Dans la murmuration du monde — Rencontre avec Béatrice Bonhomme

Par |2026-03-06T15:08:14+01:00 6 mars 2026|Catégories : Béatrice Bonhomme, Rencontres|

Poète, cri­tique lit­téraire et pro­fesseure à l’Université Côte d’Azur, Béa­trice Bon­homme mène depuis plusieurs décen­nies une œuvre à la fois créa­trice et cri­tique, pro­fondé­ment engagée dans la défense et la trans­mis­sion de la poésie con­tem­po­raine. Elle a fondé en 1994 la revue de poésie et d’art Nu(e), qui a con­sacré de nom­breux numéros à des poètes con­tem­po­rains avant de pour­suiv­re son exis­tence en ligne. Son tra­vail poé­tique, atten­tif au monde vivant, au corps, à la mémoire et aux forces de la nature, se déploie dans une œuvre dense où l’écriture dia­logue sou­vent avec les arts et la matéri­al­ité du livre.

Son recueil Monde, genoux couron­nés (Col­lo­di­on, 2022) a reçu le Prix Mal­lar­mé 2023, l’un des prix majeurs de la poésie fran­coph­o­ne. Plus récem­ment, elle a pub­lié Mur­mu­ra­tions des oiseaux (La Rumeur libre, 2025), livre qui pour­suit cette atten­tion au vivant et au souf­fle du monde, a reçu le Prix Roger Cail­lois. A cette occa­sion, elle a accep­té de répon­dre à nos questions.

Dans Monde, genoux couron­nés, recueil qui a reçu le Prix Mal­lar­mé 2023, votre poésie sem­ble se tenir dans une ten­sion entre fragilité et célébra­tion du monde. Com­ment cette image para­doxale est-elle dev­enue pour vous une manière d’habiter poé­tique­ment le réel ?

Ma célébra­tion du monde n’est jamais une tran­scen­dance, jamais une élé­va­tion hors du monde. C’est juste le fait de dire et de nom­mer le monde dans la mer­veille qu’il peut être, mais aus­si sa pré­car­ité, sa fini­tude : « C’est tous les jours cet émer­veille­ment / De la lumière et des champs blancs. / C’est tous les jours cette mor­sure au cœur / Du temps et de la mort venus avec le soleil ». Comme le redi­ra Mur­mu­ra­tions des oiseaux, il n’y aucune recherche de sacré en dehors de celui du monde lui-même et des êtres qui l’habitent : « Ce serait cela, la réin­car­na­tion / Retrou­ver des mots après la mort / Un lan­gage de bête et de feuille/ Et faire un poème avec sa bave de chenille ».

Monde, genoux couron­nés, c’est à la fois la beauté du monde et sa chute, sa blessure comme, enfant, on se couronne les genoux en tombant. C’est le cheval qui bronche, trébuche et s’effondre en se couron­nant les genoux, puis que l’on abat. C’est le monde, la planète bleue, planète de mer­veilles, dom­inée, dev­enue la proie d’une exploita­tion forcenée et meur­trière : « Monde, cheval soyeux / Cheval de bleu et de lumière / Devenu bête de somme / Puis mis à bas / Genoux dans la pous­sière / Genoux couron­nés ». C’est vrai que dans ma poésie, il existe une célébra­tion du vivant, le vivant insé­paré où tous les règnes de la nature se rejoignent, minéral, végé­tal, ani­mal et humain. Et le vivant, par déf­i­ni­tion, est frag­ile, pré­caire, appelé à la fini­tude dans le pas­sage des oiseaux. De nos vies frag­iles et pré­caires, s’intensifie la pro­fondeur, avec et con­tre l’éphémère, à coup de sen­sa­tions vives et pas­sagères, dont l’acuité insai­siss­able a des reflets d’impossible.

Béa­trice Bon­homme, Monde, genoux couron­nés, Edi­tions Col­lo­di­ons, 2023.

