Anne-Lise Blanchard, Tableau du peu

Par |2026-01-06T16:39:16+01:00 6 janvier 2026|Catégories : Anne-Lise Blanchard, Critiques|

On ne doit pas s’étonner qu’une adepte du haïku cul­tive cette « néces­saire ascèse » dont elle par­le dans son nou­veau livre. Le Tableau du peu de Anne-Lise Blan­chard arrive à dire « entière­ment tout » avec « presque rien ». Sept tableaux sur­gis de rien pour dire l’attente, la patience et l’émerveillement.

«  L’entièrement tout », c’est d’abord le ter­ri­toire de l’enfance (« champs et chemins par­cou­rus ») que la poétesse évoque avec nos­tal­gie dans un des poèmes, ter­ri­toire d’enfance  devenu, à ses yeux, « con­ti­nent en dérive » sous les coups de boutoir de « la ville qui débar­que ». L’entièrement tout, c’est aus­si « l’absence des dis­parus », notam­ment celle d’une mère aimée, mais « un ange veille/qui apaise » et « desserre les nœuds/du ver­tige ». L’entièrement tout, c’est finale­ment au bout de la douleur, « l’incoercible désir/du plus grand ciel/à l’intérieur de soi ». Et que dire de ces « bat­te­ments de cœur » auprès de l’être aimé (« je m’ancre à des hanches/de grand chêne »). Anne-Lise Blan­chard est là, dans ce livre, pour dire ce monde qui nous tend les bras et, en défini­tive, pour « écrire l’espérance ». Car, nous dit-elle, il faut savoir « enten­dre la saveur du roy­aume » et « grig­not­er le visible ».

Son Tableau du peu  nous entraîne, sur le mode du « presque rien », dans une approche sen­sorielle de la vie comme le ferait un haïku. Il y a d’abord, dans ce livre, le feu d’artifice des couleurs au jardin. Fes­ti­val de fleurs déclinées au fil des pages (jacinthes, nar­ciss­es, tulipes, renon­cules, iris, dahlias…). La vue, donc. Mais aus­si le goût quand « arrive sous la dent le suc acidulé » des tomates. Le touch­er quand, au potager, la main « débusque le hari­cot ». L’odorat quand, dans la cam­pagne « l’odeur du mazout a effacé/la fra­grance du lait cru ». L’ouïe quand sur­git « la choré­gra­phie légère » des mésanges ou que vous parvi­en­nent, de-ci de-là, « des voix d’enfants ».

Anne-Lise Blan­chard (Auteur), Tableau du peu, Edi­tions Ad Solem, 2025, 96 pages, 15 €.

Poésie des cinq sens prenant la « démesure de l’infime ». Il importe, nous dit Anne-Lise Blan­chard, de « récur­er le poème ». Elle cite Anne Per­ri­er, François Cheng, Giuseppe Ungaret­ti … Sig­nant la pré­face, le poète bre­ton Jean-Pierre Boulic note à juste titre, à pro­pos de l’autrice, « un regard sur le réel de manière encore plus con­crète » que dans ses précé­dents livres et salue chez elle cette manière par­ti­c­ulière de soulign­er « l’importance de ce peu où flot­tent des odeurs de vie ».

Présentation de l’auteur

Anne-Lise Blanchard

Anne-Lise Blan­chard : Danseuse, choré­graphe, puis thérapeute. Longtemps col­lab­o­ra­trice de plusieurs revues de créa­tion lit­téraire et artis­tique dont Ver­so, Lieux d’Etre, Diérèse, présente en revues et antholo­gies. Plusieurs de ses poèmes sont traduits en ital­ien, anglais, espag­nol. Organ­ise le Print­emps poé­tique de Saint-Geoire-en-Val­­daine, au pied de la Char­treuse dont elle aime à par­courir cin­gles et som­mets ; mem­bre du Prix Étio­phile de lit­téra­ture africaine et des Caraïbes (pour se décen­tr­er, à défaut de se ren­dre dans ces con­trées) ; poète invité à la 26 e édi­tion du fes­ti­val de poésie de Sète « Voix vives de la méditer­ranée ». Plusieurs revues lui ont dédié un dossier : Diérèse n°45, été 2009 ; Dip­tyque #3, Entre-Deux, 2013 ; Poésie / pre­mière n°74, La poésie est danse, entre­tien avec Jacque­line Persi­ni, sep­tem­bre 2019 ; Tra­ver­sées n°101, été 2022.

Dernières pub­li­ca­tions : Une odeur d’enfance, poésie jeunesse, Voix Tis­sées (2023) ; Solil­oque pour ELLES, Tran­signum (2023) ; L’Horizon patient, Ad Solem (2022) ; Le Ravisse­ment de la marche, haïkus, Ate­lier du Grand Tétras (2021) ; Épit­o­mé du mort et du vif, Jacques André éd. (2019) ; Les jours suff­isent à son émer­veille­ment, Unic­ité (2018) ; Le Soleil s’est réfugié dans les cail­loux, Ad Solem (2017). https://anne-lise-blanchard.com/

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017). Ter­res natales (La Part Com­mune, 2022) Voir la fiche d’auteur
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