Habiter entre les langues — Rencontre avec Erkut Tokman

Par |2026-09-06T09:22:26+02:00 6 septembre 2026|Catégories : Erkut Tokman, Rencontres|

Erkut Tok­man est l’une des fig­ures artis­tiques les plus poly­mor­phes à avoir émergé de la Turquie con­tem­po­raine. Né à Istan­bul en 1971. un poète inter­na­tion­al mul­ti­lingue, tra­duc­teur, éditeur,l’interrogateur et artiste de per­for­mance et d’arts visuels. Il a vécu et tra­vail­lé à Lon­dres, Milan, Istan­bul et Bucarest, et réside actuelle­ment à Ostra­va, en République tchèque, où il pour­suit un Mas­ter en Arts Inter­mé­di­aires à l’U­ni­ver­sité d’Os­tra­va. Explo­rateur pas­sion­né des poé­tiques mon­di­ales, ses poèmes, tra­duc­tions et cri­tiques lit­téraires sont large­ment pub­liés dans des revues inter­na­tionales de pre­mier plan, notam­ment The Poet­ry Review, World Lit­er­a­ture Today, New Human­ist, Poet­ry Buenos Aires, Dear Vac­cine (Wick Poet­ry Cen­ter Anthol­o­gy), Poets for Sci­ence, Escape into Life, Poets of Lon­don (en ligne), PEN/Opp de Suède et la revue du PEN Ital­ien. Sa poésie a égale­ment été dif­fusée sur la sta­tion de radio nationale ital­i­enne, RAI 3.

Tok­man est l’au­teur de neuf recueils de poésie — inté­grant à la fois la poésie visuelle et expéri­men­tale — et a traduit cinq antholo­gies com­plètes depuis l’i­tal­ien, le roumain et l’anglais. En 2019, il a rem­porté le Prix de tra­duc­tion pour la poésie du min­istère ital­ien de la Cul­ture pour un ouvrage pré­facé par Evgueni Evtouchenko et illus­tré par Ado­nis. Il est égale­ment lau­réat des prix de poésie Sal­va­tore Qua­si­mo­do (Jaci) et Messi­na Cit­tà d’Arte. Tout au long de sa car­rière, il a réal­isé des entre­tiens de haut niveau avec des fig­ures lit­téraires de renom telles qu’Orhan Pamuk, Joyce Car­ol Oates, Ado­nis, Aslı Erdoğan, Burhan Sön­mez, Milo De Ange­lis, Alice Not­ley, etc.

Pro­fondé­ment influ­encé par l’her­métisme ital­ien, le mys­ti­cisme soufi, le mod­ernisme européen et les vastes tra­di­tions poé­tiques anglo-sax­onnes et améri­caines, sa voix sin­gulière s’in­spire de lignées de maîtres tels que W.B. Yeats, Walt Whit­man, Emi­ly Dick­in­son, T.S. Eliot et Nâzım Hik­met, aux côtés des mou­ve­ments du Pre­mier Nou­veau (Garip) et du Sec­ond Nou­veau (İki­nci Yeni), ain­si que des poètes mod­ernes turcs indépen­dants. Par­al­lèle­ment à son écri­t­ure, sa pra­tique artis­tique inter­mé­dia fusionne har­monieuse­ment les médi­ums clas­siques et numériques, allant de la vidéo d’art aux instal­la­tions mixtes sur acrylique util­isant des objets du quo­ti­di­en. Inté­grant des études de théâtre menées au Roy­aume-Uni au mime cor­porel d’É­ti­enne Decroux, il a présen­té des per­for­mances en direct lors de fes­ti­vals inter­na­tionaux de pre­mier plan, notam­ment au Poet­ry Café de Lon­dres et au Mala­mut Per­for­mance Art Fes­ti­val. Il est mem­bre act­if d’Ex­iled Writ­ers Ink (Roy­aume-Uni) et du PEN (Ital­ie, Turquie), où il a siégé au sein du Comité des écrivains emprisonnés.

Baby­lon Revis­it­ed : Erkut Tok­man, Claus Ankersen et Fran­tišek Hruš­ka explorent à nou­veau, à tra­vers ce spec­ta­cle, la con­di­tion humaine à tra­vers les âges et les civil­i­sa­tions, là où les sons de l’existence humaine se mêlent, réson­nent dans l’atonalité et la dis­trac­tion pour ren­dre compte d’une guerre et d’une paix au sein de l’âme et de la pen­sée humaines. C’est ain­si qu’ils voy­a­gent, avec imag­i­na­tion, à tra­vers « Baby­lon Revis­it­ed » ou ailleurs, au cœur d’une autre civil­i­sa­tion per­due qui pour­rait bien être l’Atlantide. © Versopolis. 

 

Poésie & Lan­gage visuel

Vos poèmes visuels en série “O’nun şiir­leri” (Poèmes à la troisième per­son­ne) réduisent le texte écrit au qua­si-néant, s’ap­puyant sur des sym­bol­es, des ponc­tu­a­tions et des images spa­tiales. Com­ment con­cevez-vous cette min­imi­sa­tion rad­i­cale du mot — est-ce une libéra­tion de l’imag­i­na­tion du lecteur, une cri­tique des con­ven­tions de la poésie con­tem­po­raine, ou l’amorce d’un nou­veau lan­gage visuel pour l’ère numérique ?

Tout d’abord, je vous remer­cie pour cette inter­view et pour l’in­térêt que vous portez à mon par­cours artis­tique et lit­téraire. C’est un hon­neur de répon­dre à vos ques­tions, en par­ti­c­uli­er à cette pre­mière ques­tion si puis­sante et pleine de sens. Vos obser­va­tions et inter­pré­ta­tions de « O’nun Şiir­leri » (Les Poèmes de la troisième per­son­ne) sont d’une grande justesse, et je les appré­cie profondément.

À mon avis, un poète doté de mon aura et de mon car­ac­tère a besoin d’une lib­erté totale pour repouss­er et élargir les lim­ites de l’écri­t­ure con­tem­po­raine et clas­sique dans toutes leurs éten­dues. Cela est d’au­tant plus vrai lorsque l’on vit dans un pays où la poésie con­tem­po­raine est pris­on­nière de préjugés et con­finée dans la tra­di­tion — bien plus qu’en Europe, où la nou­veauté n’est sou­vent com­prise que comme une sim­ple mime­sis des élans de la tra­di­tion poé­tique occi­den­tale. Ces lim­ites, ces préjugés et ces obsta­cles m’ont poussé au-delà des fron­tières de la poésie con­tem­po­raine tra­di­tion­nelle. Ils m’ont con­traint à faire évoluer mon tra­vail de manière beau­coup plus rad­i­cale que n’im­porte quel autre poète turc con­tem­po­rain. Par con­séquent, chaque nou­veau recueil de poèmes que j’ai pub­lié au fil des ans con­sti­tu­ait une étape totale­ment nou­velle, créant une aura et un médi­um poé­tiques inédits par rap­port au précédent.