Entre fragilité et célébra­tion, il y a une ten­sion, mais ce n’est pas une oppo­si­tion ou un para­doxe : « La chaleur du soir qui s’installe / Fraîche et blanche comme un flo­con de neige / Dans un ciel éclairé de luci­oles ». C’est cette ten­sion même qui crée la poésie. La célébra­tion du monde et de la vie passe juste­ment dans ma poésie par l’attention don­née aux choses et aux êtres les plus minus­cules et les plus frag­iles, dans cette écoute don­née à l’autre le plus infime de notre monde : « Avec nos petits moyens / de mots qui n’étreignent que le fil et le chan­vre ». C’est la mer­veille de toute chose qui va finir, de la pré­car­ité et de la fini­tude, cela devient pos­si­ble par une vision à hau­teur des choses, ni point de vue de Sir­ius, ni per­spec­tive de grenouille, mais accueil à l’autre. La poésie con­tient le car­ac­tère mirac­uleux de toute ren­con­tre, et elle institue un regard par­ti­c­uli­er : le regard à hau­teur des choses. C’est une écri­t­ure qui part de la sen­sa­tion d’une insé­pa­ra­tion au monde et pour­tant d’une con­nex­ion avec lui, d’un devenir infime, autant que l’herbe ou la coc­cinelle. Célébr­er toutes les mer­veilles de ce monde : « Le dessous de la feuille de l’olivier / De l’argent dans le soleil. » Le poème n’est pas main­mise sur les choses ou dom­i­na­tion, il est ren­con­tre, poème lancé dans l’ouverture générale, le « sans pourquoi », le disponible. La ques­tion est de préserv­er encore vibrant le cri de la sen­sa­tion, le coup de foudre du dis­pars, de l’événement poé­tique, car lorsque nous nous trou­vons dans un état de disponi­bil­ité intérieure, tout peut devenir événe­ment, événe­ment sans événe­ment, si l’on veut. Événe­ment qui n’est autre que celui de l’être en même temps que de l’écriture. Je célèbre les hum­bles comme, dans « Le cœur de la brodeuse », cette femme qui coud fidèle­ment et accom­plit sa tâche de tous les jours : « Elle était de la trempe de la lumière / de la coulée des oiseaux / Du courage des gens de la terre / De la matière de vent et d’eau ». Cette femme sim­ple s’occupe à des travaux sim­ples, des travaux de bien­veil­lance et d’amour, tournés vers les autres : « Pourquoi tout s’ordonnait / Quand elle s’occupait de nour­rir ses chats / D’éplucher les légumes […] Les enfants et les fous s’apaisaient / Aux gestes de son humil­ité ». Alors tous les règnes, minéraux, végé­taux, ani­maux et humains devi­en­nent poreux : « Elle habitait le monde / Dans la juste forme des galets ». Il y a une péné­tra­tion dans la beauté et la lumière du monde, jusque dans l’humilité des gestes d’arbre : « On entre dans la chaude liqueur du paysage / Il vous reçoit dans son étreinte / Sa présence de miel fon­du ». Ma poésie ne dépend plus de l’esse (de l’essence), mais de l’essaim qui déploie les êtres en mille direc­tions : « On entend dans le vent des remords de pluie / cer­tains oiseaux ont repris leurs piail­leries humides / le tilleul étale sa frondai­son / con­tre une averse prochaine ». Pour moi, la poésie mal­gré sa lucid­ité devant la mort, le temps qui passe et le des­tin humain, relève d’une cer­taine con­fi­ance et d’une célébra­tion, le coup de foudre quo­ti­di­en des ren­con­tres avec des instants de mer­veille : « Une table cou­verte d’une toile cirée orangée / Parsemée de trous comme des astres morts / Demeure sous le tilleul / Avec les chais­es dépareil­lées ». Voici les souf­fles, les graines, les par­fums, la neige et les oiseaux, la lumière au fil des saisons, traces, signes mul­ti­ples, inter­mit­tents, ténus. C’est ce que jamais l’on ne ver­ra deux fois : « Ce sont les jou­ets de tous les enfants du monde / Déposés là au hasard / Qui te pren­nent le cœur comme une rosée ».
Mur­mu­ra­tions des oiseaux donne une place cen­trale à l’écoute du vivant, comme si le poème nais­sait d’un frémisse­ment du monde. Dans votre pra­tique d’écriture, à quel moment ce qui relève encore de la sen­sa­tion ou de l’écoute devient-il véri­ta­ble­ment poème ?
Je vois les oiseaux blancs s’envoler dans le grand parc des Ever­glades comme le pre­mier matin du monde, les oiseaux dans le ciel de Naples, oiseaux noirs sur un ciel bleu, se regrouper en choré­gra­phie de vivants : « Un bal­let de tach­es noires ondu­lantes sur le ciel / C’est une vague for­mée de l’écume des étourneaux / Ils sont reliés entre eux au soleil couchant / Et changent d’orientation dans la lumière du soir ». Un mul­ti­ple har­monieux et syn­chro­nisé : « Et même les oiseaux avec leurs vols de migra­teurs / Écrivent mieux que nous leurs traces de vivants / Ondoy­ant dans l’écume du ciel ». Mur­mu­ra­tions des oiseaux, déjà dans son titre, com­porte la rumeur, le mur­mure des oiseaux, le frémisse­ment du vivant : « J’appelle mur­mu­ra­tion / Cet envol ori­en­té des oiseaux / Vers un bal­let d’aurores et de plumes ». « Mur­mu­ra­tions » dérive d’ailleurs de « mur­mur­er », qui sig­ni­fie pronon­cer à mi-voix, à voix basse, c’est l’écoute au plus près d’une scan­sion qui se ferait mur­mure, un mou­ve­ment devenant musique, devenant mots, devenant gestes, devenant rythme, devenant le bat­te­ment du monde, comme un chu­chote­ment per­ma­nent à mon oreille : « Pourquoi les oiseaux mur­murent-ils à notre oreille / A notre nuit ? ». C’est un mot assez rare, une sorte de mot-valise, car il relie, comme dans une synesthésie, la vision d’un bal­let d’oiseaux et de mots, avec le mur­mure, la rumeur : « Nous voudri­ons mur­mur­er en vols d’oiseaux ». À par­tir d’une ren­con­tre, vision et écoute, le poème naît comme une phrase orig­inelle, arché­typ­ale dans ma tête. Cette dernière ne pos­sède pas encore une syn­taxe ou une gram­maire, ou du moins pas tou­jours, mais elle a un rythme, un mou­ve­ment, une scan­sion, quelque chose qui au bout de quelque temps demande à s’écrire. Il y a en amont une ren­con­tre col­orée et visuelle, puis la phrase qui se dit, par­fois de façon lanci­nante, comme un élan, un désir, une force de rythme pur, et attend plusieurs semaines, plusieurs mois pour se struc­tur­er et revenir en poème : « Prenons des mots de plumes et d’ailes / Des manières de limace et de pluie / Prenons des façons d’oiseaux et de fleurs / Pour laiss­er pass­er la lumière ». 

Béa­trice Bon­homme, Mur­mu­ra­tions des oiseaux, Édi­tions La Rumeur libre,  2025, 144 pages, 18 €. ISBN 978–2‑35577–389‑1

 

