Tacey M. Atsitty de Gonzalés, membre de la nation Diné (Navajo), appartient au clan Tsénahabiłnii (Sleep Rock People, les gens de Sleep Rock). Jeune poète, elle a déjà à son actif trois livres publiés : (At) Wrist, University of Wisconsin Press, novembre 2023 ; Rain Scald, University of New Mexico Press, février 2018 ; et enfin Amenorrhea, Counting Coup Press, 2009. Elle a reçu plusieurs prix et marques de reconnaissance. Elle est membre du conseil d’administration de la maison d’édition Lightscatter Press et du conseil consultatif du Centre Charles Redd (Western Studies) de l’Université Brigham Young. Elle est professeure d’écriture créative au Beloit College, à Beloit (état du Wisconsin), où elle vit avec son mari.
Elle a grandi au Nouveau Mexique dans une famille et un environnement qui encourageaient l’étude, l’écriture et la lecture. Elle a perdu sa mère à l’âge de trois ans et c’est sa grand-mère qui l’a accompagnée et soutenue, lui laissant emprunter sa machine à écrire et l’inscrivant à des concours littéraires. Son père, bien qu’envoyé à l’âge de huit ans dans un établissement (Indian Student Placement Program) où il devait apprendre et parler l’anglais, a enseigné la langue Navajo dans diverses écoles à Shiprock et ailleurs au Nouveau Mexique. Mais malgré cela, l’anglais a été la langue que Tacey a d’abord parlé, y compris chez elle, ce n’est que pendant ses années de lycée qu’elle a appris à lire et écrire le Navajo. Elle dit le comprendre mieux que le parler. Pendant ses années de lycée (Navajo Preparatory School) Tacey a voyagé, ce qui lui a ouvert certains horizons en matière de diversité culturelle. Elle a d’ailleurs fait partie d’une équipe de slammers entourée par Scott Nicolay (écrivain américain), ce qui a été une expérience marquante pour elle qui adorait déjà écrire de la poésie, une façon pour elle d’exprimer ses sentiments et ce qui l’habitait tout au lond de ses années d’apprentissage vers la maturité. Comme beaucoup de jeunes auteurs Native American, elle est passée par l’institut des arts amérindiens à Santa Fe. Tacey ne cache pas son amour pour le langage et son pouvoir, langage au sens large, et qui inclus la langue anglaise et le Navajo. Elle dit utiliser les mots de la langue Navajo quand ceux-ci n’ont pas de réelle traduction en anglais, qui nécessiteraient des phrases entières pour faire comprendre ce que le Navajo désigne. Elle utilise aussi volontiers les mots Navajos qui ont trait aux relations intrafamiliales (sœur aînée, tante, mère etc) et qui portent avec eux la qualité d’une affection, et les valeurs traditionnelles de sa culture.

Sa poésie se caractérise par le partage avec le lecteur, d’espaces et de « paysages », aussi bien mentaux que physiquement réels ou encore mythologiques. Elle réussit cela par le biais d’images saisissantes, de rythmes, de sons, et chaque poème laisse à méditer, à digérer une forme de leçon de vie. Au-delà de la performance stylistique, au-delà de la richesse de son univers culturel, c’est cette pensée qui soutend le poème à laquelle, en tant que traductrice et poète, je suis très sensible. Le choix des titres des recueils est aussi remarquable parce qu’il donne lieu à plusieurs interprétations selon les références qu’on y attache, mais deux mots peuvent résumer symboliquement toute l’expérience d’une jeune poète Navajo et représenter son histoire dans le contexte de la colonisation et du génocide, sans pour autant en appeler au pathos. Ainsi Rain Scald, qui suggère une pluie brûlante, et qui sait pluie acide, laissant une trace sur la peau, peut évoquer le déréglement climatique et le déséquilibre toujours plus inquiétant, avec ce que cela implique pour les espèces vivantes. Cela peut suggérer la marque indélébile laissée par l’avalanche des colons sur le continent américain, et cela peut tout simplement faire référence à l’histoire, à des souvenirs racontés par les gens de la réserve. Mais toute cicatrice suggère aussi un processus de guérison, et c’est cette guérison qui est visée, qui est à l’œuvre et qu’il faut aussi reconnaître dans ce qui est rapporté dans les livres de Tacey Atsitti.
La poète et éditrice primée Tacey M. Atsitty lit des extraits de Rain Scald (University of New Mexico Press, 2018) et de ses derniers poèmes, depuis Kirtland, au Nouveau-Mexique.