En sens, mon cinquième livre, « Lupoc », peut être con­sid­éré comme un tour­nant. Il a servi de livre de tran­si­tion vers une poésie visuelle et rad­i­cale­ment expéri­men­tale. J’y ai util­isé de manière effi­cace et dom­i­nante la ponc­tu­a­tion, et de façon plus mineure, la forme matricielle math­é­ma­tique, la for­mule chim­ique ou cer­tains sym­bol­es, afin de décon­stru­ire et de recon­stru­ire la syn­taxe lin­guis­tique. Mon but était d’élargir visuelle­ment son domaine séman­ti­co-syn­tax­ique. Pour vous don­ner un exem­ple con­cret, une ligne de Lupocdit ceci : ‘Alfred Hitch­cock : Ceci n’est pas une pipe* Lupoc *René Magritte.’ D’un seul trait, cette ligne fait s’ef­fon­dr­er le mon­tage ciné­matographique du mod­ernisme, la sub­ver­sion con­ceptuelle du sur­réal­isme et l’au­toréféren­cial­ité du post­mod­ernisme — posi­tion­nant Lupoc comme une nou­velle étape évo­lu­tive qui s’élève sur leurs épaules. Cela a ouvert la voie à une tran­si­tion ultérieure vers un style qui est — comme vous l’avez souligné — presque totale­ment dépourvu de texte : min­i­mal­iste dans le lan­gage et max­i­mal­iste dans la visu­al­ité. Par­fois, il présente une défor­ma­tion et une for­ma­tion con­ceptuelles non lin­guis­tiques, volon­taire­ment dérangeantes sur les pages, qui bous­cu­lent les habi­tudes de lec­ture et de com­préhen­sion du lecteur en créant une imagerie visuelle à par­tir de ce que je con­cep­tu­alise et nomme « les par­tic­ules atom­iques de la langue » — une notion pro­pre à ma démarche qui désigne spé­ci­fique­ment les signes de ponc­tu­a­tion et les sym­bol­es dédiés.

Com­paré à « Lupoc », « O’nun Şiir­leri » va encore plus loin. Il utilise ces par­tic­ules atom­iques pour créer une imagerie visuelle con­ceptuelle proche des arts visuels. Naturelle­ment, l’é­tape suiv­ante de mon par­cours poé­tique et artis­tique s’est trans­for­mée en art numérique. Venant d’un pays comme la France, qui pos­sède une immense tra­di­tion de poésie expéri­men­tale et visuelle après la Sec­onde Guerre mon­di­ale, en tant que fig­ure de proue de la lit­téra­ture européenne et mon­di­ale à cette époque, je pense que vous com­pren­drez aisé­ment mon con­cept. Mon par­cours poé­tique s’est nour­ri des cadres intel­lectuels de ce monde. C’est sur ces fon­da­tions que j’ai con­stru­it ma pro­pre imagerie artis­tique, authen­tique et indépen­dante — une imagerie qui prend racine en Ana­tolie et dans ses géo­gra­phies envi­ron­nantes (les Balka­ns, le Cau­case, le Moyen-Ori­ent, etc.) tout en jetant des ponts avec les tra­di­tions lit­téraires et artis­tiques européennes et mondiales.

Saus­sure a établi la règle selon laque­lle l’écri­t­ure est sec­ondaire par rap­port à la parole. Der­ri­da a inver­sé ce pos­tu­lat, libérant l’écri­t­ure visuelle en tant que lan­gage textuel en soi. Barthes a mon­tré que sa forme visuelle est réécrite par le lecteur à chaque acte de lec­ture. Par­al­lèle­ment, les maîtres de l’a­vant-garde — de Mal­lar­mé et Apol­li­naire à Cum­mings, en pas­sant par les pio­nniers dadaïstes comme Hugo Ball et Kurt Schwit­ters qui ont dépouil­lé les mots jusqu’à leur essence graphique rad­i­cale — ont mis ces théories en pra­tique, lais­sant la forme visuelle du poème devenir son pro­pre sens. Cette décon­struc­tion entre le verbe et le visuel est pro­fondé­ment ancrée dans l’his­toire de l’art, et tout par­ti­c­ulière­ment dans le Dadaisme et Sur­réal­isme. En tant que fer­vent admi­ra­teur de René Magritte, j’ai créé ce lan­gage visuel car je con­sid­ère ce qu’il a nom­mé ‘La Trahi­son des images’ (Ceci n’est pas une pipe) comme une pro­fonde trahi­son que le lan­gage lui-même com­met à l’é­gard du lecteur. Ma pro­pre poésie s’élève authen­tique­ment de cette lignée, créant son pro­pre lan­gage visuel et son pro­pre alpha­bet en pous­sant encore plus loin les acquis de ces maîtres.

Par con­séquent, pour répon­dre à la dernière par­tie de votre ques­tion, « O’nun Şiir­leri » est fon­da­men­tale­ment une syn­thèse des trois pistes que vous évo­quez : il s’ag­it à la fois d’une cri­tique rad­i­cale des con­ven­tions con­tem­po­raines, d’une libéra­tion totale de l’imag­i­na­tion du lecteur par l’acte de réécri­t­ure, et de l’amorce d’un tout nou­veau lan­gage visuel né pour l’ère numérique.

« Le répara­teur de cœurs », d’Erkut Tok­man­La per­for­mance solo d’Erkut Tok­man, Le Répara­teur de coeurs,  a été présen­tée lors du Fes­ti­val Mala­mut 2024, qui s’est tenu l’an­née dernière à Ostra­va. Cette per­for­mance est dévoilée pour la pre­mière fois à l’oc­ca­sion du Poet­ry Expo 2025. L’artiste s’est ini­tiale­ment inspiré d’une œuvre d’art orig­i­nale inti­t­ulée « Kalp Tamir­cisi » (Le répara­teur de cœurs), qu’Erkut Tok­man avait acquise dans une bou­tique d’an­tiq­ui­tés à Izmir pour l’a­jouter à sa col­lec­tion d’art per­son­nelle. © Versopolis.

 

Col­lab­o­ra­tion interdisciplinaire

Votre série Dadadairies (qua­tre vol­umes) a réu­ni des sculp­teurs, des pro­fesseurs d’opéra, des sopra­nos et des artistes-pho­tographes de Roumanie, des États-Unis et de Turquie. Quelle est la logique créa­trice et poli­tique de ces col­lab­o­ra­tions transna­tionales, et en quoi tra­vailler à tra­vers des dis­ci­plines — sculp­ture, voix, pho­togra­phie et poésie — trans­forme-t-il le sens final de l’oeuvre ?
La série Dadadairies représente mes pre­mières œuvres d’art visuel et inter­dis­ci­plinaire en qua­tre vol­umes, au sein desquelles les textes poé­tiques et poli­tiques sont pro­fondé­ment entrelacés (inter­twined) avec l’im­agerie visuelle. Le con­cept fon­da­teur repo­sait sur une dou­ble méthodolo­gie stricte : soit l’u­til­i­sa­tion de pho­togra­phies préex­is­tantes des œuvres de mes col­lab­o­ra­teurs, soit la décon­struc­tion et la réfor­ma­tion d’im­ages visuelles sélec­tion­nées à tra­vers des motifs. Ce paysage visuel était ensuite asso­cié à des archives textuelles de ‘ready-made’ cap­turées de manière aléa­toire sur Inter­net, cor­re­spon­dant aux jours et mois exacts de la chronolo­gie his­torique du mou­ve­ment Dada (1916–1923). Tan­dis que les années his­toriques de Dada restaient fix­es comme ancrage con­ceptuel, je nav­iguais à tra­vers les dates pour com­pos­er un texte chronologique d’événe­ments poli­tiques, artis­tiques, soci­aux et envi­ron­nemen­taux majeurs.
Pour chaque vol­ume, j’ai sélec­tion­né une ques­tion socio-poli­tique urgente comme sujet prin­ci­pal — telle que les droits des femmes, le paci­fisme con­tre la guerre, ou les droits de l’en­fant — étab­lis­sant ain­si un jour­nal visuel-textuel mul­ti­dis­ci­plinaire. Je jux­ta­po­sais ces archives chronologiques à des images visuelles, sous lesquelles je créais des textes poé­tiques et lit­téraires soulig­nant le thème cen­tral du vol­ume. Chaque numéro cul­mi­nait en un poème Dada final, conçu dans la plus pure tra­di­tion dadaïste selon la tech­nique du ‘glaçage, découpage et col­lage’ de phras­es, à l’im­age des col­lages de jour­naux de l’époque.
Sur les plans créatif et poli­tique, ce proces­sus fonc­tionne comme une réécri­t­ure man­i­fes­ta­tive de l’his­toire. Dans Dadadairies 3, par exem­ple, j’ai col­laboré avec de grands sculp­teurs roumains de renom­mée inter­na­tionale, issus de la lignée du légendaire Con­stan­tin Brân­cuși — tels que Mircea Roman, Adri­an Pîrvu, Mihai Balko et Judit Balko. Dans le qua­trième vol­ume, cen­tré sur les droits de l’en­fant, j’ai élargir ce dia­logue transna­tion­al en menant de cour­tes inter­views avec des enfants de plus de 12 pays à tra­vers dif­férents con­ti­nents, leur posant une seule et unique ques­tion sur leurs droits. Dans ce même vol­ume, pour soulign­er l’im­por­tance de l’é­d­u­ca­tion musi­cale dans le développe­ment indi­vidu­el et la con­science sociale de l’en­fant, j’ai fait col­la­bor­er des artistes d’opéra (pro­fesseurs et sopra­nos) de Roumanie et des États-Unis. En fin de compte, en tran­scen­dant les fron­tières géo­graphiques ve dis­ci­plinaires — la voix, la sculp­ture, la pho­togra­phie ve la poésie — Dadadairies trans­forme l’œu­vre finale en un archive vivante ve col­lec­tive où se croisent le trau­ma his­torique ve l’ac­tivisme contemporain.