Entre Monde, genoux couron­nés et Mur­mu­ra­tions des oiseaux, sen­tez-vous un déplace­ment dans votre écri­t­ure : une autre manière de respir­er le poème, de dis­tribuer le rythme ou de laiss­er appa­raître la nature dans la langue ?
Oui il y a une évo­lu­tion de l’écriture entre ces deux textes pour aller au plus près d’une écri­t­ure du nous et du transper­son­nel. Déjà dans Dia­logue avec l’anonyme et Deux paysages, pour, entre les deux, dormir, parus en 2018, je posais les prémiss­es d’une poé­tique de l’anonyme, qui veut s’oublier, oubli­er le moi et lier pro­fondé­ment l’expérience intime à l’universel. Le poète devient alors une inten­sité qui prend les risques du partage et de la sol­i­dar­ité, il s’exprime dans les lieux d’une com­mu­nauté refondée. Il est en quelque sorte la voix de l’anonyme. Dans Monde, genoux couron­nés, l’idée était de con­stru­ire une archi­tec­ture octog­o­nale dont la dimen­sion chiffrée allait vers l’être que nous gar­dons en nous. Le cœur du recueil est cen­tré sur deux ini­ti­atri­ces, à laque­lle j’ai voulu ren­dre hom­mage, deux femmes qui ont été essen­tielles dans ma voca­tion de poète accom­pa­g­nant ce chem­ine­ment à la fois vers les mots et le monde, tou­jours liés pour moi dès l’origine. Deux fig­ures tutélaires féminines, l’une inter­vient pour don­ner la cou­ture, le lien entre le monde et les mots, ce qui fait tis­su, la broderie, le tis­sage, puis l’autre offre la fas­ci­na­tion pour la lec­ture et les mots et fait qu’ils ne seront plus jamais séparés. Dans l’intervalle, ce que j’essaie d’exprimer, c’est la rela­tion au monde, la porosité à tous les règnes de la nature. Le lien au cos­mos, à tous les êtres les plus hum­bles, les plus minus­cules, cette place essen­tielle de lib­erté dans une affir­ma­tion d’un monde qui ne serait pas seule­ment dom­iné par l’humanité, mais respectueux et sen­si­ble à toutes les formes de vie. Ces deux recueils mar­quent une évo­lu­tion de ma pen­sée, mais restent égale­ment liés par cer­tains per­son­nages qui tra­versent les deux recueils comme la brodeuse, qui est aus­si l’écrivaine : « C’est ce que nous faisons / Dans nos textes. De la reprise./ Nous revenons sur nos pas et nous retis­sons le fil / Nous tri­co­tons un fil avec l’autre / Et nous créons du lien et de la lumière avec des mots / Déjà tant util­isés. Tra­duc­teurs du monde sen­si­ble / Nous cousons à notre façon décalée / Un peu mal­adroite tournée vers le pas­sage des mon­des. » Dans les deux recueils, on retrou­ve cette porosité au monde, aux élé­ments du monde et aux plus hum­bles présences : « J’écris arbre, j’écris feuille / j’écris chemin et limace rouil­lée / J’écris matin et soir / Print­emps-été, saisons / Lumière et nuit » / Vent et pluie » Dans Mur­mu­ra­tions des oiseaux, le chem­ine­ment devient pluriel. J’ai voulu met­tre en exer­gue la vision d’un mul­ti­ple har­monieux, celle de grandes nuées d’oiseaux par­tant vers le sud lors des migra­tions se rassem­blant, dit-on dans une stratégie totale­ment paci­fique de sim­ple défense con­tre les éventuels pré­da­teurs. Notre mur­mu­ra­tion à nous, humains, n’est pas dans le ciel, mais dans l’ici, dans cette sol­i­dar­ité au monde et aux autres. Ce livre dit aus­si notre lien avec le monde, notre insé­pa­ra­tion au monde et aux autres, per­me­t­tant de se met­tre à la place de l’autre dans une sol­i­dar­ité absolue.
Vous avez fondé la revue Nu(e) en 1994 et accom­pa­g­né pen­dant des années la pub­li­ca­tion de nom­breux poètes con­tem­po­rains. En quoi ce tra­vail d’écoute, de lec­ture et de dia­logue avec les œuvres des autres nour­rit-il ou trans­forme-t-il votre pro­pre écriture ?
J’ai créé NU(e) en 1994 et nous en sommes au 93ème numéro. La revue est passée d’un for­mat papi­er à un for­mat numérique et elle a désor­mais 32 ans. On peut dire, en 2026, qu’une des évi­dences de cette revue, c’est d’insister et de per­sis­ter. Insis­ter et per­sis­ter, c’est déjà résis­ter. La résis­tance, c’est d’abord un long temps. Une per­sévérance. De sur­croît, la revue con­siste en une autre approche de l’édition qui n’est pas celle des grandes édi­tions ori­en­tées vers la con­som­ma­tion. Pour tenir une revue, il faut tra­vailler tou­jours sur un fil, dans un équili­bre pré­caire entre le désir et la perte. La revue est un lieu de tra­vail, un lieu de cor­re­spon­dance, un lieu où tout le monde est à égal­ité. C’est le lieu de l’exercice de l’amitié. Le rôle de résis­tance qu’a joué la revue NU(e) a été finale­ment et para­doxale­ment son accueil même, son rôle de col­lec­tion­ner des textes de tous les bor­ds poé­tiques, de s’éloigner des querelles et de pra­ti­quer l’ouverture, per­me­t­tant à des textes et à des auteurs très dif­férents, voire opposés, de dia­loguer entre eux. Elle a per­mis la cohab­i­ta­tion de toutes les formes poé­tiques. La résis­tance de la revue est liée à cet échange où dif­férents courants ont pu se ren­con­tr­er. Ain­si notre man­i­feste même, c’est de ne pas avoir de man­i­feste : il n’existe pas qu’un seul courant, mais plutôt le souci de faire enten­dre la mélodie de tout un orchestre poly­phonique de voix. La revue per­met d’articuler les écri­t­ures d’aujourd’hui. Ce n’est pas une antholo­gie, c’est un espace, un lieu qui, dans une cer­taine mesure, prend son par­ti de l’hétérogène, de la diver­sité, qui recueille dif­férentes approches poé­tiques, puis les rassem­ble. Dans cette mise ensem­ble, il y a une volon­té de décloi­son­ner, de mêler et de rap­procher, de faire se crois­er des voix qui se trou­vaient enfer­mées, cha­cune dans son univers. La revue prend le rôle d’un lab­o­ra­toire, là où s’expérimente, se fab­rique la poésie. Elle pos­sède quelque chose d’artisanal. Elle donne envie d’écrire et entraîne en proces­sus de créa­tion. Même lorsque la revue pub­lie des auteurs déjà presque « clas­siques », elle leur laisse un espace dif­férent de celui de la grande édi­tion. Elle leur donne la pos­si­bil­ité de dire un cer­tain nom­bre de choses dif­férem­ment. Elle leur per­met de dire des choses qu’ils n’avaient pas dites ailleurs, et de baiss­er la garde d’une cer­taine façon. Chaque revue a ain­si con­sti­tué un espace offert à un poète qui choi­sis­sait lui-même les créa­teurs dont il voulait s’entourer, les plas­ti­ciens, les cri­tiques lit­téraires, les poètes avec lesquels il avait des affinités. Cette idée d’une revue con­sacrée à un poète et à ses amis a con­sti­tué une véri­ta­ble spé­ci­ficité. En effet, la revue comme espace de con­vivi­al­ité con­stitue une sorte d’espace de lib­erté sans normes par­ti­c­ulières. C’est assez orig­i­nal dans un monde où pré­cisé­ment tout est nor­mé, où tout répond à des critères préétab­lis. Nous lais­sons une totale lib­erté aux auteurs, ce qui d’ailleurs fait que cer­tains numéros comptent 300 pages et d’autres 100. De la même façon, les entre­tiens ne sont pas mesurés. Ain­si en est-il, entre autres, de l’entretien avec Bernard Var­gaftig qui compte plus de 40 pages. C’est aux coor­di­na­teurs d’imaginer un numéro qui échappe à la con­trainte per­ma­nente de notre société. La revue con­stitue aus­si une plate-forme pour des lec­tures publiques de poètes. Cela sort des formes de dis­cours qu’on entend à longueur de journée dans les médias, et per­met aux étu­di­ants de décou­vrir les voix sin­gulières de poètes. Tenir une revue, c’est ici un peu comme les hommes préhis­toriques qui gar­daient le feu pour qu’il ne s’éteigne pas. La poésie est échange et partage, on ne peut écrire replié sur son petit moi. Elle est accueil et ouver­ture. Elle est rédu­pli­ca­tion de miroirs, reflets, murs légendés de textes qui se répon­dent et dia­loguent à tra­vers l’espace et le temps, et cha­cun est fait de tout cet héritage, de ce pas­sage per­ma­nent d’un créa­teur à l’autre des fron­tières et des formes, pour que toute écri­t­ure se trans­forme au con­tact d’autres écri­t­ures, d’autres images, d’autres visions du monde, comme les planètes échangent entre elles. Alors ce tra­vail de revuiste est aus­si un rôle de passeur et de trans­met­teur, tout comme mon tra­vail de poète. Heureuse­ment, mon écri­t­ure évolue, se trans­forme aus­si au gré de tous ces échanges, ces con­tacts, de toute cette poésie partagée qui fait lien.
