’entourent tou­jours du silence de la médi­ta­tion ou de la prière . Pauvreté est sa « demeure », nous dit-elle . Sa vie et sa mort se veulent tout aus­si dis­crètes et pleines que l’est son œuvre.

Mourir en douce
Sans avoir dit un mot
De trop
Sans que l’âme éclabousse
La rue
Quitter la vie
Comme un fleuve ingénu
Remonterait sans bruit
Vers sa source

Elle qui vou­lait gar­der « un cœur nomade », nous donne un magni­fique exemple de poé­sie d’âme libre et enga­gée à la fois, qui nous attire irré­sis­ti­ble­ment dans sa lumière de Paradis .

Présentation de l’auteur

Anne Perrier

Anne Perrier, née à Lausanne le 16 juin 1922, est une écri­vain et poète vau­doise, auteur de plu­sieurs recueil de poèmes :

  • Selon la nuit (1952),
  • Pour un vitrail (1955),
  • Le voyage (1958),
  • Le petit pré (1960),
  • Le temps est mort (1967),
  • Le livre d’Ophélie
  • La voie nomade (1986)
  • La Voie nomade et autres poèmes : Œuvre com­plète 1952-2007 (2008)

Elle reçoit le 7 mars 2012 le Grand Prix natio­nal de la poé­sie, remis par Frédéric Mitterrand au minis­tère de la Culture à Paris

Anne Perrier

Autres lec­tures

Chronique du veilleur (1) – Anne Perrier

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Chronique du veilleur

Retrouvez l’ensemble de la Chronique du veilleur, com­men­cée en 2012 par Gérard Bocholier

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Gérard Bocholier

Gérard Bocholier est né le 8 sep­tembre 1947 à Clermont-Ferrand (France). Il a fait ses études secon­daires et supé­rieures dans cette ville, y a ensuite ensei­gné la lit­té­ra­ture fran­çaise et les lettres clas­siques en classe de lettres supé­rieures. Originaire d’une famille de vigne­rons de la plaine de Limagne, il est franc-com­tois par sa famille mater­nelle, à la fron­tière du pays de Vaud en Suisse. Il a pas­sé son enfance et sa jeu­nesse dans le vil­lage pater­nel de Monton, au sud de Clermont-Ferrand, que les poèmes en prose du Village et les ombresévoquent avec ses habi­tants. La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il consacre un essai en 1984, Pierre Reverdy lephare obs­cur,déter­mine en grande par­tie sa voca­tion de poète. En 1971, Marcel Arland, direc­teur de la NRF, lui remet à Paris le prix Paul Valéry, réser­vé à un jeune poète étu­diant.  Son pre­mier grand livre, L’Ordre du silence, est publié en 1975.  En 1976, il par­ti­cipe à la fon­da­tion de la revue de poé­sieArpa, avec d’autres poètes auver­gnats et bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis. D’autres ren­contres éclairent sa route : celle de Jean Grosjean à la NRF, puis celle de Jacques Réda, qui lui confie une chro­nique régu­lière de poé­sie dans les pages de la célèbre revue à par­tir des années 90, mais aus­si l’amitié affec­tueuse du poète de Suisse romande, Anne Perrier, dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996. Son acti­vi­té de cri­tique de poé­sie ne cesse de se déve­lop­per au fil des années, il col­la­bore  au fil des années à de nom­breuses revues, notam­ment à la Revue de Belles Lettresde Genève, au Nouveau Recueil, et sur­tout à Arpa,dont il assure la direc­tion dès 1984. Il donne actuel­le­ment des poèmes à Thauma,Nunc,Le Journaldes poètes. Certains de ses articles sont réunis dans le volume Les ombrages fabu­leux,en 2003. A par­tir de 2009, un an avant sa retraite, il se consacre prin­ci­pa­le­ment à l’écriture de psaumes, publiés par Ad Solem. Le pre­mier volume est pré­fa­cé par Jean-Pierre Lemaire, son ami proche. Le deuxième s’ouvre sur un envoi de Philippe Jaccottet. Son essai Le poème exer­cice spi­ri­tuelexplique et illustre cette démarche. Il prend la res­pon­sa­bi­li­té d’une rubrique de poé­sie dans l’hebdomadaire La Vieet tient une chro­nique de lec­tures, « Chronique du veilleur »,  à par­tir de 2012 sur le site inter­net :Recours aupoème. De nom­breux prix lui ont été attri­bués : Voronca (1978), Louis Guillaume (1987), le Grand Prix de poé­sie pour la jeu­nesse en 1991, le prix Paul Verlaine  de la Maison de poé­sie en 1994, le prix Louise Labé en 2011. L’Académie Française lui a décer­né le prix François Coppée pourPsaumes de l’espérance en 2013. Son jour­nal intime, Les nuages de l’âme, paraît en 2016, regrou­pant des frag­ments des années 1996 à 2016. Parmi ses publi­ca­tions poé­tiques récentes : Abîmes cachés(2010) ; Psaumes du bel amour(2010) ; Belles sai­sons obs­cures(2012) ; Psaumes de l’espérance(2012) ; Le Villageempor­té (2013) ; Passant (2014) ; Les Etreintes invi­sibles (2016) ; Nuits (2016) ; Tisons(2018) ; Un char­don de bleu pur(2018) ; Depuis tou­jours le chant(2019) A paraître : Ainsi par­lait Georges Bernanos(Arfuyen) ; Psaumes de la Foi vive (Ad Solem) ; J’appelle depuis l’enfance (La Coopérative). En 2019 paraissent Ainsi par­lait G.Bernanos (2019) et Psaumes de la foi vive, Depuis tou­jours le chant. A paraître en 2020, J'appelle depuis l'enfance (La Coopérative) et Une brû­lante usure (Le Silence qui roule).
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