La tra­duc­tion comme création

Vous êtes recon­nu comme l’un des grands tra­duc­teurs de poésie roumaine et ital­i­enne en turc, ayant traduit plus de 60 poètes con­tem­po­rains ain­si que des fig­ures clas­siques telles que Giuseppe Ungaret­ti, Mihai Emi­nes­cu et Nichi­ta Stă­nes­cu. Con­sid­érez-vous la tra­duc­tion comme un acte de créa­tion artis­tique à part entière, et com­ment négo­ciez-vous la ten­sion inévitable entre fidél­ité à la voix orig­i­nale et exi­gences de la langue poé­tique turque ?
Tout d’abord, je vous remer­cie de me qual­i­fi­er de tra­duc­teur majeur de la poésie roumaine et ital­i­enne. En tant que poète mul­ti­lingue, je me suis con­sacré corps et âme à la langue et à la cul­ture des pays où j’ai vécu et tra­vail­lé. La Roumanie et l’I­tal­ie en font par­tie, mais je dois égale­ment y ajouter le Roy­aume-Uni et la République tchèque, où je réside actuelle­ment. Pour moi, il ne s’est jamais agi d’un sim­ple voy­age à tra­vers des espaces géo­graphiques, mais d’une immer­sion directe et de pre­mière main dans leur lit­téra­ture, leur poésie, leurs modes de vie, leurs cou­tumes, leurs arts culi­naires, leur nature et, par-dessus tout, leur peu­ple. Le fait de vivre au sein de ces cer­cles lit­téraires et de nouer des con­tacts étroits avec des représen­tants cul­turels m’a pro­gres­sive­ment poussé vers la tra­duc­tion poé­tique, au rythme de mes pro­grès lin­guis­tiques au fil des ans. Je dois égale­ment con­fess­er que, bien que je n’aie jamais vécu en France, j’ai vis­ité plusieurs villes français­es à de nom­breuses repris­es. Mes études antérieures de la langue française, notam­ment au sein de l’In­sti­tut Français et de Berlitz, ont nour­ri une pro­fonde ado­ra­tion pour votre langue.
En réal­ité, mon approche mul­ti­cul­turelle et mul­ti­lingue de l’ex­is­tence provient directe­ment de ma ville natale, Istan­bul. J’ai gran­di dans l’at­mo­sphère cos­mopo­lite, mul­ti­lingue et mul­tire­ligieuse de Hey­be­li­a­da (Hal­ki), l’une des îles des Princes d’Is­tan­bul. Cet héritage d’en­fance et de jeunesse s’est enrac­iné en moi, ori­en­tant mon des­tin vers une explo­ration per­pétuelle de cul­tures et de cités dif­férentes — un voy­age qui se pour­suit encore aujour­d’hui et qui m’ac­com­pa­g­n­era sans doute jusqu’à mon dernier souf­fle. Nav­iguer entre les langues romanes, l’anglais et ma langue mater­nelle, le turc, à tra­vers la lec­ture, l’écri­t­ure ve la tra­duc­tion, a tis­sé en moi une per­spec­tive beau­coup plus vaste et solide.
En tant que lecteur avide de poésie mon­di­ale, je me suis épris de nom­breux maîtres poètes qui ont éclairé mon pro­pre par­cours. La tra­duc­tion de poésie est incon­testable­ment le genre le plus exigeant, car elle impose au tra­duc­teur de saisir l’im­agerie, la struc­ture, l’au­ra ve la cadence interne pro­pres à un créa­teur. Traduire depuis une langue source vers sa langue mater­nelle est tou­jours plus avan­tageux, et en tant que locu­teur natif turc, c’est ma pra­tique prin­ci­pale. Cepen­dant, bien que cela requière une habileté excep­tion­nelle ve une immense agilité lin­guis­tique, je m’es­saie par­fois, en de rares occa­sions, à la tra­duc­tion inverse.
Je conçois l’art de la tra­duc­tion comme un pont jeté entre deux paysages gram­mat­i­caux dis­tincts. De manière sous-jacente, il exige une trans­for­ma­tion holis­tique des émo­tions, des formes, de la langue vivante con­tem­po­raine ve des struc­tures poé­tiques, qu’elles soient anci­ennes ou mod­ernes. Il faut s’im­prégn­er de la biogra­phie du poète, de son con­texte socio-poli­tique ve des fonde­ments his­toriques ou philosophiques de son époque. En fin de compte, la tra­duc­tion n’est pas un mimétisme du mot-à-mot, mais une inter­pré­ta­tion con­ceptuelle suprême : on passe d’une struc­ture séman­tique et d’une syn­taxe à une autre, tout en préser­vant l’im­agerie, les sons intérieurs ve les jeux de mots lin­guis­tiques. Au fond, on recrée le poème dans une autre langue, presque comme un acte de clon­age artis­tique. Il faut accepter que si cer­taines valeurs du texte orig­i­nal sont inévitable­ment per­dues, de nou­velles valeurs esthé­tiques sont gag­nées dans la langue d’ar­rivée. Un grand tra­duc­teur trou­ve un équili­bre har­monieux, min­imisant le déséquili­bre entre ce qui est per­du ve ce qui est conquis.
À ce jour, j’ai traduit six livres pub­liés (cinq recueils de poésie ve une pièce de théâtre) à par­tir de trois langues, et trois autres livres de poésie sont actuelle­ment en attente de pub­li­ca­tion. Couron­nement de ces années d’en­gage­ment, j’ai rem­porté en 2019 le Prix de Tra­duc­tion du Min­istère ital­ien de la Cul­ture pour un ouvrage pré­facé par Evgueni Evtouchenko et illus­tré par les cal­ligra­phies d’Ado­nis — deux légen­des de la poésie mon­di­ale, ce dernier rési­dant d’ailleurs à Paris. Cer­taines autorités classent ce prix par­mi les qua­tre dis­tinc­tions de tra­duc­tion les plus impor­tantes au monde, bien que je reste hum­ble­ment recon­nais­sant quelle que soit sa place.
Mon expéri­ence de la tra­duc­tion englobe égale­ment les années de ma prési­dence à l’A­cadémie inter­cul­turelle de poésie et de tra­duc­tion de Turquie, au cours desquelles nous avons organ­isé des ate­liers inter­na­tionaux en col­lab­o­ra­tion avec des insti­tu­tions européennes de pre­mier plan, telles que l’In­sti­tut Français d’É­tudes Ana­toli­ennes (IFEA), NORLA (Nor­we­gian Lit­er­a­ture Abroad) ou le Départe­ment de tra­duc­tion de l’U­nion des écrivains roumains. De plus, j’ai active­ment par­ticipé en tant que tra­duc­teur à des ate­liers uni­ver­si­taires de tra­duc­tion poé­tique à l’U­ni­ver­sité de Boğaz­içi à Istan­bul, partagé mon expéri­ence lors de ren­con­tres pro­fes­sion­nelles avec des étu­di­ants ve col­laboré avec leurs clubs académiques, tout en inter­venant lors de sémi­naires sur l’art de la tra­duc­tion à l’U­ni­ver­sité de Mersin. Toutes ces expéri­ences ont immen­sé­ment élar­gi mon hori­zon sur ce que sig­ni­fie traduire la poésie.

