Habiter entre les langues — Rencontre avec Erkut Tokman

Par |2026-09-17T06:21:06+02:00 6 septembre 2026|Catégories : Erkut Tokman, Rencontres|

Erkut Tok­man est l’une des fig­ures artis­tiques les plus poly­mor­phes à avoir émergé de la Turquie con­tem­po­raine. Poète inter­na­tion­al mul­ti­lingue, tra­duc­teur, édi­teur, et artiste de la per­for­mance et des arts visuels, il a vécu et tra­vail­lé à Lon­dres, Milan, Istan­bul et Bucarest, et réside actuelle­ment à Ostra­va, en République tchèque, où il pour­suit un Mas­ter en Arts Inter­mé­di­aires à l’U­ni­ver­sité. Explo­rateur pas­sion­né des poé­tiques mon­di­ales, ses poèmes, tra­duc­tions et cri­tiques lit­téraires sont large­ment pub­liés dans des revues inter­na­tionales de pre­mier plan, notam­ment The Poet­ry Review, World Lit­er­a­ture Today, New Human­ist, Poet­ry Buenos Aires, Dear Vac­cine (Wick Poet­ry Cen­ter Anthol­o­gy), Poets for Sci­ence, Escape into Life, Poets of Lon­don (en ligne), PEN/Opp de Suède et la revue du PEN Ital­ien. Sa poésie a égale­ment été dif­fusée sur la sta­tion de radio nationale ital­i­enne, RAI 3.

Erkut Tok­man est l’au­teur de neuf recueils de poésie — inté­grant à la fois la poésie visuelle et expéri­men­tale — et a traduit cinq antholo­gies com­plètes depuis l’i­tal­ien, le roumain et l’anglais. En 2019, il a rem­porté le Prix de tra­duc­tion pour la poésie du min­istère ital­ien de la Cul­ture pour un ouvrage pré­facé par Evgueni Evtouchenko et illus­tré par Ado­nis. Il est égale­ment lau­réat des prix de poésie Sal­va­tore Qua­si­mo­do (Jaci) et Messi­na Cit­tà d’Arte. Tout au long de sa car­rière, il a réal­isé des entre­tiens avec des fig­ures lit­téraires de renom telles qu’Orhan Pamuk, Joyce Car­ol Oates, Ado­nis, Aslı Erdoğan, Burhan Sön­mez, Milo De Ange­lis, Alice Not­ley, etc.

Pro­fondé­ment influ­encé par l’her­métisme ital­ien, le mys­ti­cisme soufi, le mod­ernisme européen et les vastes tra­di­tions poé­tiques anglo-sax­onnes et améri­caines, sa voix sin­gulière s’in­spire de lignées de maîtres tels que W.B. Yeats, Walt Whit­man, Emi­ly Dick­in­son, T.S. Eliot et Nâzım Hik­met, et est ancrée dans des mou­ve­ments comme Garip, İki­nci Yeni… Par­al­lèle­ment à son écri­t­ure et sa pra­tique artis­tique allient les pra­tiques clas­siques et les vecteurs numériques, allant de la vidéo d’art aux instal­la­tions mixtes sur acrylique, util­isant des objets du quo­ti­di­en qui pren­nent appui sur ses études sur le théâtre menées au Roy­aume-Uni au mime cor­porel d’É­ti­enne Decroux, il a présen­té des per­for­mances en direct lors de fes­ti­vals inter­na­tionaux de pre­mier plan, notam­ment au Poet­ry Café de Lon­dres et au Mala­mut Per­for­mance Art Fes­ti­val. Il est mem­bre act­if d’Ex­iled Writ­ers Ink (Roy­aume-Uni) et du PEN (Ital­ie, Turquie), où il a siégé au sein du Comité des écrivains emprisonnés.

 

Erkut Tok­man. © Versopolis. 

 

Poésie & Lan­gage visuel

Vos poèmes visuels en série “O’nun şiir­leri” (Poèmes à la troisième per­son­ne) réduisent le texte écrit au qua­si-néant, s’ap­puyant sur des sym­bol­es, des ponc­tu­a­tions et des images spa­tiales. Com­ment con­cevez-vous cette min­imi­sa­tion rad­i­cale du mot — est-ce une libéra­tion de l’imag­i­na­tion du lecteur, une cri­tique des con­ven­tions de la poésie con­tem­po­raine, ou l’amorce d’un nou­veau lan­gage visuel pour l’ère numérique ?

Tout d’abord, je vous remer­cie pour cette inter­view et pour l’intérêt que vous portez à mon par­cours artis­tique et lit­téraire. C’est un hon­neur de répon­dre à vos ques­tions, et en par­ti­c­uli­er à cette pre­mière ques­tion, à la fois puis­sante et riche de sens. Vos obser­va­tions et vos inter­pré­ta­tions de « O’nun Şiir­leri » sont d’une grande justesse, et je les appré­cie profondément.

À mon avis, un poète doté de mon aura et de mon tem­péra­ment a besoin d’une lib­erté totale pour repouss­er et élargir les lim­ites de l’écriture con­tem­po­raine comme de l’écriture clas­sique, dans toutes leurs dimen­sions. Cela est d’autant plus vrai lorsque l’on vit dans un pays où la poésie con­tem­po­raine reste pris­on­nière de cer­tains préjugés et demeure forte­ment attachée à la tra­di­tion — bien davan­tage qu’en Europe, où la nou­veauté est sou­vent réduite à une sim­ple imi­ta­tion des élans de la tra­di­tion poé­tique occidentale.

Ces lim­ites, ces préjugés et ces obsta­cles m’ont poussé à aller au-delà des fron­tières de la poésie con­tem­po­raine tra­di­tion­nelle. Ils m’ont con­duit à faire évoluer mon tra­vail de manière beau­coup plus rad­i­cale que la plu­part des poètes turcs con­tem­po­rains. Ain­si, chaque nou­veau recueil que j’ai pub­lié au fil des années a con­sti­tué une nou­velle étape, ouvrant à chaque fois un espace poé­tique et un mode d’expression dif­férents de ceux qui l’avaient précédé.

En ce sens, mon cinquième livre, « Lupoc », peut être con­sid­éré comme un tour­nant. Il a con­sti­tué une œuvre de tran­si­tion vers une poésie visuelle et rad­i­cale­ment expéri­men­tale. J’y ai fait de la ponc­tu­a­tion un élé­ment cen­tral et, dans une moin­dre mesure, util­isé des matri­ces math­é­ma­tiques, des for­mules chim­iques et cer­tains sym­bol­es, afin de décon­stru­ire et de recon­stru­ire la syntaxe.

Mon objec­tif était d’élargir visuelle­ment le champ séman­tique et syn­tax­ique de la langue. Pour vous don­ner un exem­ple con­cret, une ligne de Lupoc dit ceci : « Alfred Hitch­cock : Ceci n’est pas une pipe Lupoc René Magritte. » En une seule ligne, cette for­mule fait s’effondrer le mon­tage ciné­matographique du mod­ernisme, la sub­ver­sion con­ceptuelle du sur­réal­isme et l’autoréférentialité du post­mod­ernisme, et posi­tionne ain­si Lupoc comme une nou­velle étape qui s’inscrit dans leur héritage tout en cher­chant à le dépasser.