Votre poésie entre­tient sou­vent un dia­logue avec les arts visuels et avec la matéri­al­ité du livre. Com­ment la forme matérielle — papi­er, gravure, com­po­si­tion — par­ticipe-t-elle, selon vous, à l’expérience du poème sans jamais en détourn­er la force intérieure ?
Je pour­rais dire que, comme dans le rap­port aux mots, j’ai été immergée dès ma nais­sance dans le rap­port à l’art plas­tique, à la matéri­al­ité du tableau, sa con­cré­tude. Le lien à la pein­ture est com­pa­ra­ble à ce lien aux mots. J’ai été élevée dans l’odeur de pein­ture et de térében­thine. Mon père était pein­tre, mais comme un arti­san, un bricoleur, qui marou­flait partout des toiles, util­i­sait des pig­ments, de la colle, des pinceaux, des palettes. Les couleurs, comme les mots, c’était de la matière, du matéri­au, les formes habitaient le monde avec nous. Je ne fai­sais pas vrai­ment de dif­férence entre la table de la salle à manger, un livre de lec­ture et un appen­tis où pos­er des pots de couleurs. J’étais par­mi la pein­ture et les mots comme par­mi les meubles aux­quels on se tient pour appren­dre à marcher. Les mots et la pein­ture, c’était con­cret, c’était du vivant. Alors ensuite, quand j’ai créé une revue, j’ai demandé à une plas­ti­ci­enne, Sonia Guérin, d’en imag­in­er la cou­ver­ture. J’ai beau­coup tra­vail­lé à choisir le grain du papi­er, sa couleur blanc cassé, le bleu de cahi­er d’écolier de sa cou­ver­ture, la sobriété de son dessin. Puis j’ai chaque fois asso­cié le tra­vail des poètes à celui de pein­tres, de graveurs, de pho­tographes. J’ai moi-même, grâce à l’aide d’un graveur Serge Popoff, réal­isé quelques gravures dont cer­taines fig­urent dans Monde, genoux couron­nés, avec un trait tou­jours un peu sem­blable et obses­sion­nel qui incar­ne pour moi le tracé d’un être intérieur que je porte en moi. J’ai fait de nom­breux livres d’artiste avec dif­férents plas­ti­ciens. Pour moi, les mots et le texte sont con­crets comme des pig­ments sur la toile. C’est de la physique et du corps, comme les mots. La dis­po­si­tion du poème sur la page n’a pas ici une fonc­tion déco­ra­tive, mais cela mar­que l’importance de l’espace et de l’écriture dans le phénomène poé­tique. Sur la dis­po­si­tion, la com­po­si­tion de la page, le blanc trou­ve aus­si une place active et dynamique : « Les mots de l’oiseau bleu ou de la chat­te blanche / tour­naient autour du lit. » Le blanc typographique est devenu un élé­ment fon­da­men­tal de l’écriture du poème, une com­posante de son rythme. Ce rap­port entre la parole et le silence, entre l’écriture et le blanc est la ressource par­ti­c­ulière de la poésie, et c’est pourquoi la page est son domaine pro­pre. Ce rap­port au blanc est aus­si, en effet, un rap­port au corps, à la res­pi­ra­tion, au souf­fle, dans la réal­i­sa­tion typographique où la langue se présente comme une matière plus ou moins dense, un ensem­ble de signes plus ou moins espacés, plus ou moins énergé­tiques. Il y a sub­sti­tu­tion du lieu, de l’espace référen­tiel par un espace tout autre, en apparence, celui de la page, du poème, du livre. La poésie n’entend pas se com­pren­dre comme une entité pro­pre, insu­laire, mais elle tend bien plutôt à une plu­ral­ité de dis­cours et d’approches dont elle pour­ra s’enrichir. Cela per­met aux poètes une redé­cou­verte de la matière brute. Ain­si Jacques Dupin, par­lant d’Antoni Tàpies, évoque les « signes bruts, lap­idaires, brouil­lés, sus­pendus (qui) n’ouvrent que sur l’évidence de leur illis­i­bil­ité présente, leur incon­gruité de traces silen­cieuses ». Dans le poème, il y a incar­na­tion, c’est une habi­ta­tion du monde, rien d’abstrait pour moi ou de tran­scen­dant, mais une matéri­al­ité con­crète, physique, un poids des mots comme un poids des couleurs et des formes, pour mieux habiter la langue par les mots, par les formes, les couleurs et les gestes. Un peu comme le fait Rim­baud dans Voyelles et comme le font tous les enfants qui col­o­ri­ent leurs let­tres : « Je crois que si l’on perd les mots / On devrait en retrou­ver d’autres / Incon­nus, ignorés / Comme de nou­veaux jou­ets / Dans les cof­fres de l’enfance. »
Vous venez de recevoir le Prix Roger Cail­lois. Cette recon­nais­sance, qui dis­tingue des œuvres atten­tives à la rela­tion entre lit­téra­ture et monde, résonne-t-elle pour vous comme une con­fir­ma­tion d’une cer­taine vision de la poésie : une poésie qui relie les règnes, les êtres et les formes de vie ?
Roger Cail­lois est un poète et un penseur que j’ai appris à aimer dès l’âge de 17 ans, en Khâgne, où nos pro­fesseurs nous inci­taient à nous plonger dans les remar­quables études anthro­pologiques L’homme et le sacré ou Les Jeux et les hommes. J’ai été très frap­pée par la pen­sée de Cail­lois sur le jeu et je n’ai jamais oublié ses analy­ses ten­tant de définir les car­ac­téris­tiques du jeu comme Paidia ou Ludus ou dif­féren­ciant agôn, alea, mim­ic­ry, ilinx. Ma thèse sur Pierre Jean Jou­ve se sou­vient de ces analy­ses et s’intitule : Les Jeux de l’écriture et la quête du sacré, le jeu y ren­con­trant le rit­uel. Quant à mon recueil Mur­mu­ra­tions des oiseaux, il n’oublie pas, dans sa séquence sur « Les mots d’enfance », la force ludique du lien aux mots et à la poésie : « Alors de ces mots / Ren­dus plus hum­bles / Prêts à toutes les inven­tions / Comme le magi­cien des couleurs / Je crée des êtres hybrides / Poux-cail­loux-choux-genoux / Et puis nous ». Roger Cail­lois m’a égale­ment touchée comme poète par la dimen­sion cos­mologique de son œuvre, vibrante d’échos et de reflets et retour­nant à la présence arché­typ­ale de la pierre en mêlant obser­va­tion et médi­ta­tion poé­tique. Dans sa dédi­cace de Pier­res de 1966, il écrit ain­si : « Les pier­res sont demeurées ce qu’elles étaient, […] tou­jours dans leur vérité […] Je par­le des pier­res que rien n’altéra jamais ». Comme le dit Thomas Schmuck, les pier­res sont présentes depuis la nuit des temps, et elles seront encore les témoins de la fin des temps. Elles sont quelque chose « d’infime qui demeure » depuis le début de la planète, par­fois venues d’une autre étoile. Elles sont d’avant l’homme. Davan­tage, les pier­res elles-mêmes sont des mon­des, fig­u­rant des paysages, des fleuves, des mers et des forêts, et les cieux et la neige. Elles évo­quent des monts et des grottes, con­ti­en­nent des « lac[s] » et des « paysage[s] à l’exemple des agates, ren­fer­mant un « ciel de neige », dans lequel tour­bil­lon­nent de « gros flo­cons jaunes ». Par la présence de la pierre, on remonte à la nuit des temps. La poésie est fille de mémoire, la pierre est égale­ment un être de mémoire, mais elle est aus­si un être-là de l’écriture, faite de sur­gisse­ment, de vig­i­lance, de cette émer­gence d’une présence irréfutable, présen­tant des fig­ures et des signes que l’œil peut lire comme une écri­t­ure naturelle. Pas­sage entre le temps immé­mo­r­i­al dont témoigne le gran­it, et le temps du texte qu’elle énonce, la pierre con­fère au poète des impres­sions démi­urgiques, nous ramenant aux temps de l’origine et du mythe. Les car­ac­tères de la pierre définis­sent sa pos­ture face au temps. Présen­tant un texte dressé dans une édi­fi­ca­tion pier­reuse, elle est aus­si étoile stel­laire, cos­mologique. Elle per­met ain­si l’ouverture, la porosité au monde, car les hommes peu­vent devenir des pier­res, ils s’absorbent dans la pierre, ou bien ils pren­nent, lorsqu’ils con­tem­plent des pier­res, quelque chose de leur nature. Comme nous le dit Roger Cail­lois : « Je m’efforce de les saisir en pen­sée à l’ardent instant de leur genèse. Il me vient alors une sorte d’excitation très par­ti­c­ulière. Je me sens devenir un peu de la nature des pier­res ». Ain­si elles devi­en­nent, pour l’homme qui les con­tem­ple, « sup­ports d’exercice spir­ituel ». Wern­er de Freiberg, géo­logue mys­tique, trans­mit d’ailleurs à Novalis son intu­ition que les pier­res con­tin­u­ent toutes d’élever leur nature jusqu’à la pierre pré­cieuse. Mon intu­ition de la poésie résonne avec celle de Cail­lois, la poésie elle-même m’apparaissant comme un genre arché­typ­al, proche de la pierre des con­tes, de la légende, de la fable ou de l’épopée et touchant, comme la pierre, à l’impersonnalité, à l’anonymat.