Erkut Tok­man and Sabine Schiffn­er — Impris­oned Between Black and White. Erkut Tok­man (Istan­bul, 1971-) est un poète, artiste de la scène et des arts visuels, édi­teur et tra­duc­teur turc. Il a vécu et tra­vail­lé suc­ces­sive­ment à Lon­dres, Bucarest, Milan et Istan­bul, où il a étudié la poésie, la danse mod­erne et le théâtre, mais il réside aujourd’hui à Izmir. © Versopolis.

Poésie-per­for­mance & le corps

En tant que fon­da­teur du mou­ve­ment AÇIK ŞİİR et artiste for­mé à la danse mod­erne et au théâtre à Lon­dres et à Bucarest, vos per­for­mances se sont déployées au Poet­ry Café de Lon­dres, au Venice Bor­ders Art Fes­ti­val et au fes­ti­val LitVest en Roumanie. En quoi la présence du corps, du mou­ve­ment et de la voix trans­forme-t-elle fon­da­men­tale­ment ce qu’un poème peut accom­plir — et que peut offrir la per­for­mance que la page écrite ne peut pas ?
Ma démarche de per­for­mance est ini­tiale­ment née de mes études théâ­trales à Lon­dres, que j’ai ensuite appro­fondies à Bucarest et à Istan­bul. J’ai eu le priv­ilège de me for­mer auprès de maîtres émi­nents du théâtre physique, notam­ment des dis­ci­ples de la deux­ième généra­tion d’É­ti­enne Decroux — tels que Claire Heggen (Théâtre du Mou­ve­ment, Paris), Denise Boulanger (L’É­cole de Mime, Québec) et Geral­dine Stephen­son (anci­enne enseignante de la Laban School et met­teuse en scène pour la Roy­al Shake­speare Com­pa­ny). J’ai égale­ment par­ticipé à divers ate­liers de danse mod­erne, notam­ment avec les com­pag­nies de Mer­ce Cun­ning­ham et de Marie Ram­bert, où j’ai appris à appréhen­der mon pro­pre corps comme une forme d’art en soi. Decroux, en par­ti­c­uli­er, a exer­cé une influ­ence mon­u­men­tale sur moi, façon­nant durable­ment ma vision de la per­for­mance. Je con­tin­ue d’en­trelac­er ces dif­férentes écoles théâ­trales et ces influ­ences mul­ti­dis­ci­plinaires dans mon tra­vail comme autant d’élé­ments sec­ondaires essentiels.
Le mou­ve­ment AÇIK ŞİİR (Poésie Ouverte) est né pour pal­li­er un pro­fond déficit de per­for­mance au sein de la poésie turque. Fondé à İzmir avec trois autres poètes, j’ai don­né son nom au mou­ve­ment et j’en ai rédigé le pre­mier man­i­feste. Pen­dant fink ans, ce mou­ve­ment a catalysé la poésie turque, cul­mi­nant dans de nom­breuses per­for­mances publiques et inter­dis­ci­plinaires qui ont généré des textes, de la poésie, des instal­la­tions et des pris­es de posi­tion activistes et poli­tiques. AÇIK ŞİİR était fon­da­men­tale­ment une rébel­lion con­tre la réc­i­ta­tion textuelle pas­sive ; il s’est con­stru­it sur une action col­lec­tive et directe dans l’e­space pub­lic, priv­ilé­giant le pas­sage du mou­ve­ment au texte plutôt que du texte au mou­ve­ment. Le mou­ve­ment a rapi­de­ment pris une dimen­sion inter­na­tionale, rassem­blant plus de 40 mem­bres à tra­vers le monde issus de dis­ci­plines var­iées — pein­tres, musi­ciens, car­i­ca­tur­istes et citoyens ordi­naires. Par exem­ple, le groupe de rock ama­teur ital­ien et antifas­ciste, les Umarells, est devenu mem­bre, et j’ai réal­isé une per­for­mance avec eux dans le métro de Milan ain­si qu’en stu­dio, mêlant slam poé­tique et rock autour d’un poème de Nâzım Hikmet.
Par­al­lèle­ment au mou­ve­ment, j’ai tou­jours main­tenu une pra­tique d’artiste solo indépen­dant, présen­tant des per­for­mances dans divers lieux et fes­ti­vals inter­na­tionaux. Cela com­prend des per­for­mances de sol­i­dar­ité pour des écrivains empris­on­nés comme İlh­an Sami Çomak, une per­for­mance au Poet­ry Café de Lon­dres, « Mr. Cos­mos » (une per­for­mance de sci­ence-fic­tion réin­ter­pré­tant la scène de l’in­ter­roga­toire du film Alphav­ille de Jean-Luc Godard) au fes­ti­val LitVest en Roumanie, et « Dark­Per­for­mance » (réal­isée dans l’ob­scu­rité totale au sein d’une librairie d’İzmir). Actuelle­ment, ma vision de la per­for­mance se couronne par mes études de mas­ter à l’U­ni­ver­sité d’Os­tra­va. Au cours des trois dernières années en République tchèque et en Pologne, je me suis pro­duit dans des fes­ti­vals majeurs tels que Mala­mut, Prague Micro et Oko Nie Śpi (Byd­goszcz, Pologne), ain­si que dans des insti­tu­tions comme la GVUO (Galerie des Beaux-Arts d’Os­tra­va) et la Nibiru Art Gallery.
Dans la vision clas­sique, la per­for­mance n’est qu’une inter­pré­ta­tion théâ­trale du texte par le geste et le mime, ser­vant de béquille à l’ex­pres­sion du poète — par­fois ren­for­cée par la musique ou la danse. Cepen­dant, l’art de la per­for­mance n’a pas besoin du texte ; c’est le texte qui a besoin de l’acte soma­tique du corps pour se recréer. À l’in­star de ma poésie visuelle qui réduit le texte écrit au qua­si-néant, mes per­for­mances n’u­tilisent presque aucun mot. Pour exem­ple, lors de ma per­for­mance à Byd­goszcz, les seules paroles pronon­cées étaient ‘take it’. J’étab­lis mon lan­gage cor­porel prin­ci­pale­ment à tra­vers le mime cor­porel, exp­ri­mant ma vision à tra­vers des objets, des tis­sus et des instal­la­tions spécifiques.
C’est une démarche très proche du ciné­ma de Béla Tarr : dans le silence absolu, le corps com­mence à par­ler au-delà des lim­ites du lan­gage. Tout comme les objets pos­sè­dent une présence vocale et menaçante dans son chef-d’œu­vre Le Cheval de Turin, où la réal­ité matérielle par­le plus fort que n’im­porte quel dia­logue, dans mes per­for­mances, le corps, les tis­sus et les instal­la­tions spé­ci­fiques agis­sent comme des per­son­nages silen­cieux mur­mu­rant leur pro­pre réc­it. L’e­space scénique et le pub­lic lui-même se met­tent à dia­loguer en silence avec le per­formeur. C’est pré­cisé­ment ce que la page écrite ou le texte clas­sique sont inca­pables de faire. Alors que la réc­i­ta­tion textuelle clas­sique con­damne le pub­lic à être le con­som­ma­teur pas­sif d’un sens prêt-à-penser, l’art de la per­for­mance bous­cule ce con­fort. Par l’ac­tion soma­tique directe, il trans­forme les spec­ta­teurs en penseurs act­ifs et en inter­prètes ana­ly­tiques. Mon art de la per­for­mance ouvre grand les portes de la lib­erté d’in­ter­pré­ta­tion, méta­mor­phosant le pub­lic de récep­teurs pas­sifs en co-cre­a­teurs essen­tiels de l’événe­ment artistique.

