Regard sur la poésie Native American, Diane Burns : une poésie pulsée

Par |2026-01-07T07:29:42+01:00 6 janvier 2026|Catégories : Diane Burns, Essais & Chroniques|

La poète Diane Burns est née en 1956 à Lawrence, dans le Kansas. Diane Burns est le nom offi­ciel inscrit à l’état civ­il pour se con­former aux con­traintes de la société améri­caine dom­i­nante mais son nom de famille indi­en est Gaoshk­i­bos qui se traduit en français par « bar­bi­er » ou « couper les cheveux ». Son père était mem­bre de la nation Cheme­hue­vi (ter­ri­toire ances­tral dans les déserts de Cal­i­fornie et d’Arizona) et sa mère quant à elle était Anishinaabe(Chippewa). Elle a gran­di à River­side, en Cal­i­fornie, où ses par­ents enseignaient dans un pen­sion­nat amérin­di­en. Quand elle a eu 10 ans, sa famille a démé­nagé sur la réserve Anishi­naabe de Lac Courte Oreilles, dans le Wis­con­sin, puis à Wah­peton, dans le Dako­ta du Nord, où ses par­ents, là encore, enseignaient.

 

Diane Burns a fréquen­té l’Insti­tute of Amer­i­can Indi­an Arts (IAIA) à San­ta Fe, au Nou­veau-Mex­ique de 1972 à 1974, et le Barnard Col­lege (l’université pour femmes de l’U­ni­ver­sité Colum­bia) à New York de 1974 à 1978. Remar­quée pour ses écrits dès ses années d’étudiante, elle a reçu une dis­tinc­tion pour sa poésie en avril 1974, lors de la remise des diplômes à l’U­ni­ver­sité d’É­tat du Nou­veau-Mex­ique. De même, elle a reçu un «Con­gres­sion­al Cer­tifi­cate of Mer­it » en mai 1974 pour récom­penser « l’ex­cel­lence dans la réus­site sco­laire, le ser­vice com­mu­nau­taire et les affaires civiles », efforts qu’elle avait con­sen­tis lors de son pas­sage à l’I­A­IA. Au cours de sa pre­mière année au Barnard Col­lege, comme une reven­di­ca­tion d’identité, pour soulign­er sa dif­férence, elle avait déclaré au jour­nal du col­lège que sa grand-mère lui avait don­né le nom de « Mah gee-osh qwe ». Elle était alors l’une des rares étu­di­antes autochtones de l’université.

Poet­ry Spots : Diane Burns lit Alpha­bet City Ser­e­nade, Bob Holman.

 

Dans ses poèmes directs et ironiques, Diane Burns abor­de sou­vent les thèmes de l’identité et des stéréo­types attachés aux amérin­di­ens, mais aus­si les tra­vers de la société, par exem­ple la gen­tri­fi­ca­tion du Low­er East Side, un quarti­er de New-York. Sa poésie tran­spire la vie vécue sans fil­tre, elle nous fait partager son expéri­ence avec la force et l’intensité de l’ici et main­tenant. Elle racon­te des his­toires dans un style direct avec des accents de vérité con­fon­dants, voire boulever­sants. Elle ne cherche ni effets ni à séduire, encore moins à paraître savant. Il y a quelque chose d’authentique et de brut dans ses écrits que nous prenons en plein plexus, tout en dev­inant une sen­si­bil­ité plus sophis­tiquée en arrière-plan. Elle a pub­lié un seul recueil de poèmes, Rid­ing the One-Eyed Ford (1981, aux édi­tions Con­tact II, se traduit par au volant de la Ford borgne). Elle a vécu à New York jusqu’à sa mort sur­v­enue à l’âge de 49 ans (décem­bre 2006), elle souf­frait d’une insuff­i­sance hépa­tique et rénale, insuff­i­sances aux­quelles son abus d’alcool et de drogues n’était pas étranger. Elle avait mis en chantier et tra­vail­lait à l’écriture d’un roman resté inachevé dont le titre était : Tequi­la Mock­ing­bird. Sa fille était âgée de 15 ans au moment de sa mort.