Avec les oiseaux, j’écris pluciel.

Les ailes gris­es pren­nent espace de bleu
Pour quêter res­pi­ra­tion plus haut
Gravir au bal­con du regard
Nid d’aigle au cen­tre de la clue
Ailes déployées dans la pierre.

Oiseau de pierre et de montagnes
Arbore ses plumes grises
L’élan pier­reux prenant légèreté
D’enraciné dans le sol, s’envole. 

Envahis d’une cer­taine façon par l’extérieur, les poètes livrent une sen­si­bil­ité, un monde qui ne par­le pas seule­ment d’eux, mais bien de tous. Car, comme le sait Hölder­lin, le poète est « ouvert à fond », tra­ver­sé par des flux d’échanges d’éléments de choses, il bour­geonne, il ger­mine, envahi par le minéral, le végé­tal et l’animal, en des pro­por­tions insoupçonnables. Il devient lui-même la source d’insistance entre nous et les choses. Poète médi­a­teur, poète doté d’une porosité essen­tielle. La poésie dépasse toute forme d’expression d’une per­son­nal­ité, afin d’arriver à un niveau de général­ité com­mun à tous. Le poète n’est pas seule­ment un indi­vidu, dans sa parole poé­tique, il se trans­forme en une instance chorale qui fait réson­ner la voix col­lec­tive, la voix d’une com­mu­nauté, comme le fait le masque théâ­tral dans les tragédies grec­ques. Comme le con­te ou la fable, le poème devient parole col­lec­tive, partage­able, uni­verselle, qui rassem­ble l’intime et le col­lec­tif : « J’écris un corps légendé d’inscriptions et de hiéro­glyphes / Un corps cal­ligraphique, un corps pétri de let­tres et de dessins / un corps hybride pour tous les corps à hau­teur de planète. »

Présentation de l’auteur

Béatrice Bonhomme

Béa­trice Bon­homme, poète, direc­trice de revue, cri­tique lit­téraire, est pro­fesseure à l’Université Côte d’Azur. Spé­cial­iste des XX e et XXI e siè­cles, elle a créé, en 1994, avec Hervé Bosio, la Revue NU(e), revue de poésie et d’art qui a con­sacré de nom­breux numéros à la poésie con­tem­po­raine et paraît désor­mais en ligne sur POESIBAO. Elle est respon­s­able de La Société des lecteurs de Pierre Jean Jou­ve et a fondé, en 2003, un axe de recherche dédié à la poésie, POIEMA, au sein du CTELA. Elle a pub­lié études, arti­cles et ouvrages sur la poésie mod­erne et con­tem­po­raine dont Mémoire et chemins vers le monde et Pierre Jean Jou­ve, la quête intérieure, mais aus­si de nom­breux Actes dans le cadre de col­lo­ques qu’elle a dirigés à Cerisy. Le prix Léopold Sédar Sen­g­hor lui a été décerné en 2016 par le Céna­cle Européen – sa recherche ayant con­tribué à la recon­nais­sance de la poésie con­tem­po­raine – et, en juin 2019, le Prix Vénus Khoury-Gha­­ta pour son livre : Dia­logue avec l’Anonyme. Citons ses derniers livres de poèmes Les Boxeurs de l’absurde (L’Étoile des lim­ites, 2019), Pros­es écorchées au fil noir (Col­lo­di­on, 2020) et Monde, genoux couron­nés (Col­lo­di­on, 2023) qui a reçu le Prix Mal­lar­mé. Un livre sur l’œuvre poé­tique de Béa­trice Bon­homme Le mot, la mort, l’amour chez Peter Lang est paru en 2012. Deux revues Poésie- sur-Seine et Coup de soleil lui ont été con­sacrées (2020–21).