L’Ex­pres­sion­nisme Archétypal

Vous avez été inté­gré au mou­ve­ment de l’Ex­pres­sion­nisme Arché­typ­al, que vous décrivez comme ancré dans votre ent­hou­si­asme de longue date pour les mou­ve­ments artis­tiques expéri­men­taux — Cubisme, Dadaïsme, Futur­isme, Sur­réal­isme, Con­struc­tivisme. Com­ment l’Ex­pres­sion­nisme Arché­typ­al syn­thé­tise-t-il ces influ­ences pour créer quelque chose de nou­veau, et où situez-vous votre tra­vail visuel et numérique au sein — ou au-delà — du cadre de ce mouvement ?
Mon inté­gra­tion au sein du mou­ve­ment de l’Ex­pres­sion­nisme Arché­typ­al — plus spé­ci­fique­ment à tra­vers ma série d’art numérique en cinq pièces « O’nun Rüyası » (Le Rêve de la troisième per­son­ne) et ma série en huit pièces « O’nun Müz­iği » (La Musique de la troisième per­son­ne) — mar­que une évo­lu­tion vitale dans mon par­cours de créa­tion. Ces œuvres représen­tent les ultimes chapitres pure­ment numériques de « O’nun Şiir­leri » ; elles ont été volon­taire­ment exclues du livre imprimé pour exis­ter en ligne, avant de cul­min­er lors de ma pre­mière expo­si­tion per­son­nelle, « Zen­Zem », à la Galerie Jama d’Os­tra­va en 2025.
Le mou­ve­ment de l’Ex­pres­sion­nisme Arché­typ­al a été fondé et théorisé par l’émi­nent pein­tre et écrivain roumain Con­stan­tin Sev­erin, que j’ai décou­vert par l’in­ter­mé­di­aire de Man­ri­co Murzi, le légendaire poète globe-trot­teur ital­ien, alors que nous parta­gions tous une pro­fonde admi­ra­tion pour Giuseppe Ungaret­ti. Par la suite, Sev­erin et moi nous sommes ren­con­trés à Bucarest et à İzmir, où il a don­né des con­férences majeures sur cette nou­velle fron­tière artis­tique. Comme l’a man­i­festé Sev­erin, ce mou­ve­ment opère au sein d’un « Troisième Par­a­digme », se situ­ant pré­cisé­ment entre le fig­u­ratif et l’ab­strait. Il s’ap­puie forte­ment sur les arché­types psy­chologiques de Carl Jung et sur le con­cept d’atem­po­ral­ité pour redé­cou­vrir la mémoire col­lec­tive de l’hu­man­ité à tra­vers les formes de notre vie intérieure et des civil­i­sa­tions loin­taines. Ses car­ac­téris­tiques fon­da­men­tales — la pré­ci­sion struc­turelle, l’usage de formes géométriques pour traduire d’in­traduis­i­bles mys­tères humains et la créa­tion d’un espace visuel à la fois ances­tral et futur­iste — entrent en par­faite réso­nance avec ma vision de l’art numérique.
Dans mes créa­tions numériques, j’u­tilise des con­fig­u­ra­tions géométriques abstraites et symétriques pour con­stru­ire l’il­lu­sion d’un espace-temps infi­ni. À tra­vers la répéti­tion, la trans­for­ma­tion, puis la défor­ma­tion ou la réfor­ma­tion de ces formes à la fois arché­typ­iques et futur­istes, mon tra­vail absorbe les ombres his­toriques du Futur­isme, du Sur­réal­isme et du Cubisme. Bien que j’a­ban­donne toute fig­u­ra­tion tra­di­tion­nelle, j’in­tro­duis des objets physiques du quo­ti­di­en sur mes toiles réelles — instal­lant des branch­es, des pier­res, du sable ou du bois au milieu de con­cepts de pein­ture acrylique et d’in­stal­la­tions autonomes.
Mon expo­si­tion « Zen­Zem » reflé­tait pré­cisé­ment cette explo­ration de la nature humaine à tra­vers les offrangues mys­tiques, médi­ta­tives et chamaniques de la terre. Le boud­dhisme zen a servi d’an­crage spir­ituel prin­ci­pal à cette expo­si­tion ; j’ai notam­ment instal­lé un véri­ta­ble « arbre à vœux », con­stru­it à par­tir de vraies branch­es d’ar­bres, au cen­tre même de la salle de la galerie. À l’in­star de mon art de la per­for­mance, mes expo­si­tions sont résol­u­ment inter­ac­tives. Je rejette le for­mat pas­sif de la galerie tra­di­tion­nelle, méta­mor­phosant l’e­space d’ex­po­si­tion en une arène per­for­ma­tive. L’ex­po­si­tion com­mence en réal­ité dans les rues, dans la ville ou à la mai­son avant même que le vis­i­teur n’ar­rive, et elle se pour­suit longtemps après son départ sous la forme d’une post-pro­duc­tion vivante.
En dépouil­lant le lan­gage de son vocab­u­laire stan­dard, tant dans mes poèmes visuels que dans mon art numérique, je m’ap­puie sur ce que je défi­nis comme mes « par­tic­ules atom­iques » : signes de ponc­tu­a­tion, matri­ces chim­iques et sym­bol­es math­é­ma­tiques. Dans le con­texte du Troisième Par­a­digme de Sev­erin, ces car­ac­tères cessent d’être de la sim­ple typogra­phie ; ils fonc­tion­nent comme des arché­types atem­porels — un alpha­bet struc­turel com­mu­ni­quant un sens humain pro­fond au-delà des mots. Par la répéti­tion récur­sive de ces formes abstraites, j’élar­gis, j’anime et je pousse l’œu­vre au-delà de la sur­face cartési­enne sta­tique et bidi­men­sion­nelle, pro­je­tant directe­ment le pub­lic dans les troisième et qua­trième dimen­sions d’une lib­erté totale d’interprétation.

 

POÈME OUVERT. Per­for­mance n° 5 « Nâzım Hik­met ! », (Umarells et Erkut Tok­man), INTERPRÉTATION : Umarells et Erkut Tok­man ; POÈMES : Nâzım Hik­met (« Ani­ma Mia / Mon âme » et « Penser à toi ») ; CAMÉRA : Mario Deleonardis et Erkut Tok­man ; VIDÉO / MONTAGE / SON : Erkan Karaki­raz ; SYSTÈME SONORE : Umarells et Ultra­Suoni Stu­dio ; MUSIQUE : Umarells, « Impro­vi­sa­tion for Nâzım Hik­met » (Poème : Nâzım Hik­met, « Ani­ma Mia » – ver­sion ital­i­enne du poème « Ruhum » ; musique, arrange­ment et inter­pré­ta­tion : Umarells) ; LIEUX : Métro de Milan, Ultra­Suoni Stu­dio, Milan / Ital­ie. © 2019, Açık Şiir.

