Les Mardis littéraires de Saint-Sulpice

Par |2026-03-06T08:47:16+01:00 6 mars 2026|Catégories : Essais & Chroniques, Francis Vladimir Mérino|

Depuis plusieurs années, les Mardis lit­téraires de Saint-Sulpice font vivre à Paris un espace de dia­logue autour des livres, de la pen­sée et de la créa­tion. Ces ren­con­tres se tien­nent chaque mar­di soir au Café de la Mairie, un lieu emblé­ma­tique situé face à l’église Saint-Sulpice. Elles sont ani­mées et organ­isées par Fran­cis Vladimir Méri­no, qui invite écrivains, essay­istes ou chercheurs à dia­loguer avec le pub­lic autour de la lit­téra­ture et des grandes ques­tions cul­turelles con­tem­po­raines. 

Dans l’esprit des grands cafés lit­téraires parisiens, ces ren­dez-vous heb­do­madaires pro­posent un moment d’échange direct entre auteurs et lecteurs. On y abor­de aus­si bien la langue, la créa­tion lit­téraire que les enjeux cul­turels et intel­lectuels du temps présent.

Par­al­lèle­ment à cette activ­ité d’animateur et de passeur de lit­téra­ture, Fran­cis Méri­no mène lui-même un tra­vail d’écriture nour­ri par une réflex­ion pro­fonde sur la langue, la lec­ture et la place de l’homme dans le monde.

Les Mardis lit­téraires de Saint-Sulpice se déroulent dans un café, lieu de parole libre et de con­ver­sa­tion vivante : qu’apporte selon vous ce cadre presque intime au dia­logue entre un auteur et ses lecteurs ?
C’est cer­taine­ment un lieu sym­bol­ique­ment sym­bol­ique…. J’y suis venu avec les mardis lit­téraires de l’ami dis­paru Jean Lou Guérin qui les a créés il y a 28 ans et les a portés à bout de bras durant vingt années. Donc de ce point de vue là le lieu est un lieu qui me tient à cœur et pour ne pas dire aux papilles avec le petit verre de Mor­gon auquel je fais hon­neur mar­di après mar­di… je sais par ailleurs que ce lieu fut et reste un lieu de ren­dez-vous avec des auteurs gran­dis­simes, je ne cit­erai que Georges Pérec dont il existe des pho­togra­phies de lui, pris­es dans le café, mais là mieux vaut se faire tout petit… j’ajoute que le café de la Mairie avec ses ten­anciers ou cabaretiers ou bistrotiers ou…, que ces mots tein­tés d’hier me sont fam­i­liers et doux à la langue, nous réserve depuis nos débuts hési­tants de repre­neurs et de con­tin­u­a­teurs ( Jean-Claude Cail­lette a été celui qui a insuf­flé la reprise et la con­ti­nu­ité de nos mardis), un accueil bénév­ole, chaleureux et ras­sur­ant. D’où une magie sans cesse renou­velée à laque­lle je suis sen­si­ble. Les occa­sions pour les auteurs sont rares de se con­fron­ter avec leurs lecteurs aus­si les mardis lit­téraires répon­dent-ils, mod­este­ment et en résis­tance, à un besoin partagé d’auteurs et de lecteurs et que cela se fasse dans le cadre très intimiste de cette salle du pre­mier étage à laque­lle on accède par un très vieil escalier pen­tu, voilà qui pare nos mardis d’un exer­ci­ce bien salu­taire de mon­tée des marches.

De gauche à droite : Vital Heur­te­bize, Fran­cis Vladimir et Gio­van­ni Mer­loni, leportraitinconscient.com.

