> France Burghelle Rey, Petite anthologie, Confiance, Patiences, Les Tesselles du jour

France Burghelle Rey, Petite anthologie, Confiance, Patiences, Les Tesselles du jour

Par | 2018-02-04T17:31:27+00:00 2 octobre 2017|Catégories : Critiques, France Burghelle Rey|

France BURGHELLE REY, Petite antho­lo­gie, Confiance, Patiences, Les Tesselles du jour

Rien ne pou­vait per­mettre plus mer­veilleu­se­ment de consta­ter la cohé­rence des thé­ma­tiques chères au cœur de France Burghelle Rey que cette Petite antho­lo­gie qui réunit trois de ses recueils, Confiance, Patiences et Les Tesselles du jour. Tout d’abord, et comme à son habi­tude, la sobrié­té de la cou­ver­ture sug­gère l’extrême pudeur de cette écri­ture simple et concise, pro­fonde et émou­vante.

Nous retrou­vons dans cette antho­lo­gie les formes de pré­di­lec­tion de l’auteure telles que le ver­set, mais aus­si le vers libre, consti­tué d’une ou deux phrases, trois au plus pour ce qui concerne Confiance, qui ouvre le recueil. Les poèmes, pla­cés sous l’égide d’un appa­reil tuté­laire façon­né de chiffres romains dans Les Tesselles du jour, dis­tri­bués en trois cha­pitres pour Patiences, s’enchaînent, par­fois même sans titre aucun pour ce qui concerne les textes de la pre­mière par­tie. Ainsi rien ne vient trou­bler la dis­po­si­tion régu­lière et métro­no­mique des vers : trois par page pour les deux der­nier recueils, quatre strophes de trois vers par page pour le pre­mier.

France Burghelle Rey, Petite anthologie

France Burghelle Rey, Petite antho­lo­gie, Confiance, Patiences, Les Tesselles du jour, édi­tions uni­ci­té, 2017, 155 pages, 15 euros

Avant même de décou­vrir la langue de France Burghelle Rey, il est aisé de consta­ter que l’espace scrip­tu­ral devient un élé­ment qui par­ti­cipe à la mise en œuvre d’une séman­tique par­ti­cu­lière. Un rythme ter­naire s’y déploie : Il est per­mis d’y voir une réfé­rence impli­cite à la tri­ni­té, ou, pour le moins, et par ana­lo­gie, de sup­po­ser le carac­tère  sacré que l’auteure a sou­hai­té confé­rer à l’ensemble de ses textes, grâce à ce dis­po­si­tif tout à fait par­ti­cu­lier. Mais décou­vrir les vers de France Burghelle Rey offre réponse : les thé­ma­tiques abor­dées par celle-ci prennent racine dans une mys­tique toute par­ti­cu­lière : celle d’une huma­ni­té enfin unie dans la paix et la fra­ter­ni­té.

 

   Fouiller le pas­sé cher­cher par­mi les figures absentes ramas­ser des lam­beaux de
   mon ter­ri­toire

   Telle une chair deve­nue informe avec l’éloignement je m’en irai pour lais­ser ce mi-
   rage car

   Je crois au miracle de l’avenir il suf­fit d’être dis­po­nible comme on ramasse des feuilles mortes 

 

L’ambivalence bien sou­vent dévo­lue au lexique confère une tona­li­té toute par­ti­cu­lière à ces épan­che­ments lyriques. Mais il ne faut pas s’y trom­per : l’avenir ici n’est pas per­son­nel, il s’agit bel et bien de celui de nos socié­tés. Serons-nous capables d’édifier la paix ? Ecrire devient alors refuge et moyen d’enjoindre les hommes à ramas­ser les feuilles mortes de l’ancien temps, afin d’exister ensemble, dans la fra­ter­ni­té :

 

   alors le temps est cet ami l’inconnu qui s’installe pour maî­tri­ser l’espace
   je refuse les voyages rêve de cha­pelles et de vil­lages
  seule cette feuille est ma demeure j’y ferai du feu de vos fusils 

 