Engage­ment thématique

Votre tra­vail visuel met con­stam­ment en avant les prob­lèmes soci­aux de l’époque, avec des sujets thé­ma­tiques récur­rents cen­trés sur l’an­ti-guerre, les droits des femmes et les droits des enfants. En tant que mem­bre du Comité des écrivains empris­on­nés et poète ayant vécu dans des con­textes poli­tique­ment tur­bu­lents, com­ment nav­iguez-vous entre l’ex­péri­men­ta­tion esthé­tique et l’ur­gence poli­tique — la forme rad­i­cale peut-elle elle-même con­stituer un acte de résistance ?
L’artiste et le poète sont les témoins indis­pens­ables de leur époque, inex­tri­ca­ble­ment liés aux envi­ron­nements poli­tiques, soci­aux et naturels de leur société. Mon art reflète tou­jours les deux faces d’un miroir : le Chaos du monde immé­di­at et l’Ordre du Cos­mos. Dans mon univers créatif, le Chaos se man­i­feste par un tol­lé vis­céral, une rébel­lion rad­i­cale et un acte de témoignage factuel. Mon livre Lupoc con­stitue sans l’om­bre d’un doute une man­i­fes­ta­tion poé­tique et sociale appelant le lecteur con­tem­po­rain à l’ac­tion indi­vidu­elle urgente. Ce lan­gage visuel trou­ve sa lignée géné­tique dans l’al­pha­bet sym­bol­ique de Paul Klee, tan­dis que mes con­cepts de per­for­mance croisent directe­ment les idées de ‘sculp­ture sociale’ de Joseph Beuys, pour qui ‘chaque être humain est un artiste.’ De plus, cette impul­sion à bris­er les hiérar­chies éli­tistes s’in­spire de la démarche rad­i­cale d’hu­man­i­sa­tion de Car­avage — peignant le sacré à tra­vers le prisme des gens ordi­naires de la rue. Dans ce domaine tur­bu­lent de révolte poli­tique, ma voix poé­tique s’aligne sur la résis­tance human­i­taire de Nâzım Hik­met, syn­théti­sant les fric­tions mon­di­ales avec un cri farouche pour la dig­nité humaine. La forme rad­i­cale peut absol­u­ment être un pur acte de résistance.
Cette philoso­phie fait directe­ment écho à mon par­cours de mil­i­tant sur le ter­rain. Depuis mes années uni­ver­si­taires à jouer des pièces engagées de Bertolt Brecht et de Ser­met Çağan, j’ai con­stam­ment lut­té con­tre les forces anti­dé­moc­ra­tiques et l’op­pres­sion poli­tique. Plus tard, j’ai éten­du cette défense de l’ex­pres­sion aux écrivains empris­on­nés, en tra­vail­lant active­ment au sein du Comité des écrivains empris­on­nés (WiPC) du PEN Turc, et en par­tic­i­pant à des con­férences mon­di­ales, des cam­pagnes de sol­i­dar­ité et des témoignages devant les tri­bunaux. J’ai siégé active­ment dans les cam­pagnes inter­na­tionales pour la lib­erté du poète kurde İlh­an Sami Çomak, injuste­ment incar­céré depuis plus de 30 ans. Ma sol­i­dar­ité édi­to­ri­ale s’é­tend à la pub­li­ca­tion d’en­tre­tiens avec des auteurs opprimés et exilés — tels qu’Aslı Erdoğan et Burhan Sön­mez — dans des tri­bunes majeures comme PEN Opp du PEN Sué­dois et la revue du PEN Ital­ien. De plus, mon engage­ment pour la mémoire des droits de l’homme s’est matéri­al­isé par ma par­tic­i­pa­tion en tant que mem­bre du con­seil con­sul­tatif du pro­jet lau­réat du Musée des droits de l’homme de Robos­ki en Turquie.
L’ur­gence poli­tique véri­ta­ble doit se man­i­fester à tra­vers un lan­gage artis­tique haute­ment con­scient et rigoureux. Le corps pos­sède son pro­pre alpha­bet — tout comme un alpha­bet visuel ou textuel — et le per­formeur et écrivain se doit de le créer, un principe fon­da­men­tal que j’ai hérité de la lignée de grands maîtres tels qu’É­ti­enne Decroux. Alors que je déploie cette sen­si­bil­ité cor­porelle et esthé­tique, j’ex­plore égale­ment l’autre face du miroir : l’Ordre (Cos­mos). Cette quête intérieure d’un équili­bre dans un monde frac­turé fait écho au voy­age spir­ituel du Sid­dhartha d’Her­mann Hesse, nav­iguant à tra­vers les tem­pêtes extérieures pour décou­vrir le rythme uni­fi­ca­teur du cos­mos. Mon expo­si­tion la plus récente, « Zen­Zem », invite le pub­lic à cul­tiv­er sa tran­quil­lité intérieure à tra­vers des envi­ron­nements artis­tiques médi­tat­ifs, tan­dis que ma per­for­mance « Heart Repair Man » appelle le spec­ta­teur à localis­er active­ment son cœur brisé au sein d’une matrice socié­tale meur­trie pour le répar­er grâce à la médi­a­tion physique du per­formeur. Cette recherche de la paix intérieure comme out­il sou­verain de résis­tance s’in­spire des pra­tiques médi­ta­tives de Boud­dha et de la poésie spir­ituelle de Mevlana Jalalud­din Rumi. Se tourn­er vers l’in­térieur pour cul­tiv­er l’or­dre n’est pas une fuite pas­sive, mais l’acte de défi le plus radical.