Cette démarche a ouvert la voie à une évo­lu­tion ultérieure vers un style qui est, comme vous l’avez souligné, presque totale­ment dépourvu de texte : min­i­mal­iste dans le lan­gage et max­i­mal­iste dans la visu­al­ité. Cer­taines pages présen­tent des défor­ma­tions ou des con­struc­tions con­ceptuelles non lin­guis­tiques, volon­taire­ment dérangeantes, qui bous­cu­lent les habi­tudes de lec­ture et de com­préhen­sion du lecteur. Elles créent une imagerie visuelle à par­tir de ce que je con­cep­tu­alise et que j’appelle les « par­tic­ules atom­iques de la langue » : une notion pro­pre à ma démarche, qui désigne spé­ci­fique­ment les signes de ponc­tu­a­tion et les sym­bol­es que j’utilise comme unités élé­men­taires de cette écriture.

Par rap­port à « Lupoc », « O’nun Şiir­leri » pousse cette démarche encore plus loin. La série utilise ces « par­tic­ules atom­iques » pour créer une imagerie visuelle con­ceptuelle proche des arts visuels. Naturelle­ment, l’étape suiv­ante de mon par­cours poé­tique et artis­tique m’a con­duit vers l’art numérique.

Puisque vous venez d’un pays comme la France, qui pos­sède une immense tra­di­tion de poésie expéri­men­tale et visuelle depuis la Sec­onde Guerre mon­di­ale, et qui a joué un rôle majeur dans la lit­téra­ture européenne et mon­di­ale au cours de cette péri­ode, je pense que vous com­pren­drez aisé­ment ma démarche. Mon par­cours poé­tique s’est nour­ri de cet héritage intel­lectuel. C’est sur ces fon­da­tions que j’ai con­stru­it ma pro­pre imagerie artis­tique, authen­tique et indépen­dante — une imagerie qui prend racine en Ana­tolie et dans les régions qui l’entourent — les Balka­ns, le Cau­case, le Moyen-Ori­ent, etc. — tout en étab­lis­sant des ponts avec les tra­di­tions lit­téraires et artis­tiques européennes et mondiales.

Saus­sure a posé le principe selon lequel l’écriture est sec­ondaire par rap­port à la parole. Der­ri­da a ren­ver­sé ce pos­tu­lat, ouvrant la voie à une con­cep­tion de l’écriture visuelle comme lan­gage à part entière. Barthes, quant à lui, a mon­tré que la forme du texte se recom­pose dans l’acte de lec­ture. Par­al­lèle­ment, les maîtres de l’avant-garde — de Mal­lar­mé et Apol­li­naire à Cum­mings, en pas­sant par les pio­nniers dadaïstes comme Hugo Ball et Kurt Schwit­ters, qui ont dépouil­lé les mots jusqu’à leur essence graphique — ont mis ces idées en pra­tique, faisant de la forme visuelle du poème un sens à part entière.

Cette remise en ques­tion de la fron­tière entre le ver­bal et le visuel est pro­fondé­ment ancrée dans l’histoire de l’art, et tout par­ti­c­ulière­ment dans le dadaïsme et le sur­réal­isme. En tant que fer­vent admi­ra­teur de René Magritte, j’ai créé ce lan­gage visuel en par­tant notam­ment de ce qu’il a inti­t­ulé La Trahi­son des images (Ceci n’est pas une pipe), que je con­sid­ère comme une forme de trahi­son du lecteur par le lan­gage lui-même.

Ma pro­pre poésie s’inscrit dans cette lignée. Elle cherche à créer son pro­pre lan­gage visuel et son pro­pre alpha­bet, tout en pous­sant plus loin l’héritage de ces maîtres et en l’ouvrant à de nou­velles possibilités.

Par con­séquent, pour répon­dre à la dernière par­tie de votre ques­tion, « O’nun Şiir­leri » est fon­da­men­tale­ment une syn­thèse des trois pistes que vous évo­quez. Il s’agit à la fois d’une cri­tique rad­i­cale des con­ven­tions con­tem­po­raines, d’une libéra­tion de l’imagination du lecteur par l’acte de réécri­t­ure, et de l’émergence d’un nou­veau lan­gage visuel pro­pre à l’ère numérique.

 

Le répara­teur de cœurs, d’Erkut Tok­man, Fes­ti­val Mala­mut 2024. © Versopolis. 

 

Col­lab­o­ra­tion interdisciplinaire

Votre série Dadadairies (qua­tre vol­umes) a réu­ni des sculp­teurs, des pro­fesseurs d’opéra, des sopra­nos et des artistes-pho­tographes de Roumanie, des États-Unis et de Turquie. Quelle est la logique créa­trice et poli­tique de ces col­lab­o­ra­tions transna­tionales, et en quoi tra­vailler à tra­vers des dis­ci­plines — sculp­ture, voix, pho­togra­phie et poésie — trans­forme-t-il le sens final de l’oeuvre ?

La série Dadadairies con­stitue ma pre­mière œuvre d’art visuel et inter­dis­ci­plinaire, dévelop­pée en qua­tre vol­umes. Elle repose sur un entrelace­ment étroit entre textes poé­tiques et poli­tiques et imagerie visuelle. Son con­cept fon­da­teur s’appuie sur une dou­ble méthodolo­gie rigoureuse : soit l’utilisation de pho­togra­phies préex­is­tantes représen­tant les œuvres de mes col­lab­o­ra­teurs, soit la décon­struc­tion et la recom­po­si­tion d’images visuelles sélec­tion­nées à par­tir de dif­férents motifs.

Ce paysage visuel est ensuite asso­cié à des archives textuelles de type ready-made, recueil­lies aléa­toire­ment sur Inter­net et cor­re­spon­dant aux jours et aux mois pré­cis de la chronolo­gie his­torique du mou­ve­ment Dada, de 1916 à 1923. Tan­dis que les années his­toriques du dadaïsme demeurent fix­es et ser­vent d’ancrage con­ceptuel, je par­cours ces dif­férentes dates afin de com­pos­er une chronolo­gie textuelle d’événements poli­tiques, artis­tiques, soci­aux et envi­ron­nemen­taux majeurs.

Pour chaque vol­ume, j’ai choisi une ques­tion sociopoli­tique urgente comme sujet cen­tral — les droits des femmes, le paci­fisme face à la guerre ou encore les droits de l’enfant, par exem­ple — afin de con­stru­ire une sorte de jour­nal visuel et textuel mul­ti­dis­ci­plinaire. Je jux­ta­pose ces archives chronologiques à des images visuelles sous lesquelles je com­pose des textes poé­tiques et lit­téraires qui vien­nent soulign­er le thème cen­tral de chaque volume.

Chaque numéro s’achève par un poème dada final, conçu dans la plus pure tra­di­tion dadaïste selon une tech­nique de découpage et de col­lage de phras­es, inspirée des col­lages de jour­naux réal­isés à l’époque. Le texte devient ain­si lui-même un matéri­au visuel, soumis aux mêmes opéra­tions de frag­men­ta­tion, de déplace­ment et de recom­po­si­tion que les images.

Sur les plans créatif et poli­tique, ce proces­sus fonc­tionne comme une réécri­t­ure man­i­feste de l’histoire. Dans Dadadairies 3, par exem­ple, j’ai col­laboré avec plusieurs sculp­teurs roumains de renom­mée inter­na­tionale, issus de la lignée artis­tique de Con­stan­tin Brân­cuși, par­mi lesquels Mircea Roman, Adri­an Pîrvu, Mihai Balko et Judit Balko.