Ses poèmes Sonnet for My Wrist ont été publiés pour la première fois dans Crazyhorse (n° 83, printemps 2013), et Into Rain dans Literary Hub (21 juillet 2018).
Tacey utilise volontiers l’emploi de parenthèses dans ses poèmes, qu’ils soient en prose ou en vers, et cela ajoute un sens comme plus intime, plus profond, à l’ensemble d’une phrase ou d’un vers. Ainsi le titre (At) Wrist, (au) poignet, précise et fait converger les regards, tandis que l’imagination travaille avec le mot poignet. En français on pense : à la force du, tir au, mais aussi l’endroit qu’on sectionne quand on se suicide, ou alors un bracelet, une montre …). En anglais on pense à la petite tape (slap on the wrist), on pense à la « writer’s cramp », quand doigts et poignets ne peuvent plus tenir un crayon, ou à la fracture (to suffer a wrist). On peut aussi entendre « at risk », donc une menace latente. D’autre part, Tacey aime juxtaposer des mots qu’on ne voit jamais ensemble, ces inventions non conventionnelles font surgir des images et des sons saisissants, par exemple : rain-beaded blossom, où l’on voit une fleur s’épanouir, perlée des gouttes de pluie résiduelles.
Tacey peut aussi donner une forme inhabituelle au poème, lui donnant un aspect de poésie visuelle. Par exemple dans Rain Scald, un poème intitulé In Strips (en bandes) est constitué de trois colonnes et quand on sait l’importance du tissage dans la culture Navajo, comment sont également, à proprement parler, tissées les histoires entre elles, histoires humaines et histoires de la terre, des animaux. Alors, en regardant le poème on essaie de comprendre comment lire, à la verticale ou a l’horizontale, et quelles seraient les correspondances, les différents fils qui s’entrelacent pour faire un poème, et au-delà, pour souder une communauté. Ce que je comprends en filigrane, derrière les poèmes, c’est une adresse aux lecteurs, qu’ils veuillent bien comprendre et voir qu’en réalité, quelque soit la culture, nous sommes tous des êtres humains, que nous faisons les mêmes expériences, et qu’au lieu de donner lieu à de la peur, du rejet, ou de la violence, nous devrions sur cette base établir des connexions, des relations, et apprendre les uns des autres.
Comme de nombreux autres poètes amérindiens, Tacey M Atsitti maîtrise la versification occidentale, connaît l’histoire de la littérature, s’en sert pour insuffler à ces formes devenues canon hégémonique, les valeurs et la pensée propre à sa culture Navajo. Le sonnet par exemple est souvent employé. Et Tacey, dans (At) Wrist, a réussi ce tour de force, dans la troisième partie du recueil intitulé Lacing (laçage), d’écrire un sonnet dont chacun des quatorze vers constitue la fin de chacun des sonnets suivants. Ainsi de poème en poème on suit le fil (lacet) qui assemble, qui noue, qui met en avant la notion d’unité chère aux cultures amérindiennes, ce que n’a pas manqué de relever Layli LongSoldier, (voir https://www.recoursaupoeme.fr/un-regard-sur-la-poesie-native-american‑9/) qui, à propos du dernier livre publié de Tacey M ATsitti écrit ceci : « (At) Wrist se soulève et ondule sous le poids de la perte, de la louange, de la gratitude, de l’intimité, de l’amour et du chagrin – tout ce qui nous rend humains, à la fois terrestres et divins – comme un écho perçant du monde naturel. Atsitty chante : « Le vent / ne peut emporter qu’une certaine partie de son chant : / la neige est une bénédiction ; sa couleur / amplifie le silence, pour que l’on puisse entendre / chaque craquement, chaque offrande de soi. » « Je puise ma force dans les clavicules, les poignets, les veines, les chevilles et la plante des pieds de ce corps humain qui me soutiennent avec autant de délicatesse et de puissance que les ruisseaux, les canyons, les pierres des glaciers et les troncs d’arbres ». Dans ce livre, je suis touchée par un profond sentiment d’unité et d’endurance, aujourd’hui comme hier, lorsque « nous nous sommes précipités comme la pluie pour nous retrouver / le long des crêtes des Chuskas ». Merci, Tacey Atsitty, pour ce chœur d’étoiles d’une beauté exceptionnelle.» (Les monts Chuska, en Navajo : Ch’óshgai, forment une chaîne longue de 80 km, large de 15km, située au sud-ouest du plateau du Colorado, sur le territoire de la nation Navajo. Leurs plus hauts sommets culminent à près de 3 000 mètres. Cette chaîne s’étend vers le nord-nord-ouest et est traversée par la frontière entre l’Arizona et le Nouveau-Mexique.)