L’Institut des études amérin­di­ennes de San­ta Fé pré­pare ses étu­di­ants à divers­es dis­ci­plines artis­tiques et Diane Burns, bien que mieux con­nue pour sa poésie, a aus­si mené une activ­ité d’artiste visuelle, elle a par­ticipé à plusieurs expo­si­tions. Diane Burns a don­né de nom­breuses lec­tures publiques, elle aimait cette ambiance de per­for­mance, de con­tact avec le pub­lic. Dans une inter­view don­née au poète Abena­ki Joseph Bruchac, elle avait déclaré : I would rather read poet­ry in front of an audi­ence more than almost any­thing else”. (Plus que tout autre chose, je préfère lire la poésie devant une audi­ence). Elle avait aus­si ajouté : “Je suis pleine­ment poète quand je dis ma poésie” . À l’époque, elle partageait la scène avec de nom­breux poètes dont Simon Ortiz (Pueblo Aco­ma), Lin­da Hogan (Chika­saw), Mau­rice Ken­ny (Mohawk), mais aus­si Allen Gins­berg, Fay Chi­ang pour ne citer que quelques-uns par­mi les poètes recon­nus. Le comé­di­en et auteur Anishin­abe Jim Northrup, dans son livre Anishi­naabe Syn­di­cat­ed: A View from the Rez, décrit une lec­ture de poésie au Nuy­or­i­can Poets Café à laque­lle Diane Burns par­tic­i­pait. Il lui avait offert du riz sauvage, per­suadé qu’elle avait tout sim­ple­ment impro­visé au micro un poème, ce que Diane Burns avait con­fir­mé. La prise de parole et la sit­u­a­tion de per­for­mance en pub­lic la stim­u­laient. Elle avait fière allure, vêtue selon un mélange des styles punk et Indi­en.  En 1986, elle fut invitée par les san­din­istes au fes­ti­val de poésie Ruben Dario au Nicaragua. Elle avait pour com­pagnons de voy­age Joy Har­jo, Allen Gins­berg et Pedro Pietri. 

Voici un poème car­ac­téris­tique de son style, elle donne la parole, elle installe un dia­logue plutôt qu’elle ne décrit. Elle nous plonge directe­ment dans l’action où nous suiv­ons divers pro­tag­o­nistes, ce sont des scènes vivantes et sai­sis­santes dont se dégage bien toute l’énergie bouil­lon­nante pul­sée à New York et dans les milieux artis­tiques que Diane Burns fréquen­tait, rai­son pour laque­lle elle avait choisi New York, bien que le milieu urbain au départ ne soit pas le ter­rain de prédilec­tion d’un amérin­di­en. Mais elle voulait se trou­ver là où les choses bougeaient, les ten­dances se dessi­naient, là où les créa­teurs travaillaient. 

Big Fun

I don’t care if you’re mar­ried I still love you
I don’t care if you’re married
After the par­ty is over
I will take you home in my One Eyed Ford
Way yah hi yo, Way yah hi yo!

    Modene!
    the roller der­by queen!
    She’s Anishinaabe,
    that means human being!
    That’s H for hungry!
    and B for frijoles!
        Frybread!
        Tortillas!
       Watermelon!
        Pomona!
Take a sip of this
and drag of that!
At the rancheria fiesta
it’s tit for tat!
Low rid­ers and Lewis
go first in glove!
Give it a lit­tle pat
a push or a shove
Move it or lose it!
Take straight or bruise it!
Everyone
has her fun
as the sun
is all done
We’re all one
make a run
hide your gun
Hey!
I’m no nun!
’49 in the hills above
             Ventura

Them Okies got­ta drum

I’m from Oklahoma
I got no one to call my own
if you will be my honey
I will be your sug­ar pie, way hi yah,
Way yah hey way yah hi yah!

 We’re gonna sing all night
bring your blanket
or
be that way then!

Grosse rigo­lade

Peu importe que tu sois mar­ié ou non, je t’aime toujours.
Peu importe que tu sois mar­ié ou non.
Une fois la fête terminée,
je te ramèn­erai chez moi dans ma Ford borgne.
Way yah hi yo, Way yah hi yo !