Dans le qua­trième vol­ume, con­sacré aux droits de l’enfant, j’ai élar­gi ce dia­logue transna­tion­al en réal­isant de cour­tes inter­views avec des enfants de plus de douze pays répar­tis sur plusieurs con­ti­nents. Je leur ai posé une seule et même ques­tion por­tant sur leurs droits. Dans ce même vol­ume, afin de soulign­er l’importance de l’éducation musi­cale dans le développe­ment indi­vidu­el et la con­science sociale de l’enfant, j’ai égale­ment fait inter­venir des artistes lyriques — pro­fesseurs et sopra­nos — orig­i­naires de Roumanie et des États-Unis.

En défini­tive, en tran­scen­dant les fron­tières géo­graphiques et dis­ci­plinaires — entre la voix, la sculp­ture, la pho­togra­phie et la poésie —, Dadadairies trans­forme l’œuvre finale en une archive vivante et col­lec­tive, où se ren­con­trent le trau­ma­tisme his­torique et l’activisme contemporain.

La tra­duc­tion comme création

Vous êtes recon­nu comme l’un des grands tra­duc­teurs de poésie roumaine et ital­i­enne en turc, ayant traduit plus de 60 poètes con­tem­po­rains ain­si que des fig­ures clas­siques telles que Giuseppe Ungaret­ti, Mihai Emi­nes­cu et Nichi­ta Stă­nes­cu. Con­sid­érez-vous la tra­duc­tion comme un acte de créa­tion artis­tique à part entière, et com­ment négo­ciez-vous la ten­sion inévitable entre fidél­ité à la voix orig­i­nale et exi­gences de la langue poé­tique turque ?

Tout d’abord, je vous remer­cie de me présen­ter comme un tra­duc­teur majeur de la poésie roumaine et ital­i­enne. En tant que poète mul­ti­lingue, je me suis con­sacré corps et âme aux langues et aux cul­tures des pays où j’ai vécu et tra­vail­lé. La Roumanie et l’Italie en font par­tie, mais je dois égale­ment citer le Roy­aume-Uni et la République tchèque, où je réside actuellement.

Pour moi, il ne s’est jamais agi d’un sim­ple voy­age à tra­vers dif­férents espaces géo­graphiques, mais d’une immer­sion directe dans leur lit­téra­ture, leur poésie, leurs modes de vie, leurs cou­tumes, leurs tra­di­tions culi­naires, leur nature et, par-dessus tout, leur pop­u­la­tion. Le fait de vivre au sein de ces milieux lit­téraires et de nouer des liens étroits avec leurs acteurs cul­turels m’a pro­gres­sive­ment con­duit vers la tra­duc­tion poé­tique, au fur et à mesure de mes pro­grès lin­guis­tiques au fil des années.

Je dois égale­ment avouer que, bien que je n’aie jamais vécu en France, j’ai eu l’occasion de vis­iter plusieurs villes français­es à de nom­breuses repris­es. Mes études de français, notam­ment à l’Institut français et chez Berlitz, ont nour­ri mon pro­fond attache­ment à votre langue.

En réal­ité, mon approche mul­ti­cul­turelle et mul­ti­lingue de l’existence trou­ve son orig­ine dans ma ville natale, Istan­bul. J’ai gran­di dans l’atmosphère cos­mopo­lite, mul­ti­lingue et mul­tire­ligieuse de Hey­be­li­a­da (Hal­ki), l’une des îles des Princes d’Istanbul. Cet héritage de l’enfance et de la jeunesse s’est pro­fondé­ment enrac­iné en moi et a ori­en­té mon des­tin vers une explo­ration per­ma­nente de cul­tures et de villes dif­férentes — un voy­age qui se pour­suit encore aujourd’hui et qui, sans doute, m’accompagnera jusqu’à mon dernier souffle.

Nav­iguer entre les langues romanes, l’anglais et ma langue mater­nelle, le turc, à tra­vers la lec­ture, l’écriture et la tra­duc­tion, a façon­né en moi une per­spec­tive à la fois plus vaste et plus solide sur la lit­téra­ture et le monde.

En tant que lecteur pas­sion­né de poésie du monde entier, je me suis épris de nom­breux grands poètes qui ont éclairé mon pro­pre par­cours. La tra­duc­tion poé­tique est incon­testable­ment l’un des exer­ci­ces les plus exigeants qui soient, car elle impose au tra­duc­teur de saisir l’imagerie, la struc­ture, l’aura et la cadence intérieure pro­pres à chaque créateur.

Traduire d’une langue source vers sa langue mater­nelle demeure tou­jours préférable et, en tant que locu­teur natif du turc, c’est naturelle­ment la pra­tique que je priv­ilégie. Cepen­dant, même si la tra­duc­tion vers une langue étrangère exige une maîtrise excep­tion­nelle et une grande agilité lin­guis­tique, il m’arrive, en de rares occa­sions, de m’y essay­er également.

Je conçois l’art de la tra­duc­tion comme un pont jeté entre deux paysages gram­mat­i­caux dis­tincts. Plus pro­fondé­ment, il exige une trans­for­ma­tion glob­ale des émo­tions, des formes, de la langue vivante et des struc­tures poé­tiques, qu’elles soient anci­ennes ou mod­ernes. Il faut s’imprégner de la biogra­phie du poète, de son con­texte sociopoli­tique, ain­si que des fonde­ments his­toriques et philosophiques de son époque.

En défini­tive, la tra­duc­tion n’est pas un exer­ci­ce de mimétisme mot à mot, mais une inter­pré­ta­tion con­ceptuelle exigeante : il s’agit de pass­er d’une struc­ture séman­tique et d’une syn­taxe à une autre, tout en préser­vant l’imagerie, les sonorités intérieures et les jeux de lan­gage. Au fond, on recrée le poème dans une autre langue, presque comme un acte de clon­age artis­tique.

Il faut accepter que, si cer­taines qual­ités du texte orig­i­nal sont inévitable­ment per­dues, de nou­velles valeurs esthé­tiques peu­vent appa­raître dans la langue d’arrivée. Un grand tra­duc­teur cherche ain­si un équili­bre har­monieux, en réduisant autant que pos­si­ble l’écart entre ce qui est per­du et ce qui est gagné.

À ce jour, j’ai traduit six livres pub­liés — cinq recueils de poésie et une pièce de théâtre — à par­tir de trois langues, tan­dis que trois autres recueils de poésie sont actuelle­ment en attente de publication.

Le couron­nement de ces années d’engagement est venu en 2019, lorsque j’ai rem­porté le Prix de tra­duc­tion du min­istère ital­ien de la Cul­ture pour un ouvrage pré­facé par Evgueni Evtouchenko et illus­tré par des cal­ligra­phies d’Adonis — deux fig­ures majeures de la poésie mon­di­ale, Ado­nis rési­dant d’ailleurs à Paris. Cer­taines autorités con­sid­èrent ce prix comme l’une des qua­tre dis­tinc­tions de tra­duc­tion les plus impor­tantes au monde. Pour ma part, je reste hum­ble­ment recon­nais­sant, quelle que soit la place que l’on choi­sisse de lui accorder.

Mon expéri­ence de la tra­duc­tion s’est égale­ment enrichie au cours des années où j’ai présidé l’Académie inter­cul­turelle de poésie et de tra­duc­tion de Turquie. Nous y avons organ­isé des ate­liers inter­na­tionaux en col­lab­o­ra­tion avec plusieurs insti­tu­tions européennes de pre­mier plan, telles que l’Institut français d’études ana­toli­ennes (IFEA), NORLA (Nor­we­gian Lit­er­a­ture Abroad) et le départe­ment de tra­duc­tion de l’Union des écrivains roumains.