Bibliographie

Création

Direc­tion de la Revue NU(e), revue de poésie et d’art depuis 1994
Direc­tion de l’Association des lecteurs de Pierre Jean Jouve.
Mem­bre du Pen-Club français
Mem­bre de Prix de poésie :
Prix Louise Labé
Prix du poète résistant
Prix Vénus Khoury-Ghata
Distinctions :
Prix Léopold Sédar Sen­g­hor, par le Céna­cle Européen, 2016
Prix Vénus Khoury Gha­ta, 2019
Prix Mal­lar­mé 2023

Livres de création

• L’Âge d’en haut, Lavaur, éd. Traces, 1991. Deux Gravures de Mario Villani.
In Absen­tia, Plouzané, éd. An Amz­er, 1993. Pré­face de Jacques Lep­age. Dessins de François
Thierry.
• Le Pas de la Clé, La Tronche, éd. La Vague à l’âme, 1994. Dessin de François Thier­ry sur la
couverture.
• Lieu-dit du bout du monde, Colomiers, éd. Encres vives, 1994.
• Jeune homme mar­ié, nu, suivi de L’Univers n’en sait rien, Nice, éd. NU(e), « Poèm(e) », 1995.
• Sauvages, Paris, éd. Moires, 1997. Illus­tra­tion de Tris­tan Bastit.
• Le Des­sai­sisse­ment des Fleurs, Cherves, éd. Rafaël de Sur­tis, « Pour une terre inter­dite » 1997.
Pré­face de Daniel Leuw­ers. Illus­tra­tion de Mario Villani.
• Jour­nal de l’absence ini­tiée, Colomiers, éd. Encres vives, 1998.
• Poumon d’oiseau éphémère, Paris, éd. Moires, 1998. Illus­tra­tion de Tris­tan Bastit.

• Les Gestes de la neige, Coaraze, éd. l’Amourier, 1998. Pré­face de Salah Stétié. Fron­tispice et
gravure orig­i­nale d’Henri Maccheroni.
• Sabre au clair, Cannes, éd. Tipaza, 1998. Dessin orig­i­nal de Jean-Claude Le Gouic.
• La Grève Blanche, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, 1999. Séri­gra­phie d’Alberte Garibbo.
• Le Nu bleu, Coaraze, éd. l’Amourier, 2001. Pré­face Bernard Var­gaftig. Pho­togra­phies Sonia
Guerin, Jean-Marie Riv­el­lo, Béa­trice Bon­homme, dessin Mario Villani.
• Nul et non avenu, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, 2002. Séri­gra­phie de Claire Cuenot.
• L’Âge d’en haut, réédi­tion aug­men­tée, Colo­mars, éd. Mélis, 2004. Pré­face de Tris­tan Hordé.
• Jeune homme mar­ié, nu, réédi­tion aug­men­tée, Colo­mars, éd. Mélis, 2004. Pré­face de Salah Stétié.
• Poumon d’oiseau éphémère, réédi­tion aug­men­tée, Colo­mars, éd. Mélis 2004. Pré­face de Bernard
Vargaftig.
• Pho­togra­phies, Colo­mars, éd. Mélis, 2004. Pré­face de Serge Martin.
• Cimetière étoilé de la mer, Colo­mars, éd. Mélis, 2004. Pré­face de Claude-Louis Combet.
• La Mai­son aban­don­née, Colo­mars, éd. Melis, 2006. Post­face de Bernard Var­gaftig. Pas­tels de
Chris­tine Charles.
• Muti­la­tion d’arbre, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, 2008. Pré­face de Bernard Vargaftig.
Cou­ver­ture et page de garde, pein­ture, auto-por­­trait de Mario Villani.
• Pas­sant de la lumière, Jegun, éd L’Arrière-Pays, 2008. Auto­por­trait de Mario Villani.
• Kaléi­do­scope d’enfance, Nice, éd. de la revue NU(e), avril 2012 d’après un spec­ta­cle de lanterne
mag­ique. Pein­tures de Stel­lo Bonhomme.
• Vari­a­tions du vis­age et de la rose, Jegun, éd. L’Arrière-Pays, 2013. Fron­tispice de Stello
Bonhomme.
• L’Indien au boucli­er, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, novem­bre 2013. Fron­tispice de Stello
Bon­homme, dessin de Patrice Vil­lani sur la dernière page.
• Dia­logue avec l’Anonyme, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, 2018. Fron­tispice de Claire Cuenot.
• Deux paysages pour, entre les deux, dormir, Cana­da, Hal­i­fax, éd. VVV, 2018. Palimpses­te de
Michaël Bishop.
• Les Boxeurs de l’absurde, Four­ma­gnac, éd. L’Étoile des Lim­ites, 2019.
• Pros­es écorchées au fil noir, Mers-sur-Indre, éd. Col­lo­di­on, 2020.
• Monde, genoux couron­nées, Mers-sur Indre, éd. Col­lo­di­on, 2022.

Livres avec des artistes

• L’Embellie, 1998. Nice, Pho­togra­phies de Hen­ri Maccheroni.
• Sabre au Clair, Cannes, éd. Tipaza. 1998. Illus­tra­tions de Jean-Claude Le Gouic avec une
pein­ture orig­i­nale, livre fer­mé par un galet peint en jaune.
• Femme de tulle et de pierre posée sur du papi­er, Nice, éd. NU(e), juin 1999. Gravure bleue répétée
avec vari­a­tions de tirage par Serge Popoff.
• Une Pierre dans le front, Nice, éd. NU(e), sep­tem­bre 1999. Encre de Serge Popoff, col­lée au
papi­er col­lant par les soins de Serge Popoff,
• Les Chevaux de l’enfance, Nice, éd. NU(e), mai 2000 avec cinq Gravures de Serge Popoff.
• Frag­ments d’un désert, Nice, éd. NU(e), févri­er 2001 avec des pho­togra­phies de Françoise
Vernas-Maunoury.
• L’Incendie de l’enfance, Saint-Hilaire du Rosier, livre conçu par Thier­ry Lam­bert pour son édition
de livres objets : « Le Galet ». Pas­tels de Thier­ry Lambert.
• La Fin de l’éternité, Nice, éd. NU(e), 3 mars 2002 avec neuf Pho­togra­phies de Danielle Androff.
• Bleu équili­bre sans filet, Nice, éd. NU(e), 7 avril 2002. Cinq gravures pleine page et une gravure
dou­ble page. Cou­ver­ture : gravure dou­ble page de Serge Popoff.