    Modene* !
    la reine du roller derby !
    Elle est Anishinaabe,
ça veut dire femme humaine !
C’est F pour famine!
et H pour haricots !
             Pain frit !
             Tortillas !
             Pastèque !
             Pomona !
Prends une gorgée de ceci
et une bouf­fée de cela !
À la fête de la rancheria,
c’est du tac au tac !
Les low rid­ers et Lewis
passent en pre­mier avec le gant !
Don­nez-lui une petite tape
une poussée ou une bousculade
Bouge-le ou perds-le !
Prends-le directe­ment ou blesse-le !
Tout le monde
s’amuse
tant que le soleil
est couché
On ne fait qu’un
prends tes jambes à ton cou
Cache ton gun
Hé !
Je ne suis pas une nonne !
‘49* sur les collines au-dessus
          Ventura*

Ces Okies doivent jouer du tambour

Je viens d’Oklahoma
Je n’ai per­son­ne à moi
Si tu veux être mon chéri
Je serai ta tarte au sucre, way hi yah,
Way yah hey way yah hi yah !

On va chanter toute la nuit
Prends ta couverture
Ou bien
reste comme tu es!

Mod­ene est une per­son­ne ayant vrai­ment existé, à savoir la tante de Diane Burns.

Ven­tu­ra (con­trac­tion de San Bue­naven­tu­ra, nom d’origine de la ville quand elle était occupée par les colons espag­nols, terre ances­trale des Indi­ens Chu­mash) est une ville de Cal­i­fornie cen­trale située entre San­ta Bar­bara et Malibu. 

En 1849, une ruée vers l’or a eu lieu en Cal­i­fornie, notam­ment dans la région de San Fran­cis­co. À Ven­tu­ra un lieu de con­cert était célèbre à la fin du 20ième siè­cle : le Majes­tic Ven­tu­ra The­ater où de nom­breux groupes sont venus jouer dont les Doors; de plus Ven­tu­ra organ­i­sait chaque année le Ven­tu­ra Coun­ty Fair, un fes­ti­val dans le quel se sont pro­duits des groupes et les artistes tels que  Jim­mi Hen­drix, John­ny Cash, le Grate­full Dead, Smokey Robin­son, etc, autant de con­certs qui ont aus­si don­né lieu à une sorte de ruée, d’où le ’49 évo­qué à la fin du poème. Mais une autre inter­pré­ta­tion est aus­si valide : le « 49 » est soit emprun­té, soit en con­ver­sa­tion avec la chan­son « New­ly­wed Song » de Jim Pep­per tirée de Pep­per’s Pow Wow (1971, jazz com­biné à de la musique tra­di­tion­nelle amérin­di­enne) – ou tout cela à la fois. Selon les pro­pres mots de Diane Burns, « vous pou­vez choisir l’his­toire à laque­lle vous croyez.»

BIEN SÛR QUE VOUS POUVEZ ME POSER UNE QUESTION PERSONNELLE par Diane Burns — ani­ma­tion image par image, lab­CAM Severi

Instal­lée depuis les années 70 à New York, Diane Burns observe, sent et vit au rythme de la ville de New York. Le titre du poème qui suit fait référence à un quarti­er du Low­er East Side, le “Alpha­bet City”, famil­ière­ment appelé « Loi­sai­da ». Mal­gré des décen­nies de nég­li­gence de la part des pro­prié­taires et de la ville, le quarti­er abri­tait de nom­breux immi­grants et artistes, notam­ment une com­mu­nauté artis­tique por­tor­i­caine (nuy­or­i­caine) floris­sante et une con­tre-cul­ture punk et gay. Dans les années 1980, Alpha­bet City et le quarti­er plus vaste du Low­er East Side com­mencèrent à s’embourgeoiser, et nom­breux par­mi les anciens rési­dents dûrent démé­nag­er à cause des loy­ers tou­jours plus élevés au fur et à mesure que le phénomène de gen­tri­fi­ca­tion gag­nait du terrain.