L’en­tre­tien lit­téraire comme forme artistique

Vos entre­tiens avec de grands écrivains inter­na­tionaux — par­mi lesquels Orhan Pamuk, Joyce Car­ol Oates et Ado­nis — ont été pub­liés dans des revues inter­na­tionales de pre­mier plan telles que World Lit­er­a­ture Today, The Poet­ry Review et la revue du PEN ital­ien et PEN Opp.. Abor­dez-vous l’en­tre­tien lit­téraire comme une forme créa­trice et artis­tique à part entière, dis­tincte du jour­nal­isme ? Et que sig­ni­fie, en tant qu’écrivain turc évolu­ant entre plusieurs cul­tures lit­téraires, être celui qui pose les questions ?
J’abor­de l’en­tre­tien lit­téraire non pas comme un acte pas­sif de jour­nal­isme, mais comme un médi­um de créa­tion autonome et une forme d’archéolo­gie textuelle. Mon instinct d’in­ter­vieweur me pousse à plonger dans les mon­des intérieurs inex­plorés et spé­ci­fiques de ces créa­teurs, pour en exhumer des facettes incon­nues du grand pub­lic. Cepen­dant, ce proces­sus n’est jamais un sim­ple miroir ou un reflet pas­sif ; il s’ag­it d’un acte délibéré visant à trans­former une voix créa­tive évo­ca­trice en un out­il de sol­i­dar­ité urgente. Mon but est de faire enten­dre ces voix au pub­lic, en par­ti­c­uli­er face aux vio­la­tions sys­témiques des droits de l’homme, aux dérives anti­dé­moc­ra­tiques, à la cen­sure et aux mesures anti-human­i­taires ciblant les écrivains. En ce sens, l’en­tre­tien fonc­tionne comme un man­i­feste col­lab­o­ratif. Pour un écrivain turc évolu­ant entre plusieurs cul­tures lit­téraires, être celui qui pose les ques­tions sig­ni­fie invers­er le regard tra­di­tion­nel. His­torique­ment, les écrivains issus de con­textes non occi­den­taux ou poli­tique­ment tur­bu­lents sont ceux que l’Oc­ci­dent inter­roge, caté­gorise ou analyse. En assumant le rôle d’in­ter­vieweur au sein de tri­bunes majeures telles que World Lit­er­a­ture Today, The Poet­ry Review, PEN Opp et la revue du PEN Ital­ien, je sub­ver­tis cette dynamique en appor­tant une per­spec­tive tran­scul­turelle qui me per­met de dia­loguer d’é­gal à égal avec des fig­ures extra­or­di­naires comme Orhan Pamuk, Joyce Car­ol Oates, Ado­nis, Aslı Erdoğan, Burhan Sön­mez, Alice Not­ley, Slo­bo­dan Dan Paich, Milo De Ange­lis, Man­ri­co Murzi et Knut Øde­gaard [2, 3].
Nav­iguer entre ces dif­férents médi­ums des champs lit­téraire et artis­tique est une expres­sion vitale de ma pas­sion et de mon instinct de créa­tion. Je trou­ve un pro­fond récon­fort dans cette flu­id­ité, mal­gré les dif­fi­cultés indé­ni­ables de se per­dre par­fois dans un océan créatif sans fin. Loin de renon­cer à quoi que ce soit, je con­state que chaque nou­velle dis­ci­pline enri­chit les autres. La tra­duc­tion, l’édi­tion, la per­for­mance, les arts visuels, la nou­velle, l’en­tre­tien et mon ancrage prin­ci­pal, la poésie, fonc­tion­nent comme des ondu­la­tions à la sur­face de l’eau — des cer­cles con­cen­triques qui s’élar­gis­sent, se croisent et s’en­trela­cent. Ils font écho à l’ag­i­ta­tion con­tin­ue des paramètres intérieurs et extérieurs, évolu­ant dans une har­monie organique qui mime la magie et le mys­tère infi­nis de la suite de Fibonac­ci. Cette pra­tique inter­con­nec­tée est une com­posante essen­tielle d’une con­science colos­sale, une force que je m’ef­force con­stam­ment de dévelop­per plus haut et plus large­ment en mon for intérieur. Qu’il s’agisse de traduire un vers, de per­former en silence ou d’in­ter­view­er un auteur mon­di­al de pre­mier plan, je recherche tou­jours ces fig­ures extra­or­di­naires dont les tri­om­phes inat­ten­dus ou les immenses épreuves per­son­nelles ont con­tribué à trans­former notre expéri­ence humaine collective.

 

Erkut Tok­man – L’al­pha­bet de la lib­erté — À pro­pos d’İlh­an Sami Çomak.

L’avenir de la poésie visuelle à l’ère numérique

Vous avez soutenu que la créa­tion d’un nou­veau lan­gage visuel est essen­tielle pour trans­former la poésie en réponse à la nou­velle ère numérique. Con­crète­ment, à quoi ressem­ble cette trans­for­ma­tion — les out­ils numériques élar­gis­sent-ils les fron­tières de la poésie visuelle, ou risquent-ils de dis­soudre la spé­ci­ficité poé­tique dans la sim­ple fab­ri­ca­tion d’im­ages ? Et qu’est-ce qui reste irré­ductible­ment poé­tique dans votre tra­vail, quel que soit le médium ?
L’in­ter­sec­tion de la poésie et de l’ère numérique représente un point de fusion haute­ment insta­ble — un dilemme énig­ma­tique où la tech­nolo­gie sert à la fois de berceau stel­laire pour le pro­grès humain et de matrice d’al­ié­na­tion pro­fonde. La numéri­sa­tion a indé­ni­able­ment apporté un accès sans précé­dent à la con­nais­sance, une com­mu­ni­ca­tion instan­ta­née et de vastes plate­formes pour l’ex­pres­sion de soi au quo­ti­di­en. Pour­tant, cette tran­si­tion rapi­de a intro­duit une con­tre-ten­sion dévas­ta­trice : une encap­su­la­tion trag­ique et col­lec­tive de l’hu­man­ité dans une cage numérique faite d’im­agerie man­u­fac­turée, de cap­sules vidéo et d’arché­types visuels prépro­gram­més. Ce qui me préoc­cupe fon­da­men­tale­ment dans cette tran­si­tion, c’est la déval­u­a­tion sys­té­ma­tique de la lib­erté absolue de l’art, de l’écri­t­ure et de l’ex­pres­sion humaine. À tra­vers les avancées tech­nologiques de la manip­u­la­tion algo­rith­mique, de la dés­in­for­ma­tion sys­témique et de l’i­con­i­sa­tion arti­fi­cielle, le paysage numérique dicte dis­crète­ment la manière dont l’hu­man­ité pense et perçoit le réel. Alors que les out­ils numériques con­tin­u­ent de s’ac­célér­er à tra­vers la robo­t­i­sa­tion et l’IA, nous devons impi­toy­able­ment nous deman­der si nous élar­gis­sons nos hori­zons ou si nous décoro­ns sim­ple­ment les bar­reaux de notre pro­pre prison technologique.
Les out­ils numériques n’élar­gis­sent les fron­tières de la poésie visuelle que s’ils sont util­isés comme des armes de décon­struc­tion pro­fonde, et non comme de sim­ples instru­ments de fab­ri­ca­tion d’im­ages pas­sives. Si l’artiste se con­tente d’u­tilis­er des logi­ciels pour génér­er des visuels liss­es et déco­rat­ifs, la poésie se dis­sout dans la sim­ple illus­tra­tion numérique, dépouil­lée de son noy­au ontologique. Mon argu­ment en faveur d’un nou­veau lan­gage visuel est pré­cisé­ment un appel à con­stru­ire des arché­types visuels résis­tants et uni­versels qui ne lim­i­tent ni ne dévoient la com­préhen­sion humaine, mais qui, au con­traire, la libèrent et la désen­chaî­nent. C’est pourquoi j’ai ouvert une voie totale­ment inédite dans la créa­tion textuelle visuelle, en m’affirmant comme le créa­teur de mon pro­pre genre con­ceptuel de poésie visuelle cal­ligraphique. Un alpha­bet visuel rad­i­cal doit affron­ter la grille numérique en frac­turant son code prévis­i­ble. Cette néces­sité de con­tester active­ment le con­trôle sys­témique des réc­its a été le moteur de ma par­tic­i­pa­tion au som­met sémi­nal Som­met du prix Nobel : Vérité, con­fi­ance et espoir à Wash­ing­ton, D.C., co-organ­isé par l’Académie nationale des sci­ences et la Fon­da­tion Nobel. En m’im­pli­quant directe­ment dans les cer­cles de réflex­ion des événe­ments de recherche satel­lites, tels que ceux struc­turés aux côtés de l’Uni­ver­sité de Stan­ford et du Cen­ter for an Informed Pub­lic de l’U­ni­ver­sité de Wash­ing­ton, il est devenu d’une évi­dence fla­grante que la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion mon­di­ale est iden­tique à la lutte pour la survie d’une con­science artis­tique authentique.
Quel que soit le médi­um — qu’il s’agisse d’un vers imprimé dans Lupoc, d’une per­for­mance physique silen­cieuse dans Mr. Cos­mos ou d’une matrice numérique com­plexe dans DadaDairies — ce qui reste irré­ductible­ment poé­tique dans mon tra­vail, c’est l’ac­ti­va­tion de la con­science humaine. Le noy­au poé­tique n’est pas lié à une page physique ou à un écran d’or­di­na­teur ; il réside dans l’ét­in­celle ciné­tique qui déclenche un éveil cri­tique du sub­con­scient. Ce fil poé­tique pré­cis relie l’ensem­ble de mes séries visuelles, con­ceptuelles et numériques, y com­pris O’nun Rüyası (Le Rêve de la troisième per­son­ne), O’nun Müz­iği (La Musique de la troisième per­son­ne), Babil Kule­si (La Tour de Baby­lone) et ma Poésie Visuelle Cal­ligraphique brute. L’art et la lit­téra­ture doivent con­stam­ment lut­ter con­tre tout con­cept ou sys­tème de pou­voir qui cherche à entraver notre pro­gres­sion. En nav­iguant de manière dynamique vers l’a­vant et vers l’ar­rière à tra­vers la lignée des grands maîtres qui m’ont précédé, mon lan­gage visuel uni­versel vise à sauver la per­cep­tion sen­sorielle humaine de la cage numérique. L’élé­ment poé­tique irré­ductible est la préser­va­tion de nos valeurs humaines fon­da­men­tales : la lib­erté absolue et non cen­surée de l’imag­i­na­tion humaine pour trou­ver sa pro­pre paix intérieure et son pro­pre ordre au sein du chaos environnant.

