Guillaume Decourt, Diplo­ma­tiques

Par |2018-01-29T13:21:24+01:00 19 septembre 2015|Catégories : Critiques, Guillaume Decourt|

Une cou­ver­ture uni­for­mé­ment grise et un for­mat peu usuel, sans qua­trième de cou­ver­ture ni autre élé­ment pro­to­co­laire du para­texte : Diplo­ma­tiques, pub­lié dans la col­lec­tion Trait court de Pas­sage d’encres, pro­pose dès l’abord un univers séman­tique qui invoque le dépouille­ment, la dis­cré­tion, la retenue.

Et les textes égrenés aux 29 pages du recueil ne trahissent pas cette attente. Un énon­ci­a­teur dont la présence s’articule à l’emploi du pronom per­son­nel de la pre­mière per­son­ne du sin­guli­er mène le lecteur dans un univers par­ti­c­uli­er où l’anecdotique motive des poèmes dont les élé­ments séman­tiques pren­nent racine dans le vécu du poète. Ain­si ces vers lim­i­naires qui suiv­ent la dédi­cace « A ma mère » qui ancre dès l’ouverture la trame textuelle dans une réal­ité identifiable.

(Tel-Aviv)

C’est en Israël que je com­mençai l’étude
Du piano auprès d’un maître de Tel-Aviv
Un vieux Juif séfa­rade à la méth­ode rude
Encore aujourd’hui mon tra­vail des doigts ravive

Quelques restes d’hébreu le goût des falafels
La plage à la bombe pen­dant l’Intifada
Le téléphérique aux vacances de Noël
Que nous pre­nions pour l’ascension de Massada

J’aimais la musique mais surtout le clavier
Frap­per fort ou bien le plus douce­ment possible
J’avais un don cer­tain pour la vélocité

Jouer vite et pro­pre m’était presque naturel
Comme pour d’autres le coup de tête ou le dribble
Moi mon père me fai­sait écouter Brendel

 

Guillaume Decourt, Diplo­ma­tiques, Pas­sage d’Encres, coll. Trait court, Guern, 2015, 32 p. — 5,00 €.

Guil­laume Decourt,  Diplo­ma­tiques, Pas­sage d’Encres, coll. Trait court, Guern, 2015, 32 p,  5,00 €.

Dans une forme des plus clas­siques, le son­net, qui se mêle à des dis­posi­tifs textuels plus mod­ernes, Guil­laume Decourt retrace les débuts de son exis­tence dont les étapes sont énumérées grâce à l’évocation d’une chronolo­gie énon­cée par un dis­cours nar­ratif qui préserve la fonc­tion référen­tielle du lan­gage. Les temps dévo­lus au réc­it per­me­t­tent l’évocation de sou­venirs qui sont l’occasion de con­sul­ter des per­son­nages ayant mar­qué la jeunesse de l’auteur. Ain­si se mêlent les caté­gories génériques et la poésie devient espace auto­bi­ographique. Cette ambi­tion mag­nifique­ment servie par l’auteur struc­ture le recueil. Le lecteur prend con­nais­sance des étapes mar­quantes du par­cours de vie du poète auteur. Et plus que ques­tion­ner les fron­tières des typolo­gies dis­cur­sives, il sem­ble donc que vac­il­lent les caté­gori­sa­tions auc­to­ri­ales. Qui par­le ? Le poète ? L’auteur ? Peu importe, car nous ressen­tons une puis­sante émo­tion à la lec­ture de ces textes. Et il sem­ble que les mag­nifiques ful­gu­rances offertes par cette rec­ol­lec­tion kaléi­do­scopique des étapes impor­tantes d’une vie ne soient décu­plées par une mise en œuvre poé­tique qui, loin d’amoindrir la puis­sance évo­ca­trice du lan­gage, lui con­fère une dimen­sion toute particulière.

Présentation de l’auteur

Guillaume Decourt

Guil­laume Decourt est  né en 1985. Pianiste clas­sique, il a passé son enfance en Israël, en Alle­magne et en Bel­gique ; son ado­les­cence dans les monts du Forez ; puis séjourné longue­ment à May­otte et en Nou­velle-Calé­­donie. Il partage aujourd’hui son temps entre Paris et Athènes. Il a pub­lié cinq livres de poésie : 

  • La Ter­mi­tière, Pold­er 151/Gros Textes, 2011 ; 
  • Le Chef‑d’œuvre sur la tempe, Le Coudri­er, 2013 ; 
  • Un ciel soupape, Sac à Mots, 2013 ; 
  • Diplo­ma­tiques, Pas­sage d’encres, 2014 ; 
  • A l’approche, Le Coudri­er, 2015 ;
  • Le Car­go de Rébéti­ka, Edi­tions Lan­sK­ine, Paris, 2017.

Il donne des lec­tures publiques dans dif­férents fes­ti­vals et par­ticipe égale­ment à de nom­breuses revues dont L’Atelier du romanNunc,DiérèsePhoenixPlace de la Sor­bonne, Arpa, Pas­sage d’encres, Recours au poème, 7 à dire, Les Car­nets d’Eucharis, Décharge, La Passe…

© photo Isabelle Poinloup
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Carole Mesrobian

Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian est poète, cri­tique lit­téraire, revuiste et per­formeuse. Elle pub­lie en 2012 Foulées désul­toires aux Edi­tions du Cygne, puis, en 2013, A Con­tre murailles aux Edi­tions du Lit­téraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sur­sis en con­séquence. En 2016, La Chou­croute alsa­ci­enne paraît aux Edi­tions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachd­jian par Van­i­na Pin­ter, Car­ole Car­ci­lo Mes­ro­bian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Flo­rence Laly, Chris­tine Tara­nov,  aux Edi­tions La chi­enne Edith. Elle est égale­ment l’au­teure d’Aper­ture du silence (2018) et Onto­genèse des bris (2019), chez PhB Edi­tions. Cette même année 2019 paraît A part l’élan, avec Jean-Jacques Tachd­jian, aux Edi­tions La Chi­enne, et Fem mal avec Wan­da Mihuleac, aux édi­tions Tran­signum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diag­o­nale de l’écrivain, Agence­ment du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octo­bre, un recueil écrit avec Alain Bris­si­aud paru chez PhB édi­tions. Elle par­ticipe aux antholo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Appa­raître (2018, Terre à ciel) De l’hu­main pour les migrants (2018, Edi­tions Jacques Fla­mand) Esprit d’ar­bre, (2018, Edi­tions pourquoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Edi­tions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Antholo­gie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antholo­gie de poésie fémi­nine con­tem­po­raine, (2020, Pli­may). Par­al­lèle­ment parais­sent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Cap­i­tal des mots, Poe­siemuz­icetc., Le Lit­téraire, le Salon Lit­téraire, Décharge, Tex­ture, Sitaud­is, De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l’ag­neau, Décharge, Pas­sage d’en­cres, Test n°17, Créa­tures , For­mules, Cahi­er de la rue Ven­tu­ra, Libr-cri­tique, Sitaud­is, Créa­tures, Gare Mar­itime, Chroniques du ça et là, La vie man­i­feste, Fran­copo­lis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ven­tre et l’or­eille, Point con­tem­po­rain. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Bris­si­aud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Mar­i­lyne Bertonci­ni et de Femme con­serve de Bluma Finkel­stein. Auprès de Mar­i­lyne bertonci­ni elle co-dirige la revue de poésie en ligne Recours au poème depuis 2016. Elle est secré­taire générale des édi­tions Tran­signum dirigées par Wan­da Mihuleac.
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