ALPHABET CITY SERENADE

Once they built the railroad
the buf­fa­lo split
past the hori­zon line
once they built the railroad
now the rail­road­’s done.
Broth­er, can you front me a dime?
I’m down and out in Loisaida 
I’m out of smoke in Loisaida
I’m out of tea in Loisaida
I’m out of luck
I’m out of my mind
all at the same time
in Loisaida
Oh East Vil­lage ai yi yi yi yi yi yi.
I’m Amer­i­can royalty
walk­ing around with a hole in my knee
I’m a hope­ful aborigine
try­ing to find a place to be
Oh East Vil­lage ai yi yi yi yi yi yi.
Back home now I’d be at the pow-wow
I’d be drink­ing herb tea and eat­ing deer meat.
Maybe smooching in a blan­ket with a Potawatamie.
But here I am on Avenue D
Sac­ri­fice of Man­i­fest Destiny
Oh East Vil­lage ai yi yi yi yi yi yi yi.
I’m not your step­pin’ stone.
Hey man, can you spare a cigarette?
Do you know of a place to sublet?
Do you know where I can cash this check?
Do you know, do you know that
I hate Doris Day 
I hate Chevrolet
I hate Nor­man Bates
And I hate the Unit­ed States
Oh East Vil­lage ai yi yi yi yi yi yi.
East Vil­lage ai yi yi yi yi yi yi.
Oh, so you want to talk about gen­tri­fi­ca­tion, huh?

            Sére­nade d’Alphabet City

Une fois le chemin de fer construit,
les bisons se sont séparés
au-delà de l’horizon
jadis le chemin de fer en construction,
main­tenant il est terminé.
Frère, tu peux m’a­vancer un sou?
Je suis dehors au plus bas à Loisaida.
Je suis à court de clope à Loisaida.
Je suis à court de thé à Loisaida.
Je suis à court de chance.
Je suis com­plète­ment fou.
tout en même temps.
à Loi­sai­da.
Oh East Vil­lage, ai yi yi yi yi yi yi.
Je suis un mem­bre de la famille royale américaine,
qui se promène avec un trou dans le genou,
Je suis un aborigène plein d’espoir,
qui cherche un endroit où vivre.
Oh East Vil­lage, ai yi yi yi yi yi yi.
De retour à la mai­son, j’irai au pow-wow,
Je boirai de la tisane et je mangerai de la viande de cerf.
Peut-être en train de bécot­er un Potawata­mi sous une cou­ver­ture. Mais me voilà sur l’av­enue D
Sac­ri­fice de la des­tinée manifeste*
Oh East Vil­lage, ai yi yi yi yi yi yi yi.
Je ne suis pas ton tremplin.
Dis mec, tu peux me don­ner une cigarette ?
Tu con­nais un endroit à sous-louer ?
Tu sais où je peux encaiss­er ce chèque ?
Tu sais, tu sais que
je déteste Doris Day
je déteste Chevrolet
je déteste Nor­man Bates
et je déteste les États-Unis
Oh East Vil­lage, ai yi yi yi yi yi yi.
East Vil­lage, ai yi yi yi yi yi yi.
Oh, alors tu veux par­ler de gen­tri­fi­ca­tion, hein ?

L’expression de Man­i­fest Des­tiny est apparue pour la pre­mière fois en 1845 sous la plume du jour­nal­iste new-yorkais John O’Sullivan :  « It is our man­i­fest des­tiny to over­spread the con­ti­nent allot­ed by Prov­i­dence for the free devel­op­ment of our year­ly mul­ti­ply­ing mil­lions. » (« C’est notre des­tinée man­i­feste de nous déploy­er sur le con­ti­nent con­fié par la Prov­i­dence pour le libre développe­ment de notre gran­dis­sante mul­ti­tude. »). Cette expres­sion fait ressor­tir le car­ac­tère « de droit divin », hérité des puri­tains, auquel les colons européens accor­daient un crédit, et qui jus­ti­fi­ait l’irréversible coloni­sa­tion du con­ti­nent d’est en ouest pour y établir une civil­i­sa­tion con­sid­érée comme supérieure. Cette des­tinée man­i­feste résonne en fait comme un fanatisme, une mys­tique de l’expansion avec le culte du pio­nnier et le mythe de la frontière. 

Sélec­tion tirée des chap­books de la révo­lu­tion du miméo­graphe. Cet événe­ment met à l’hon­neur les auteurs de deux recueils rares, qui font par­tie du pro­jet de numéri­sa­tion en cours inti­t­ulé « Chap­books of the Mimeo Rev­o­lu­tion » (Recueils de la révo­lu­tion du miméo­graphe) : Diane Burns et Bob Kauf­man. La poète, musi­ci­enne et direc­trice générale du Poet­ry Project, Nicole Wal­lace, présen­tera la poète Cheme­hue­vi et Anishi­naabe Diane Burns, tan­dis que la chercheuse et édu­ca­trice Mona Lisa Saloy présen­tera le poète beat Bob Kauf­man. 15 mai 2020.