 

Worms and Rapun­zel d’Erkut Tok­man. © Versopolis.

Présentation de l’auteur

Erkut Tokman

Erkut Tok­man (Istan­bul, 1971-) est un poète, artiste de la per­for­mance et des arts visuels, édi­teur et tra­duc­teur turc. Il a vécu et tra­vail­lé suc­ces­sive­ment à Lon­dres, Bucarest, Milan et Istan­bul, où il a étudié la poésie, la danse mod­erne et le théâtre, mais réside aujourd’hui à Izmir. Ses pre­mières œuvres d’art visuel et numérique ont vu le jour à la fin des années 90 et au début du mil­lé­naire, avec des séries inti­t­ulées « Dadadairies » et « İst­anb­ul Plaques », pour lesquelles il a col­laboré avec des artistes inter­na­tionaux orig­i­naires de Roumanie, de Turquie et des États-Unis. Ces œuvres ont été présen­tées dans le cadre de pro­jets d’art postal, d’expositions et de pub­li­ca­tions en ligne. Plus tard, en tant qu’artiste, il a été admis au sein du mou­ve­ment artis­tique « Archtypel Expres­sion­ism » grâce à ses nou­velles créa­tions visuelles et numériques. Il est le fon­da­teur d’AÇIK ŞİİR, un mou­ve­ment poé­tique inter­dis­ci­plinaire dédié à la poésie per­for­ma­tive et à l’art. Ses per­for­mances ont eu lieu au Poet­ry Café de Lon­dres, au fes­ti­val d’art « Venice-Bor­ders », au Bi-Nevi Sahne d’Izmir et au LitVest en Roumanie. Il a été directeur de l’émission « Turk­ish Sofa » sur Trafi­ka Europe Radio, où il a fait la pro­mo­tion de la lit­téra­ture turque. Ses entre­tiens avec Orhan Pamuk, Joyce Car­ol Oates, Ado­nis, Aslı Erdoğan, Milo de Ange­lis, Alice Not­ley, Man­ri­co Murzi, etc., ont été pub­liés dans des revues inter­na­tionales de renom telles que *World Lit­er­a­ture Today*, *The Poet­ry Review* et *Poe­sis Inter­na­tion­al*. Il a traduit cinq recueils de poésie du roumain, de l’italien et de l’anglais. Il a reçu en 2019 le pres­tigieux prix ital­ien de tra­duc­tion décerné par le min­istère ital­ien de la Cul­ture, avec une pré­face de Yev­geni Yev­tuşenko et des illus­tra­tions d’Adonis et de Qua­si­mo­do Jaci, ain­si que le prix inter­na­tion­al de poésie « Messi­na Cit­tà d’Arte ». Il a pub­lié cinq recueils de poésie. Son dernier recueil, « Lupoc », a sus­cité de nom­breux débats sur la scène poé­tique turque et a don­né lieu à env­i­ron 25 arti­cles et inter­views. Il est mem­bre des cen­tres PEN ital­ien et turc, ain­si que de la Poet­ry Soci­ety et de l’association Exiled Writ­ers Ink au Roy­aume-Uni. Il écrit actuelle­ment pour les jour­naux Ters­der­gi et Muhalif.

Bibliographie

Erkut Tok­man a pub­lié cinq recueils de poésie.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Habiter entre les langues — Rencontre avec Erkut Tokman

Erkut Tok­man est l’une des fig­ures artis­tiques les plus poly­mor­phes à avoir émergé de la Turquie con­tem­po­raine. Né à Istan­bul en 1971. un poète inter­na­tion­al mul­ti­lingue, tra­duc­teur, éditeur,l’interrogateur et artiste de per­for­mance et […]

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Carole Mesrobian

Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian est poète, cri­tique lit­téraire, revuiste, per­formeuse, éditrice et réal­isatrice. Elle pub­lie en 2012 Foulées désul­toires aux Edi­tions du Cygne, puis, en 2013, A Con­tre murailles aux Edi­tions du Lit­téraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sur­sis en con­séquence. En 2016, La Chou­croute alsa­ci­enne paraît aux Edi­tions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachd­jian par Van­i­na Pin­ter, Car­ole Car­ci­lo Mes­ro­bian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Flo­rence Laly, Chris­tine Tara­nov,  aux Edi­tions La chi­enne Edith. Elle est égale­ment l’au­teure d’Aper­ture du silence (2018) et Onto­genèse des bris (2019), chez PhB Edi­tions. Cette même année 2019 paraît A part l’élan, avec Jean-Jacques Tachd­jian, aux Edi­tions La Chi­enne, et Fem mal avec Wan­da Mihuleac, aux édi­tions Tran­signum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diag­o­nale de l’écrivain, Agence­ment du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octo­bre, un recueil écrit avec Alain Bris­si­aud paru chez PhB édi­tions. nihIL, est pub­lié chez Unic­ité en 2021, et De nihi­lo nihil en jan­vi­er 2022 chez tar­mac, L’Ourlet des murs, en mars 2022, 28 jours à Yahidne édi­tions Unic­ité, 2023, Fal­loir, édi­tions de Cor­levour, 2025. Elle par­ticipe aux antholo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Appa­raître (2018, Terre à ciel) De l’hu­main pour les migrants (2018, Edi­tions Jacques Fla­mand) Esprit d’ar­bre, (2018, Edi­tions pourquoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Edi­tions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Antholo­gie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antholo­gie de poésie fémi­nine con­tem­po­raine, (2020, Pli­may), Exis­ter, écrire, résis­ter Académie d’écrivain-e‑s sur les droits humains, Presse uni­ver­si­taire de Stras­bourg. Par­al­lèle­ment parais­sent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Cap­i­tal des mots, Poe­siemuz­icetc., Le Lit­téraire, le Salon Lit­téraire, Décharge, Tex­ture, Sitaud­is, De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l’ag­neau, Décharge, Pas­sage d’en­cres, Test n°17, Créa­tures , For­mules, Cahi­er de la rue Ven­tu­ra, Libr-cri­tique, Sitaud­is, Créa­tures, Gare Mar­itime, Chroniques du ça et là, La vie man­i­feste, Fran­copo­lis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ven­tre et l’or­eille, Point con­tem­po­rain, Ver­so. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Bris­si­aud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Mar­i­lyne Bertonci­ni, de Femme con­serve de Bluma Finkel­stein, de L’E­tranger de Salah Al Ham­dani, Le NOUS qui nous habite Chris­tiane Somoneau. Elle dirige la revue de poésie en ligne Recours au poème. Elle est secré­taire générale des édi­tions Tran­signum, dirige les édi­tions Oxy­bia crées par régis Daubin, est con­cep­trice, réal­isatrice et ani­ma­trice de l’émis­sion et pod­cast L’ire Du Dire dif­fusée sur radio Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM, et prési­dente du P.E.N. Club français — Cer­cle lit­téraire international.
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