J’ai égale­ment par­ticipé active­ment, en tant que tra­duc­teur, à des ate­liers uni­ver­si­taires con­sacrés à la tra­duc­tion poé­tique à l’Université de Boğaz­içi à Istan­bul. J’y ai partagé mon expéri­ence lors de ren­con­tres pro­fes­sion­nelles avec des étu­di­ants et col­laboré avec leurs asso­ci­a­tions et clubs uni­ver­si­taires. J’ai aus­si par­ticipé à des sémi­naires con­sacrés à l’art de la tra­duc­tion à l’Université de Mersin.

Toutes ces expéri­ences ont con­sid­érable­ment élar­gi ma com­préhen­sion de ce que sig­ni­fie traduire la poésie.

 

Erkut Tok­man and Sabine Schiffn­er — Impris­oned Between Black and White. © Ver­sopo­lis.

Poésie-per­for­mance & le corps

En tant que fon­da­teur du mou­ve­ment AÇIK ŞİİR et artiste for­mé à la danse mod­erne et au théâtre à Lon­dres et à Bucarest, vos per­for­mances se sont déployées au Poet­ry Café de Lon­dres, au Venice Bor­ders Art Fes­ti­val et au fes­ti­val LitVest en Roumanie. En quoi la présence du corps, du mou­ve­ment et de la voix trans­forme-t-elle fon­da­men­tale­ment ce qu’un poème peut accom­plir — et que peut offrir la per­for­mance que la page écrite ne peut pas ?

Ma démarche de per­for­mance est née de mes études théâ­trales à Lon­dres, que j’ai ensuite appro­fondies à Bucarest et à Istan­bul. J’ai eu le priv­ilège de me for­mer auprès de fig­ures majeures du théâtre physique, notam­ment auprès de représen­tants de la deux­ième généra­tion issue de l’enseignement d’Étienne Decroux, tels que Claire Heggen (Théâtre du Mou­ve­ment, Paris), Denise Boulanger (L’École de Mime, Québec) et Geral­dine Stephen­son, anci­enne enseignante de la Laban School et met­teuse en scène pour la Roy­al Shake­speare Company.

J’ai égale­ment par­ticipé à dif­férents ate­liers de danse mod­erne, notam­ment auprès de mem­bres des com­pag­nies de Mer­ce Cun­ning­ham et de Marie Ram­bert. Ces expéri­ences m’ont appris à con­sid­ér­er mon pro­pre corps comme une forme d’art à part entière. Decroux, en par­ti­c­uli­er, a exer­cé sur moi une influ­ence déter­mi­nante et a durable­ment façon­né ma con­cep­tion de la per­for­mance. Je con­tin­ue aujourd’hui à inté­gr­er ces dif­férentes tra­di­tions théâ­trales ain­si que ces influ­ences mul­ti­dis­ci­plinaires dans mon tra­vail, comme autant de com­posantes essen­tielles de ma pratique.

Le mou­ve­ment AÇIK ŞİİR (Poésie ouverte) est né pour répon­dre à un pro­fond manque de pra­tiques per­for­ma­tives dans la poésie turque. Fondé à İzmir avec trois autres poètes, je lui ai don­né son nom et j’en ai rédigé le pre­mier man­i­feste. Pen­dant cinq ans, ce mou­ve­ment a con­tribué à dynamiser la poésie turque, don­nant lieu à de nom­breuses per­for­mances publiques et inter­dis­ci­plinaires qui ont fait naître des textes, des poèmes, des instal­la­tions ain­si que des pris­es de posi­tion mil­i­tantes et politiques.

AÇIK ŞİİR était fon­da­men­tale­ment une rébel­lion con­tre la réc­i­ta­tion pas­sive du texte. Le mou­ve­ment repo­sait sur une action col­lec­tive et directe dans l’espace pub­lic, priv­ilé­giant le pas­sage du mou­ve­ment au texte plutôt que du texte au mou­ve­ment. Il a rapi­de­ment pris une dimen­sion inter­na­tionale, rassem­blant plus de quar­ante mem­bres à tra­vers le monde et réu­nis­sant des artistes issus de dis­ci­plines var­iées — pein­tres, musi­ciens, car­i­ca­tur­istes, mais aus­si sim­ples citoyens.

Par exem­ple, le groupe de rock ama­teur ital­ien et antifas­ciste Umarells a rejoint le mou­ve­ment. J’ai réal­isé avec eux une per­for­mance dans le métro de Milan ain­si qu’en stu­dio, mêlant slam poé­tique et rock autour d’un poème de Nâzım Hikmet.

Par­al­lèle­ment à cette activ­ité col­lec­tive, j’ai tou­jours pour­suivi une pra­tique indépen­dante de la per­for­mance, en présen­tant mon tra­vail dans dif­férents lieux et fes­ti­vals inter­na­tionaux. Cela com­prend notam­ment des per­for­mances de sol­i­dar­ité en faveur d’écrivains empris­on­nés, comme İlh­an Sami Çomak, une per­for­mance au Poet­ry Café de Lon­dres, ain­si que « Mr. Cos­mos », une per­for­mance de sci­ence-fic­tion présen­tée au fes­ti­val LitVest en Roumanie et réin­ter­pré­tant la scène de l’interrogatoire du film Alphav­ille de Jean-Luc Godard.

J’ai égale­ment créé « Dark­Per­for­mance », une per­for­mance réal­isée dans l’obscurité totale au sein d’une librairie d’İzmir. Aujourd’hui, cette recherche sur la per­for­mance trou­ve un pro­longe­ment dans mes études de mas­ter à l’Université d’Ostrava. Au cours des trois dernières années, en République tchèque et en Pologne, je me suis pro­duit dans des fes­ti­vals impor­tants tels que Mala­mut, Prague Micro et Oko Nie Śpi à Byd­goszcz, ain­si que dans des insti­tu­tions comme la GVUO (Galerie des Beaux-Arts d’Ostrava) et la Nibiru Art Gallery.

Dans la con­cep­tion clas­sique, la per­for­mance est sou­vent réduite à une inter­pré­ta­tion théâ­trale du texte par le geste et le mime, venant soutenir ou pro­longer l’expression du poète — par­fois avec l’appui de la musique ou de la danse. Pour moi, cepen­dant, l’art de la per­for­mance n’a pas besoin du texte : c’est plutôt le texte qui peut avoir besoin de l’acte soma­tique du corps pour se recréer.

À l’image de ma poésie visuelle, qui réduit le texte écrit à presque rien, mes per­for­mances utilisent elles aus­si très peu de mots. Par exem­ple, lors de ma per­for­mance à Byd­goszcz, les seules paroles pronon­cées étaient « take it ». Je con­stru­is prin­ci­pale­ment mon lan­gage cor­porel à tra­vers le mime et le tra­vail physique du corps, en exp­ri­mant ma vision à l’aide d’objets, de tis­sus et d’installations spécifiques.

Cette démarche entre­tient une prox­im­ité par­ti­c­ulière avec le ciné­ma de Béla Tarr : dans le silence, le corps com­mence à par­ler au-delà des lim­ites du lan­gage. Tout comme les objets pos­sè­dent une présence presque vocale et menaçante dans son chef‑d’œuvre Le Cheval de Turin, où la réal­ité matérielle sem­ble par­ler plus fort que n’importe quel dia­logue, mes per­for­mances don­nent au corps, aux tis­sus et aux instal­la­tions le rôle de per­son­nages silen­cieux qui mur­murent leur pro­pre récit.