Voici à présent un exem­ple de l’humour qui sauve ceux qui subis­sent le racisme et l’ignorance, et qui dénonce les stéréo­types encore si bien ancrés dans les incon­scients col­lec­tifs quand il s’agit de se faire une image, une idée, des Indi­ens d’Amérique.

Sure You Can Ask Me A Per­son­al Question

How do you do?

No, I am not Chinese.

No, not Spanish.

No, I am Amer­i­can Indi—uh, Native American.

No, not from India.

No, not Apache

No, not Navajo.

No, not Sioux.

No, we are not extinct.

Yes, Indian.

Oh?

So that’s where you got those high

cheekbones.

Your great grand­moth­er, huh?

An Indi­an Princess, huh?

Hair down to there?

Let me guess. Cherokee?

Oh, so you’ve had an Indi­an friend?

That close?

Oh, so you’ve had an Indi­an lover?

That tight?

Oh, so you’ve had an Indian

servant?

That much?

Yeah, it was awful what you guys

did to us.

It’s real decent of you to apologize.

No, I don’t know where you can get

peyote.

No, I don’t know where you can get Nava­jo rugs real cheap.

No, I didn’t make this. I bought it at

Bloomingdales.

Thank you. I like your hair too.

I don’t know if any­one knows

whether or not Cher is really

Indian.

No, I didn’t make it rain tonight.

Yeah. Uh-huh. Spirituality.

Uh-huh. Yeah. Spir­i­tu­al­i­ty. Uh-huh. Mother

Earth. Yeah. Uh’huh. Uh-huh. Spirituality.

No, I didn’t major in archery.

Yeah, a lot of us drink too much.

Some of us can’t drink enough.

This ain’t no sto­ic look.

This is my face.

Bien sûr que tu peux me pos­er une ques­tion personnelle

Com­ment allez-vous ?

Non, je ne suis pas Chinoise.

Non, pas Espagnole.

Non, je suis Indi­enne d’Am—euh amérindienne.

Non, pas d’Inde.

Non, pas Apache.

Non, pas Navajo.

Non, pas Sioux.

Non, nous ne sommes pas éteints.

Oui, Indienne.

Oh ?

C’est donc de là que vien­nent ces pom­mettes saillantes.

Ton arrière-grand-mère, hein ?

Une princesse indi­enne, hein ?

Des cheveux qui descen­dent jusque-là ?

Laisse-moi devin­er. Cherokee ?

Oh, alors tu as eu un ami indien ?

À ce point proche ?

Oh, alors tu as eu un amant indien ?

Tenu à ce point serré ?

Oh, alors tu as eu un servi­teur indien ?

À ce point ?

Ouais, c’é­tait hor­ri­ble ce que vous

nous avez fait.

C’est vrai­ment cor­rect de ta part de t’excuser.

Non, je ne sais pas où tu peux trouver

du peyotl.

Non, je ne sais pas où tu peux trou­ver des tapis Nava­jo bon marché.

Non, je l’ai pas fab­riqué. Je l’ai acheté chez

Bloomingdales.

Mer­ci. J’aime bien tes cheveux aussi.

Je ne sais pas si quelqu’un sait

si Cher est vrai­ment indienne.

Non, j’ai pas fait pleu­voir ce soir.

Ouais. Hum-hum. Spiritualité.

Ouais. Spir­i­tu­al­ité. Hum-hum. Terre

Mère. Ouais. Hum-hum. Spiritualité.

Non, je n’ai pas un diplôme de tir à l’arc.

Ouais, beau­coup d’en­tre nous boivent trop.

Cer­tains ne boivent jamais assez.

C’est pas un air stoïque.

C’est mon visage.

Je laisse les derniers mots à Diane Burns, mots qui dis­ent ses maux, ses démons intérieurs, ceux qui ron­gent tant d’amérindiens encore de nos jours.

No one can tell you

ahead

of time

What

It’s like

To sweat & shake

& cold turkey

and be

Afraid

to stay awake

and

Afraid

to

sleep

and

Afraid

to not do

either.