Dans cet épisode de « What if? Why Not? How? », Sally Wiener Grotta s’entretient avec Tacey Atsitty, une poète Diné (Navajo) qui explore en profondeur son héritage tout en créant une poésie puissante qui touche le cœur de chacun d’entre nous.
En novembre dernier (2025), Tacey travaillait à un manuscrit construit en trois parties qui évoquaient des « monstres ». C’est un bestiaire de monstres Navajos, obéissant à la forme de la poésie emblématique des XVe, XVIe et XVIIe siècles avec titre, image et poème, plus des notes en marge. Ce qui est intéressant, c’est que dans la culture Navajo, les monstres sont des créatures crées par l’humain, ils sont le fruit de ce qui est apelé dans la mythologie Navajo « la séparation des sexes ».
Voici trois des poèmes confiés par Tacey M Atsitti qui font référence aux dits montres. Le premier relate le mythe en lui-même.
Separation of Sexes, Birthing of the Nayee’
Like Eve, Altse Asdzaan was blamed; but instead of taking a chunk out of a piece of fruit, she
bit down hard and began the argument. She kicked Altse Hastiin out of their home and rallied
all the women against their husbands. Jini, at least that’s what they say. Soon thereafter, the
men relocated to the other side of the river. You’ll be sorry, they all shouted to their wives as
they waded into the current, their hands high above their heads holding satchels of hunting
equipment, planting tools, and seeds.
The women did ok that first season. They had the harvest their husbands had left behind and
plenty food in their underground food storages. They ate, sang, and danced naked on the
banks of the river to taunt their husbands. The men stripped themselves of buckskin and
exposed themselves in turn. It’s what they were missing, both sides. This was a time of great
loneliness and so the men turned to the Naadlehi and to the warmed liver of their kills. The
women warmed stones in the sun and stripped pieces of cacti or other objects. To our
people, this was an ugly time, a dark time. Even the animals and deity visited The People,
telling them not misuse these people or parts or things.
In truth, they really did miss each other, but women began becoming pregnant from their
practices of self-abuse. Their bellies filled with sorrow and regret— and for their labor they
gave birth to monster after monster.
Ashamed of their creations and actions, they tried to hide their monster babies, leaving them
in remote places far off, assuming they’d starve to death. But they didn’t. The gods allowed to
them live, to grow up, and to eventually plague the people of their mothers.
Séparation des sexes, naissance des Nayee’
Tout comme Ève, Altse Asdzaan fut blâmée ; mais au lieu de croquer dans un fruit, elle le
mordit à pleines dents et entama la dispute. Elle chassa Altse Hastiin de leur maison et rallia
toutes les femmes contre leurs maris. Jini, du moins c’est ce qu’elles disent. Peu après, les
hommes s’installèrent sur l’autre rive. « Vous le regretterez ! » criaient-ils tous à leurs femmes
en pataugeant dans le courant, les bras levés, portant des sacs remplis d’équipement de
chasse, d’outils de plantation et de semences.
Les femmes s’en sortirent bien cette première saison. Elles avaient la récolte laissée par leurs
maris et des provisions abondantes dans leurs réserves souterraines. Elles mangèrent,
chantèrent et dansèrent nues sur les rives du fleuve pour narguer leurs époux. Les hommes
se dépouillèrent de leurs peaux de daim et se dénudèrent à leur tour. C’est ce qui leur
manquait, des deux côtés. Ce fut une période de grande solitude, et les hommes se
tournèrent vers les Naadlehi et le foie réchauffé de leurs proies. Les femmes chauffaient des
pierres au soleil et dépouillaient des cactus et autres objets. Pour notre peuple, ce fut une
époque affreuse et sombre. Même les animaux et les divinités rendirent visite au Peuple, leur
recommandant de ne pas abuser des personnes, ou de leurs organes ou de leurs choses.
En vérité, ils se manquaient vraiment l’un l’autre, mais les femmes commencèrent à tomber
enceintes à la suite de leurs pratiques de masturbation. Leurs ventres se remplirent de chagrin et de
regrets, et de leurs souffrances naquirent des monstres les uns après les autres.
Honteuses de leurs créations et de leurs actes, elles tentèrent de cacher leurs enfants
monstrueux, en les abandonnant dans des lieux reculés, persuadées qu’ils mourraient de
faim. Mais il n’en fut rien. Les dieux leur permirent de vivre, de grandir et, finalement, de
tourmenter le peuple de leurs mères.