L’espace scénique et le pub­lic lui-même entrent alors dans un dia­logue silen­cieux avec le per­formeur. C’est pré­cisé­ment ce que la page écrite ou le texte clas­sique ne peu­vent pas faire de la même manière. Alors que la réc­i­ta­tion tra­di­tion­nelle risque de réduire le pub­lic au rôle de con­som­ma­teur pas­sif d’un sens déjà con­sti­tué, l’art de la per­for­mance vient bous­culer ce confort.

Par l’action soma­tique directe, il trans­forme les spec­ta­teurs en penseurs act­ifs et en inter­prètes. Mon tra­vail per­for­matif ouvre ain­si un vaste espace de lib­erté inter­pré­ta­tive, trans­for­mant le pub­lic, de sim­ples récep­teurs, en co-créa­teurs essen­tiels de l’événement artistique.

L’Ex­pres­sion­nisme Archétypal

Vous avez été inté­gré au mou­ve­ment de l’Ex­pres­sion­nisme Arché­typ­al, que vous décrivez comme ancré dans votre ent­hou­si­asme de longue date pour les mou­ve­ments artis­tiques expéri­men­taux — Cubisme, Dadaïsme, Futur­isme, Sur­réal­isme, Con­struc­tivisme. Com­ment l’Ex­pres­sion­nisme Arché­typ­al syn­thé­tise-t-il ces influ­ences pour créer quelque chose de nou­veau, et où situez-vous votre tra­vail visuel et numérique au sein — ou au-delà — du cadre de ce mouvement ?

Mon inté­gra­tion au mou­ve­ment de l’Expressionnisme Arché­typ­al — notam­ment à tra­vers ma série d’art numérique en cinq pièces, « O’nun Rüyası » (Le Rêve de la troisième per­son­ne), et ma série en huit pièces, « O’nun Müz­iği » (La Musique de la troisième per­son­ne) — mar­que une évo­lu­tion déci­sive dans mon par­cours créatif. Ces œuvres con­stituent les derniers chapitres exclu­sive­ment numériques de « O’nun Şiir­leri ». Je les ai volon­taire­ment exclues de la ver­sion imprimée du livre afin qu’elles puis­sent exis­ter en ligne, avant qu’elles ne trou­vent leur aboutisse­ment dans ma pre­mière expo­si­tion per­son­nelle, « Zen­Zem », présen­tée à la Galerie Jama d’Ostrava en 2025.

Le mou­ve­ment de l’Expressionnisme Arché­typ­al a été fondé et théorisé par l’éminent pein­tre et écrivain roumain Con­stan­tin Sev­erin. Je l’ai décou­vert par l’intermédiaire de Man­ri­co Murzi, le légendaire poète ital­ien voyageur, avec qui je partageais une pro­fonde admi­ra­tion pour Giuseppe Ungaret­ti. Par la suite, Sev­erin et moi nous sommes ren­con­trés à Bucarest et à İzmir, où il a don­né plusieurs con­férences impor­tantes con­sacrées à cette nou­velle fron­tière artistique.

Comme l’explique Sev­erin, ce mou­ve­ment s’inscrit dans ce qu’il appelle un « Troisième Par­a­digme », situé pré­cisé­ment entre le fig­u­ratif et l’abstrait. Il s’appuie forte­ment sur les arché­types psy­chologiques de Carl Jung ain­si que sur le con­cept d’atemporalité, afin de redé­cou­vrir la mémoire col­lec­tive de l’humanité à tra­vers les formes de notre vie intérieure et les traces lais­sées par les civil­i­sa­tions lointaines.

Ses car­ac­téris­tiques fon­da­men­tales — la pré­ci­sion struc­turelle, l’utilisation de formes géométriques pour exprimer des mys­tères humains qui résis­tent à toute tra­duc­tion, ain­si que la créa­tion d’un espace visuel à la fois ances­tral et futur­iste — entrent en pro­fonde réso­nance avec ma con­cep­tion de l’art numérique.

Dans mes créa­tions numériques, j’utilise des con­fig­u­ra­tions géométriques abstraites et symétriques pour con­stru­ire l’illusion d’un espace-temps infi­ni. Par la répéti­tion, la trans­for­ma­tion, puis la défor­ma­tion et la recom­po­si­tion de ces formes à la fois arché­typ­iques et futur­istes, mon tra­vail absorbe et réin­ter­prète cer­taines des influ­ences his­toriques du futur­isme, du sur­réal­isme et du cubisme.

Bien que j’abandonne toute fig­u­ra­tion tra­di­tion­nelle, j’introduis égale­ment des objets physiques du quo­ti­di­en dans mes œuvres matérielles : des branch­es, des pier­res, du sable ou du bois vien­nent ain­si pren­dre place au sein de com­po­si­tions en pein­ture acrylique et d’installations autonomes.

Mon expo­si­tion « Zen­Zem » pro­longeait pré­cisé­ment cette explo­ration de la nature humaine à tra­vers les dimen­sions mys­tiques, médi­ta­tives et chamaniques de la terre. Le boud­dhisme zen con­sti­tu­ait l’un des prin­ci­paux ancrages spir­ituels de l’exposition. J’avais notam­ment instal­lé au cen­tre de la galerie un véri­ta­ble « arbre à vœux », con­stru­it à par­tir de branch­es d’arbres.

À l’image de mon tra­vail per­for­matif, mes expo­si­tions sont résol­u­ment inter­ac­tives. Je rejette le for­mat pas­sif de la galerie tra­di­tion­nelle et trans­forme l’espace d’exposition en une véri­ta­ble arène per­for­ma­tive. L’exposition com­mence en réal­ité dans la rue, dans la ville ou même chez soi, avant l’arrivée du vis­i­teur, et se pour­suit longtemps après son départ sous la forme d’une expéri­ence qui con­tin­ue à vivre et à se transformer.

En dépouil­lant le lan­gage de son vocab­u­laire con­ven­tion­nel, aus­si bien dans mes poèmes visuels que dans mon art numérique, je m’appuie sur ce que je défi­nis comme mes « par­tic­ules atom­iques » : les signes de ponc­tu­a­tion, les matri­ces et for­mules chim­iques ain­si que les sym­bol­es mathématiques.

Dans le con­texte du Troisième Par­a­digme de Sev­erin, ces signes cessent d’être de sim­ples élé­ments typographiques. Ils devi­en­nent des arché­types atem­porels, un alpha­bet struc­turel capa­ble de com­mu­ni­quer un sens humain pro­fond au-delà des mots.

Par la répéti­tion récur­sive de ces formes abstraites, j’élargis, j’anime et je fais évoluer l’œuvre au-delà de la sur­face cartési­enne, sta­tique et bidi­men­sion­nelle. Je cherche ain­si à pro­jeter directe­ment le pub­lic dans les troisièmes et qua­trièmes dimen­sions, où s’ouvre un espace de lib­erté inter­pré­ta­tive totale.

 

POÈME OUVERT. Per­for­mance n° 5, Nâzım Hik­met ! 

Engage­ment thématique

Votre tra­vail visuel met con­stam­ment en avant les prob­lèmes soci­aux de l’époque, avec des sujets thé­ma­tiques récur­rents cen­trés sur l’an­ti-guerre, les droits des femmes et les droits des enfants. En tant que mem­bre du Comité des écrivains empris­on­nés et poète ayant vécu dans des con­textes poli­tique­ment tur­bu­lents, com­ment nav­iguez-vous entre l’ex­péri­men­ta­tion esthé­tique et l’ur­gence poli­tique — la forme rad­i­cale peut-elle elle-même con­stituer un acte de résistance ?