Vous choi­sis­sez et invitez chaque semaine des écrivains ou des penseurs : lorsque vous com­posez cette suc­ces­sion de ren­con­tres, avez-vous le sen­ti­ment de dessin­er peu à peu une car­togra­phie secrète de la lit­téra­ture contemporaine ?
Nos mardis lit­téraires en sont à leur sai­son 8. Cha­cune allant de sep­tem­bre au juin de l’année suiv­ante. Manière de savoir où on en est et de trac­er nos ren­con­tres. Je voudrais associ­er ici les quelques per­son­nes qui ont partagé et per­mis à un moment don­né que se tien­nent ces ren­con­tres au café de la Mairie de la Place Saint-Sulpice. Elles se recon­naîtront, ne fut-ce que par le sou­tien dont elles m’ont grat­i­fié quand bien même, elles ne peu­vent assur­er une con­ti­nu­ité dans leur présence. C’est avec ce partage de départ que je me suis sen­ti autorisé à tenir à mon tour le gou­ver­nail des mardis lit­téraires. Qu’on le veuille ou non nous sommes tous des impos­teurs et à ce titre je n’échappe pas à la règle mais sans doute suis-je aus­si un con­tre­bandi­er avec les livres, aimant par-dessus tout l’éclectisme, la sur­prise et le bon aloi qu’une ren­con­tre avec des auteurs réserve. Vous le devinez, je ne suis guère sérieux et fiable, ayant du goût pour le jeu et le sourire en coin, mais c’est cet entre-deux qui m’intéresse, qui per­met des décou­vertes d’auteurs sur le chemin du café de la Mairie. Macha­do dis­ait :c’est en marchant que se fait le chemin, for­mule qui s’applique sans dif­fi­culté à nom­bre d’activités humaines et, par excel­lence, à la lit­téra­ture et donc pour en revenir à la car­togra­phie s’il y en a une, elle est à met­tre au compte des édi­teurs indépen­dants qui font un si beau tra­vail de prospec­tives, de remis­es au jour et de pris­es de risques pro­pres à une activ­ité sou­vent sur la corde raide et il me plaît au fil des mardis de ressen­tir tous les bien­faits qu’on retire de ces chemins de tra­verse que les invités nous font emprunter. Cet hors champs ou hors cadre que mod­è­lent les auteurs aux mardis lit­téraires n’en est pas moins con­sti­tu­tif de tout un pan de la lit­téra­ture d’aujourd’hui qui, pour être con­fi­den­tiel, n’en est pas moins essen­tiel pour ceux qui se sur­pren­nent à lire à cœur ouvert, sans à pri­ori, sans pan­neau indi­ca­teur et aus­si sans fron­tières.  
 Vous êtes vous-même écrivain et lecteur pas­sion­né : com­ment l’écoute des auteurs et des lecteurs lors de ces soirées nour­rit-elle votre pro­pre rap­port à l’écriture ?
Je n’aime guère dévoil­er mes secrets mais bon, admet­tons que je sois un hulu­ber­lu qui écrit, c’est-à-dire un promeneur dans les mots et un pilleur de mots. Quiconque a une pra­tique de la page ou de l’écran pressent que rien ne peut advenir sans la nour­ri­t­ure que les livres pro­curent à laque­lle s’adhèrent la vie et l’œuvre des auteurs qui m’importent et me don­nent sinon des ailes du moins l’élan pour m’aventurer à mon tour dans l’indicible joie d’écrire.  C’est cette recon­nais­sance de l’autre, du moins cette prox­im­ité qui s’acquiert dans la lec­ture, l’écoute et l’échange, l’élargissement du très peu que l’on croit savoir, qui me réjouit. Je n’en dirai pas plus…
Dans un monde où la lec­ture peut devenir une pra­tique soli­taire, que révè­lent selon vous ces ren­con­tres heb­do­madaires sur le besoin très pro­fond de partager la littérature ?