-Jini est l’expression Navajo qui se traduit par ils-elles disent, il est dit ainsi, il a été dit.
-Les noms que se donnent toutes les différentes nations amérindiennes dans leurs langues signifient “Le Peuple , c’est-à-dire : “ les êtres humains” (de la rivière, des montagnes, des forêts, le vrai people etc)
-En langue Diné (Navajo) naa-yéé’ (Nayee’) se traduit par ennemi ou dangereux. Voir le mythe de Naayéé’ Neizghání, Killer of the Enemies.
-Le mythe dit aussi que les bébés monstres ne sont pas morts de faim car les animaus se sont chargés de les nourrir. (N.d.T.)
La poète et animatrice d’ateliers Tacey M. Atsitty lit un sonnet de Nicholas Friedman et de nouveaux textes tirés de son prochain recueil, At Wrist. Poets House.
Le deuxième poème imagine ce que le bébé monstre abandonné pourrait dire, ce qu’il ressent, le résultat sur sa psyché. Le message glissé derrière le poème, c’est la notion de responsabilité. Nos sociétés créent des montres, et nous les montrons du doigt, or il serait peut-être mieux avisé d’assumer la responsabilité collective comme personnelle de ce fruit de nos comportements, de nos actions, de nos choix, de nos structures mentales comme politiques, etc. Le but visé dans les cultures amérindiennes est l’harmonie, et cette harmonie va de pair avec paix et beauté, c’est ainsi que le peuple Navajo développe une notion très importante, presque un concept philosophique au sens où nous l’entendons en Europe : leHózhó. Pour faire court, il s’agit d’un état de bien-être physique comme spirituel qui prend en compte l’interdépendance de toutes choses et en est le résultat réussi, qui permet un ordre terrestre comme cosmique assurant la sérénité, la bienveillance, l’ouverture, la confiance, l’ancrage et l’appartenance mais aussi la reconnaissance d’une fraternité-sororité à l’échelle planétaire.
Letter to the Mother Who Left Me
Atsá Biyáázh, Moon of the Baby Eagles
I’ve never known love
the way I see you give—
That’s not really you,
I often think ; you’re
faking it. Like you
don’t know how to love
either. My brothers
running around as though
they have a mother
who loves them, who bakes
them corn cakes and cuddles
with them before bed.
Sometimes us monsters,
we get together
around a fire
to eat and pass the time,
sharing our latest kills
amidst the shadows
dancing behind us.
They’re our mothers
these days—the closest
we have to nurture :
the flame and kindling
sort. They stay with us,
but none of us know
the warm burning love
we see in your homes.
Even if we wanted,
we are incapable
of loving each other.
Call it abandonment
issues, call it—eating
all our emotions.
Lettre à la mère qui m’a abandonnée
Atsá Biyáázh, Lune des aigles nouveau-nés
Je n’ai jamais connu l’amour
comme celui que je te vois donner…
Je pense souvent
ce n’est pas vraiment toi ; tu
fais semblant.
Comme si tu ne savais pas aimer
non plus.
Mes frères courent partout
comme s’ils avaient une mère
qui les aime, qui leur prépare
des galettes de maïs et les câline
avant d’aller au lit.
Parfois, nous autres monstres,
nous nous réunissons
autour d’un feu
pour manger et passer le temps,
partageant nos dernières proies
au milieu des ombres
qui dansent derrière nous.
Ce sont nos mères,
ces temps-ci — celles que nous avons de plus proche
à chérir :
la flamme et le petit bois.
Elles restent avec nous,
mais aucun de nous ne connaît
l’amour ardent qui réchauffe
comme nous le voyons dans vos foyers.
Même si nous le voulions,
nous sommes incapables
de nous aimer les uns les autres.
Appelez ça problèmes
d’abandon, appelez
ça — une dévoration émotionnelle.
(Les nations amérindiennes ne divisaient pas l’année en 12 mois, mais en lunes, et chaque lune, selon les peuples, portait le nom d’un événement caractéristique se déroulant au cours de ces quatre semaines ; d’où le nom de lune des aigles nouveaux-nés. N.d.T.)
