Le n°28 de L’Intranquille (mars 2025 – octo­bre 2025) donne à voir, d’emblée, ce que la revue revendique dans son économie même : un péri­odique papi­er de lit­téra­ture qui cir­cule comme un petit vol­ume autonome, struc­turé par rubriques, dossiers, tra­duc­tions et chroniques, et pen­sé pour accueil­lir du texte “reçu”, du texte en train de se faire, du texte en reprise.

Le numéro 28 de L’Intranquille se présente comme un vol­ume dense, struc­turé, qui se lit dans la con­ti­nu­ité. Le som­maire per­met d’en mesur­er con­crète­ment l’ampleur : les dif­férentes sec­tions s’enchaînent jusqu’aux pages 83 à 87, con­sacrées aux cri­tiques, avant de se pro­longer par plusieurs pages d’annonces de salons, de marchés de la poésie, de fes­ti­vals et de ren­con­tres publiques. L’ensemble com­pose un numéro d’environ qua­tre-vingt-dix pages, offrant un temps de lec­ture con­séquent, proche de celui d’un livre, tout en con­ser­vant la diver­sité pro­pre à une revue.

Cette organ­i­sa­tion donne au numéro une dou­ble fonc­tion. D’une part, il rassem­ble des textes de créa­tion — poèmes, tra­duc­tions, écri­t­ures expéri­men­tales — pen­sés pour être lus comme un ensem­ble. D’autre part, il inscrit ces textes dans un réseau vivant : celui des événe­ments, des lieux et des pra­tiques où la poésie cir­cule, se lit à voix haute, se partage. La revue ne s’arrête donc pas aux pages qu’elle pub­lie ; elle ouvre sur un dehors, sur une actu­al­ité poé­tique concrète.

L’Intranquille est une revue ouverte aux nou­velles écri­t­ures poé­tiques. Elle accueille des textes de formes divers­es, sou­vent expéri­men­tales, et accorde une place impor­tante aux voix qui n’ont pas encore trou­vé beau­coup d’espaces de pub­li­ca­tion. Le numéro 28 en donne une image claire : les écri­t­ures s’y croisent sans hiérar­chie affichée, entre poèmes, tra­duc­tions et recherch­es formelles, dans un esprit d’exploration plutôt que de recon­nais­sance installée.

L’In­tran­quille n°28, Mars 2025-Octo­bre 2025, 20 €.

Le som­maire de ce numéro 28 de L’Intranquille s’organise autour de rubriques habituelles qui don­nent au vol­ume une pro­gres­sion riche et plaisante. Le numéro s’ouvre par un entre­tien avec Cather­ine Belkhod­ja, inti­t­ulé Chang­er d’art, chang­er d’air. Cette entrée place d’emblée la revue sous le signe d’un syn­crétisme artis­tique qui installe un ton atten­tif aux cir­cu­la­tions entre les formes.

Vient ensuite un ensem­ble inti­t­ulé Langues de France III, con­sacré à la poésie en alsa­cien. Ce dossier, pro­posé en édi­tion bilingue par Math­ieu Jung, occupe une place impor­tante dans le numéro. Il inscrit la revue dans une atten­tion aux langues minorées et aux ter­ri­toires lin­guis­tiques : le tra­vail porte à la fois sur la langue elle-même et sur sa mise en page, sa tra­duc­tion, sa lec­ture con­tem­po­raine. La sec­tion Tra­duc­tions pro­longe cette ouver­ture lin­guis­tique avec des poèmes de Tom Raworth et Astrid Haerens, traduits respec­tive­ment de l’anglais et du néerlandais.

Le cœur du som­maire est occupé par un dossier inti­t­ulé Écri­t­ures expéri­men­tales. Plusieurs auteur·ices s’y suc­cè­dent, par­mi lesquels Alex­is Audren, Élis­a­beth Mor­cel­let, Chris­t­ian Cavail­lé. Les formes y sont var­iées : poèmes frag­men­taires, dis­posi­tifs textuels, recherch­es sur la syn­taxe ou la page. Le dossier ne cherche pas à définir l’expérimental, mais à en mon­tr­er les usages con­crets, par jux­ta­po­si­tion de pratiques.

Une sec­tion inti­t­ulée Auteur·e·s rassem­ble ensuite plusieurs con­tri­bu­tions indi­vidu­elles, comme un espace plus ouvert, moins thé­ma­tique, qui per­met à cer­taines voix de se déploy­er hors du cadre du dossier. Le numéro se pour­suit par un hom­mage à Daniel Giraud, rap­pelant que la revue artic­ule aus­si créa­tion présente et mémoire poétique.