Évocation de pay­sages et contem­pla­tion du mou­ve­ment inal­té­rable des sai­sons, tel est le sup­port d’une com­mé­mo­ra­tion du sou­ve­nir, mais aus­si de l’élaboration d’un uni­vers inédit. La réfé­rence à la nature n’est pas ici, comme chez les roman­tiques, l’occasion de méta­pho­ri­ser les mou­ve­ments d’une conscience en proie aux ques­tion­ne­ments exis­ten­tiels et méta­phy­siques.  Bien sûr, les confi­dences de l’auteure sont par­fois poi­gnantes :

XVIII

Qui sait ici qu’entre l’écorce et l’aubier suinte le temps ? tu t’obstines à croire
en tes proches mais ils sont igno­rants et ton attente est vaine soli­tude

Il existe des matins où tu prends les branches tom­bées pour autant d’épaves de
Vaines amies qui pour rien t’émeuvent tu crois avoir gagné un jour de plus

Te voi­là à la mer­ci d’une eau qui coule goutte à goutte d’un repas que tu ne sou­hai-
tais pas et d’une lutte quo­ti­dienne car ici on ne chante plus les psaumes que tu ai-
mais 

Mais France Burghelle Rey enra­cine l’esquisse d’une mys­tique uni­ver­selle au ter­reau de ses vers, et cultive un verbe qui se veut fédé­ra­teur. L’humanité est tis­sée d’une imma­nence dont la nature témoigne : pré­exis­tante à la civi­li­sa­tion vec­teur de scis­sions et de guerres, son concept, exploi­té dans toute sa dimen­sion allé­go­rique, offre à la com­mu­nau­té humaine une har­mo­nie exem­plaire et chan­tée par la poète. Cette célé­bra­tion trans­cende les  réson­nances lyriques. Et même si par­fois les états d’âme de France Burghelle Rey trans­pa­raissent, ils sont imman­qua­ble­ment l’occasion d’énoncer un dis­cours uni­ver­sel et qui porte la fra­ter­ni­té au rang d’horizon fédé­ra­teur :

                                                                  XIX

Se battre quand les fleurs dis­pa­raissent se battre j’ai peur loin d’elles de la mer car
sable n’est pas terre mon chant n’est pas silence à l’aube où je me lève

Se battre quand l’heure claire fait pro­blème ô nuits de mon enfance mes pieds sont
Glacés qui se chauffent à la brique se battre quand mes rêves dis­pa­raissent

Il gagne sur les plages des poèmes galets baroques de ses vers des algues lui servent de pin­ceaux pour sai­sir la cou­leur du soleil 

Message conti­nu et inva­riable, mal­gré les années et la diver­si­té de l’œuvre de France Burghelle Rey, c’est cet espoir d’une com­mu­nau­té humaine har­mo­nieuse comme les arbres d’une forêt coexistent pour créer un espace de paix, vec­teur d’épanouissement et de silence fer­tile, qui est au cœur de toutes ses pré­oc­cu­pa­tions. Toute entière dédiée à cet idéal, la poé­sie de France Burghelle Rey, grâce aux champs séman­tiques d’une sim­pli­ci­té qui confèrent à ses pro­pos une inno­cence céleste et lim­pide et à une mise en œuvre syn­taxique somme toute pro­to­co­laire, ne cesse d’exhorter ses sem­blables à se retrou­ver. Et en tout pre­mier lieu, elle leur offre l’espace du poème comme ter­ri­toire où édi­fier une parole fra­ter­nelle.

Faut-il per­pé­tuer les beau­tés qui sont là ou bien se conten­ter de reflets 

 

                                                            I

L’étau se des­serre et se libèrent les mots c’est l’espoir d’un sens je ras­semble les
fleurs pour que leur par­fum réponde à toute attente 

mm

Carole Mesrobian

Carole Carcillo Mesrobian est née à Boulogne le 24 février 1966 et vit en région pari­sienne. Professeur de Lettres clas­siques, elle pour­suit des recherches au sein de l’école doc­to­rale de lit­té­ra­ture de l’université Paris Diderot.

Elle publie en 2012 Foulées désul­toires, aux Editions du Cygne, ain­si que des textes inédits dans la revue Le Capital des mots.

A contre Murailles, Les édi­tions du Littéraire, Paris, octobre 2013

Sommaires