Le troisième poème nomme deux monstres créés par l’envie, l’arrogance, le désir de pouvoir et de domination, la haine de l’autre dès que cet autre n’accepte pas d’être dominé, l’orgueil, bref tout ce que les cultures amérindiennes considèrent comme de vilains défauts, à ne surtout pas encourager, et qui mènent à des actes egocentriques, pervers et cruels. Cette reine juive (Esther), devenue reine des Perses (sans faire savoir qu’elle était juive) devient un modèle de courage, de sacrifice et d’intelligence, elle met sa vie au service son peuple et déjoue les plans odieux de Haman, le vizir de Xerxès qui, parce que Mardochée, cousin d’Esther et juif comme elle, refuse l’autorité tyrannique d’Haman et refuse de se prosterner devant lui, décide non seulement de tuer Mardochée, mais de massacret tous les juifs. (Esther saura convaincre Xerxès de la perversité de Haman et sauvera son peuple, la fête de Pourim commémore cette histoire)
She Who was Above All the Women, Went
first as a girl, to the night sky, kneeling,
knuckles in fervor toward desert mountain
after a day among stems & petals :
damask rose and pomegranate flower
medicine, pollen bright on her dark wrists
murmuring the teachings of Mordecai
under her breath, beneath jewelry and cloth—
from a working woman soon to be queen,
from Jew to savior of her kind, our kind-
ness : the small & simple acts of a child
who followed the path to running water,
who, footstep by footstep, arrived to splash
away dust from hands and ankles, to face
her husband the king, reaching out for him
his golden scepter,
a javelin for the monsters
Haman and his wife.
Celle qui était au-dessus de toutes les femmes, alla
d’abord enfant, vers le ciel nocturne, agenouillée,
les poings serrés avec ferveur, vers la montagne désertique
après une journée parmi les tiges et les pétales :
rose de Damas et fleur de grenade
médicinales, pollen brillant sur ses poignets foncés
murmurant à voix basse les enseignements
de Mardochée, sous bijoux et vêtements —
d’une femme travailleuse à bientôt reine,
de Juive à sauveuse de son peuple, de notre bonté —
les humbles & simples gestes d’une enfant
qui suivit le chemin vers l’eau vive,
qui, pas après pas, arriva pour s’épousseter
des mains aux chevilles, pour faire face
à son époux le roi, elle tendit la main vers lui
son sceptre d’or,
un javelot pour les monstres
que sont Haman et sa femme.
(voir dans la bible le livre d’Esther, N.d.T.)
Ce qui est fascinant, c’est que la poésie de Tacey ATsitti, tout en empruntant les chemins littéraires des canons occidentaux, tout en faisant siennes certaines bases de la religion chrétienne, nous ouvre aussi la voie de la « Good Red Road ». Cette route rouge représente un art de vivre enraciné dans une sagesse millénaire, accompagnée de valeurs et d’enseignements spirituels, qui guide les individus vers une harmonie avec eux-mêmes, avec leur communauté, avec leur environnement naturel, et au-delà avec le cosmos. Rouge parce que l’est est associé à la couleur rouge et symbolise la direction du soleil levant, c’est-à-dire le renouveau, le réveil, et donc aussi l’éveil spirituel. C’est une façon holistique de regarder la place de l’humain et son rôle dans l’univers, c’est une façon de rappeler l’interdépendance de tout élément constituant cet univers. Ainsi Tacey Atsitti, très consciente de cette Good Red Road, nous initie aux valeurs de sa culture Diné, elle nous fait opérer un changement de perspective et c’est comme si elle nous invitait à une hybridation : prendre le meilleur de deux cultures au départ et historiquement vécues comme incompatibles, pour créer une troisième où la coexistence, le respect et la solidarité seraient possibles, pour le bénéfice de tous et toutes, dans la paix, la beauté et l’harmonie pour résumer en trois mots les buts à atteindre selon la culture Navajo (Diné) . Je laisserai le dernier mot de conclusion à Alice Fulton (poète américaine née en 1952) qui dit àpropos de Tacey M Atsitti : « je ne connais pas de poètes aujourd’hui dont l’écriture est aussi magnifique ou émouvante, personne ne met autant de cœur et d’intelligence sur la page. »
Présentation de l’auteur
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- Un regard sur la poésie native américan (9) - 8 février 2014
- Un regard sur la poésie native américan (8) - 17 janvier 2014
- Un regard sur la poésie native american (7) — Deborah Miranda (Esselen), Diane Glancy (Cherokee) - 13 décembre 2013
- Un regard sur la poésie Native American (5) - 25 octobre 2013
- Un regard sur la poésie Native American (5) - 8 juillet 2013
- Un regard sur la poésie Native American (4) - 9 juin 2013