L’artiste et le poète sont les témoins indis­pens­ables de leur époque, inex­tri­ca­ble­ment liés aux envi­ron­nements poli­tiques, soci­aux et naturels de leur société. Mon art reflète tou­jours les deux faces d’un même miroir : le Chaos du monde immé­di­at et l’Ordre du Cos­mos. Dans mon univers créatif, le Chaos se man­i­feste par une protes­ta­tion vis­cérale, une rébel­lion rad­i­cale et un acte de témoignage lucide. Mon livre Lupoc con­stitue, sans l’ombre d’un doute, une man­i­fes­ta­tion à la fois poé­tique et sociale, appelant le lecteur con­tem­po­rain à une action indi­vidu­elle et urgente. Ce lan­gage visuel trou­ve sa fil­i­a­tion dans l’alphabet sym­bol­ique de Paul Klee, tan­dis que mes con­cep­tions de la per­for­mance entrent directe­ment en réso­nance avec le con­cept de « sculp­ture sociale » de Joseph Beuys, pour qui « chaque être humain est un artiste ». Cette volon­té de bris­er les hiérar­chies éli­tistes s’inspire égale­ment de la démarche rad­i­cale d’humanisation du Car­avage, qui représen­tait le sacré à tra­vers les vis­ages et les corps des gens ordi­naires. Dans ce champ tur­bu­lent de la révolte poli­tique, ma voix poé­tique s’inscrit dans la tra­di­tion de la résis­tance human­iste de Nâzım Hik­met, faisant réson­ner les ten­sions du monde à tra­vers un cri farouche en faveur de la dig­nité humaine. La forme rad­i­cale peut, en elle-même, con­stituer un acte de résistance.

Cette philoso­phie fait directe­ment écho à mon par­cours de mil­i­tant de ter­rain. Dès mes années uni­ver­si­taires, lorsque je jouais dans des pièces engagées de Bertolt Brecht et de Ser­met Çağan, je n’ai cessé de lut­ter con­tre les forces anti­dé­moc­ra­tiques et l’oppression poli­tique. Plus tard, j’ai élar­gi cet engage­ment à la défense des écrivains empris­on­nés, en tra­vail­lant active­ment au sein du Comité des écrivains empris­on­nés (WiPC) du PEN turc et en par­tic­i­pant à des con­férences inter­na­tionales, à des cam­pagnes de sol­i­dar­ité ain­si qu’à des témoignages devant les tri­bunaux. J’ai égale­ment pris part aux cam­pagnes inter­na­tionales en faveur de la lib­erté du poète kurde İlh­an Sami Çomak, injuste­ment incar­céré depuis plus de trente ans. Mon engage­ment édi­to­r­i­al s’est égale­ment traduit par la pub­li­ca­tion d’entretiens avec des auteurs per­sé­cutés et exilés, tels qu’Aslı Erdoğan et Burhan Sön­mez, dans des tri­bunes impor­tantes comme PEN Oppdu PEN sué­dois et la revue du PEN ital­ien. Par ailleurs, mon engage­ment en faveur de la mémoire et des droits humains s’est con­crétisé par ma par­tic­i­pa­tion, en tant que mem­bre du con­seil con­sul­tatif, au pro­jet du Musée des droits de l’homme de Robos­ki, en Turquie, qui a reçu un prix.

Une véri­ta­ble urgence poli­tique doit se man­i­fester à tra­vers un lan­gage artis­tique haute­ment con­scient et rigoureux. Le corps pos­sède son pro­pre alpha­bet — tout comme l’alphabet visuel ou textuel — et le per­formeur comme l’écrivain se doit de le créer : c’est là un principe fon­da­men­tal que j’ai hérité de la lignée de grands maîtres tels qu’Étienne Decroux. En déploy­ant cette sen­si­bil­ité cor­porelle et esthé­tique, j’explore égale­ment l’autre face du miroir : l’Ordre (Cos­mos). Cette quête intérieure d’un équili­bre dans un monde frac­turé fait écho au voy­age spir­ituel du Sid­dhartha d’Hermann Hesse, qui tra­verse les tem­pêtes du monde extérieur pour décou­vrir le rythme uni­fi­ca­teur du cos­mos. Mon expo­si­tion la plus récente, « Zen­Zem », invite le pub­lic à cul­tiv­er sa tran­quil­lité intérieure à tra­vers des envi­ron­nements artis­tiques médi­tat­ifs, tan­dis que ma per­for­mance « Heart Repair Man » appelle le spec­ta­teur à iden­ti­fi­er active­ment son cœur brisé au sein d’une matrice sociale elle-même meur­trie, afin de le répar­er par l’intermédiaire physique du per­formeur. Cette recherche de la paix intérieure comme forme sou­veraine de résis­tance s’inspire des pra­tiques médi­ta­tives du Boud­dha et de la poésie spir­ituelle de Mevlana Jalalud­din Rumi. Se tourn­er vers l’intérieur pour y cul­tiv­er l’ordre n’est donc pas une fuite pas­sive du monde, mais peut con­stituer l’acte de défi le plus rad­i­cal qui soit.

L’en­tre­tien lit­téraire comme forme artistique

Vos entre­tiens avec de grands écrivains inter­na­tionaux — par­mi lesquels Orhan Pamuk, Joyce Car­ol Oates et Ado­nis — ont été pub­liés dans des revues inter­na­tionales de pre­mier plan telles que World Lit­er­a­ture Today, The Poet­ry Review et la revue du PEN ital­ien et PEN Opp.. Abor­dez-vous l’en­tre­tien lit­téraire comme une forme créa­trice et artis­tique à part entière, dis­tincte du jour­nal­isme ? Et que sig­ni­fie, en tant qu’écrivain turc évolu­ant entre plusieurs cul­tures lit­téraires, être celui qui pose les questions ?

J’aborde l’entretien lit­téraire non comme un acte jour­nal­is­tique pas­sif, mais comme un médi­um de créa­tion autonome et une forme d’archéologie textuelle. Mon instinct d’intervieweur me pousse à plonger dans les mon­des intérieurs, sin­guliers et sou­vent inex­plorés de ces créa­teurs afin d’en exhumer des facettes encore incon­nues du grand pub­lic. Ce proces­sus n’est cepen­dant jamais un sim­ple miroir ni un reflet pas­sif : il con­stitue un acte délibéré visant à trans­former une voix créa­tive et évo­ca­trice en un instru­ment de sol­i­dar­ité urgente. Mon objec­tif est de faire enten­dre ces voix auprès du pub­lic, notam­ment face aux vio­la­tions sys­témiques des droits humains, aux dérives anti­dé­moc­ra­tiques, à la cen­sure et aux mesures déshu­man­isantes qui visent les écrivains. En ce sens, l’entretien devient une forme de man­i­feste collaboratif.

Pour un écrivain turc évolu­ant entre plusieurs cul­tures et tra­di­tions lit­téraires, être celui qui pose les ques­tions revient égale­ment à invers­er le regard tra­di­tion­nel. His­torique­ment, les écrivains issus de con­textes non occi­den­taux ou poli­tique­ment tur­bu­lents sont sou­vent ceux que l’Occident inter­roge, caté­gorise et analyse. En assumant le rôle d’intervieweur au sein de tri­bunes majeures telles que World Lit­er­a­ture Today, The Poet­ry Review, PEN Opp et la revue du PEN ital­ien, je cherche à sub­ver­tir cette dynamique en appor­tant une per­spec­tive tran­scul­turelle qui me per­met de dia­loguer d’égal à égal avec des fig­ures aus­si remar­quables qu’Orhan Pamuk, Joyce Car­ol Oates, Ado­nis, Aslı Erdoğan, Burhan Sön­mez, Alice Not­ley, Slo­bo­dan Dan Paich, Milo De Ange­lis, Man­ri­co Murzi et Knut Øde­gaard [2, 3].