• Le Pre­mier Bleu. Éclate­ments bleus des fron­tispices de lumière, Nice, éd. NU(e), 2002. Six pas­tels pleine
page de Arnaud Lamiral.
• Mémoire et méta­mor­phose dans l’œuvre de Serge Popoff, Nice, éd. NU(e), 2002. Neuf gravures de Serge
Popoff, celle du colophon étant de Sonia Popoff.
• La Faille de Terre, Nice, éd. NU(e), 2002, Livre en tis­su, 7 « feuilles » teintes et peintes, Le texte
est man­u­scrit sur le tis­su par le poète et débor­de sur la pre­mière page (cou­ver­ture) et la
dernière page (cou­ver­ture).
• Pier­res Tombales, Nice, 2002. Livre en argile, en forme de boîte avec 15 « pages » en argile une
« page » de titre et 2 « pages » de garde reliées ensem­bles à la fin. Fab­riqué par Marie José
Armando.
• Une toile d’oiseaux, Tours, Le livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, vol­ume de la col­lec­tion « Pli »,
automne 2002. Sept exem­plaires avec un dessin orig­i­nal de Mario Villani.
• Une toile d’oiseaux, Tours, Le livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, vol­ume de la col­lec­tion « Pli »,
automne 2002. Sept exem­plaires tous avec des gravures orig­i­nales noires et blanch­es, avec un
col­lage de tis­sus bleu et vert de Serge Popoff.
• Uni­tas mul­ti­plex suivi de Aleph, Nice, 25 jan­vi­er 2002.Trois dessins pleine page, et un dessin
orig­i­nal sur la cou­ver­ture de Mau­rice Peirani.
• 18 Route de Mail­let à Cluis, Saint-Hilaire du Rosier, livre conçu par Thier­ry Lam­bert pour son
édi­tion de livres objets : « Le Galet », sep­tem­bre 2004. Qua­tre gravures de Mau­rice Cohen.
• Gran­ité de la pierre. Saint-Hilaire du Rosier, livre conçu par Thier­ry Lam­bert pour son édi­tion de
livres objets : « Le Galet », 2004. Cinq pas­tels de Thier­ry Lambert.
• La Claire, Reynès, éd. de l’eau, 20 juin 2004. Avec deux gravures en manière-noire d’Albert
Woda.
• Présence de la pierre, Sauvet­erre du Gard, éd. de la Bal­ance, 2004. Avec des aquarelles de Mireille
Brunet-Jailly.
• Signes, Nice, Les ate­liers Art­val, sep­tem­bre 2005, avec des textes de Béa­trice Bonhomme,
Arnaud Vil­lani et Gérard Ruck­er et des acryliques sur Arch­es de Gérard Alto. + un original
sur Arches.
• Laiss­er couler le bleu de l’encre pour répar­er le gris des choses, Nice, sep­tem­bre 2006. Trois exemplaires
avec Youl. Le livre, fab­riqué par Youl, se présente dans une dis­po­si­tion en accordéon avec un
ruban bleu col­lé sur un car­ton noir.
• Tu fêtes l’anniversaire des fleurs avec ta générosité cou­tu­mière, Nice, sep­tem­bre 2006. Trois exemplaires
avec Youl. Le livre, fab­riqué par Youl, se présente comme un par­chemin roulé autour d’un
bâton, puis inséré dans un roseau évidé (40x9cm).
• La Fleur de vin, la Fleur de sang, Nice, sep­tem­bre 2006. qua­tre exem­plaires avec Youl. Le livre,
fab­riqué par Youl se présente comme une seule grande feuille car­ton­née blanche pliée en deux
sur laque­lle est col­lée une feuille de papi­er trans­par­ent par­cou­rue de qua­tre ficelles de cordes
et cou­verte des dessins et col­lages de Youl.
• Ves­tiges, Nice, 2007. Livre fab­riqué par Youl avec des inter­ven­tions de Youl.
• Aigrettes lumineuses, Nice, 2007. Livre fab­riqué par Youl avec des inter­ven­tions de Youl.
• Caméléonne, Nice, 2007. Livre fab­riqué par Youl avec des inter­ven­tions de Youl.
• Une épure, Nice, 2008. Livre fab­riqué par Youl avec des inter­ven­tions de Youl.
• La Mai­son du poète oublié, Nice, 2009. Livre fab­riqué par Youl avec des inter­ven­tions de Youl.
• Sur la trace légère de quelques oiseaux, La Rochelle, com­posé et achevé d’imprimer par Alain
Thomas en févri­er 2006, A&T édi­tions. sept dessins de François Garros.
• L’Incendie pré­caire, Nice, éd. NU(e), octo­bre 2007 avec sept acryliques de Clau­dine Rovis.
• Dans les silences du Passeur, Tours, Le Livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, « Pli », novem­bre 2007.
Pas­tels de Clau­dine Rovis.
• Fron­tières de ta vie, La Rochelle, A&T édi­tions, 2008. Il a été tiré de cet ouvrage vingt-
six exem­plaires numérotés de 1 à 26. Illus­tré de sept pein­tures orig­i­nales de François Garros.

• Mas­cara pan­i­ca, tra­duc­tion en espag­nol d’un poème de Béa­trice Bon­homme. Revue Amastra-
N‑Gallar, d’Emilio Arauxo, Gali­cie, 2008.
• Pré­car­ité de la lumière, Lan­guidic, Mor­bi­han, Press­es numériques des édi­tions de la Canopée,
2009, col­lec­tion Le Passeur, dirigée par François Ran­nou. Enrichi de col­lages (exem­plaires en
rouge, jaune et vert) et de per­fo­ra­tions de Thier­ry Le Saëc.
• Une ligne de mémoire érigée dans l’absentement du blanc, Mont­pel­li­er, éd. À tra­vers, 2016. Cinq
pein­tures de Jacques Clauzel.
• Paysage, Nice, éd. d’Alain Freixe 2017. Gravure de Serge Popoff.
• Let­tre-poème Tamis­age, Rennes, éd. La Riv­ière Échap­pée, « Babel heureuse », deux­ième série,
2018.
• L’Être, Tours, Le Livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, « Dernier vers », 2020. Aquarelles de
Giraud Cauchy.
• Le Cœur de la brodeuse, Tours, Le Livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, « Au-dessous du volcan »,
2020. Col­lages de Jean-Noël Bachès.
• Stèles de la lumière, Tours, Le Livre pau­vre de Daniel Leuw­ers, « Les Immé­mo­ri­aux », 2020.

Récits, Nouvelles, Théâtre

• La Fin de l’éternité (théâtre), Nice, éd. NU(e), 2002.
• El Fin de la Eternidad, Tra­duc­tion en espag­nol pour la créa­tion de la pièce à Grenade. Granada,
2009.
• Pour fêter une enfance, (réc­it), Nice, éd. NU(e), 2002. Pho­togra­phies, col­lec­tion per­son­nelle de
Béa­trice Bonhomme.
• Dernière ado­les­cence (réc­it), Nice, éd. NU(e), 2002. Pho­togra­phies, col­lec­tion per­son­nelle de
Béa­trice Bonhomme.
• Marges (jour­nal), Nice, éd. NU(e), 2002. Pho­togra­phies, col­lec­tion per­son­nelle de Béatrice
Bonhomme.
• Nou­velles d’Aurora, (nou­velles), Nice, éd. NU(e), 2005.

Textes et voix dans des films
• Poumon d’oiseau éphémère (2007).
• Kaléi­do­scope d’enfance (2012).
• Le Point du jour (2016).

Tra­vail avec un compositeur 
Ste­fan Wirth, à par­tir du texte
Poumon d’oiseau éphémère

Ouvrages et revues con­sacrés à l’œuvre de Béa­trice Bonhomme
• Ilda Tomas et Peter Col­lier, Béa­trice Bon­homme Le mot, la mort, l’amour, Bern, Peter Lang, 2013,
437 pages.
• Revue Bleu d’encre numéro 36 (direc­tion Claude Don­nay) « Béa­trice Bon­homme », Press­es de la
Mai­son de la poésie d’Amay, Hiv­er 2016, p. 1 à 25.

