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Quand les morts apparaissent dans les rêves

Par | 2018-05-28T10:10:28+00:00 30 juin 2017|Catégories : Blog|

Traduction Marilyne Bertoncini

 

Quand les morts appa­raissent dans les rêves

 

1 –

Elle lève la main.
Plus de mar­chan­dage !
Assez de récri­mi­na­tions !

Elle me laisse la tou­cher
sur un our­let ou un poi­gnet.

Elle a toute la majes­té de la mort
et la réti­cence des rêves.

 

2 –

On est en  août dans cette ville,
chaque fois que je marche dans ces rues tran­quilles.

Un petit hôtel où vous pour­riez pas­ser
une nuit avec une amante, connaître le bon­heur,
pro­mettre le mariage, vous que­rel­ler, vous sépa­rer.

Une mai­son vide où vous pour­riez vous  liga­tu­rer
et vous piquer avec une aiguille de blanche.

Une ruelle où dor­mir tard
et vous réveiller avec le cer­veau qui bat
comme des cloches, absur­de­ment désa­cor­dées.

Et chaque porte fer­mée,
avec un pan­neau de car­ton : FERMÉ.

 

3 –

Soir per­ma­nent dans ce parc ceint de murs.

Elle est là qui attend
avec les expli­ca­tions toute prêtes :
Pourquoi D per­met-il S ?

Raul à 16h, des lignes sur le miroir,
l'hallucination inflexible, sui­cide ?

Mais comme elle me donne les réponses
elles se fondent en une seule voyelle.

Maintenant elle des­sine un dia­gramme
avec son ombrelle dans la boue
et tout est illus­tré :
com­ment rompre le contrat,
la recette de sauce pour le canard,
pour­quoi mettre un pen­ny fleur-de-coin
dans un vase de tulipes cou­pées.

 

Je regarde atten­ti­ve­ment mais vois
juste une four­mi effrayée, et une spore de moi­sis­sure.

Et main­te­nant elle se retourne.

 

3 –

L'adage dit  : toutes les choses
sont vides de sub­stance, même la sub­stance.
Même les rêves, même le vide.

Mais vous pou­vez tou­jours vous dres­ser
dans le châs­sis de la haute fenêtre lais­sant la brise
vous tou­cher et emplir votre esprit
de l'odeur forte du savon de mar­seille
et du pain cuit à l'aube.

 

*

 

When The Dead Appear In Dreams

 

1
-

She holds up her hand.
No more bar­gai­ning !
Enough recri­mi­na­tions !

She lets me touch her
on a hem or a cuff.

She has all the majes­ty of death
and the reti­cence of dreams.

 

2
-

It’s August in that city,

eve­ry time I walk those quiet streets.

A lit­tle hotel where you might spend
a night with a lover, know hap­pi­ness,
pro­mise mar­riage, quar­rel, part.

A vacant house where you might tie off
and shoot up with a mil­ky needle.

An alley in which to sleep late
and wake with a throb­bing mind
to church bells, stran­ge­ly off-key.

And eve­ry door locked,

with a card­board sign : LOCKED.

 

3
-

Always eve­ning in that wal­led park.

She’s there wai­ting

with the expla­na­tions pre­pa­red :
Why does G per­mit E ?

Raul at 4AM, lines on a mir­ror,
t
he ada­mant hal­lu­ci­na­tion, sui­cide ?

But as she gives me the ans­wers
they merge in a single vowel.

Now she’s dra­wing a dia­gram
with her umbrel­la in the dirt
illus­tra­ting eve­ry­thing :

how the contract breaks down,
the recipe for duck sauce,
why to put a fresh-min­ted pen­ny
in a vase with cut tulips.

I look clo­se­ly but see

only a sca­red ant, a mold spore.

And now she turns.

 

3
-

The tea­ching says : all things
are emp­ty of self, even the self.
Even dreams, even emp­ti­ness.

But you can still stand

in the high win­dow and let the breeze
touch you and fill your mind

with the tang of laun­dry soap

and bread baked at day­break.

 

*

 

 

 

 

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