Nav­iguer entre ces dif­férents médi­ums des champs lit­téraire et artis­tique con­stitue une expres­sion essen­tielle de ma pas­sion et de mon instinct créatif. Je trou­ve une pro­fonde lib­erté dans cette flu­id­ité, mal­gré les dif­fi­cultés réelles qu’implique le fait de se per­dre par­fois dans un océan créatif sans fin. Loin de renon­cer à quoi que ce soit, je con­state au con­traire que chaque dis­ci­pline nou­velle vient enrichir les autres. La tra­duc­tion, l’édition, la per­for­mance, les arts visuels, la nou­velle, l’entretien et, au cœur de tout cela, la poésie, fonc­tion­nent pour moi comme des ondu­la­tions à la sur­face de l’eau : des cer­cles con­cen­triques qui s’élargissent, se croisent et s’entrelacent. Ils font écho à l’agitation con­stante de nos paramètres intérieurs et extérieurs, évolu­ant dans une har­monie organique qui rap­pelle la magie et le mys­tère infi­nis de la suite de Fibonacci.

Cette pra­tique inter­con­nec­tée con­stitue une com­posante essen­tielle de ce que je con­sid­ère comme une con­science en expan­sion, une force que je m’efforce con­stam­ment de dévelop­per, d’approfondir et d’élargir en moi-même. Qu’il s’agisse de traduire un vers, de per­former en silence ou d’interviewer un écrivain de renom­mée inter­na­tionale, je suis tou­jours à la recherche de ces fig­ures extra­or­di­naires dont les tri­om­phes inat­ten­dus, les décou­vertes sin­gulières ou les épreuves per­son­nelles les plus pro­fondes ont con­tribué à trans­former notre expéri­ence humaine collective.

 

Erkut Tok­man – L’al­pha­bet de la lib­erté — À pro­pos d’İlh­an Sami Çomak.

L’avenir de la poésie visuelle à l’ère numérique

Vous avez soutenu que la créa­tion d’un nou­veau lan­gage visuel est essen­tielle pour trans­former la poésie en réponse à la nou­velle ère numérique. Con­crète­ment, à quoi ressem­ble cette trans­for­ma­tion — les out­ils numériques élar­gis­sent-ils les fron­tières de la poésie visuelle, ou risquent-ils de dis­soudre la spé­ci­ficité poé­tique dans la sim­ple fab­ri­ca­tion d’im­ages ? Et qu’est-ce qui reste irré­ductible­ment poé­tique dans votre tra­vail, quel que soit le médium ?

L’intersection entre la poésie et l’ère numérique con­stitue un point de fusion haute­ment insta­ble — un dilemme énig­ma­tique dans lequel la tech­nolo­gie agit à la fois comme un berceau stel­laire du pro­grès humain et comme une matrice d’aliénation pro­fonde. La numéri­sa­tion a indé­ni­able­ment per­mis un accès sans précé­dent à la con­nais­sance, une com­mu­ni­ca­tion instan­ta­née et l’émergence de vastes espaces con­sacrés à l’expression de soi. Pour­tant, cette tran­si­tion rapi­de a égale­ment engen­dré une con­tre-ten­sion dévas­ta­trice : une forme d’encapsulement col­lec­tif et trag­ique de l’humanité dans une cage numérique faite d’images man­u­fac­turées, de cap­sules vidéo et d’archétypes visuels prépro­gram­més. Ce qui me préoc­cupe fon­da­men­tale­ment dans cette trans­for­ma­tion, c’est la déval­u­a­tion pro­gres­sive de la lib­erté absolue de l’art, de l’écriture et de l’expression humaine. À tra­vers la manip­u­la­tion algo­rith­mique, la dés­in­for­ma­tion sys­témique et l’iconisation arti­fi­cielle, le paysage numérique dicte de manière insi­dieuse la façon dont l’humanité pense, regarde et perçoit le réel. Alors que les out­ils numériques se dévelop­pent à une vitesse ver­tig­ineuse, notam­ment à tra­vers la robo­t­i­sa­tion et l’intelligence arti­fi­cielle, nous devons nous deman­der avec une lucid­ité sans con­ces­sion si nous élar­gis­sons réelle­ment nos hori­zons ou si nous ne faisons que décor­er les bar­reaux de notre pro­pre prison technologique.

Les out­ils numériques ne peu­vent véri­ta­ble­ment repouss­er les fron­tières de la poésie visuelle que lorsqu’ils sont util­isés comme des instru­ments de décon­struc­tion pro­fonde, et non comme de sim­ples dis­posi­tifs de fab­ri­ca­tion d’images pas­sives. Si l’artiste se con­tente d’employer des logi­ciels pour pro­duire des visuels liss­es et déco­rat­ifs, la poésie risque de se dis­soudre dans une sim­ple illus­tra­tion numérique, dépouil­lée de son noy­au ontologique. Mon appel à l’élaboration d’un nou­veau lan­gage visuel con­siste pré­cisé­ment à con­stru­ire des arché­types visuels à la fois résis­tants et uni­versels, qui ne restreignent ni ne détour­nent la com­préhen­sion humaine, mais qui, au con­traire, la libèrent de ses chaînes. C’est dans cette per­spec­tive que j’ai ouvert une voie que je con­sid­ère comme inédite dans la créa­tion textuelle et visuelle, en dévelop­pant mon pro­pre genre con­ceptuel de poésie visuelle cal­ligraphique. Un alpha­bet visuel rad­i­cal doit affron­ter la grille numérique en frac­turant son code prévisible.

Cette néces­sité de con­tester active­ment le con­trôle sys­témique des réc­its a égale­ment nour­ri ma par­tic­i­pa­tion au som­met fon­da­teur Som­met du prix Nobel : Vérité, con­fi­ance et espoir, organ­isé à Wash­ing­ton, D.C., par l’Académie nationale des sci­ences et la Fon­da­tion Nobel. En prenant part directe­ment aux réflex­ions menées lors d’événements de recherche asso­ciés, notam­ment ceux organ­isés avec l’Uni­ver­sité de Stan­ford et le Cen­ter for an Informed Pub­lic de l’Université de Wash­ing­ton, j’ai acquis la con­vic­tion que la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion mon­di­ale rejoint, à un niveau fon­da­men­tal, la lutte pour la préser­va­tion d’une con­science artis­tique authentique.

Quel que soit le médi­um — qu’il s’agisse d’un vers imprimé dans Lupoc, d’une per­for­mance physique et silen­cieuse dans Mr. Cos­mos ou d’une matrice numérique com­plexe dans Dadadairies — ce qui demeure irré­ductible­ment poé­tique dans mon tra­vail est l’activation de la con­science humaine. Le noy­au poé­tique n’est lié ni à une page physique ni à un écran d’ordinateur ; il réside dans cette étin­celle ciné­tique capa­ble de provo­quer un éveil cri­tique du sub­con­scient. Ce fil poé­tique relie l’ensemble de mes séries visuelles, con­ceptuelles et numériques, notam­ment O’nun Rüyası (Le Rêve de la troisième per­son­ne), O’nun Müz­iği (La Musique de la troisième per­son­ne), Babil Kule­si (La Tour de Baby­lone) et ma Poésie Visuelle Cal­ligraphique brute.