Enfin, les cri­tiques et les pages d’annonces fer­ment le vol­ume. Elles pro­lon­gent la lec­ture vers d’autres livres et d’autres lieux, inscrivant L’Intranquille dans un réseau act­if de pub­li­ca­tions et d’événements. L’ensemble du som­maire des­sine ain­si une revue atten­tive aux nou­velles écri­t­ures, aux langues, aux formes en recherche, et con­stru­ite comme un espace de cir­cu­la­tion plutôt que comme une vit­rine figée.

Ce numéro 28 de L’Intranquille offre une lec­ture à la fois plaisante et stim­u­lante. La richesse du som­maire, la diver­sité des écri­t­ures et la clarté de l’organisation ren­dent le vol­ume acces­si­ble sans en affaib­lir l’exigence. Poèmes, tra­duc­tions, dossiers et textes cri­tiques s’enchaînent avec naturel, don­nant au lecteur le sen­ti­ment d’une revue dense mais lis­i­ble, ouverte sans être dispersée.

Par la qual­ité des textes réu­nis et par l’attention portée aux formes con­tem­po­raines du poème, L’Intranquille con­firme sa place par­mi les revues papi­er qui por­tent   et dif­fusent la poésie d’aujourd’hui, dans sa var­iété comme dans ses recherch­es. Le numéro se lit comme un espace de décou­verte, d’information et de plaisir de lec­ture, et donne envie de suiv­re la revue dans la durée.

mm

Carole Mesrobian

Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian est poète, cri­tique lit­téraire, revuiste, per­formeuse, éditrice et réal­isatrice. Elle pub­lie en 2012 Foulées désul­toires aux Edi­tions du Cygne, puis, en 2013, A Con­tre murailles aux Edi­tions du Lit­téraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sur­sis en con­séquence. En 2016, La Chou­croute alsa­ci­enne paraît aux Edi­tions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachd­jian par Van­i­na Pin­ter, Car­ole Car­ci­lo Mes­ro­bian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Flo­rence Laly, Chris­tine Tara­nov,  aux Edi­tions La chi­enne Edith. Elle est égale­ment l’au­teure d’Aper­ture du silence (2018) et Onto­genèse des bris (2019), chez PhB Edi­tions. Cette même année 2019 paraît A part l’élan, avec Jean-Jacques Tachd­jian, aux Edi­tions La Chi­enne, et Fem mal avec Wan­da Mihuleac, aux édi­tions Tran­signum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diag­o­nale de l’écrivain, Agence­ment du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octo­bre, un recueil écrit avec Alain Bris­si­aud paru chez PhB édi­tions. nihIL, est pub­lié chez Unic­ité en 2021, et De nihi­lo nihil en jan­vi­er 2022 chez tar­mac. A paraître aux édi­tions Unic­ité, L’Ourlet des murs, en mars 2022. Elle par­ticipe aux antholo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Appa­raître (2018, Terre à ciel) De l’hu­main pour les migrants (2018, Edi­tions Jacques Fla­mand) Esprit d’ar­bre, (2018, Edi­tions pourquoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Edi­tions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Antholo­gie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antholo­gie de poésie fémi­nine con­tem­po­raine, (2020, Pli­may). Par­al­lèle­ment parais­sent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Cap­i­tal des mots, Poe­siemuz­icetc., Le Lit­téraire, le Salon Lit­téraire, Décharge, Tex­ture, Sitaud­is, De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l’ag­neau, Décharge, Pas­sage d’en­cres, Test n°17, Créa­tures , For­mules, Cahi­er de la rue Ven­tu­ra, Libr-cri­tique, Sitaud­is, Créa­tures, Gare Mar­itime, Chroniques du ça et là, La vie man­i­feste, Fran­copo­lis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ven­tre et l’or­eille, Point con­tem­po­rain. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Bris­si­aud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Mar­i­lyne Bertonci­ni et de Femme con­serve de Bluma Finkel­stein. Auprès de Mar­i­lyne bertonci­ni elle co-dirige la revue de poésie en ligne Recours au poème depuis 2016. Elle est secré­taire générale des édi­tions Tran­signum, dirige les édi­tions Oxy­bia crées par régis Daubin, et est con­cep­trice, réal­isatrice et ani­ma­trice de l’émis­sion et pod­cast L’ire Du Dire dif­fusée sur radio Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM.
[print-me]