Les audi­toires sont très dif­férents d’un mar­di à l’autre. Je ne suis pas dupe de la dif­fi­culté qui con­siste à réu­nir un pub­lic autour d’un ou des auteurs afin de partager deux petites heures de temps de lec­ture et de parole. Du point de vue de l’auteur, il y a une attente, c’est cer­tain et une appréhen­sion qui transparaît ou pas, mais qui s’estompe très rapi­de­ment parce que nos mardis sont avant tout de l’ordre de la con­vivi­al­ité à la fois du lieu, du moment et du con­tact, et des textes abor­dés. Cette plongée en des eaux rel­a­tive­ment sere­ines est donc infin­i­ment bien­faisante. C’est cet aspect là aus­si que je retiens, on se fait du bien mutuelle­ment et je dois dire que le pub­lic très divers qui est mon­té jusqu’à cette petite salle de trente à trente cinq per­son­nes, ne s’y trompe pas. Dire qu’il en est ravi serait exces­sif mais il y a sans aucun doute cette petite sur­prise qui se lit dans un regard ou dans un bon mot échangés. Donc oui, le partage est au ren­dez-vous et l’échange aus­si avec écho, con­fronta­tion, humour et bien­veil­lance. Quant à savoir ce que révè­lent ces ren­con­tres d’un autre type ou d’un autre temps, il me sem­ble qu’elles se légiti­ment mar­di après mar­di et la crédi­bil­ité que tout événe­ment recherche, s’y retrou­ve aus­si parce qu’après tout dans un monde d’une com­plex­ité et d’une errance infer­nale, quoi de plus sim­ple que ces ren­dez-vous à l’horloge détraquée des livres qui vous installe benoîte­ment ou curieuse­ment devant un petit verre à la table d’un tro­quet parisien…
Votre tra­vail d’écrivain et votre rôle d’animateur de ces soirées sem­blent tous deux guidés par une atten­tion par­ti­c­ulière à la langue : qu’est-ce qu’un texte doit provo­quer chez vous pour que vous sen­tiez qu’il touche à quelque chose d’essentiel ?
Je suis comme l’abeille qui sirote les mots des autres et éventuelle­ment part à la recherche des siens pro­pres. Et comme l’abeille je reviens à la ruche dans un va et vient inces­sant. Et de celle-ci je retire des livres et, de der­rière les livres, des auteurs, quels qu’ils soient, peu m’importe puisque je ne les con­nais le plus sou­vent pas et je vais donc à leur ren­con­tre dans ce moment sus­pendu mais si lim­ité qu’est un mar­di lit­téraire. Deux petites heures où la langue, c’est vrai sera à l’honneur sous toutes ses formes et dans tous ses états, romans, nou­velles, réc­its, poèmes, essais, théâtre… c’est à une fête très intimiste à laque­lle je me rends avec d’autres, et si j’accompagne dans la soirée c’est avec cet impératif que je me donne de servir au mieux pour que l’auteur se sente à l’aise et l’auditoire sinon char­mé du moins atten­tif. On ne peut se sous­traire à ses oblig­a­tions dès lors qu’on tient le manche dans le cock­pit de l’avion… petit avion, tout petit, tout petit avec lequel on s’envole au pays des mots et des idées parce que le monde tel qu’il est nous ren­voie des upper­cuts inces­sants, des douleurs insup­port­a­bles et qu’il nous faut rester et con­tin­uer debout, ce que la lit­téra­ture, l’art per­me­t­tent, rester debout dans cette fureur à canalis­er et cette empathie que nous gar­dons pour nos par­adis per­dus… Alors lire est une sauve­g­arde, un moyen inespéré de rester à flots avec soi-même et le monde et si un texte touche nous atteint pour les innom­brables raisons qu’il n’est pas utile de déclin­er, tant elles font le siège de cha­cun d’entre nous, dès lors que nous sommes des êtres pourvus de bon sens et d’amour, alors cet acte en apparence soli­taire qui est de lire prend toute sa sig­ni­fi­ca­tion savoir, aller vers une meilleure con­nais­sance du monde  dans tout ce qu’il recèle d’insoupçonné dans le beau et le laid, la grandeur et la petitesse, le com­mun et l’insolite, la fra­ter­nité et la soli­tude, dans la vie et la mort…  et cette meur­tris­sure de l’âme qui pour­rait nous abat­tre, nous effac­er nous fer­ons en sorte d’en faire une com­pagne accept­able des quelques jours à venir…