L’art et la lit­téra­ture doivent con­stam­ment lut­ter con­tre tout con­cept ou sys­tème de pou­voir qui cherche à entraver notre pro­gres­sion. En nav­iguant dynamique­ment entre l’héritage des grands maîtres qui m’ont précédé et les pos­si­bil­ités encore inex­plorées de l’avenir, mon lan­gage visuel uni­versel cherche à libér­er la per­cep­tion sen­sorielle humaine de la cage numérique. L’élément poé­tique irré­ductible réside finale­ment dans la préser­va­tion de nos valeurs humaines fon­da­men­tales : la lib­erté absolue et non cen­surée de l’imagination humaine, cette capac­ité à trou­ver sa pro­pre paix intérieure et son pro­pre ordre au sein du chaos qui nous entoure.

 

Worms and Rapun­zel d’Erkut Tok­man. © Versopolis.

Présentation de l’auteur

Erkut Tokman

Erkut Tok­man (Istan­bul, 1971-) est un poète, artiste de la per­for­mance et des arts visuels, édi­teur et tra­duc­teur turc. Il a vécu et tra­vail­lé suc­ces­sive­ment à Lon­dres, Bucarest, Milan et Istan­bul, où il a étudié la poésie, la danse mod­erne et le théâtre, mais réside aujourd’hui à Izmir. Ses pre­mières œuvres d’art visuel et numérique ont vu le jour à la fin des années 90 et au début du mil­lé­naire, avec des séries inti­t­ulées « Dadadairies » et « İst­anb­ul Plaques », pour lesquelles il a col­laboré avec des artistes inter­na­tionaux orig­i­naires de Roumanie, de Turquie et des États-Unis. Ces œuvres ont été présen­tées dans le cadre de pro­jets d’art postal, d’expositions et de pub­li­ca­tions en ligne. Plus tard, en tant qu’artiste, il a été admis au sein du mou­ve­ment artis­tique « Archtypel Expres­sion­ism » grâce à ses nou­velles créa­tions visuelles et numériques. Il est le fon­da­teur d’AÇIK ŞİİR, un mou­ve­ment poé­tique inter­dis­ci­plinaire dédié à la poésie per­for­ma­tive et à l’art. Ses per­for­mances ont eu lieu au Poet­ry Café de Lon­dres, au fes­ti­val d’art « Venice-Bor­ders », au Bi-Nevi Sahne d’Izmir et au LitVest en Roumanie. Il a été directeur de l’émission « Turk­ish Sofa » sur Trafi­ka Europe Radio, où il a fait la pro­mo­tion de la lit­téra­ture turque. Ses entre­tiens avec Orhan Pamuk, Joyce Car­ol Oates, Ado­nis, Aslı Erdoğan, Milo de Ange­lis, Alice Not­ley, Man­ri­co Murzi, etc., ont été pub­liés dans des revues inter­na­tionales de renom telles que *World Lit­er­a­ture Today*, *The Poet­ry Review* et *Poe­sis Inter­na­tion­al*. Il a traduit cinq recueils de poésie du roumain, de l’italien et de l’anglais. Il a reçu en 2019 le pres­tigieux prix ital­ien de tra­duc­tion décerné par le min­istère ital­ien de la Cul­ture, avec une pré­face de Yev­geni Yev­tuşenko et des illus­tra­tions d’Adonis et de Qua­si­mo­do Jaci, ain­si que le prix inter­na­tion­al de poésie « Messi­na Cit­tà d’Arte ». Il a pub­lié cinq recueils de poésie. Son dernier recueil, « Lupoc », a sus­cité de nom­breux débats sur la scène poé­tique turque et a don­né lieu à env­i­ron 25 arti­cles et inter­views. Il est mem­bre des cen­tres PEN ital­ien et turc, ain­si que de la Poet­ry Soci­ety et de l’association Exiled Writ­ers Ink au Roy­aume-Uni. Il écrit actuelle­ment pour les jour­naux Ters­der­gi et Muhalif.

Bibliographie

Erkut Tok­man a pub­lié neuf recueils de poésie, notam­ment en alle­mand et en italien.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Habiter entre les langues — Rencontre avec Erkut Tokman

Erkut Tok­man est l’une des fig­ures artis­tiques les plus poly­mor­phes à avoir émergé de la Turquie con­tem­po­raine. Poète inter­na­tion­al mul­ti­lingue, tra­duc­teur, édi­teur, et artiste de la per­for­mance et des arts visuels, il a […]

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Carole Mesrobian

Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian est poète, cri­tique lit­téraire, revuiste, per­formeuse, éditrice et réal­isatrice. Elle pub­lie en 2012 Foulées désul­toires aux Edi­tions du Cygne, puis, en 2013, A Con­tre murailles aux Edi­tions du Lit­téraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sur­sis en con­séquence. En 2016, La Chou­croute alsa­ci­enne paraît aux Edi­tions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachd­jian par Van­i­na Pin­ter, Car­ole Car­ci­lo Mes­ro­bian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Flo­rence Laly, Chris­tine Tara­nov,  aux Edi­tions La chi­enne Edith. Elle est égale­ment l’au­teure d’Aper­ture du silence (2018) et Onto­genèse des bris (2019), chez PhB Edi­tions. Cette même année 2019 paraît A part l’élan, avec Jean-Jacques Tachd­jian, aux Edi­tions La Chi­enne, et Fem mal avec Wan­da Mihuleac, aux édi­tions Tran­signum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diag­o­nale de l’écrivain, Agence­ment du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octo­bre, un recueil écrit avec Alain Bris­si­aud paru chez PhB édi­tions. nihIL, est pub­lié chez Unic­ité en 2021, et De nihi­lo nihil en jan­vi­er 2022 chez tar­mac, L’Ourlet des murs, en mars 2022, 28 jours à Yahidne édi­tions Unic­ité, 2023, Fal­loir, édi­tions de Cor­levour, 2025. Elle par­ticipe aux antholo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Appa­raître (2018, Terre à ciel) De l’hu­main pour les migrants (2018, Edi­tions Jacques Fla­mand) Esprit d’ar­bre, (2018, Edi­tions pourquoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Edi­tions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Antholo­gie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antholo­gie de poésie fémi­nine con­tem­po­raine, (2020, Pli­may), Exis­ter, écrire, résis­ter Académie d’écrivain-e‑s sur les droits humains, Presse uni­ver­si­taire de Stras­bourg. Par­al­lèle­ment parais­sent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Cap­i­tal des mots, Poe­siemuz­icetc., Le Lit­téraire, le Salon Lit­téraire, Décharge, Tex­ture, Sitaud­is, De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l’ag­neau, Décharge, Pas­sage d’en­cres, Test n°17, Créa­tures , For­mules, Cahi­er de la rue Ven­tu­ra, Libr-cri­tique, Sitaud­is, Créa­tures, Gare Mar­itime, Chroniques du ça et là, La vie man­i­feste, Fran­copo­lis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ven­tre et l’or­eille, Point con­tem­po­rain, Ver­so. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Bris­si­aud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Mar­i­lyne Bertonci­ni, de Femme con­serve de Bluma Finkel­stein, de L’E­tranger de Salah Al Ham­dani, Le NOUS qui nous habite Chris­tiane Somoneau. Elle dirige la revue de poésie en ligne Recours au poème. Elle est secré­taire générale des édi­tions Tran­signum, dirige les édi­tions Oxy­bia crées par régis Daubin, est con­cep­trice, réal­isatrice et ani­ma­trice de l’émis­sion et pod­cast L’ire Du Dire dif­fusée sur radio Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM, et prési­dente du P.E.N. Club français — Cer­cle lit­téraire international.
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