• Revue Poésie sur Seine numéro 101 con­sacré à Béa­trice Bon­homme (direc­tion Pas­cal Dupuy),
Saint-Cloud, novem­bre 2020, p. 1 à 31.
• Revue Coup de soleil, Poésie et Art, numéros 108/109, « Spé­cial Béa­trice Bonhomme »
(direc­tion Michel Dunand), Annecy, juin 2020, 76 pages.

Arti­cles
• Geneviève Guetemme, « Pas­sant de la Lumière, un texte pho­tographique de Béatrice
Bon­homme » in French Forum, Vol­ume 37, Nos1 et 2, (dir. Philippe Met) 2012, p. 195–222.
• Myr­i­am Watthee-Del­­motte, « Faire recon­naître l’absent ; poésie et rites mor­tu­aires chez
Béa­trice Bon­homme in Bau­douin Decharneux, Cather­ine Maig­nant et Myr­i­am Watthee-
Del­motte, Esthé­tique et spir­i­tu­al­ité I : Enjeux iden­ti­taires, Fer­nel­mont, Édi­tions Modulaires
Européennes, 2012, p. 231–243.
• Myr­i­am Watthee Del­motte, « Les tombeaux lit­téraires : du rite au texte » Esthé­tique et spiritualité
II : Cir­cu­la­tion des mod­èles en Europe, in Bau­doin Decharneux, Cather­ine Maigant et Myriam
Watthee-Del­­motte, EME, 2012, p. 289–306.
• Michaël Bish­op, « Béa­trice Bon­homme, dis­jonc­tion, irré­ductible, agapé » in Dystopie et poiein,
agnose et recon­nais­sance, seize études sur la poésie française et fran­coph­o­ne con­tem­po­raine, Amsterdam-New
York, NY 2014, Rodopi, Chi­as­ma no 34, p. 141–151.
• Ilda Tomas, « Béa­trice Bon­homme Caresse et Carence : l’absence infinie » in Arc–en-ciel Etudes
sur divers poètes, Peter Lang, 2014, p. 28–39.
• Fran­ca Alaimo e Anto­nio Melil­lo, Il Cor­po, l’Eros, Antolo­gia di testi poet­i­ci, Giu­liano Ladolfi
Edi­tore, « Béa­trice Bon­homme », 2018, p. 37–39.
• Arnaud Beau­jeu, « Béa­trice Bon­homme-Vil­lani, une voix en clair-obscur », Site Poezibao,
2018, 16p.
• Fan­ny Berdah, Poétique(s) du bleu en poésie con­tem­po­raine ? Les exem­ples du Ciel pas d’angle de
Dominique Four­cade, d’une His­toire de bleu de Jean-Michel Maulpoix, du Nu bleu de Béatrice
Bon­homme et de Bleu fauve de Zéno Bianu, Mas­ter 2 sous la direc­tion de Olivi­er Gal­let, Paris,
Sor­bonne, 2020.
• Michaël Bro­phy, « Une voix posée sur le monde : la poésie de Béa­trice Bon­homme » in NU(e),
Poèt(e)s, Site Poez­ibao, 2021, p. 135–145
Sur la Revue NU(e)
• La Revue NU(e), 10 entre­tiens sur la poésie actuelle, Brux­elles, Édi­tions de la Let­tre Volée, 2013,
145 pages.
• NU(e) : une revue, des voix, la poésie, Une esthé­tique de la ren­con­tre sous la direc­tion de Marie-
Joque­viel-Bour­­jea, Édi­tions Her­mann, coll. « Ver­tige de la langue », 2019.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

mm

Carole Mesrobian

Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian est poète, cri­tique lit­téraire, revuiste, per­formeuse, éditrice et réal­isatrice. Elle pub­lie en 2012 Foulées désul­toires aux Edi­tions du Cygne, puis, en 2013, A Con­tre murailles aux Edi­tions du Lit­téraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sur­sis en con­séquence. En 2016, La Chou­croute alsa­ci­enne paraît aux Edi­tions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachd­jian par Van­i­na Pin­ter, Car­ole Car­ci­lo Mes­ro­bian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Flo­rence Laly, Chris­tine Tara­nov,  aux Edi­tions La chi­enne Edith. Elle est égale­ment l’au­teure d’Aper­ture du silence (2018) et Onto­genèse des bris (2019), chez PhB Edi­tions. Cette même année 2019 paraît A part l’élan, avec Jean-Jacques Tachd­jian, aux Edi­tions La Chi­enne, et Fem mal avec Wan­da Mihuleac, aux édi­tions Tran­signum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diag­o­nale de l’écrivain, Agence­ment du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octo­bre, un recueil écrit avec Alain Bris­si­aud paru chez PhB édi­tions. nihIL, est pub­lié chez Unic­ité en 2021, et De nihi­lo nihil en jan­vi­er 2022 chez tar­mac, L’Ourlet des murs, en mars 2022, 28 jours à Yahidne édi­tions Unic­ité, 2023, Fal­loir, édi­tions de Cor­levour, 2025. Elle par­ticipe aux antholo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Appa­raître (2018, Terre à ciel) De l’hu­main pour les migrants (2018, Edi­tions Jacques Fla­mand) Esprit d’ar­bre, (2018, Edi­tions pourquoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Edi­tions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Antholo­gie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antholo­gie de poésie fémi­nine con­tem­po­raine, (2020, Pli­may), Exis­ter, écrire, résis­ter Académie d’écrivain-e‑s sur les droits humains, Presse uni­ver­si­taire de Stras­bourg. Par­al­lèle­ment parais­sent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Cap­i­tal des mots, Poe­siemuz­icetc., Le Lit­téraire, le Salon Lit­téraire, Décharge, Tex­ture, Sitaud­is, De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l’ag­neau, Décharge, Pas­sage d’en­cres, Test n°17, Créa­tures , For­mules, Cahi­er de la rue Ven­tu­ra, Libr-cri­tique, Sitaud­is, Créa­tures, Gare Mar­itime, Chroniques du ça et là, La vie man­i­feste, Fran­copo­lis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ven­tre et l’or­eille, Point con­tem­po­rain, Ver­so. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Bris­si­aud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Mar­i­lyne Bertonci­ni, de Femme con­serve de Bluma Finkel­stein, de L’E­tranger de Salah Al Ham­dani, Le NOUS qui nous habite Chris­tiane Somoneau. Elle dirige la revue de poésie en ligne Recours au poème. Elle est secré­taire générale des édi­tions Tran­signum, dirige les édi­tions Oxy­bia crées par régis Daubin, est con­cep­trice, réal­isatrice et ani­ma­trice de l’émis­sion et pod­cast L’ire Du Dire dif­fusée sur radio Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM, et prési­dente du P.E.N. Club français — Cer­cle lit­téraire international.
[print-me]

Sommaires

Aller en haut