Présentation de l’auteur

Francis Vladimir Mérino

FRANCIS VLADIMIR MÉRINO est un poète, comé­di­en et organ­isa­teur de ren­con­tres lit­téraires français. Sa pre­mière expéri­ence théâ­trale remonte à 1985 en Avi­gnon avec Le Bleu de l’eau-de-vie de Car­los Sem­prun Mau­ra dans une mise en scène de Serge Alvarez Depuis, lessen­tiel de son tra­vail de comé­di­en s’est fait avec le Groupe The­atre Ami­tié d’Eaubonne avec un choix d’au­teurs très éclec­tique (Aristo­phane, Sopho­cle, Koltès, Vit­rac, Balzac, Shake­speare, Gogol, Mari­vaux, Ariel Dorf­man, Mishi­ma…). Il ani­me les Mardis lit­téraire au Café de la Mairie Place Saint Sulpice depuis plusieurs années.

© Crédits pho­tos https://leportraitinconscient.com/2019/01/27/un-ciel-plus-bleu-que-les-yeux-dun-enfant-premiere-excursion-dans-la-poesie-de-francis-vladimir/#jp-carousel-23282https://leportraitinconscient.com/2019/01/27/un-ciel-plus-bleu-que-les-yeux-dun-enfant-premiere-excursion-dans-la-poesie-de-francis-vladimir/#jp-carousel-23282

Bibliographie 

Il est l’au­teur de recueils de poésies, de romans, nou­velles et d’une pièce de théâtre (Moi, Pierre Riv­ière) Il a traduit le poète péru­vien Julio Here­dia (Le Livre lent des retrou­vailles) et  une pièce de Fed­eri­co Gar­cia Lor­ca (Yer­ma).

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Carole Mesrobian

Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian est poète, cri­tique lit­téraire, revuiste, per­formeuse, éditrice et réal­isatrice. Elle pub­lie en 2012 Foulées désul­toires aux Edi­tions du Cygne, puis, en 2013, A Con­tre murailles aux Edi­tions du Lit­téraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sur­sis en con­séquence. En 2016, La Chou­croute alsa­ci­enne paraît aux Edi­tions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachd­jian par Van­i­na Pin­ter, Car­ole Car­ci­lo Mes­ro­bian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Flo­rence Laly, Chris­tine Tara­nov,  aux Edi­tions La chi­enne Edith. Elle est égale­ment l’au­teure d’Aper­ture du silence (2018) et Onto­genèse des bris (2019), chez PhB Edi­tions. Cette même année 2019 paraît A part l’élan, avec Jean-Jacques Tachd­jian, aux Edi­tions La Chi­enne, et Fem mal avec Wan­da Mihuleac, aux édi­tions Tran­signum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diag­o­nale de l’écrivain, Agence­ment du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octo­bre, un recueil écrit avec Alain Bris­si­aud paru chez PhB édi­tions. nihIL, est pub­lié chez Unic­ité en 2021, et De nihi­lo nihil en jan­vi­er 2022 chez tar­mac, L’Ourlet des murs, en mars 2022, 28 jours à Yahidne édi­tions Unic­ité, 2023, Fal­loir, édi­tions de Cor­levour, 2025. Elle par­ticipe aux antholo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Appa­raître (2018, Terre à ciel) De l’hu­main pour les migrants (2018, Edi­tions Jacques Fla­mand) Esprit d’ar­bre, (2018, Edi­tions pourquoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Edi­tions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Antholo­gie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antholo­gie de poésie fémi­nine con­tem­po­raine, (2020, Pli­may), Exis­ter, écrire, résis­ter Académie d’écrivain-e‑s sur les droits humains, Presse uni­ver­si­taire de Stras­bourg. Par­al­lèle­ment parais­sent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Cap­i­tal des mots, Poe­siemuz­icetc., Le Lit­téraire, le Salon Lit­téraire, Décharge, Tex­ture, Sitaud­is, De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l’ag­neau, Décharge, Pas­sage d’en­cres, Test n°17, Créa­tures , For­mules, Cahi­er de la rue Ven­tu­ra, Libr-cri­tique, Sitaud­is, Créa­tures, Gare Mar­itime, Chroniques du ça et là, La vie man­i­feste, Fran­copo­lis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ven­tre et l’or­eille, Point con­tem­po­rain, Ver­so. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Bris­si­aud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Mar­i­lyne Bertonci­ni, de Femme con­serve de Bluma Finkel­stein, de L’E­tranger de Salah Al Ham­dani, Le NOUS qui nous habite Chris­tiane Somoneau. Elle dirige la revue de poésie en ligne Recours au poème. Elle est secré­taire générale des édi­tions Tran­signum, dirige les édi­tions Oxy­bia crées par régis Daubin, est con­cep­trice, réal­isatrice et ani­ma­trice de l’émis­sion et pod­cast L’ire Du Dire dif­fusée sur radio Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM, et prési­dente du P.E.N. Club français — Cer­cle lit­téraire international.
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