Per­son­ne ne peut

te dire

à l’avance

comment

ça fait

de tran­spir­er & de trembler

& de se sevr­er net

et d’avoir

peur

de rester éveillé

et

peur

de

dormir

et

peur

de ne faire

ni l’un ni l’autre

Présentation de l’auteur

Diane Burns

Diane Burns est une des voix déter­mi­nantes de la poésie con­tem­po­raine amérin­di­enne. Née en 1957 de par­ents améri­di­ens — son père appar­tenant à la tribu Cheme­huev, une des plus rich­es tribus amérin­di­ennes et sa mère à celle des Anishin­abe — elle a suivi de bril­lantes études à l’In­sti­tut des Arts Amérin­di­ens de San­­ta-Fé où elle a même obtenu la médaille du Mérite pour les dons et la rigueur de son expres­sion artis­tique. Sa poésie, sim­ple et forte, lui a valu d’être nom­inée pour le prix William Car­los William, l’un des plus pres­tigieux prix de poésie améri­cain, et d’être pub­liée dans de nom­breuses antholo­gie de poésie améri­caine contemporaine.

Bibliographie 

Ses poèmes ont été pub­liés ou réédités dans plusieurs revues et recueils de poésie, notam­ment dans deux recueils édités par Joseph Bruchac, Songs from This Earth on Turtle’s Back et Sur­vival This Way, ain­si que dans un recueil édité en 2020 par Joy Har­jo, When the Light of the World was Sub­dued, Our Songs Came Through. Cer­tains de ses poèmes ont été pub­liés dans divers mag­a­zines et revues dans les années 1980. Burns est décrite comme une fig­ure impor­tante du mou­ve­ment artis­tique con­tem­po­rain amérin­di­en dans le livre No Reser­va­tion : New York Con­tem­po­rary Native Amer­i­can Art Move­ment.  Par­mi les autres ouvrages qui inclu­ent ses poèmes, on peut citer : Aloud: Voic­es from the Nuy­or­i­can Poets Café, Amer­i­can Indi­an Lit­er­a­ture: An Anthol­o­gy, Indi­vis­i­ble: Poems for Social Jus­tice, Native Amer­i­can Lit­er­a­ture : An Anthol­o­gy, Truth & Lies: An Anthol­o­gy of Poems, New Worlds of Lit­er­a­ture, A Mul­ti­cul­tur­al Read­er, Bow­ery Women: Poems, et That’s What She Said: Con­tem­po­rary Poet­ry and Fic­tion by Native Amer­i­can Women. 

Son seul ouvrage pub­lié est un recueil de seize poèmes inti­t­ulé Rid­ing the One-Eyed Ford (1981).

Burns avait écrit un roman inti­t­ulé Tequi­la Mock­ing­bird, qui n’a jamais été achevé. Une page de ce man­u­scrit a été pub­liée dans la revue Tribes, éditée par A Gath­er­ing of the Tribes.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Béatrice Machet

Vit entre le sud de la France et les Etats Unis. Auteure de dix recueils de poésie en français et deux en Anglais, tra­duc­trice des auteurs Indi­ens d’Amérique du nord. Per­forme, donne des réc­i­tals poé­tiques en col­lab­o­ra­tion avec des danseurs, com­pos­i­teurs et musi­ciens. Pub­liée entre autres chez l’Amourier (Muer), VOIX (DER de DRE), pour les ouvrages bilingues ASM Press (For Uni­ty, 2015) Pour les tra­duc­tions : L’Attente(cartographie Chero­kee), ASM Press (Trick­ster Clan, antholo­gie, 24 poètes Indi­ens)… Elle est mem­bre du col­lec­tif de poètes sonores et per­for­mat­ifs Ecrits — Stu­dio. Par ailleurs elle réalise et ani­me chaque deux­ième mer­cre­di du mois à par­tir de 19h une émis­sion de 55 min­utes con­sacrée à la poésie con­tem­po­raine sur les ondes de radio Ago­ra à Grasse. En 2019, elle pub­lie Tirage(s) de Tête(s) aux édi­tions Les lieux dits, Plough­ing a Self of One’s Own, paru en 2021 aux édi­tions Danc­ing Girl Press, (Chica­go), et TOURNER, petit pré­cis de rota­tion paru chez Tar­mac en octo­bre 2022, RAFALES chez Lan­sk­ine en 2024, SIGNÉ NO-ONE, celle du non, 2025.  
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